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19 janvier 2006 4 19 /01 /janvier /2006 17:24
Dans l’'abondante œœuvre de Pie XII, l’'encyclique Sacra Virginitas du 25 mars 1954 brille d'’une douceur particulière. À un monde immergé dans le matérialisme, avide de jouissance et de liberté dévoyée, le Pape rappelle la gloire de la virginité chrétienne, triomphe de l’'amour de Dieu sur l’'infirmité de la chair.

C'’est par les vierges consacrées, c'’est par les âmes pures que l’'Église renouvelle et proclame sans cesse son amour pour Jésus-Christ son époux. Cette fonction d'’Église, ce chant d'’amour perpétuel est l’'objet de ce texte splendide, chef d’œuvre de doctrine et de contemplation.

L'’encyclique, toute baignée de la lumière de la sainte Vierge Marie, réjouit le cœœur chrétien qui goûte en elle une anticipation de la vie du Ciel.
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18 janvier 2006 3 18 /01 /janvier /2006 19:24
Énoch, ou Hénoch, fils de Jared, est un des premiers patriarches de l'’humanité. Il ne faut pas le confondre avec son homonyme, fils de Caïn, petit-fils d'’Adam. Le Hénoch dont nous parlons est le sixième descendant d’Adam, né 622 ans après la création de l’'homme. Il est père de Mathusalem –– mort à 969 ans –– et bisaïeul de Noé.

Il ne faut pas penser que la manière de compter les ans était alors différente de la nôtre : l’'année a toujours été le cycle des quatre saisons. Seulement, la race humaine était plus près de ses origines et donc plus vigoureuse ; de plus, Dieu maintenait l’'homme en vie si longtemps pour que la tradition primitive soit transmise et que la terre se peuple rapidement. Après le déluge, la durée de la vie humaine s’'est mise à décroître régulièrement pour se stabiliser rapidement.

Hénoch vécut 65 ans, engendra Mathusalem, puis vécut encore 300 ans. « Il marcha donc avec Dieu et il disparut, parce que Dieu l’'enleva », dit le livre de la Genèse [V, 24]. Il n'’est donc pas mort, et ce fait est confirmé par le livre de l'’Ecclésiastique [XLIV, 16] : « Hénoch fut agréable à Dieu, et il fut transporté dans le paradis, afin de prêcher la pénitence aux nations ». Saint Paul enseigne très nettement la même chose : « C'’est par la foi qu’Hénoch fut enlevé, pour qu'’il ne vît point la mort, et on ne le trouva plus parce que Dieu l’'avait transporté ; car avant son enlèvement il reçut le témoignage d'’avoir plu à Dieu » [Heb. XI, 5]. Hénoch a donc survécu au déluge.

Le même sort fut réservé au prophète Élie. Après la mort de Salomon, fils de David, Israël est partagé en deux royaumes [vers 936 avant Jésus-Christ] : d'’un côté les tribus de Juda et de Benjamin forment le royaume de Juda ; les dix autres tribus se constituent en royaume d'’Israël de l'’autre côté.

Dans ce royaume d'’Israël, sous le règne d’Achab et de Jézabel, vers 890 avant Jésus-Christ, Élie fut suscité par Dieu pour s'’opposer à l’'idolâtrie comme un mur d’'airain : les souverains avaient en effet introduit le culte de Baal. Après une vie de lutte et de pénitence, Élie fut enlevé sur un char de feu, ainsi qu'’il est rapporté dans le quatrième livre des Rois [II, 11] : « Et lorsqu'’Élie et Élisée poursuivaient leur chemin et que, marchant, ils s'’entretenaient, voilà un char de feu et des chevaux de feu qui les séparèrent l’'un de l’'autre ; et Élie monta au ciel dans le tourbillon ». Le livre de l’'Ecclésiastique rapporte aussi ce fait dans son éloge d’Élie [XLVIII, 9] : « Vous qui avez été reçu dans un tourbillon de feu, dans un char conduit par des chevaux de feu... »

Selon toute la tradition catholique, Élie et Hénoch sont les deux témoins annoncés dans le livre de l’'Apocalypse [XI, 3-7] qui doivent venir au temps de l'’Antéchrist et mourir martyrs : « Et je donnerai à mes deux témoins de prophétiser pendant mille deux cent soixante jours, revêtus de sacs [...…] et quand ils auront achevé leur témoignage, la bête qui monte de l’'abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera, et leurs corps seront gisants sur la place de la grande cité. »

