Désolant, lamentable, déplorable

Désolant : laissant dans une grande solitude, accompagnée d’un sentiment d’impuissance.

Lamentable : qui donne sujet de se lamenter, à l’instar du prophète Jérémie. Jerúsalem, Jerúsalem, convértere…

Déplorable : qui est à plaindre, pitoyable

Monsieur l’Abbé Philippe Guépin a distribué, aux fidèles qui fréquentent la chapelle du Christ-Roi de Nantes et celle de Notre-Dame des Dons, un papier où il annonce une « grande et bonne nouvelle » qui n’est en réalité que le prolongement d’un attentat contre l’unité de l’Église, pour reprendre l’expression si juste et définitive de Pie XII.

L’Abbé Guépin aurait pu s’épargner dans ce nouveau texte toute allusion à sa lettre du 11 février 2020 : cela lui aurait évité qu’on lui rappelle qu’il est resté coi devant la réfutation de fond qu’il s’est attirée.

Ce qui est annoncé est donc l’ordination d’un prêtre – et accessoirement de confirmations – qui doivent être célébrées en septembre 2021 dans la chapelle du Christ-Roi. Pour de telles cérémonies, il faut évidemment un évêque. L’évêque nommé par l’Abbé Guépin n’a pas été nommé par un Pape : il a donc été sacré en l’absence de tout mandat apostolique — ce qui prive son épiscopat (même supposé validement reçu) de l’indispensable qualité de catholique.

Je précise même supposé validement reçu non parce que je douterais de la validité de l’épiscopat en question, mais parce que je n’ai de cette validité qu’une opinion humaine (est-ce suffisant ?). L’Église divinement assistée garantit uniquement ce qui est conforme à sa constitution et à sa manière d’agir.

Dès lors la cause est entendue. La rhétorique déployée par l’Abbé Guépin n’y changera rien.

Ladite rhétorique commence sur le mode sentimental (le cher sémina­riste, le jeune abbé, une grande joie…) mais tourne bientôt sur le registre comminatoire : ceux qui auront l’audace de ne pas accepter ces actes que l’Église désavoue et de le faire savoir sont par avance réprouvés comme auteurs de critiques, de condamnations, d’anathèmes. Vous n’allez tout de même pas supposer qu’ils pourraient apporter quelque raison intelligible !

Les raisons intelligibles que l’Abbé Guépin avance pour justifier un acte aussi grave, aussi gros de conséquences, sont annoncées sous l’égide d’un principe parfaitement vrai, opportun et nécessaire : « une fidélité inébranlable à la volonté de Dieu qui s’exprime par l’enseignement et les lois de la Sainte Église catholique. » Voilà qui est de bon augure ! On attend donc les enseignements et les lois de l’Église qui permettent un recours à un évêque sacré contre les enseignements et les lois de l’Église… mais on attend en vain : rien ne vient, rien, rien, RIEN.

Ce ne pouvait être autrement.

Tous les enseignements de l’Église, notamment ceux répétés de Pie VI et de Pie XII ; toutes les lois de l’Église, notamment les sanctions canoniques dont l’« excommunication très spécialement réservé au Souverain Pontife » pour les évêques sacrant et les évêques sacrés sans mandat apostolique ; toute la façon de procéder de l’Église sont diamétralement opposés à ce qui se prépare à Nantes.

Il y a donc place pour la critique, la condamnation, l’anathème !

La critique montre la totale vacuité doctrinale de l’annonce de l’Abbé Guépin : aucune justification n’est présentée, il n’y en a même aucune tentative. Les principes énoncés ne sont là qu’à titre décoratif, pauvre poudre à rallier les braves gens qui pataugent dans le même néant doctrinal (dans la mesure où l’on peut patauger dans le néant).

La condamnation, l’Église s’en est chargée depuis longtemps, et elle n’a fait que l’aggraver au cours des siècles.

L’anathème (ce qui signifie séparation : dehors ! loin d’ici !) frappe un épiscopat qui n’est qu’une pseudo-hiérarchie, ainsi que tout ce qui en découle ; il est dès lors impératif de fuir.

