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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 10:56

Le chant grégorien est l’un des plus purs joyaux du patrimoine de l’Église catholique, la splendeur de sa liturgie et une véritable école de sainteté. Il y a donc, pour tout fidèle, un spécial appel à en prendre la défense et à le pratiquer.

La Renaissance – la Rechute selon le mot si juste de Chesterton – avait méprisé le chant grégorien et dénaturé sa ligne mélodique simple et sa rythmique unique, tissues de prière et de contemplation.

La restauration de ce chant plus que millénaire fut entreprise au milieu du XIXe siècle sous l’impulsion de Dom Prosper Guéranger, dans le but fondamental de prier, et de prier comme on priait aux âges de foi. L’artisan principal de cette restauration tant mélodique que rythmique fut Dom André Mocquereau, dont l’atelier de paléographie musicale a atteint une science et une rigueur d’une ampleur qui n’a jamais été égalée, sans détriment aucun pour l’esprit de piété — bien au contraire. C’est le Pape saint Pie X qui a donné le cadre juridique et l’impulsion morale pour que cette réforme soit étendue à toute l’Église latine : « Je veux que le peuple prie sur de la beauté ». Il était réservé à Dom Joseph Gajard, pendant le demi-siècle où il a dirigé le chœur de Solesmes, d’être le « bon ouvrier » de la diffusion du chant ressuscité et de sa rythmique, et le maître incontesté de l’interprétation qu’il a portée à une haute perfection. Il faut aussi mentionner les précieux travaux de Dom Eugène Cardinne, en qui la sémiologie trouve un maître-fondateur.

Le refroidissement de la foi et la destruction de la liturgie catholique, issus de Vatican II, ont considérablement amoindri la position du grégorien qui, pour une part notable, s’est réfugié chez qui demeurent fidèles à la liturgie traditionnelle.

Mais voici que le chant grégorien subit une nouvelle menace. Les théories de Marcel Pérès (né en 1956) et de son ensemble Organum (né en 1982) sur le chant grégorien pénètrent parmi les fidèles, et l’abbaye de Bellaigue – bénédictins issus du Barroux qui se sont rattachés à la fraternité Saint-Pie-X – semble en être le fer de lance et le diffuseur. Pour avoir assisté à une tranche de messe de Requiem dans leur église, je peux dire qu’on peut faire beaucoup de choses avec leur chant : écouter, s’immerger, se plaire, apprécier, pleurer, rire, s’extasier, détester, admirer, mépriser, envier… tout sauf prier. Et ce n’est pas étonnant.

Car le dessein avoué, publié et surtout mis en œuvre par Marcel Pérès et ses disciples est de séparer le chant grégorien de la foi catholique. Il est, littéralement, de profaner le chant grégorien. C’est une affirmation grave, dont on voit les conséquences sur toute la liturgie, qui demande donc à être sérieusement étayée.

Deux livres exposent les principes et les buts de Marcel Pérès et de son ensembleOrganum :

–  Marcel Pérès, Jacques Cheyronnaud, Les voix du plain-chant, 2001, Desclée de Brouwer, Collection Texte et voix (ci-dessous noté I) ;

–  Marcel Pérès, Xavier Lacavalerie, Le Chant de la mémoire : Ensemble Organum, 1982-2002, Desclée de Brouwer, Collection Texte et voix (ci-dessous noté II).

Ces deux livres ne font pas mystère de cette intention de séparer le chant grégorien de la foi, et de s’opposer diamétralement à l’école de Solesmes (avec une ironie méprisante). Citons.

« [Perspectives]. Bien que promus par l’Église, les trois premiers domaines [recherche musicologique, formation pratique à des répertoires religieux, diffusion] devraient pouvoir s’intégrer dans la société civile laïque. Les activités proposées seraient indépendantes de tout investissement de foi » (I, 171).

« C’est dans cette perspective de basculement et de rupture qu’il faut examiner le travail d’Organum (…).

« Rappelons d’abord les grandes lignes de cette révolution opérée à l’initiative de Marcel Pérès et de l’ensemble Organum (…).

« Dernier point, enfin, qui ne va pas sans provoquer quelques grincements de dents, parce qu’étroitement lié aux deux précédents : c’est en renouant avec des traditions vocales encore vivantes (chant polyphonique corse, musique sacrée byzantine, samaa des soufis marocains ou tunisiens) que l’on peut vérifier d’éventuelles correspondances entre les notations anciennes des musiques religieuses et les pratiques actuelles.

Ces confrontations fructueuses posent de manière cruciale toutes les divergences avec Solesmes. Options musicales, d’abord — Solesmes ayant des idées très précises sur ce que doivent être l’homogénéité des voix, la beauté des timbres, la justesse des attaques et des notes, l’égalité du tempérament, l’emploi, ou plutôt le non-emploi, des micro-intervalles comme les tiers ou les quart de tons, la nature des ornementations ; divergences idéologiques, ensuite, qui ont conduit Marcel Pérès à rompre avec la vision spiritualiste d’un chant éthéré et désincarné… (bla-bla)… » (II, 211).

« Faire chanceler les certitudes et repousser les limites de notre paysage sonore aura donc été la grande affaire de l’ensemble Organum et de Marcel Pérès. Au chant grégorien lisse, séraphique, tempéré, qui semblait si bien s’accorder au dépouillement et à la paix des ruines romanes, s’est substituée une variété infinie de plains-chants, puissants, solaires, croulant d’ornements… » (II, 213).

« Dans les monastères chrétiens (…) on chantait avec la foi : un artiste, lui, le fait en tant que professionnel. Souvent, l’ensemble Organum fait d’une cérémonie religieuse un spectacle profane » (II, 215).

« L’ensemble Organum est un outil de questionnement infini.

« Sur la musique, sur la mémoire. Sur la foi. Sur ce socle anthropologique… (bla-bla)… » (II, 215).

Pour être juste, il faut préciser que l’ironie méprisante à l’égard de Solesmes est exprimée surtout par les disciples de Marcel Pérès, et que celui-ci tient des propos plus modérés dans un entretien qu’il a donné à la revue La Nef en 2007 (quon peut lire ici). Marcel Pérès y apparaît sous un jour un peu différent. On y comprend qu'il estime (à tort !) que l’effondrement consécutif à Vatican II dénote l’insuffisance ou l’errance de la restauration de saint Pie X, et il est donc parti ailleurs rechercher la beauté liturgique du chant : c’est en même temps une intention émouvante et une erreur fondamentale de direction et de moyen. L’effondrement issu de Vatican II est l’effet d’une déficience profonde dans la foi catholique, et le remède que Pérès met en œuvre ne fait qu’aggraver le mal, puisqu’il sépare le chant grégorien d’avec la foi et la prière. Ceux qui le suivent participent et participeront à cet effet désastreux.

*

*     *

Mais ce qui devrait inquiéter davantage encore, c’est que Marcel Pérès et ceux qui se sont engagés dans des voies analogues, sont très favorablement salués par Jacques Viret.

Bien sûr, il ne s’agit pas du tout d’attribuer, à Organum et consorts, les errements de Jacques Viret ; cependant il est bon de s’arrêter un peu à ce dernier pour mesurer l’abîme qu’on côtoie lorsqu’on s’éloigne d’une juste conception du chant grégorien.