Cette tradition s’'appuie, pour Hénoch, sur l’'annonce que celui-ci doit revenir prêcher la pénitence aux nations [Eccli. XLIV, 16]. Quant à Élie, le prophète Malachie [IV, 5] annonce : « Voici que je vous enverrai le prophète Élie, avant que ne vienne le jour du Seigneur, le grand et terrible jour ». En saint Matthieu [XVII, 11] Notre Seigneur lui-même le confirme : « Élie reviendra et il rétablira toutes choses ».

En attendant de reparaître à la fin du monde pour payer le tribut que chaque homme doit à la mort, Élie et Hénoch ont été transportés dans une partie inconnue de l’'univers, semblable au paradis terrestre ; là, ils ne voient pas Dieu face à face comme les élus, mais ont recouvré un état analogue à celui d’'Adam et Ève avant le péché originel. Affranchis des conditions actuelles de la vie humaine, ils attendent, dans une grande paix du corps et de l'’âme et dans un bonheur qui dépasse toute joie de la terre, le moment de revenir pour confesser Jésus-Christ et de verser leur sang en témoignage de la foi catholique. C’est là le sentiment commun des Pères de l'’Église.

Le rappel du destin d'’Élie et d'’Hénoch doit entretenir en nous l’'espérance théologale : l'’histoire humaine est tout entière dominée par la souveraine Providence de Dieu. La véritable histoire est cachée.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Histoire
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17 janvier 2006 2 17 /01 /janvier /2006 10:43
Parler de la vocation est fort délicat, puisque cette question touche au dessein de Dieu sur chacun d'’entre nous, à l'’intimité que Dieu veut établir avec nous, à la médiation de l'’Église, à la liberté de chacun et à la crise de l'’Église.

Pour traiter complètement de la question, il faudrait remonter à la vocation éternelle du Fils de Dieu puis à la vocation de Notre-Seigneur et Notre-Dame dans le mystère de l'’Incarnation rédemptrice, mais cela nous mènerait bien trop loin, et hors de mes compétences. Je vais donc commencer à la vocation de l'’Église.

Antérieurement à la destinée de chacun et à la vocation de quelques-unes, il y a la vocation de l'’Église. Le dessein de Dieu est de constituer à son Fils unique une Église qui lui soit un « plérôme », une plénitude, un rayonnement de gloire, une société céleste qui sera pour lui Corps et Épouse. C'’est dans cette élection de l'’Église que la vocation de chacun d'’entre nous prend sa source : Dieu nous destine à prendre telle place dans son Église –– place quant au degré de charité et de gloire, place quant à un office particulier. L'’élection à tel degré de gloire demeure mystérieuse, un grand mystère de la Sagesse infinie de Dieu.

Dieu a sur chacun d’'entre nous une volonté, qui est la raison d'’être de notre création, et c'’est la volonté de nous faire participer à sa gloire. En raison de cette volonté, il nous a destinés à atteindre un degré donné de gloire (ou de charité, cela revient au même) et a ordonné les moyens nécessaires pour cela. Ni ce degré de gloire ni ces moyens ne nous sont connus, ou plus exactement Dieu ne nous les fait connaître que quand il le juge bon. Certains moyens sont d’'ailleurs connaissables par nature (époque, lieu et famille de naissance) mais nous ne savons pas toujours comment ils vont concourir à l’œ'œuvre de Dieu. Remarquons au passage que comme la volonté de Dieu arrive toujours, si nous refusons obstinément de participer à la gloire de Dieu, nous y participerons tout de même en manifestant sa justice….

Mais cette élection divine n'’est pas ce qu’'on nomme strictement la vocation. La vocation au sens strict concerne une fonction dans l’'Église, et c’'est là qu'’il faut lire la méditation de l’'Abbé Berto : « Il y a entre le Christ et l'’Église unité de vie (ce qu’'exprime l’'idée de Corps Mystique) et réciprocité d'’amour (ce qu'’exprime l’'idée des Épousailles Mystiques). Ces deux grandes réalités surnaturelles trouvent chacune leur expression dans les deux institutions les plus essentielles de l'’Église : le sacerdoce et la virginité sacrée. Par le sacerdoce, en effet, c’'est Notre-Seigneur qui incessamment vivifie son Église, entretient en elle, au moyen des sacrements, la vie de la grâce, et la gouverne. Par la virginité sacrée, c'’est l’'Église qui incessamment aussi se présente comme Épouse au Christ son Époux et lui redit sa fidélité et son amour ». [Abbé V.A. Berto,
Pour la Sainte Église Romaine, p. 166. Cet extrait est tiré du texte d'’un cours donné aux enfants de Notre-Dame de Joie, qui est une pure merveille.]

