Saint Hervé

Ce jeudi 17 juin, nous fêtons saint Hervé, qui n’est mentionné ni au martyrologe ni au missel romains, mais qui est un saint authentique vénéré en Bretagne où sa bénie influence a été grande et bienfaisante.

Cette courte biographie, d’excellent esprit, est due à la plume de Gérard Rhétice qui, sous le nom de Jacques Tescelin, a produit des vies de saints de belle facture, de doctrine sûre et de grande vigueur spirituelle. Par exemple celle de saint Jérôme (un petit chef-d’œuvre d’édition !) ou celle de saint Vincent Ferrier, disponibles sur librairiedamase.com.

Saint Hervé
ou
l’aveugle qui vit le ciel

Le Moyen Âge commençait. Il était né de l’irruption, dans le Bas-Empire romain affaibli, de peuples barbares, qui le dépecèrent et, souvent, le rava­gèrent : il est né, a-t-on dit, dans la douleur et dans la défaite.

Jusqu’au cinquième siècle, la Gaule romaine avait pu contenir la poussée des tribus qui cherchaient à l’envahir, ou en régler l’entrée. Puis, quand la ruée fut générale aux portes de l’empire, les légions se trouvèrent impuis­santes à partout lui résister. En 410, pour raccourcir les frontières à défendre, Honorius, empereur d’Occident, rappela les légions de la Britannia, la Grande-Bretagne actuelle. Laissés à eux seuls face aux incursions des Pictes, Scots, Angles et Saxons, de plus désunis, les autochtones bretons, celtiques de race, ne purent leur résister. Ceux qui échappèrent à l’extermination se réfugièrent dans les régions les plus faciles à défendre du Pays de Galles ou Cambrie, de la Cornouaille (anglaise), de l’Écosse. Au sixième siècle, beau­coup passèrent la Manche vers la terre la plus proche ; à la presqu’île d’Armorique, où ils retrouvèrent des frères celtiques, ils donnèrent le nom de leur pays : la Bretagne gauloise était née.

En ce pays des mégalithes, ruiné et dépeuplé par les barbares païens, plus même par les tribus gagnées au néo-paganisme de l’arianisme, la religion catholique avait dépéri. Les immigrants, heureusement, avaient la vraie foi, et avec eux, arrivaient des missionnaires ardents, les saints Corentin, Sanson, Pol, Aurélien, Malo, Brenda, Tugdual, Cador, Guénolé, Gildas ; et aussi des bardes, poètes qui chantaient leurs héros avec leurs exploits, encourageant les guerriers au combat, et, de plus, éducateurs de la jeunesse. Un de ces bardes immigrés, Huvernian, ne s’arrêta pas en la nouvelle Bretagne, mais poussa jusqu’à Paris, où le roi Childebert résidait avec sa cour. Childebert, qui venait de succéder à son père Clovis, passait pour un prince cultivé, ami des savants, des poètes, des musiciens, dont il aimait s’entourer. Huvernian, qui, outre sa langue celtique, connaissait le roman parlé à la cour royale, comp­tait y trouver la sécurité nécessaire à son art.

De fait, le roi et ses leudes applaudirent au talent du barde, qui rythmait ses poèmes sur des airs nouveaux en s’accompagnant de la rote bretonne. Huvernian, dans son enfance, avait bénéficié des leçons de maîtres de sa Bretagne première, là où il était dit que leurs chants étaient si beaux que les anges se penchaient au bord du ciel pour les écouter. Pour le garder, le roi l’appointa généreusement à sa maison.

Or, malgré l’amitié royale et les honneurs reçus à la cour, Huvernian n’était pas heureux. Ascète, il souffrait de vivre au milieu du luxe et des plai­sirs. « Il ne se laissa pas aller aux vices de la cour, mais il vivait dans la crainte de Dieu, s’adonnait à l’oraison, fréquentait les églises, donnait l’aumône aux pauvres, surtout gardait avec un soin particulier, la pudicité. » Il résolut d’être moine, et, à cette fin, de rejoindre les communautés monastiques de Cambrie. Au roi, il dit qu’il lui fallait suivre la voie que Dieu semblait lui indiquer. Le roi, bien que peiné, n’hésita pas à l’aider. Ce fut vers l’an 518 que Huvernian, comblé de présents et munis de lettres royales, quitta Paris pour aller à la mer. Un Seigneur de Carhais, mandaté par Childebert, l’escortait et devait lui procurer une barque pour la Bretagne première.