La vue de Jacques Viret (né en 1943) sur le chant grégorien (et apparemment sur toutes choses) est parfaitement gnostique et la pensée de son livre Le chant grégorien et la tradition grégorienne, (L’Âge d’Homme, Lausanne 2001) se résume ainsi : le chant grégorien n’est pas une prière, il est un parcours initiatique.

Le fond de l’affaire est le panthéisme : L’univers est Dieu, nous sommes divins, nous sommes des émanations de Dieu, des parties de Dieu. Notre tendance, notre dignité est donc de retrouver la connaissance de notre origine divine (la gnose) à travers les religions diverses qui ne sont que des expressions dégénérées de cet être divin que nous sommes. Toutes les religions ont donc une unité transcendante, elles sont au fond la même chose. Cette unité transcendante, cette foncière identité s’appelle la Tradition.

Évidemment, l’hindouisme et l’islam sont des expressions supérieures, plus pures, plus proches de la Tradition primordiale que la religion catholique qui est profondément dégénérée avec ses dogmes, sa structure hiérarchique, sa loi morale.

L’initiation consiste donc à dépasser la forme religieuse particulière héritée de la société dans laquelle nous sommes pour retrouver la Tradition primordiale, cette unité des religions qui nous réintégrera dans l’unité fondamentale (ou nous en fera prendre conscience) : celle entre Dieu et nous. Ainsi nous accéderons à la véritable gnose.

Le grégorien fait partie de la Tradition, et peut donc être l’instrument de la quête de la gnose. Il doit être mis en relation, il doit être éclairé par les autres traditions musicales pour retrouver son authenticité et faire retour à l’unité primitive. Alors le grégorien est un véritable parcours initiatique.

Pour cela, il doit se détacher des conceptions erronées qui voient en lui une prière, une affirmation donc de la distinction infinie entre Dieu et nous, une expression de la foi catholique exclusive de toute autre prétendue vérité incompatible avec elle.

La pensée de Jacques Viret est très clairement gnostique (on en peut citer des pages et des pages bien explicites), et voilà pourquoi il salue le « nouveau grégorien », qui se trouve du coup compromis dans une drôle d’affaire panthéiste ; et cela à plusieurs titres :

–  il tend à une expression du moi qui s’identifie à Dieu ;

–  il a subi la contamination des musiques « traditionnelles » ;

–  il tend à n’être plus une prière.

Je vais citer le commencement de son court chapitre sur le nouveau grégorien (p. 261). Tout y est dit. Une petite précision vient page 263 : Anne-Marie Deschamps propose, au congrès grégorien international de Strasbourg (1975), de revivifier le grégorien par le yoga. On voit dans quelle direction on se dirige.

« La tradition intégrale : le nouveau grégorien (fin du XXe siècle)

« § 135. Une nouvelle ère

« La dernière étape historique de la tradition grégorienne a débuté aux alentours de 1980 et correspond à l’apparition d’un courant interprétatif nouveau. En 1982 déjà Lance W. Brunner prenait conscience d’un changement de conjoncture, et s’en réjouissait. Les discussions sur l’interprétation du chant grégorien – son rythme notamment – n’étaient plus, observait-il (Brunner 1982 : 317), confinées comme auparavant au cercle étroit de la recherche musicologique, mais s’ouvraient enfin à la pratique du concert et du disque. Le même auteur remarquait en outre (ibid. : 317, 326-327) que la situation de fait créée par la récente réforme conciliaire (§ 21), en transférant le chant grégorien de la liturgie au concert (§ 22), encourageait les interprètes à expérimenter librement des approches interprétatives variées. C’était donc une “nouvelle ère” qui s’annonçait, et battait en brèche le quasi monopole détenu jusque là par les moines de Solesmes, champions d’un grégorien “liturgique” et “catholique”.

« L. Brunner énumère trois points susceptibles de donner lieu à un renouvellement interprétatif : le rythme, les neumes ornementaux (§ 182-184) et l’esthétique vocale (§ 13). Il ne mentionne qu’en passant une orientation de recherche dont en 1982 on ne mesurait sans doute pas encore l’importance, et qui contribue à éclairer chacun de ces trois points et d’autres encore : l’approche comparatiste, ethnomusicologique (§ 50), celle d’un grégorien appréhendé non plus comme un univers musical autonome et isolé, mais comme le centre d’un vaste cercle où l’entourent toutes les traditions musicales du monde, plus près ou plus loin de lui selon le degré variable de proximité qu’elles ont avec lui. On s’est donc rendu compte que pour redonner vie musicale aux notations des vieux manuscrits il faut d’abordécouter les chants traditionnels. Quant à savoir lesquels, cela n’importe que secondairement car leurs fondements (§ 45) et la manière de chanter (§ 13) sont communs, comme l’ont constaté Dominique Vellard (DSd Vellard/Sayeeram 1999 a ; § 12), Marcel Pérès et d’autres. Alors on aura forcément une approche nouvelle des signes écrits sur les vieux manuscrits (§ 51). Un tel élargissement représente sans conteste, en soi, un fait artistique d’une portée majeure, et une étape cruciale dans l’histoire millénaire du chant grégorien.

« Les représentants de ce courant ne s’opposent pas ouvertement à Solesmes (hormis Pérès 1987 ; § 130), et ils n’ont pas – jusqu’à présent – donné de leur démarche une justification théorique, ni même écrite (voir cependant Pérès 1991) : raison pour laquelle nous ne pouvons en parler ici que sur la base d’enregistrements discographiques et de leurs notices (Cf. DSc Deschamps, Lesne, Livljanic, Pérès, Poisblaud, Vellard). »

 

*

*     *

Il vaut mieux – il faut absolument – se tenir bien loin de ces courants, si savants qu’ils paraissent, si scientifiques qu’ils se donnent. La sainte liturgie catholique ne saurait s’approcher ni s’accommoder de tels détournements.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Liturgie
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 21:41

Vous trouverez sous ce lien un article du R. P. Édouard Hugon, parue dans la revue des dominicains de Rome Angelicum en 1928, article qui est un commentaire et une réflexion sur la question que saint Thomas d’Aquin consacre à l’équité dans la Somme théologique.

On voit souvent cet article mentionné en référence, mais sans jamais un seul extrait ni résumé, signe que le texte de l’article n’a pas été lu ni consulté. Il y a peut-être donc un peu d’esbroufe dans ces mises en référence, qui ne sont là que pour « faire sérieux » et non pas pour approfondir la nature des choses.

J’ai eu l’idée – la tentation – de traduire l’article du Père Hugon, mais j’y ai renoncé. C’est qu’il est un travail délicat de faire une traduction fidèle, même si le latin du Père Hugon est simple à comprendre. L’art de la traduction est difficile si l’on veut l’accomplir honnêtement, en entrant dans la pensée de l’auteur et ses nuances, et en travaillant à les restituer avec exactitude et élégance dans le génie de la langue de destination.

Et puis, il ne faudrait pas vivre d’illusion. Si l’on veut connaître la pensée théologique de l’Église, et si l’on veut défendre sa doctrine autrement que par des à-peu-près et des formules incomprises, il faut apprendre le latin. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Pape Benoît  XV dans la lettre Vixdum qu’il a fait envoyer par la Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités aux évêques d’Allemagne, le 9 octobre 1921. En commentaire du canon 1364, il déplore que l’ignorance de la langue latine fasse préférer de médiocres publications écrites en langue vulgaire aux grandes œuvres de la sagesse catholique qui exposent lumineusement la foi et la défendent avec vigueur et justesse [Enchiridion clericorum, Polyglotte vaticane, 1938, n. 1125].