Tout est marqué dans ce texte admirable : l’'origine et la distinction des deux grandes vocations, la vocation sacerdotale et la vocation religieuse, qui sont irréductibles entre elles comme les deux aspects du mystère de l’'Église qu'’elles réalisent. Car, quand on parle de vocation, il faut distinguer dès l’'origine la vocation
sacerdotale et la vocation religieuse, qui présentent plus de différence que de ressemblance.

À la première s’'applique la parole de Notre-Seigneur : « Ce n’'est pas vous qui m'’avez choisi, mais c’'est moi qui vous ai choisis » (Jo. XV, 16). Cette vocation est donc un véritable appel, mais là encore il ne faut pas se tromper. L'’appel intérieur, je veux dire le désir du sacerdoce, l’'attrait vers lui n'’est que préparatoire au seul appel qui constitue la vocation sacerdotale : l’'appel de l’Église en la personne de l’'évêque légitime. C'’est ce qu'’enseigne très clairement le Catéchisme du Concile de Trente : «
Vocari autem a Deo dicuntur qui a legitimis Ecclesiæ ministris vocantur – ceux-là sont dits être appelés par Dieu, qui sont appelés par les ministres légitimes de l’'Église » (de Ordine §1). Bien sûr, l’'évêque n’'appelle que ceux qui se présentent librement, qui ont les qualités et la science requise, qui ont une intention droite ; mais la vocation proprement dite est donnée par l’Évêque, elle est l'’appel qu'’il donne au nom de l'’Église.

À la vocation religieuse s'’applique cette autre parole de Notre-Seigneur : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; viens ensuite et suis-moi » (Matth. XIX, 21). Là, la vocation est dans la volonté de perfection. Cette volonté, comme toute volonté normale, doit procéder de la compréhension de l'’intelligence : «
Qui potest capere capiat », dit Notre-Seigneur en parlant de la chasteté parfaite pour le Royaume de Dieu, « que celui qui peut comprendre comprenne » (Matth. XIX, 12) Il faut aussi que cette volonté soit raisonnable, stable et droite ; il n’'en reste pas moins que la vocation religieuse consiste dans la volonté.

On voit donc ainsi la différence fondamentale entre la vocation sacerdotale où l’Église appelle elle-même au nom de Jésus-Christ, et la vocation religieuse, où Dieu donne la volonté de se consacrer à lui et où l’'Église ne fait qu’'organiser (en approuvant, en guidant et en surveillant les ordres religieux) la vie de ceux qui répondent à l’'appel général fait par Notre-Seigneur.

La vocation, soit sacerdotale, soit religieuse, ne consiste pas dans l’'attirance intérieure. En outre cette attirance (qui est une pré-vocation) n'’est pas nécessairement (ni même principalement) un attrait sensible ; elle peut être conviction de l'’intelligence malgré une certaine répugnance du cœœur. Elle joue un rôle, mais seulement un rôle préparatoire. Cette pré-vocation est nécessaire, soit parce qu’elle conduit à « provoquer » l’'appel de l’Église en se présentant au sacerdoce, soit parce qu’'elle va entraîner la volonté et la déterminer fermement à se consacrer tout entière à Jésus-Christ. Quelqu'’un qui a eu cette attirance (sensible ou spirituelle) et qui ne l’'a plus n'’a pas « perdu la vocation » (qu'’il n’avait pas encore) ; mais il se peut qu'’il soit infidèle à une grâce de choix que lui réservait Notre-Seigneur. Il faut y réfléchir sérieusement.

Dans la vocation, la sainte Église est particulièrement présente parce qu'’il s’'agit de la place de chacun dans l’'Église de Jésus-Christ. Notre-Seigneur fait sentir particulièrement à ceux auxquels il réserve une place particulière dans son Église qu'’il les attend ; il les appelle. Cet appel de Notre-Seigneur a son achèvement soit dans la volonté qu'’il donne, soit dans l’'appel de l'’Évêque. Cet appel achevé est la vocation.