Leur voyage terrestre approchait de son terme, quand Huvernian eut un songe : Une jeune fille lui apparut qui chantait un chant merveilleux. À son réveil, toujours décidé à être moine, il voulut se défaire de l’image de la vision, mais en vain. La nuit suivante, un ange, brillant de clarté, le tira de son inquiétude. « Tu trouveras, lui dit-il, la jeune fille assise au bord d’une fontaine proche de la voie royale que tu vas suivre. Va sans tarder, cherche-la, et prends-la pour épouse ; de votre union naîtra un fils qui sera le secours d’une multitude. »

Le lendemain, parti encore pour rejoindre la grande île bretonne, comme il arrivait près de la mer, il vit la jeune fille apparue en songe, qui chantait avec une voix qui semblait celle d’un ange. Rivanone – ainsi était son nom – était du pays de Trégor ; orpheline, elle vivait avec son frère. Elle aussi dési­rait se consacrer toute au Seigneur ; mais à elle aussi un ange était apparu qui lui avait dit qu’elle devait épouser un poète et qu’elle serait la mère d’un saint.

La conversation s’engagea entre eux. Huvernian lui dit la volonté de Dieu sur lui-même. Elle dit qu’elle avait été, elle aussi, éclairée dans le même sens. Elle vit le jeune homme si pieux, si délicat, si révérencieux : c’était bien celui qu’un ange lui avait annoncé. Avec le consentement de son frère, elle épousa Huvernian.

Peu de temps après leur mariage, Huvernian dit à Rivanone : « Vous êtes la seule femme que j’aie jamais aimée ; encore ne vous ai-je prise en mariage que sous l’ordre formel de Dieu. Un ange, en effet, m’a promis que nous aurions un fils qui serait la force et l’honneur du peuple chrétien. » Rivanone lui répondit : « J’ai reçu la même révélation. Si de fait c’est un fils que je met­trai au monde, je prie le Dieu tout-puissant que ce fils ne voie jamais la pâle lumière de ce monde afin de ne pas être ébloui par l’éclat trompeur des faux biens de la terre. » Huvernian s’écria : « Comment désirer condamner son en­fant à un tel malheur ? Mais si ce fils doit être privé de la vue de la terre, je prie Dieu de lui donner en échange la vision du monde céleste. »

À Lanrioul en Plouzévédé, vers l’an 520, Rivanone mit au monde un aveugle, qu’ils nommèrent Hervé. Cinq ans plus tard, Huvernian mourut, et l’éducation de l’enfant revint entièrement à Rivanone. « Lorsqu’il fut grande­let, écrit Albert Legrand, sa mère lui apprit sa créance, son psautier, lequel, avant l’âge de sept ans, il savait tout par cœur, et encore les hymnes com­munes du bréviaire ». Enfant de musiciens chanteurs, Hervé apprit aisément le solfège et l’art du chant. Et lui aussi devint barde.

Aveugle, il devait tout apprendre par cœur. Son étonnante mémoire répéta sans faillir les chants que sa mère lui enseigna. Il y ajouta plus tard des poèmes chantés de sa composition. Ainsi il constitua un trésor poétique et musical, qui entra dans la tradition des vieux cantiques bretons.

Mais déjà, lorsqu’il eut huit ans, il fut confié à un moine, Arzian, qui devait compléter son éducation. Rivanone à ce moment, se retira dans la solitude. Le moine Arzian avait été formé à l’école des docteurs d’Irlande, pays qui, à cette époque, était le foyer culturel des peuples celtiques. Sept ans durant, Hervé s’instruisit tant dans les lettres que dans l’art liturgique ; grâce à sa mémoire prodigieuse et, certes, plus encore grâce à son talent, Hervé progressa merveilleusement tant dans les lettres que dans l’art liturgique.

Au sortir de l’école d’Arzian, il se rendit chez son oncle Urfol, supérieur d’un monastère et de l’école y attachée, non loin d’où sa mère Rivanone vivait solitaire. Hervé eut le pressentiment ou la révélation, que sa mère ne vivrait plus longtemps. Il le dit à l’oncle. Urfol, voulant revoir Rivanone, confia le monastère avec l’école à son neveu, et se hâta. Il trouva en effet Rivanone qui allait vers sa fin, et aussi qui souhaitait voir encore une fois son fils. Or, sans plus attendre, ce fils s’était mis en route avec des compagnons. « Je vois, dit-elle, un cortège de moines qui approche, et j’entends la voix de mon fils habillé de gris avec une corde de crin pour ceinture. » Hervé put embrasser sa mère. Puis comme elle le demandait, il s’établit non loin d’elle et du monastère d’Urfol. Un ange l’avertit du jour où Rivanone allait mourir. Quand elle eut expiré, il l’enterra dans l’oratoire du petit monastère ; sur le tombeau, les miracles commencèrent.