Pour faire bonne mesure, je joins aussi le commentaire de Cajetan – celui que Léon XIII a fait insérer dans la Léonine – sur la question CXX de la IIa IIæ de la Somme théologique.

 

En outre, je vous propose quelques réflexions un peu plus générales qui permettront peut-être de situer la question dans sa difficulté et sa portée.

Effet de la contingence

Les vertus de prudence et de justice sont les deux principales vertus morales. Si elles sont spécifiquement totalement différentes, elles ont cependant un statut commun ce sont des vertus qui inhèrent dans des facultés spirituelles (intelligence et volonté) dont les objets sont des actes humains qui sont profondément affectés par la contingence.

La prudence rectifie et ordonne les actions humaines en tant que celles-ci perfectionnent celui qui les accomplit et le conduisent à sa fin ; la justice rectifie et ordonne les mêmes actions en tant que celles-ci insèrent dans la société celui qui les accomplit.

Même la prudence du chef ne peut ordonner les actes d’autorité au bien commun (immanent) de la société avec pleine rectitude et efficacité vraie, si les mêmes actes ne sont pas ordonnés à la fin dernière du chef lui-même, puisqu’il y a coïncidence entre cette fin dernière et le bien commun séparé de la société, c’est-à-dire Dieu.

La vertu de justice, qui incline à rendre à chacun son droit, c’est-à-dire ce qui lui appartient, ne commence à s’exercer que lorsqu’on entre en société avec autrui, ne serait-ce qu’avec un simple membre de la cité.

Ce statut particulier et commun de la justice et de la prudence (inhésion dans une faculté spirituelle ; spécification par des actes immergés dans la contingence) est la racine d’une commune nécessité : être gouverné par le haut. Cela est indispensable pour que ces deux vertus « gardent la tête hors de l’eau » (de l’opacité de la contingence).

Prudence et Sagesse

En ce qui concerne la prudence, la réflexion part d’une merveille parmi les merveilles : O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiæ.

Nous chantons cette antienne de Vêpres le 17 décembre, premier jour de la grande neuvaine préparatoire à Noël. Et voici qu’à la divine Sagesse l’Église demande de venir nous enseigner la voie de la prudence.

C’est qu’il existe une prudence de la prudence, une prudence supérieure qui gouverne cette vertu par le haut : c’est la sagesse. Sans cette sagesse, il n’y a pas de perfection de la prudence, il y a même parfois imprudence.

Il faut restaurer la prudence, lui redonner son lustre, son office d’auriga virtutum, son rôle directeur universel dans l’action humaine. C’est une urgence. C’est une restauration sans laquelle la paresse morale sera toujours présente et périlleuse.

Mais il faut que la prudence demeure dans l’ordre, à sa place, sous peine de devenir une vertu chrétienne devenue folle, selon la judicieuse expression de Chesterton. Comme le disait fort à propos Jean Madiran : « Une vertu chrétienne devient folle lorsqu’elle échappe aux relations de voisinage, de complémentarité ou de subordination qu’elle entretient avec les autres vertus » (Itinéraires n. 21 p. 13).

J’en prends deux exemples.

Le premier est quand la prudence devient autonome, auto-justifiante (et qu’elle cesse ipso facto d’être prudence). Une prudence qui ne prend conseil que d’elle-même, qui trouve en elle sa raison d’agir et son ultime fondement, est une « prudence » qui mène à tous les abus : c’est la triste histoire de la morale de situation, si justement fustigée par Pie  XII. Pour libérer la vie morale d’une pseudo-conscience externo-juridique dans laquelle on l’englue depuis trois siècles, on a dissous totalement la loi et l’ordre auxquels la prudence doit ajuster l’agir humain… Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus.

Le second est qu’un jugement que l’on porte sur l’agir d’autrui ne peut pas être un jugement de prudence : il y manque la tête et la queue. Il n’y a pas l’intention droite qui est interne à celui qui agit (intention que la prudence a pour mission de transporter jusqu’à l’agir effectif) ; il n’y a pas non plus l’imperium qui achève la prudence et la fait exister. Et donc un jugement extérieur, si sagace soit-il, ne peut jamais se substituer à un jugement de prudence : et par manque de « juridiction » et aussi par manque de qualité, de consistance. C’est ce que les professionnels de la correction fraternelle devraient se remémorer, parce que cet aspect des choses doit entrer dans leur jugement de prudence, qui les fera se taire (souvent), parler (parfois) et surtout donner à leur correction le tact nécessaire pour que celle-ci reste à sa place.

En fait, la vertu est un ordre. Retirer une vertu de cet ordre, ou lui donner un rôle indu, c’est détruire tout l’ordre : cela est aussi vrai de l’ordre naturel que de l’ordre surnaturel. Il y a les « idolâtres » de la foi (sans les œuvres) ou de la charité séparée de la foi ; il y a les chevaliers de la force, de la modestie, de la patience ou de l’eutrapélie ; il peut y avoir les hérauts indiscrets de la prudence ; il y a mille manières d’exercer l’esprit propre au détriment d’un ordre qui demande sans cesse ajustement, unité et renoncement. Et prière.

Le « juste milieu » de la vertu n’est pas seulement le juste milieu de l’objet de la vertu, mais aussi le juste milieu de l’exercice de la vertu elle-même (qui s’applique même aux vertus théologales – en ce qu’elles élicitent), et là la prudence illuminée et soutenue par la sagesse et par la Sagesse a un grand rôle à jouer.

Justice et Équité

Tout comme il y a une « prudence supérieure », il y a une « justice supérieure », une justice de la justice, qui gouverne cette vertu par le haut : c’est l’équité. Sans elle, il n’y a pas de perfection de la justice, il y a même parfois injustice : summum jus summa injuria.

Il est fort nécessaire de ne pas perdre cela de vue, sinon la vertu devient une mécanique, une sorte d’habitude de la cogitative : elle cesse par le fait même d’être vertu.

L’équité est une justice qui domine les trois parties subjectives de la justice. Il y a une « haute justice » de la justice commutative, une plus « haute justice » encore de la justice distributive ; et quand il s’agit de la justice légale, l’équité se concrétise en épikie (qui en constitue l’aspect purement légal – mais on peut discuter du vocabulaire).

Mais, comme le fait remarquer à juste titre le commentateur de la Revue des Jeunes (le P. Bernard, o. p.), l’équité, étant une vertu éminente, présuppose une recherche éminente de la vertu : « disposition propre aux grandes âmes, calmes et spiritualisées, habitude qui cherche (…) ses principes de direction dans une prudence extrêmement élevée et ses principes de réalisation dans un sens tout à fait achevé de la justice, dit le sens de l’équité. Évidemment de telles vertus ne sont pas simplement annexées à la justice ; elles y mettent le comble. »

Il faut une vertu éminente, en effet, et un ajustement perpétuel, et une pureté d’intention sans cesse renouvelée. Sans cela, l’abîme est grand. Nous l’avons vu pour la prudence dégénérée en morale de situation.