* * *

Qu’on ne s’y trompe pas, ce qui est en jeu dépasse de beaucoup le cadre et l’envergure d’une modeste chapelle rassemblant moins d’un vingt-millionième de la population mondiale : il s’agit de l’unité de l’Église et de l’unicité de sa hiérarchie ; il s’agit de la nature de l’épiscopat qui appartient nécessairement à la constitution de l’Église, comme l’enseigne Léon XIII. Pie XII a abondamment exposé et expliqué tout cela : il serait temps de vraiment lire ce qu’il dit clairement, notamment dans son encyclique Ad Apostolorum Principis, disponible sur librairiedamase.com.

Pour donner un aperçu de l’ampleur et de la gravité de cet enjeu, voici un court exposé de la nature de l’épiscopat : il vaudra toujours davantage qu’un vide qui est une forme d’aveu (mais pas encore de contrition ni de ferme propos).

En lumière et confirmation de ce qui est affirmé sur la nature de l’épiscopat, voici des extraits d’une étude de l’Abbé V.-A. Berto (Pour la sainte Église Romaine, Le Cèdre, Paris 1976, pp. 242-252).

Enfin, en lumière et confirmation de la grandeur et de la nécessité de l’épiscopat, et de son pouvoir de régence, voici un texte de Dom Prosper Guéranger (L’Année liturgique, mardi de la troisième semaine après Pâques).

Commentaires

4 réponses

  1. Bonsoir Monsieur l’Abbé,

    N’avez-vous pas été ordonné vous-même par Mgr Lefebvre qui ne disposait pas du mandat pontifical pour le faire ? J’ai du mal à comprendre cette polémique stérile et résolue depuis longtemps. Les textes que vous citez sont ceux d’une Église en ordre avec un vrai pontife. Dans la continuité de ce que vous dites, vous ne devriez pas confesser, marier, et dire la Sainte Messe avec des fidèles. Tout ceci me paraît bien contradictoire… Soyez assuré de mes prières.

    1. Monsieur,
      je vous remercie d’avoir posté un commentaire sur Quicumque. Il est pour moi l’occasion d’insister sur un point de grande importance et bien négligé.
      Il n’y a aucune parité entre un sacre épiscopal et une ordination sacerdotale, ce sont des actes de natures très différentes.
      Une ordination sacerdotale ne requiert aucun mandat pontifical, alors que cela est absolument requis pour le sacre épiscopal. La théologie l’explique clairement, et surtout cela apparaît au début des cérémonies elles-mêmes.
      Dans l’ordination sacerdotale, l’évêque pose la question suivante à l’archidiacre qui présente les ordinands : Scis illos esse dignos ? (savez-vous s’ils sont dignes ?) et l’archidiacre de répondre : pour autant que la fragilité humaine puisse le savoir… Dans la liste nominative dont la proclamation a précédé la question de l’évêque tout comme dans la réponse, aucun titre ni mandat n’est évoqué.
      Dans le sacre épiscopal, l’évêque consécrateur pose la question : Habetis mandatum apostolicum ? (Avez-vous un mandat apostolique ?) L’aîné des évêques co-consécrateur répond : Habemus (nous en avons un.) L’évêque consécrateur dit alors : Legatur (qu’il soit lu). Le notaire reçoit alors le mandat du co-consécrateur et le lit du début à la fin.
      Il apparaît clairement que les sacres épiscopaux sans mandat apostoliques sont mensongers (ou gravement tronqués), ce qui n’est pas du tout le cas des ordinations sacerdotales faites par Mgr Lefebvre.
      Il est prudent, avant de décréter qu’une polémique est stérile, de s’informer de la nature des choses, et de le faire aux seules sources qualifiées en l’occurence : l’enseignement du magistère et les rites liturgiques. Je vous assure, Monsieur, que c’est nécessaire, éclairant, salutaire. Je prie pour que vous le fassiez sérieusement.

  2. Dans l’ancien testament on lit que lors du transport de l’arche d’alliance , à cause d’un cahot l’arche a vacillé et que des Israélites qui se trouvaient à proximité ont posé la main comme pour la retenir et ils ont été frappé de mort car il était interdit d’y toucher .Or on pourrait dire que l’acte des israélites était quasiment un acte « réflexe » or Dieu a puni ! L’arche d’alliance n’est elle pas une figure de l’Eglise ? On ne touche donc pas à l’Eglise sous peine d’être puni de mort ! (sacres sans mandat apostolique ) Seigneur sauvez nous , nous périssons !

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