Dans ce qu’'on est convenu d’'appeler la crise de l’'Église, le problème de la vocation, surtout de la vocation sacerdotale, est beaucoup plus épineux, et il convient d’'en dire un mot. Se consacrer à Dieu et à son Église ne peut être vertueux et conforme à la volonté de Dieu que dans la droite doctrine, dans les vrais sacrements et dans la juste appartenance à son Église ; c’'est une évidence. Mais alors où se tourner ?
–– du côté des « Saint-Pierre » ? Hélas, l’'allégeance à Benoît XVI (fausse règle de foi) entraîne l'’adhésion à Vatican II destructeur de l'’intelligence de la foi et porteur d’'erreurs graves condamnées par l'’Église, comme la liberté religieuse, et une fausse conception de l’'Incarnation et de l’'Église elle-même. De plus, l’'acceptation des nouveaux sacrements dans leur principe fait légitimement douter de la validité de certaines ordinations sacerdotales ;
–– du côté des « Saint-Pie-X » ? Hélas, l'’allégeance à Benoît XVI et le refus simultané des erreurs de Vatican II conduisent à inventer des doctrines hétérodoxes qui détruisent l'’autorité du Magistère de l'’Église et du Souverain Pontife. De plus, c’'est s’'engager dans la voie épiscopale dont il va être question ;
–– du côté de « la voie épiscopale » ? Hélas, des sacres sans le mandat du souverain Pontife sont contraires à la constitution même de l’Église : « Le Pape seul institue les évêques. Ce droit lui appartient souverainement, exclusivement et nécessairement, par la constitution même de l'’Église et la nature de la hiérarchie » [Dom Adrien Gréa,
L’'Église et sa divine constitution, Casterman 1965, p. 259]. Des évêques sans vocation ne peuvent donner ce qu'’ils n’'ont pas, et ordonnent des prêtres sans vocation ; on peut beaucoup craindre pour l'’avenir…

Les indications données ci-dessus ne sont qu’un résumé trop rapide de convictions doctrinales que je voudrais écrire en lettres de sang, tant elles me semblent importantes. On ne fera jamais rien de durable, de fructueux, de bénéfique pour la gloire de Dieu contre la doctrine catholique ou en dehors d’elle.

Le problème est grave, donc, mais non point désespéré. Il est toujours possible de se consacrer à Dieu, même si cela est rendu plus difficile ; il n'’y a jamais eu autant de motifs de se consacrer à lui, pour consoler son cœœur, pour la splendeur de son Église si défigurée, pour l'’immolation de soi-même au milieu d’un monde de jouissance, pour le rayonnement de la doctrine catholique au moment où elle est niée, diminuée, bafouée de toutes parts. Quant au sacerdoce, il est possible d’'y songer voire de s'’y préparer de façon lointaine, en ayant le ferme propos de ne rien désirer ni faire qui soit contre la doctrine catholique ou la constitution de la sainte Église. Dieu qui n’abandonne pas son Église n’abandonnera jamais ceux qui veulent travailler pour elle et s’'y consacrer.

Il faut au passage tordre le cou à deux erreurs, qui sont même plus ou moins des lieux communs :
––
le célibat dans le monde n'’est pas un état normal : il faut ou se consacrer à Dieu, ou se marier. Mais pourquoi donc ne serait-ce pas un état normal ? Pourquoi ne pourrait-on pas y demeurer délibérément ? Une telle affirmation n'’a aucun fondement, et on pourrait énumérer de nombreux cas où cette situation est parfaitement justifiée.
––
En dehors du sacerdoce, on ne peut se consacrer à Dieu que dans une communauté religieuse. Mais non, mais non ! Il y a toute une tradition chrétienne de la virginité consacrée dans le monde. À quel ordre religieux appartenaient donc sainte Agnès, sainte Cécile, sainte Luce ou sainte Martine ?