Si l’équité veut elle aussi s’affranchir de la nature des choses, s’affranchir de la connaissance de la loi et de sa nature, alors, par un processus tout à fait analogue, on est conduit à un esprit d’anarchie camouflé sous le nom d’équité ou d’épikie, qui n’est qu’une caricature de la justice. C’est pour cela qu’il ne suffit pas d’invoquer et d’exalter l’équité : il faut voir que cette invocation et exaltation accroissent la nécessité de la loi, et un juste discernement du domaine d’application de cette équité. Sinon, on tombe dans une « légalité de situation ». Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus.

Ut filii lucis ambulate

 

Ces rapides réflexions sont sujettes à mille précisions et améliorations. Mais elles voudraient replacer la perspective de la vie morale dans celle de la magnanimité. La corruption de la société, la lourdeur de la vie quotidienne, les blessures du péché et la longueur du temps ensevelissent trop souvent cette vérité qui est toute fondamentale dans la vie chrétienne : nous sommes les enfants de Dieu, les rachetés de Jésus-Christ crucifié, les promis à la gloire éternel. Cela doit influer à chaque instant sur l’esprit et la mise en œuvre des vertus de prudence et de justice. Levons la tête !

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Morale
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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 20:14

La collection Magnificat (mallette contenant des fiches consacrées à la doctrine et à la culture catholique – vous pouvez toujours souscrire, cliquez ici) poursuit son bonhomme de chemin ; elle aborde parfois des sujets qui revêtent une importance particulière en ceci qu’ils concernent des erreurs qui couvent plus ou moins sous la cendre de gens désireux de conserver la foi catholique, mais peu éclairés sur l’enseignement précis de l’Église catholique.

En voici un bon exemple dans la fiche consacrée au Millénarisme dont voici, en avant première, le texte.

I.  Le millénarisme « dur »

Le millénarisme est une transposition « baptisée » du messianisme temporel que les Juifs se sont mis à professer à partir de l’exil de Babylone : messianisme qui a empêché la majorité d’entre eux de reconnaître en Jésus-Christ le Messie et le Fils de Dieu. Le millénarisme est la même erreur, rapportée au deuxième avènement de Jésus-Christ — celui où il doit revenir en puissance et majesté pour juger les vivants et les morts.

Voici un extrait très instructif du Sens mystique de l’Apocalypse de Dom Jean de Monléon (pp. 324-327) à propos du chapitre XX du livre de saint Jean.

« Tous ces serviteurs restés fidèles à Dieu malgré les persécutions [au temps de l’Antéchrist] sont morts, il est vrai, aux yeux des hommes : mais, en réalité, aussitôt franchies les portes de l’autre monde, ils ont trouvé, dans l’union de leur âme avec leur Créateur, une vie nouvelle bien plus parfaite que celle d’ici-bas. Et ils ont régné mille ans avec le Christ.

« Ces derniers mots demandent quelques explications, car c’est sur eux que s’est greffée la doctrine dite du millénarisme ; doctrine rejetée par l’Église depuis des siècles, et qui voit cependant de temps à autre, de nouveaux champions se lever en sa faveur, sous le fallacieux prétexte qu’elle a pour elle l’opinion de plusieurs Pères authentiquement orthodoxes. Ses tenants, les millénaristes, appelés aussi chiliastes, soutiennent que bien avant le jour de la résurrection générale, les justes reprendront leurs corps, et ainsi ressuscités, régneront mille ans sur cette terre, dans Jérusalem restaurée, avec le Christ. Ensuite viendra la dernière révolte de Satan, le combat suprême mené contre l’Église par Gog et Magog, l’écrasement des rebelles par Dieu, enfin la résurrection universelle suivie du Jugement dernier. Il y aurait ainsi deux résurrections successives, séparées par un intervalle de mille ans : celle des martyrs d’abord, celle ensuite du reste de l’humanité.

« La théorie du millénarisme avait des racines dans la littérature juive, hantée toujours par l’idée d’un Messie régnant glorieusement sur la terre. Reprise, au temps de saint Jean, par l’hérésiarque Cérinthe, il est exact qu’aux IIe et IIIe siècles de l’ère chrétienne, quelques Pères, et non des moindres, l’adoptèrent, sous des formes diverses et plus ou moins atténuées. On peut citer parmi eux saint Justin, saint Irénée, Tertullien et alii

« Mais le sentiment de ces écrivains ne peut en aucune façon être regardé comme représentant la croyance de l’Église : pour qu’en effet le témoignage de plusieurs Pères puisse être considéré comme l’expression de la Tradition catholique, il faut, disent les théologiens, “qu’il ne soit pas contesté par d’autres”. Or, cette condition n’existe nullement en l’occurrence : déjà saint Justin reconnaissait que la théorie millénariste était loin d’être admise par tous ; Origène la réprouvait et la traitait d’ineptie judaïque. Saint Jérôme rompt délibérément avec elle : “Nous n’attendons pas, nous, écrit-il, d’après les fables que les Juifs décorent du nom de traditions, qu’une Jérusalem de perles et d’or descende du ciel […]. Il n’y a que trop des nôtres qui ont pris au sérieux ces promesses […] ”

« Saint Augustin se prononce dans le même sens : s’il marque d’abord quelques hésitations, on le voit ensuite, dans La Cité de Dieu, condamner nettement le chiliasme, et cette opinion est celle qui prévaut désormais, aussi bien en Orient qu’en Occident, dans l’Église. À partir du IVe siècle, on ne trouve plus un écrivain catholique digne de considération qui défende le millénarisme, et le sentiment unanime des théologiens, au premier plan desquels il faut citer saint Thomas et saint Bonaventure, l’écarte résolument. […]

« L’expression : Et ils ont régné mille ans avec le Christ doit donc, comme nous l’avons indiqué déjà, s’entendre dans un sens mystique. Les mille ans désignent toute la période qui s’étend entre le jour où le Christ a, par sa Résurrection, rouvert le royaume des cieux, en en franchissant les portes avec sa Très Sainte Humanité, et celui où, grâce à la résurrection générale, les corps des élus y entreront à leur tour. Mais les âmes des bienheureux, elles, y sont déjà, étroitement unies à Celui qui est leur vraie vie ; elles participent à la gloire du Christ, elles constituent sa cour, elles règnent avec Lui. »

L’étude et la réfutation du millénarisme sont l’objet d’une thèse du classique ouvrage du Cardinal Jean-Baptiste Franzelin, Tractatus de divina Traditione et scriptura, S. C. de Propaganda fide, Rome 1882, thèse XVI, pp. 186-201.

Au cours d’une discussion serrée, il invoque spécialement le témoignage de saint Thomas d’Aquin (in IV Sent. dist. XLIII q. 1 a. 3 sol. 1 ad  4) : « À l’occasion des paroles de l’Apocalypse (c. xx), comme le raconte saint Augustin (La Cité de Dieu, l. XX), certains hérétiques ont affirmé que les morts ressusciteraient une première fois afin qu’ils règnent avec le Christ sur la terre pendant mille ans : d’où ils sont appelés chiliastes ou millénaristes. Saint Augustin montre qu’il faut entendre les paroles de l’Apocalypse de la résurrection spirituelle par laquelle les hommes ressuscitent du péché par le don de la grâce. La seconde résurrection est celle des corps. C’est l’Église qui est appelée le Règne du Christ… »

Le millénarisme est l’exemple même d’une théorie explorée par certains Pères, mais qui n’est pas traditionnelle parce qu’elle n’a pas été transmise. Bien au contraire, il a subi un définitif coup d’arrêt de la part de Pères majeurs de l’Église (saint Jérôme, saint Augustin) et il a été rejeté du corps de la doctrine catholique. Il a bien resurgi de temps à autre, mais ce fut dans les milieux hétérodoxes et dans les sectes protestantes.