Aveugle, Hervé se déplaçait rarement seul. Pour conduire ses pas, on lui procura un jeune guide, du nom de Guicharan ; c’est lui que les arts repré­sentent auprès de saint Hervé. Un jour, partant en pèlerinage, Urfol confia la ferme du monastère à Hervé et à Guicharan. Un labour avait été commencé. Pour l’achever, Guicharan attela l’âne du monastère à la charrue. Or, à peine avait-il entrepris le travail, qu’un loup affamé sortit d’un fourré et se jeta sur l’âne. Alerté par les cris de Guicharan, Hervé accourut mais l’âne était déjà mort, et Guicharan tremblait de peur. Hervé se mit en prière. Le loup venant vers eux, Hervé rassura Guicharan : « Il ne vient pas pour mal faire, mais pour réparer le tort qu’il a causé. Prends-le, passe-lui le collier d’attelage et tu le conduiras comme tu faisais de l’âne. »

Guicharan obéit. Et l’animal carnassier vécut en étable comme une hon­nête bête de trait, et rendit tous les services d’un animal domestique. Le miracle a fait de saint Hervé le protecteur des animaux de trait contre les loups. Il nous dévoile que le saint aveugle vivait avec les bêtes dans la même familiarité que nos premiers parents avant la chute, comme il en fut de nombreux saints, tels que saint Paul l’Ermite, saint François d’Assise, les saints Antoine du Désert et de Padoue.

Depuis tout un temps, il était dans l’intention d’Urfol de vivre ermite. Mais, avant d’abandonner définitivement son monastère avec son école, il attendit que son neveu fût capable de le remplacer. Alors, il lui proposa sa succession, qu’Hervé accepta. Hervé n’avait pas une âme de solitaire ; la vie active lui était nécessaire, associée, du reste, à une oraison continue. Et aussi, l’enseignement répondait à ses aptitudes et à ses préférences. Pendant trois ans, il enseigna aux enfants les prières, le chant des psaumes, la musique. Il leur prêcha l’obéissance, le travail : il leur répétait que celui qui demeure oisif en sa jeunesse amasse de la peine pour sa vieillesse, et « Mieux vaut instruire petit enfant à bien vivre qu’à lui amasser richesses ! ». L’école prospéra.

Le loup domestiqué par sa seule parole, et tous les autres prodiges, com­ment les cacher ? Hervé craignait la renommée et les incessantes visites. Il résolut de transporter ailleurs sa petite communauté. Mais, à la nouvelle de la mort de son oncle Urfol, il voulut aller d’abord se recueillir sur son tombeau. Où trouver ce tombeau dans la forêt sauvage qui avait été son dernier séjour ? Il n’y vit que des pâtres gardant leurs troupeaux. Ils voulurent l’aider et, en­semble, ils trouvèrent l’ermitage d’Urfol, mais non le tombeau. Hervé savait à qui recourir : il se mit à prier, et la terre s’entrouvrit qui laissa apparaître le sarcophage contenant les restes du saint. Hervé rendit grâces au Seigneur. Ensemble, ils arrangèrent le tombeau.

De là, il partit pour Saint-Pol-de-Léon. L’évêque de l’endroit aurait aimé lui conférer les saints Ordres ; l’humble infirme accepta seulement d’être exorciste.

Près de Saint-Pol-de-Léon Hervé guérit de nombreux possédés. En plus il démasqua les démons cachés sous forme humaine. Il y eut, chez un de ses hôtes, un serviteur qui présentait une coupe ; par un signe de croix, Hervé la mit en miettes. Le serviteur déclara : « Je suis un diable d’enfer qui excite les crapules et les gourmandises, et qui pousse aux discordes et aux querelles ; puisque la vertu de Dieu me force par son serviteur à le déclarer, j’avais préparé ce breuvage tout exprès, duquel si vous en aviez bu, vous vous seriez entretués avant de sortir de ce lieu ». Chassé, le démon s’écria : « Hervé, ser­viteur de Dieu, pourquoi me mènes-tu si rude guerre ? ».