On n’'a peut-être pas assez remarqué que quand Notre-Seigneur appelle à se donner à lui, il parle de commencer par donner aux pauvres. Il ne s'’agit pas uniquement (ni même principalement) des pauvres qui manquent d'’argent. Il ne s'’agit pas uniquement (ni même principalement) du don des biens matériels dont on dispose. Il s'’agit de donner de sa personne, de son temps, de ses compétences. Il s’'agit de rendre et de transmettre ce qu’'on a reçu : ceux qui ont bénéficié d'’une éducation chrétienne et d'’une instruction catholique ne devraient-ils pas songer à donner aux pauvres, à ces pauvres que ce sont les enfants qui n'’ont pas (encore) d’'instruction et d’'éducation ? Des familles et des écoles réclament de l’'aide. N'’est-il pas opportun de leur répondre, pour que chacun travaille au bien commun des catholiques et non pas seulement à son petit univers égoïste ? Le service militaire est mort (ne pleurons pas) mais qui donc songera à un
service catholique ? N’'est-il pas possible de donner un an de sa vie (ou davantage) pour la patrie surnaturelle qui est l’'Église ?

« Cherchez d'’abord le Royaume de Dieu et sa Justice,
et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matth. VI, 33).
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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 11:02
Une des grandes causes de la faiblesse des catholiques, un des motifs qui les rendent si tièdes et si peu soucieux de l'’honneur de Dieu, est l'’illusion de vouloir marier l’'Évangile de Jésus-Christ avec l’'esprit du monde, malgré l’'avertissement des Apôtres :
« Conservez-vous purs du siècle présent, mais réformez-vous par le renouvellement de votre esprit, pour discerner la volonté de Dieu, qui consiste en ce qui est bon, et agréable à ses yeux, et parfait [Rom. XII, 2].»
« Je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes courageux, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le mauvais. N'’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’'un aime le monde, la charité du Père n'’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie –: ce qui ne vient pas du Père, mais du monde. Or le monde passe, et sa concupiscence ; mais qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement [I Jo. II, 14-17].»

Cet esprit du monde se manifeste de différentes façons suivant les époques, les milieux sociaux ou les circonstances. Pour discerner si telle attitude d'’esprit, telle activité ou telle façon de faire est une manifestation de l’'esprit du monde, il suffit de se poser la question : est-ce le péché qu’'on y craint le plus ? Si la réponse est non, il n’'y a aucun doute sur le caractère mondain de la chose.

Appliquons cela à la danse, non à la danse classique ou artistique qui est hors de notre propos, mais de la
danse de bal ou de salon.
Cela n'’est pas inopportun : trop rares en effet sont les mariages qui ne se terminent pas par un bal ; trop rares sont les familles où l'’on n'’envoie pas les jeunes gens en soirées dansantes, quand on n'’en organise pas soi-même. Pour de telles pratiques, les prétextes sont nombreux ; les plus tristes sont ceux qui relèvent de la présomption :
dans nos milieux, on sait se tenir… nous sommes entre gens bien élevés ! Comme s'’il y avait des milieux exempts du péché originel, comme si celui-ci n’'y avait pas laissé des séquelles après le Baptême !

La danse est doublement vicieuse : elle est occasion de péché – et parfois ou souvent occasion prochaine – et cela suffit pour qu'’on ne puisse s’'y exposer ni y exposer son prochain ; elle est aussi manifestation de l’'esprit du monde, c’'est-à-dire contraire à toute l’'orientation de la vie chrétienne. L'’Évangile et la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous attirent à l'’amour intérieur de Dieu et à la discipline des sens ; la danse est au contraire imprégnée de l’'exaltation des sens et dirigée vers elle : cela est incompatible avec l’'esprit de l'’Évangile, même si cette exaltation n'’entraîne pas toujours des pensées, des désirs ou des actions peccamineux.

Pour affermir ce propos, voici deux textes irrécusables.