II.  Le millénarisme « mitigé »

À côté du millénarisme franchement  hétérodoxe et multiforme (et ridicule, dit saint Augustin), est parfois professé un millénarisme adouci (c’est cela le vrai sens de mitigé ) qui s’efforce d’éviter les oppositions trop criantes avec la doctrine de l’Église.

Le Pape Pie XII, le 21 juillet 1944, a fait porter par le Saint-Office un décret ainsi libellé :

« Ces derniers temps, on a plus d’une fois demandé à cette Suprême Congrégation du Saint-Office ce qu’il faut penser du système du millénarisme mitigé qui enseigne qu’avant le jugement dernier, précédé ou non de la résurrection de plusieurs justes, le Christ notre Seigneur viendra visiblement sur notre terre pour y régner.

« Réponse : Le système du millénarisme mitigé ne peut pas être enseigné de façon sûre. »

La sentence portée par le Saint-Office est l’extension à l’Église universelle d’une condamnation notifiée trois ans auparavant (11 juillet 1941) dans une réponse adressée à l’Archevêque de Santiago du Chili. Cette lettre, qui est libellée dans les mêmes termes que ceux rapportés ci-dessus, précise en outre deux choses qui permettent de bien saisir la portée de l’acte.

1.  Ce qui est visé par la condamnation, c’est le millénarisme tel qu’il est professé dans le livre d’Emmanuel Lacunza (publication posthume sous le pseudonyme de Ben Ezra) La Venida del Mesías en gloria y majestad, ouvrage déjà condamné (Index du 6 septembre 1824).

2.  Le devoir de l’Archevêque est de veiller – par des moyens efficaces – que cette fausse doctrine ne soit, sous quelque prétexte que ce soit, ni enseignée, ni propagée, ni justifiée ni recommandée, que ce soit de vive voix ou par des écrits.

Nous savons ainsi de quelle doctrine il s’agit : celle propagée par Ben Ezra ; et ce qu’il faut entendre par tuto doceri non posse — ne peut être enseigné de façon sûre : ni enseignement, ni apologie.

En outre, l’ouvrage de Ben Ezra étant inscrit au catalogue de l’Index (et encore présent dans l’ultime édition), il ne peut être ni détenu, ni lu, ni acheté, ni vendu. Le choix est entre le feu et la poubelle !

Si l’on traduit en langage courant la réponse du Saint-Office, cela donne : il faut se méfier du millénarisme mitigé ; et si l’on ajoute les précisions apportées par la lettre, on complète : comme de la peste.

L’Église nous enjoint donc fermement de nous méfier du millénarisme mitigé comme de la peste. Mais pourquoi donc ?

—  Du point de vue de la vérité (point de vue fondamental du Saint-Office), ce millénarisme n’est pas enseigné par la Révélation divine publique, qui pourtant seule peut nous faire connaître un avenir qui ne dépend que de la volonté de Dieu.

—  Notre espérance a comme objet le Royaume de Gloire au Ciel : celui-là existe déjà, nous l’attendons activement et nous pouvons être appelés à tout instant.

—  Le combat pour la Royauté sociale de Jésus-Christ est un combat présent, dans la société contemporaine, pour l’Église catholique, qui est dès maintenant le Règne de Jésus-Christ sur la terre, et un règne qui est principalement spirituel.

 

—  La vie chrétienne n’est pas l’attente d’une sorte de nouvelle rédemption : c’est aujourd’hui qu’il faut vivre en état de grâce pour plaire à Dieu, dans la prière et le devoir d’état, dans l’esprit filial et l’amour du prochain. Le reste n’est que mythique et imaginaire.

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 09:19

Voici la transcription d’une partie du dernier bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance — qui est lui-même la transcription d’une lettre envoyée à un ami. Mais je crois que ce qui y est exposé mérite d’avoir une plus large audience : non pas par la qualité de l’exposé, mais parce que certaines vérités somme toute banales ne sont même plus soupçonnées dans la débâcle générale des intelligences et des cœurs.

 

Catholiques du Denzinger (1)

 Il ne faut pas ironiser sur les « catholiques du Denzinger ». Certes, avoir en main et à la bouche le Denzinger ne donne pas ipso facto l’intelligence de la foi ni la science théologique, loin s’en faut. Il y a quelques caricatures pour rappeler qu’un livre ne donne pas le discernement. Mais c’est déjà aller chercher la lumière à la bonne source : dans l’enseignement de l’Église, dans les textes du Magistère.

Il ne faut pas ironiser ni décourager, mais aider ; il ne faut pas retirer le Denzinger de leurs mains, mais leur apprendre à s’en servir, à en comprendre les termes, à remettre chaque vérité à sa place dans l’ensemble de la doctrine catholique (c’est ce qu’on appelle l’analogie de la foi), à voir dans quel sens l’Église l’a mise en œuvre, à méditer la vérité pour qu’elle devienne un élément vital en nous et non un gourdin pour assommer le prochain etc.

Il y a dans la collection d’Itinéraires une magnifique défense de La Cité catholique (vers 1960) où Jean Madiran prend la défense de cette institution qui a fait tant de bien en diffusant et en faisant étudier les encycliques et les catéchismes, contre les docteurs moqueurs qui reprochaient (à tort) aux membres de La Cité catholique de ne pas savoir lire les encycliques — mais qui, eux, ne faisaient rien pour diffuser la doctrine de l’Église. C’est un écrit flamboyant comme Madiran savait les faire, et d’une haute sagesse savoureuse et instructive.

À tout prendre, les « catholiques du Denzinger » sont bien préférables aux « catholiques du moi je pense que », race ignoble qui se croit dispensée d’étudier et qui ne se fie qu’à ses propres ténèbres faites de mémoire évanescente et d’esprit propre omniprésent. Leur ignorance leur sert de caution morale pour copieusement dénigrer leur prochain, sans vergogne.

Adrien Loubier, dans son ouvrage si utile et clairvoyant Groupes réducteurs et noyaux dirigeants expose que le signe et la conséquence du fonctionnement d’une société de pensée est la doctrine imaginée. C’est bien de cela qu’il s’agit chez les « catholiques du moi je pense que », surtout s’ils sont en groupe où les rapports sont de flatteurs à flattés, ou de gourou à gros-bêta. On imagine, et pour essayer de donner une apparence savante à l’imagination, on se livre à des découpages et des lectures gauchies de textes, qui n’impressionnent que ceux qui ne prennent pas la peine d’aller étudier aux sources.

Je préfère aussi les « catholiques du Denzinger » à une race qui a une nette tendance à s’accroître avec le temps qui nous éloigne de 1991 : les « catholiques Lefebvre ».