De même, parmi les domestiques d’un saint abbé de ses amis, Hervé reconnut un démon. Interrogé, l’ange déchu dut répondre : « Je m’appelle Hurcan ; je suis un bon charpentier, maçon, serrurier, bon pilote ; il n’y a guère de métiers que je ne puisse exercer. » — « Eh bien ! dit Hervé, puisque tu es si habile en tout métier, imprime du doigt le signe de la Croix en ce pavé, et adore Jésus crucifié. ». Le faux domestique voulut s’enfuir ; le saint le poursuivit jusqu’au rivage proche, et l’obligea à se précipiter dans la mer.

Il entendit une voix surnaturelle : « Marche vers le soleil levant, et quand tu entendras : Repose-toi ! Repose-toi ! tu t’arrêteras et tu construiras une de­meure ; c’est là que tu donneras ton âme à Dieu et ton corps à la terre ; ton domaine sera un asile pour les hommes, qui y trouveront, avec le bienfait du salut, la félicité d’un sol fécond ».

Hervé quitta Saint-Pol avec sa petite communauté. Longtemps ils mar­chèrent. Il est dit qu’au cours de la longue route, de son bâton Hervé fit jaillir une source qui désaltéra ses compagnons. Enfin, il entendit, descendant du ciel, le signal annoncé : « Repose-toi ! Repose-toi ! » — « Où sommes-nous ? » demanda l’aveugle. Ses disciples répondirent : « Nous longeons un champ de blé ». — « Bien, dit Hervé, allez chercher le propriétaire du champ, car il doit me le céder. » Innoc, le propriétaire, un brave paysan, ne dit pas non ; mais pourquoi le donner tout de suite et ainsi perdre la belle récolte prochaine ? « Laisse-nous faire, dit Hervé, nous allons couper cette moisson en herbe, et tu auras des gerbes bien mûres et bien sèches. » Innoc se décida d’abord à leur céder seulement une partie, qui fut fauchée en herbe. Or, au temps normal de la moisson, Innoc vit chaque tige de blé fauché en herbe donner trois fois plus de grains que les autres épis. Sans plus hésiter, il offrit tout le champ, « et je vous promets de vous aider à construire une belle église ».

La demeure demandée devint un monastère. C’était à Lanhouarneau, alors et encore souvent aujourd’hui appelé Lan-Houarné, du nom d’Hervé. Incapable de travailler de ses mains à la construction, l’aveugle redevint un barde, qui scandait l’ouvrage et l’encourageait. Pour payer les ouvriers, et aussi pour subvenir aux besoins des moines, il se fit aussi quêteur : partout l’accueil des environs fut généreux, préparé d’ailleurs par le renom de sa sain­teté, par les miracles qui jalonnaient ses routes. Du monastère, il fut l’abbé, et ses compagnons furent soumis à la règle monastique de saint David de Galles, un saint breton de la grande île. Une règle peu banale ! Pour être reçu à l’épreuve même, le postulant devait, dix jours durant, attendre devant la porte du monastère, en butte aux moqueries des passants ; une fois admis à l’intérieur, il lui fallait réussir une longue et difficile probation. Le régime des moines était extrêmement austère, notamment par le jeûne presque conti­nuel, lequel comportait l’absence totale de la viande. Les activités des moines étaient variées : une ferme modèle, un centre paroissial, un dispensaire de soins, une hôtellerie pour les voyageurs, une école, avant tout et pour tous l’œuvre de Dieu (opus Dei), qu’est la récitation des heures canoniales.

Peu après l’érection du monastère, un concile régional fut convoqué, qui aurait à juger un seigneur, Conomor, coupable d’avoir tué sa femme et, en même temps, l’enfant qu’elle avait eu de lui. Le saint hésita d’abord à s’y rendre ; enfin il partit, mais n’arriva qu’un jour après la date prévue, fatigué, et toujours en pauvre appareil. Quelque impatient s’écria : « Quoi ! C’est pour ce misérable aveugle que nous avons perdu une journée à attendre ? » Hervé se contenta de répondre avec douceur : « Mon frère, pourquoi vous moquez-vous de mon infirmité ? Ne savez-vous pas que Dieu nous a faits comme il lui a plu ? Rendons-lui grâces de ce qu’il a fait de chacun de nous. » Les assis­tants blâmèrent l’insolent. Brusquement, il tomba par terre : il était aveugle. Tous furent frappés de ce châtiment, mais, apitoyés, ils supplièrent Hervé de le guérir. Il se recueillit, fit du sol aride jaillir de l’eau, dont il lava les yeux de l’homme puni par Dieu. Et Dieu rendit la vue à l’aveugle, qui rendit grâces à Dieu.