Le premier est extrait de la prédication du saint Curé d’Ars, telle qu’elle est rapportée dans les
Catéchismes du saint Curé d’Ars de Mgr H. Convert [Lyon, E. Vitte, 1921, pp. 41-42] :
« Pour règle de conduite dans le monde, il ne faut faire que ce que l’'on peut offrir au bon Dieu. On ne peut pas lui offrir des médisances, des calomnies, des injustices, des haines, des vengeances, des impuretés, des spectacles et des danses.
« En parlant des danses, saint François de Sales disait qu’'elles étaient comme les champignons, que les meilleures ne valaient rien. Les mères disent bien : “Oh ! je veille sur mes enfants.” Elles veillent sur leur toilette, mais elles ne peuvent pas veiller sur leur cœœur. Voyez-vous, mes enfants, les personnes qui entrent dans une salle de danse, laissent leur ange gardien à la porte, et un démon le remplace : en sorte que ce n'’est plus qu’'une réunion de démons.
« Ceux qui font danser dans leurs maisons se chargent d’'une responsabilité terrible devant Dieu : ils sont responsables de tout le mal qui se fait, des mauvaises pensées, des paroles déshonnêtes, etc.
« Ah ! s'’ils comprenaient bien cette responsabilité, ils ne feraient pas danser.
« Tout comme ceux qui font de mauvais écrits, de mauvais tableaux, de mauvaises statues : ils sont responsables de tout le mal que ces objets produisent pendant tout le temps qu’ils dureront. Ça fait trembler ! »

Notez au passage cet universel principe de conduite, si clair et si simple :
Il ne faut faire que ce que l’'on peut offrir au bon Dieu.

Le second texte provient d’une courte notice biographique sur l’'Abbé Léon Philippe, écrite par l’'Abbé Victor-Alain Berto en 1940. Ce dernier rapporte ses conversations avec son ami, et notamment ses considérations à propos de la danse :
« Il vient à me demander ce que je croyais qu’'on pût permettre en fait de danse […...]. Appuyé sur le solide contrefort d'’une tradition presque deux fois millénaire, je répondis fort tranquillement que je ne connaissais qu'’une façon chrétienne de danser, à savoir de ne point danser ou de ne danser que par force. […...] C’est qu’'en effet on ne fera jamais que la danse ne soit une manifestation de l’'esprit du monde auquel il nous est commandé de ne point nous conformer : Nolite conformari huic sæculo. [...…] Ce n’'est pas le péché seulement, mais le monde, qu'’il nous est prescrit de détester et d'’éviter.
« Être engagé dans le mariage ou une carrière temporelle, garder l’'usage des biens et la maîtrise de son vouloir, ce n’'est pas de la mondanité parce que ce n'’est pas de soi opposé à l’orientation foncière du christianisme [...…]. Mais le bal, mais les plaisirs raffinés et recherchés des salons, mais les soupers de minuit, mais les casinos et les plages, holà ! Ici il s'’agit de choses qui sont de soi, non pas toujours et nécessairement des péchés, mais toujours et essentiellement orientées autrement que le Baptême n’'oriente les âmes. Tout cela relève d’'une conception de la vie qui n’'est pas la conception chrétienne ; tout cela est impossible à intégrer dans la synthèse évangélique, rien de cela ne provient, assurément, de l'’incessante opération de l'’Esprit-Saint dans l'’Église.
Le monde, dit saint Augustin à sa splendide manière, est ce que l’'on aime moins à mesure que l’'on aime Dieu davantage et ce que l’'on aime davantage à mesure que l’'on aime moins Dieu. Quelque écervelée pourra soutenir qu'’elle ne communie jamais avec plus de ferveur qu’'au retour d'’une nuit de bal ; il y a aussi une tradition d’'amour dans l’'Église, et quel ami de Dieu, déclaré tel par l’Église, a jamais dit, écrit ou pensé que son goût pour le bal soit allé croissant du même mouvement que son amour pour Dieu ?
« Non, on n'’a pas « christianisé » un bal parce qu'’on a réussi à en exclure les danses ouvertement déshonnêtes ou parce qu’'on a remis en place quelques jeunes gens hardis. Pour que le bal fût chrétien, il faudrait qu'’il ne fût pas mondain. »

Pour conclure ces paroles lumineuses voici un fait significatif.
Si sainte Thérèse de l’'Enfant-Jésus a connu le Carmel où sa sainteté s'’est épanouie et consommée, si elle est à tout jamais sainte Thérèse
de Lisieux, c'’est à la suite d'’un acte véritablement héroïque de son père. Celui-ci, demeuré veuf avec cinq filles, quitte Alençon où se trouvent ses attaches familiales, tous ses amis, son patrimoine et le frais tombeau d’'une épouse profondément aimée ; c’'est pour un motif de prudence toute surnaturelle qu'’il se décide à s'’arracher sans une plainte à tant de légitimes affections. Ainsi témoigne Céline :
« Je désirais savoir pourquoi, malgré les instances qui lui furent faites, mon père se décida à quitter Alençon. Il me répondit qu’'il voulait nous soustraire à l’'''influence mondaine de quelques familles et aux idées libérales des autres. Combien nous lui sûmes gré de sa décision si sage et si désintéressée » [Le Père de sainte Thérèse de Lisieux, Carmel de Lisieux, 1953, p. 40].