Je ne veux pas parler de ceux qui ont de la vénération et de la gratitude pour la personne de Mgr Marcel Lefebvre : c’est là une chose parfaitement juste, et je me place parmi ceux-là. Je ne veux pas parler non plus de ceux qui citent Mgr Lefebvre comme on le peut faire de tout auteur parce qu’il apporte un témoignage ou expose la vérité avec l’autorité de la science.

J’appelle catholiques Lefebvre ceux qui recourent à Mgr Marcel Lefebvre comme à une autorité magistérielle : il a parlé donc c’est vrai, vous n’avez rien à ajouter, la cause est entendue. Mgr Lefebvre a dit que la « nouvelle messe » est valide… elle est donc valide à n’en pas douter. Mgr Lefebvre a sacré des évêques… c’est donc que cela est légitime. Et ainsi de suite.

C’est une attitude étonnante.

D’abord parce que Mgr Lefebvre dans son combat n’était pas du tout un organe du Magistère de l’Église. Mais, au fait, il a bien été en situation d’exercer le magistère suprême de l’Église, lorsqu’il était père conciliaire à Vatican  II… bizarrement ce ne sont jamais les textes du concile qu’il a signés qui sont cités par ceux qui en font une autorité magistérielle.

Et puis, il y a une grande variété dans les prises de position de Mgr Lefebvre, et chacun abonde en son sens, estimant que le « vrai » Mgr Lefebvre est celui qui est d’accord avec lui. Alors, c’est la tour de Babel — tout le contraire du Magistère de l’Église catholique.

Militance et véritance

Je pense que cette déformation profonde tient à ceci : la primauté de la militance sur la véritance (j’invente le mot pour les besoins de la symétrie). On s’imagine que la vérité se trouve automatiquement à la pointe de l’épée, et qu’il suffit de combattre « du bon côté » pour avoir raison sans être obligé de remonter droitement aux principes, sans être tenu de vérifier les faits, sans nécessité de faire un sérieux effort de compréhension de ceux qu’on combat etc.

L’Église catholique est militante, mais cette qualité découle de la possession de la vérité. Inverser l’ordre entraîne des désordres moraux permanents, et constitue un contre-témoignage qui éloigne les esprits honnêtes qui pourraient être intéressés par des études ou des textes utiles.

Cela est d’autant plus vrai que possession de la vérité ne signifie pas connaissance verbale, superficielle ou utilitariste. Cette possession consiste à être possédé.

Il ne s’agit pas du tout de réduire la vérité aux dimensions de nos intelligences bien limitées ; il ne s’agit pas de faire de la vérité un parti ni une arme pour supplanter, éliminer ou humilier le prochain.

Il s’agit de se souvenir que la vérité est une personne – Notre-Seigneur Jésus Christ ; que cette personne est la vérité éternelle, le Verbe de Dieu ; qu’elle a déposé la vérité qui illumine et qui sauve dans l’Église catholique qu’elle a dotée d’un Magistère pour cela (et d’un gouvernement pour que la vérité passe dans les actes, et d’un pouvoir de sanctification pour qu’on aille chercher la vérité dans sa source : la grâce et la miséricorde de Dieu).

Placer notre intelligence sous la lumière de la foi, dans la docilité à l’Église, dans l’esprit de l’Évangile, dans la rigueur de l’intelligence que Dieu nous donne, dans l’humilité et la simplicité des petits enfants : nous n’avons rien à inventer et tout à recevoir ; nous n’avons rien à gauchir par l’amour propre, mais tout à faire tourner en action de grâces et en louanges : alors la militance sera bénie de Dieu.

 

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    (1) Denzinger est le nom couramment donné à l’Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum qui fut publié à partir de 1854 par Henri Denzinger. Cet ouvrage, qui tient dans la main (c’est le sens selon l’étymologie grecque d’Enchiridion), est un recueil d’extraits de textes du Magistère de l’Église sur les sujets de dogme et de morale. Il est devenu un ouvrage de référence par son sérieux et son aspect pratique (les tables sont très complètes, et les textes sont rangés par ordre chronologique.

Il y a deux séries de Denzinger. Les trente et une premières éditions vont de 1854 à 1960 (Denziger, Denzinger-Bannwart, Denzinger-Umberg, Denzinger-Rahner). Elles se sont étoffées au fur et à mesure que le Magistère de l’Église s’exerçait, en conservant la même numérotation. La référence à cette série est la plus commune et la plus sûre.

Les éditions 32-38 vont de 1963 à 1995 sous le nom de Denzinger-Schönmetzer ; elles bouleversent la numérotation, introduisent des textes anciens controversés, intègrent les actes de Vatican  II et consorts, et éliminent des passages entiers de Quanta Cura ou de Pascendi (par exemple)… Certain virus est passé par là, sans compter que la nouvelle numérotation s’est peu répandue.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 09:09

À qui se préoccupe quelque peu de la foi catholique, de son intégrité et de la manière dont elle a été malmenée à Vatican II, la question se présente un jour ou l’autre à l’esprit : la liberté religieuse – condamnée par Pie IX dans Quanta Cura et enseignée dans Dignitatis humanæ personæ au concile Vatican II (qui tire son autorité de Paul VI) – la liberté religieuse, donc, est-elle une hérésie ou une « erreur dans la foi » ?

   Répondre à cette question demande quelques développements car la matière est un peu ardue et délicate si on la veut traiter en toute rigueur et vérité.

   En voici une tentative.

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 22:13

ou : les « anarchistes de droit divin »

Nous n’avons pas de Pape, « doux Christ en terre » qui lie et qui délie pour que la vie d’ici-bas et celle du Ciel soient ajustées. Nous n’avons pas d’évêque (de vrai évêque) pour nous assigner un ministère, pour nous donner des directives, pour nous guider, pour nous contrôler, pour nous punir s’il le faut.

Alors, si nous en prenons à notre aise avec le droit de l’Église, nous n’obéissons à plus personne ni à plus rien : nous donnons dans l’anarchisme, cette maladie qui gangrène tout le petit monde des tradis où chacun n’obéit en définitive qu’à son propre sentiment, à son idée du bien, à sa volonté propre. Ce n’est pas seulement une anarchie ecclésiale, c’est aussi une maladie spirituelle.

Le droit de l’Église, c’est l’expression de la volonté de Dieu — de Dieu qui a tout remis à son Église pour nous enseigner, nous sanctifier et nous conduire dans la voie du Salut. Le droit n’est pas la foi qui garde toujours une primauté sans discussion (évidemment !), mais le droit indique la foi, le droit applique la foi. Si l’on prétend défendre la foi en faisant fi du droit et si l’on porte cette prétention au bout de sa logique, cela s’appelle le schisme.

—  Mais que faites-vous de l’épikie ? Vous n’allez tout de même pas prétendre que cela n’existe pas ! Avez-vous fait attention à la direction que vous prenez ?

Il est bien sûr qu’existe l’épikie – surtout en période d’absence de l’Autorité – sans laquelle on tombe dans une sorte de fondamen­talisme qui focalise l’esprit sur la matérialité des choses, ce qui est ainsi inhumain et pour autant immoral. Mais à la condition de recourir de façon honnête et non pas magique à l’épikie.

Je m’explique. L’épikie est une bénigne interprétation de la loi, à l’encontre de la lettre de la loi mais selon l’intention du législateur. Elle relève de la justice générale (ou légale) quant à sa nature, et de la prudence (particulièrement de la gnomè) quant à sa mise en œuvre.