Le concile prononça l’excommunication de Conomor. En compagnie de son évêque, saint Houardon, Hervé reprit la route. En chemin, l’évêque lui demanda : « Je sais que vous avez parfois le bonheur de contempler le ciel ouvert devant vous. Ne pourriez-vous pas prier Dieu de m’accorder cette grâce, une seule fois dans ma vie ? » — « Soit ! dit Hervé, mais, pour obtenir pareille faveur, nous allons jeûner trois jours et prier. » Ainsi firent-ils. Le troisième jour, un ange apparut, qui leur dit : « Regardez le ciel ; je vais vous en montrer les habitants. » L’évêque et l’aveugle levèrent la tête, et tous deux virent le ciel entrouvert ; ils entendirent une mélodie qui ravit leurs âmes, et ils virent les Saints et les Anges. Transporté par le miracle, qui le faisait voir, et voir les élus, Hervé se mit à chanter longtemps. Le ciel se referma quand le chant s’arrêta. En raison de cette vision, on a attribué à saint Hervé le cé­lèbre cantique du Paradis, cantique breton encore connu, où il est dit :

Le temps me paraît court
Et les peines légères
À penser  jour et nuit
À la gloire du Paradis

Sa vie, désormais, s’écoula sans heurt et sans accident. Jusqu’à un âge avancé, il gouverna son monastère, lui-même « forme de son troupeau », modèle de ses frères, dont il guidait les prières et les chants. Son humilité ne put empêcher que sa renommée s’étendît de plus en plus loin, celle de sa sainteté, celle aussi de ses miracles. Et, de partout de sa terre bretonne, lui furent amenés les malades, les aveugles, les boiteux, les possédés, qui, guéris à sa prière, repartaient, l’âme élevée : il avait le don d’enflammer les tièdes et d’amener à l’acceptation généreuse les meurtris du cœur. L’aveugle qui avait vu le Ciel, voyait l’état des consciences.

Les années, qui vieillissaient son corps, augmentaient la jeunesse de son âme. Au vrai, il avait gardé une âme d’enfant, mais éclairée par l’obéissance habituelle à la grâce, dans le commerce des choses célestes.

Un ange lui apparut pour lui annoncer qu’il mourrait six jours plus tard. Ces jours, il n’allait pas les perdre stériles. Sa prière ininterrompue se fit plus pressante. À ses frères moines, il demanda de prier avec lui de tout leur cœur. C’était la coutume que, pour obtenir de Dieu quelque faveur, une procession se déroulât plusieurs fois autour de l’église. Le vieil abbé voulut faire, une dernière fois, une procession solennelle avec les moines autour du monastère. La cérémonie s’achevait, quand, pris de fièvre, il dut s’étendre. Pour sa com­munauté, il passa ses pouvoirs à un prêtre. Pour lui, il demanda qu’on appelât saint Houardon, son évêque. Saint Houardon arriva six jours plus tard, comme il ne restait à Hervé que quelques heures de vie en ce monde. Le mourant dit à l’évêque : « Voici venu pour moi le moment de subir la sentence que Dieu porta contre l’homme au paradis terrestre… C’est avec joie que je quitte ce monde… » L’évêque lui donna l’absolution, lui administra le saint Viatique et le bénit. Dans la paix, saint Hervé remit son âme à Dieu. À l’instant, les témoins de sa mort entendirent de ravissantes mélodies dans l’air. Une joie divine succéda au chagrin de l’évêque, des moines et de tous les assistants.

Le cercueil de saint Hervé fut déposé devant l’autel du monastère, là où aujourd’hui s’élève l’église paroissiale de Lanhouarneau. Au ciel, son âme continue sa prière en faveur de ceux qui l’invoquent.

Vinrent les invasions normandes. Les reliques du saint furent sauvées de la profanation, en même temps que d’autres qui étaient déposées au même endroit. Mais elles furent si bien cachées qu’elles ne furent jamais retrouvées. Il reste toutefois, offerts à la vénération des Bretons et de tout fidèle, quelques objets du saint, mais dont certains, fort probablement, ne sont pas authentiques.

Bibliographie.
Albert Legrand. Vie des Saints de Bretagne.
Jean Maillard. Saint Hervé, ermite du Léonnois et barde du Seigneur.
Chanoine Hervé Calvez. Les grands saints bretons.
Florian Le Roy. Bretagne des saints.
Comte de Laigue. Saint Hervé.

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