Quelle leçon pour les lâches et les tièdes que nous sommes devenus, prisonniers du monde, de son esprit, de ses modes, de ses exigences :– de ce monde que nous craignons souvent plus que la justice de Dieu !
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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Morale
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13 janvier 2006 5 13 /01 /janvier /2006 17:37
Il est bénéfique, je crois, de mettre à disposition quelques textes du Pape Pie VI traitant avec autorité et souveraine clarté de la Révolution française :
–– le bref
Quod aliquantum condamnant la Constitution civile du clergé ;
–– la Lettre apostolique
Caritas dénonçant et condamnant les sacrilèges issus de ladite Constitution ;
–– l’'oraison funèbre du roi Louis XVI
Pourquoi Notre voix.
À la fin de cette présentation, j’'ai placé une
allocution au Consistoire rapportée par Crétineau-Joly.

On trouvera là une somme de doctrine catholique sur la sainte Église, une grande leçon de politique chrétienne, et l’'expression de l'’amour paternel du Pape pour le malheureux peuple chrétien de France, trompé, trahi, entraîné dans un univers de haine, de sacrilège, de meurtre et de mensonge. Ne nous y trompons pas, nous vivons encore dans cet univers, auquel Napoléon a donné une sorte de pérennité et le masque policé du droit.

Devant l'’abondance de l’'enseignement du souverain Pontife, on risque d'’être inattentif à une brève phrase qui assigne d’'un mot et l’'origine et la nature et le but de la révolution : « Déjà depuis longtemps les Calvinistes avaient commencé à conjurer en France la ruine de la religion catholique ». C’'est que la Révolution française est l’'acte fondateur de l’'apostasie des nations, et qu’'elle n’'est pas née par génération spontanée.

La révolte de Luther fut le détonateur de la destruction de la chrétienté, cette chrétienté patiemment édifiée par l’Église pour que Jésus-Christ règne sur les familles et toute la société humaine, et que les âmes y trouvent les meilleures conditions du Salut éternel. En prêchant
l’'avènement du moi comme dit si bien Jacques Maritain, Luther a trouvé un formidable écho dans l’'orgueil humain toujours latent, et a provoqué une explosion de la corruption des mœœurs. En poussant les princes allemands à s'’emparer des biens d'’Église, il n'’eut guère de peine à s'’assurer une base politique sans laquelle son œœuvre n'’aurait pu se soutenir. Mais cela restait partiel et précaire ; les âmes se perdaient en masse, mais à trop petite échelle –– et un retour en arrière était encore possible. Pour qu'’il en fût autrement, il fallait briser la chrétienté, il fallait anéantir la salutaire influence politique de l’'Église, il fallait soustraire l’'occident chrétien à l’'autorité paternelle des successeurs de saint Pierre. Ce fut l'œ’œuvre des traités de Westphalie, abominable aboutissement de la politique de Richelieu et consorts.

Une étape restait à franchir : la destruction des constitutions chrétiennes à l’'intérieur des nations, elles-mêmes nées de l’'éclatement de la chrétienté ; ce fut la Révolution française.

On remarquera aussi l'’insistance du Pape à propos de la constitution de l'’Église et de son unité dans l’'épiscopat. Pie VI y revient souvent, tant le sujet est d'’importance : les ennemis de l’'Église savent que c’'est là qu'’il faut porter le fer et le feu, sous tous les prétextes. Le Pape affirme au contraire avec une force renouvelée ce point intangible et permanent de la sainte doctrine catholique, cette pratique sans faille de l’'Église tout au long des siècles. Là aussi, la leçon est salutaire et grande, pour nous et notre temps. Sachons l'’entendre.

Et voici l'’extrait de Crétineau-Joly.