*

Sous l’aspect de justice, pour recourir honnêtement à l’épikie, il faut se donner la peine de connaître la lettre de la loi, il faut se donner la peine de discerner la qualité de la loi ; il faut se donner la peine de discerner la volonté du législateur.

Trop souvent, on se contente d’une vague connaissance de ce que commande l’Église, on néglige de rafraîchir sa mémoire sous la raison préalable que « de toutes les façons, il y a épikie ». Autant dire : « En définitive, je ferai comme je veux. »

Puis il faut s’interroger sur la qualité de la loi que l’on rencontre : est-elle une loi divine intangible parce qu’elle constitue la nature des choses ? Est-elle une loi ecclésiastique qui établit elle aussi l’ordre des choses ? Est-elle une loi ecclésiastique qui organise, permet, exige, interdit dans l’ordre de l’exécution ?

Dans les deux premiers cas, il ne peut pas y avoir épikie : cela n’a pas de sens.

Relève du premier cas la dévolution de l’épiscopat, qui fait partie de la constitution même de l’Église parce qu’elle constitue l’unité de sa hiérarchie et la réalité de sa succession apostolique. L’invocation de l’épikie ne peut dispenser du mandat apostolique qui fait de l’évêque un successeur des Apôtres, un membre de la hiérarchie de l’Église, un évêque catholique. L’épikie ne peut empêcher que, par la nature des choses, un évêque sacré sans mandat apostolique inaugure une pseudo-hiérarchie dissidente ou s’y insère.

Relève du second cas, par exemple, la perte de consécration d’un autel par séparation (même très brève) de la table supérieure de son soubassement (Canon 1200 § 1). La bonne intention du maçon qui les a séparés (même si c’est par erreur ou en vue de consolider la jonction) n’y change rien : ce n’est plus un autel consacré, apte à porter le saint Sacrifice. L’épikie ne peut empêcher cette perte : elle est d’un tout autre ordre.

Dans ce second cas, la question « épikique » serait : suis-je dans une situation qui m’autorise à célébrer en dehors d’un autel consacré ? Suis-je dans un camp soviétique ? Suis-je au fond du hallier vendéen pendant que brûlent les églises ? Poser la question sous son angle véritable, c’est le plus souvent en trouver la bonne réponse.

Pour illustrer le troisième cas, la matière ne manque pas. Prenons le renouvellement des Espèces eucharistiques. Le Code de droit canonique, le Rituel romain et le Cérémonial des Évêques, si l’on met bout à bout leurs exigences, prescrivent de célébrer la sainte Messe chaque semaine dans l’église où est conservé le Saint-Sacrement ; de ne consacrer que des hosties relativement fraîches ; de renouveler fréquemment celles qui ont été consacrées (Canons 815, 1265 & 1272 ; Rituel (édition 1952, tit. V, c. 1, n. 7) ; Cérémonial des Évêques, l. I, c. 6, n. 2).

Si, pour un cas particulier, on veut connaître et invoquer l’intention du législateur, il faut d’abord remarquer que l’exigence de la loi ne se limite pas à écarter tout risque de corruption des saintes Espèces ; il faut aussi célébrer la sainte Messe. La raison en est le lien essentiel qui existe entre la présence réelle et le saint Sacrifice de la Messe. La présence est pour le Sacrifice, sa raison d’être est d’être signe (et donc cause) du Sacrifice de la Croix offert sur l’autel. Il est contre nature de dissocier la conservation de la sainte Eucharistie et la célébration de la sainte Messe.

Il faut ensuite observer que l’Église est d’une grande sévérité en la matière, puisqu’au moins depuis le xvie siècle (S. C. du Concile, 5 avril 1573, et nombreux actes subséquents), le Saint-Siège n’a accordé aucune autorisation de dépassement de temps qui aille au-delà d’une seconde semaine. L’Église semble donc bien estimer qu’au-delà, le risque est grand, non seulement de corruption des saintes Espèces, mais aussi de négligence, de banalisation, d’oubli, ou encore de dissociation entre Présence réelle et sainte Messe.

C’est que la volonté du législateur n’est pas laissée à l’appréciation arbitraire de tout un chacun. Bien souvent elle s’exprime dans la loi elle-même, ou dans sa genèse ; on la trouve aussi en considérant les dérogations que le législateur a accordées, et celles qu’il a toujours refusées, même dans des cas extrêmes.

*

L’épikie relève de la prudence dans sa mise en œuvre. En cela, elle est semblable à toutes les actions humaines. Ce qu’il faut noter, c’est que la prudence suppose la rectification de la volonté dès l’origine de son processus, puisque saint Thomas d’Aquin enseigne que la rectitude de l’appétit est le critère de la vérité pratique. Le rôle de la prudence est donc de conduire cette droiture de la volonté de l’intention-source de l’acte humain jusqu’à son exécution, y compris la conduite de l’action elle-même (ou de son abstention).

En cela, la prudence est profondément différente du « bon sens », lequel fait abstraction de la rectitude de la volonté ; elle diffère d’une « bonne intention » qu’on « plaque » après avoir réfléchi et pris sa décision, celle-ci ayant été arrêtée sans référence à l’ordre qui relie de façon efficace et proportionnée les moyens à la fin (manière de procéder qui est la caractéristique de la deuxième classe d’homme, selon saint Ignace). Le « bon sens », si on l’entend au sens de sagacité, n’est qu’une partie intégrale de la prudence, et pas du tout la vertu de la vérité pratique à lui tout seul.

Pour parodier Bernanos – qui affirmait que l’optimisme est une contrefaçon de l’espérance à l’usage des imbéciles – on peut dire que le bon sens est une contrefaçon de la prudence à l’usage des imbéciles.

Bernanos ne parle pas d’un tempérament optimiste (ce qui est en dehors de la volonté) mais du recours « incantatoire » à l’optimisme comme étant la bonne attitude de l’âme. Le bon sens invoqué comme règle « magique » de l’action mérite le même traitement. Car ce bon sens, si grand et juste qu’on le suppose, ne peut pas se substituer à la prudence, parce que celle-ci recherche la vérité de l’action (et donc l’ordre à la fin par la conformité à la loi) en étant conduite par la droiture de la volonté (qui impère la mise en œuvre de toutes les ressources de l’expérience, du jugement etc.). Il faut avoir du bon sens, mais il faut avoir le bon sens de laisser le bon sens à sa juste place : le bon sens ne peut se substituer à la prudence ; il lui manque l’ordre à la fin qui structure l’acte de prudence en tout son développement.

J’en dirais de même d’un prétendu « nez catholique », ersatz de l’instinct de la foi, succédané de l’esprit de foi, raccourci qui prétend dispenser d’étudier et de méditer tel ou tel point de doctrine, échappatoire au devoir de « rendre raison de l’espérance qui est en nous ». C’est ainsi qu’on peut parfois voir se dresser « bon sens » contre « bon sens » et « nez » contre « nez », sans règle objective ni référence à l’Église — sauf comme référence subordonnée à son « bon sens » (dans la pratique), ou à son « nez » (dans la doctrine). Les querelles doctrinales deviennent ainsi inexpiables et mortelles, les divergences insolubles.

*

Le temps dure, et nous devons durer, tenir, progresser chaque jour. Mais il ne faut pas que cela nous fasse « oublier Jérusalem ». Surtout pas. Bien au contraire.

Or l’épikie alléguée tous azimuts dans des domaines où elle ne peut s’exercer, tout comme l’invocation d’une quasi-universelle « suppléance de juridiction » qu’on excipe même quand elle n’a aucun fondement objectif et communicable (sans qu’il y ait de mise en œuvre d’un caractère sacramentel ou de titulus coloratus), fait qu’on s’installe dans un monde clos, parallèle à la réalité de l’Église, et qu’on ne pleure plus super flumina Babylonis.

Tout cela donne l’impression que pour avoir la conscience tranquille, il suffit de fabriquer une espèce de balai qu’on intitule « bon sens » ; ensuite, dès qu’entrent en jeu la Constitution de l’Église (qui est tout de même divine !) ou son droit (qui est toujours en vigueur et oblige en conscience !), on donne un coup de balai pour évacuer le problème avant même de l’étudier sérieusement, en disant : « Il y a nécessité, il y a épikie, il y a suppléance de juridiction. » De cette épikie, on fait la loi générale : devant l’énoncé d’un précepte d’Église, ce n’est plus la prudence qui se demande comment l’observer, c’est l’automatisme qui recherche comment s’en dispenser. De la suppléance de juridiction on fait un droit autojustifié, un état stable et permanent : et voilà qu’on élabore la notion de juridiction de suppléance. Passez muscade ! C’est une imposture et un grand péril. Il vous faudra bien supporter que je le crie de temps à autre. À temps et à contretemps.

 

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 21:41

Pendant qu'à Rome, les discussions dans l'aula conciliaires faisaient craindre un amoindrissement de la doctrine catholique sur les sources de la Révélation divine, Dom Jean de Monléon publia dans la revue Itinéraires un article rappelant l'enseignement de l'Église à ce propos.

On appelle sources de la Révélation les « monuments » où Dieu a déposé les vérités qu'il révèle au genre humain. Ces sources sont au nombre de deux : la sainte Écriture et la Tradition apostolique.

Ce qui était prévisible arriva : la constitution Dei Verbum réduit (en pratique) la Tradition apostolique à n'être qu'une source auxiliaire de la sainte Écriture, et non pas une source à part entière, par laquelle nous sont connues des vérités révélées qui ne sont pas consignées dans la sainte Bible (l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, par exemple).

La lecture de l'article de Dom de Monléon est toute indiquée pour nous remettre en lumière et en honneur des notions capitales pour la vie de l'Eglise et la nôtre, puisqu'il s'agit des fondements même de la foi catholique.

 

Voici donc : Révélation, traditions et Tradition par Dom Jean de Monléon.

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 11:58

Les articles du Père Thomas Deman, o.p., sont toujours d'un immense intérêt, tant ce prêtre dominicain (1899-1954) a étudié les sciences morales et a participé à a remise en valeur du rôle central et nécessaire de la vertu de prudence dans la vie humaine, tant naturelle que surnaturelle.

Voici donc un travail dans lequel il examine avec bienveillance deux idées propres à M. Jacques Maritain, idées qu'il rejette à la fin d'une analyse fine et profonde.

Comme il arrive souvent dans ce genre d'écrits, il y a de nombreux obiter dicta (dits-en-passant) parsemant son texte, qui contiennent une grande partie de l'intérêt de la lecture. Sur le rôle de la prudence, la place des conclusions de saint Alphonse de Liguori, la nécessité de l'expérience, le Père Deman nous illumine et nous régale : je vous laisse le découvrir.

Un autre chose qui ressort de notre étude, c'est que la maladie de Maritain n'était pas, comme se plaisent à le dire nombre de paresseux qui prétendent le réfuter ou le critiquer sans analyse sérieuse, ... n'était pas le rationalisme mais au contraire le pseudo-surnaturalisme. Cette maladie qui a rongé beaucoup de contre-révolutionnaires du dix-neuvième siècle, beaucoup d'auteurs de seconde zone dont certains font aujourd'hui des maîtres, cette maladie donc a empoisonné Maritain. Son personnalisme ravageur et dissolvant de toute société n'a été que la laïcisation de son pseudo-surnaturalisme.

Le diagnostic du Père Deman (qu'il n'explicite pas beaucoup) était partagé par le Père Santiago Ramirez o.p. (une grande figure de la théologie d'Espagne au vingtième siècle), par Louis Jugnet, par le Chanoine Lallement et par le Père Michel-Louis Guérard de Lauriers o.p. (je ne nomme que ceux pour lesquels je suis certain).

Place au Père Deman dans Sur l'organisation du savoir moral.


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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 05:31

C'est un titre un peu trompeur que je viens d'écrire... Il aurait mieux valu que je dise mon intention de mettre à votre disposition deux articles de l'Abbé Daniel Lallement, qui introduisent dans le vocabulaire et dans la pensée politiques de saint Thomas d'Aquin.

Ces deux articles, publiés en 1927 par la Revue de Philosophie, exposent avec simplicité et compétence :

1°/ ce qu'est la science politique en elle-même et dans ses rapports avec la foi catholique, avec la morale naturelle et avec le vertu de prudence ;

2°/ quelle notion de régime politique met en œuvre saint Thomas d'Aquin, comment la fin qu'on entend poursuivre dans la société politique en détermine la forme – et donc pourquoi il nomme forme de gouvernement ce qui peut n'apparaître au premier abord que comme un caractère accidentel, à savoir le mode de désignation du détenteur de l'autorité.

La simplicité qu'apporte l'Abbé Lallement dans son exposé est bienvenue, surtout en ce qu'elle évite le simplisme et en détourne le lecteur. Car il importe au plus haut point d'entrer dans le vocabulaire de saint Thomas et d'en suivre les nuances dans son abondante œuvre politique dont l'Abbé Lallement nous donne la nomenclature.

Beaucoup, en se contentant de bouts de citations « pompées » çà et là de troisième ou de dixième main, dénaturent la pensée de saint Thomas. Ils n'y comprennent rien, ou n'en saississent que la moitié – ce qui est pis puisque leur illusion les poussent à doctoriser et à impressionner ceux qui leur font confiance.

L'Abbé Lallement cite avec grande abondance les oeuvres politiques de saint Thomas, et chacun peut ainsi éprouver par lui-même la justesse et la pertinence de ce qu'il écrit.

Il existe un troisième article de l'Abbé Lallement, paru dans la même revue en 1929, mais je n'ai pas encore pu me le procurer. Cependant, sans attendre, voici :

– le premier article : La régulation de la politique par la morale et la foi ;

– le second article : La définition thomiste des différents régimes.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:12

Avenir des enfants — salut des parents

 

Vous trouverez la vidéo d'une conférence que j'ai donnée le mardi 4 juin 2013 sous ce lien.

 

Elle est accompagnée d'un texte écrit qui m'a servi de guide. Vous le trouverez sous cet autre lien.

 

Ce n'est pas un ensemble de recettes (toujours plus ou moins ridicules et inadaptées), c'est une méditation sur l'urgence et la gravité du sujet, dont il faut que les parents prennent la mesure pour accomplir ce qui est de leur responsabilité.

 

Que la sainte Vierge Marie bénisse votre audition.

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