Pie VI et le Sacré-Collège avaient étudié avec une anxiété toujours croissante les diverses phases de la révolution. À Rome, mieux que partout ailleurs, on sait que le propre des sociétés et des empires qui vont finir est de ne rien prévoir, pas même leur fin. L'’ignorance du passé voile l’'avenir, et le Pape n’'en était plus à s’avouer que la nation française touchait aux abîmes. Dans ce mouvement désordonné des cœœurs et des pensées, à travers ces fiévreuses agitions de la lutte et de la douleur, l’'âme du Pontife ne se laissa point ébranler. Son front resta serein comme un beau coucher de soleil d'’automne. Dans chacune de ces complications apportant une tristesse et un désespoir de plus, Pie VI comprit qu'’une grande réserve lui était imposée. Rome se condamna d'’abord au silence, pour laisser aux passions le temps de se calmer. Quand elle jugea que l'’heure de rompre ce silence prudent était arrivée, Pie VI, le 29 mars 1790, s’'adresse au Sacré-Collège, réuni en Consistoire secret. Après lui avoir énuméré les afflictions qui pesaient sur l'’Église de France, il ajoute :

« Quand nous avons su toutes ces choses, avons-nous pu souffrir tant de maux et ne pas élever notre voix apostolique contre ces décrets coupables, par lesquels on veut détruire la Religion, et, nous ne le voyons que trop, rompre toute communication entre le Saint-Siège et l’'Église de France ? Le prophète Isaïe ne paraît-il pas avoir désapprouvé notre silence, lui qui a dit :
Malheur à moi de ce que je me suis tu ! Mais en quels termes pouvions-nous le rompre, et à qui Nous adresser ? Aux Évêques : ne sont-ils pas privés de toute autorité, plongés dans la terreur, et forcés, la plupart, d'’abandonner leur siège ? Au Clergé : n'’est-il pas dispersé, humilié, hors d’état de se réunir ? Au Roi Très-Chrétien lui-même : n'’est-il pas dépouillé de son pouvoir royal, soumis aux États-Généraux, et forcé de sanctionner leurs décrets ? Presque toute la nation, séduite par le fantôme de vaine liberté, obéit en esclave à cette Assemblée de philosophes qui s'’injurient et s'’attaquent entre eux comme des chiens pleins de rage ; elle oublie que le salut des empires repose principalement sur la doctrine du Christ, et que la félicité n'’est jamais plus assurée que quand l’'obéissance au Roi est l’'effet du plein consentement de tous les sujets, ainsi que l’'a enseigné saint Augustin. En effet, les Rois sont les représentants de Dieu pour faire le bien ; ils sont les fils et les soutiens de l’'Église ; leur devoir est de l’'aimer comme une mère et de défendre sa cause et ses droits.

« Nous savons assurément que l’'importante mission de parler, d’'avertir et d'’exhorter Nous appartient; mais Nous sommes convaincu que Notre voix retentirait en vain aux oreilles d’'un peuple égaré, et dont les masses, livrées à la licence, courent sans cesse à l'’incendie, au pillage, au supplice et au massacre des bons citoyens, et violent toutes les lois de l’'humanité. Nous savons encore qu'’il faut craindre d'’irriter davantage cette multitude et de la pousser à de plus affreux forfaits. Saint Grégoire le Grand nous enseigne d'’une manière frappante que le silence n'’est pas toujours hors de propos. Examinant quel est le temps pour se taire et le temps pour parler, il en établit la distinction ; puis il ajoute :
Nous devons étudier avec attention quel est le moment opportun pour qu’'une bouche discrète s'’ouvre, et quel est celui où la discrétion doit la fermer de nouveau. Qui ignore que saint Athanase garda le silence, et même qu'’il s’'enfuit d’Alexandrie au moment où cette ville était en proie à la rage des persécuteurs ? Il a écrit, en effet : Ne soyons ni assez emportés ni assez téméraires pour tenter le Seigneur. C’est la conduite qu'’ont suivie également saint Grégoire Thaumaturge et saint Denys d’'Alexandrie ; c'’est ce qu'’enseignent aussi les plus habiles interprètes des livres sacrés. « Mais il n'’en est pas moins vrai aussi que le silence que garde celui auquel est imposé le devoir de parler ne doit pas être éternel. Il doit ne le garder que jusqu'’à ce qu'’il puisse le rompre sans péril pour lui et pour les autres. C'’est ce que saint Ambroise nous apprend quand il dit : Or David se taisait, non pour toujours, mais pour un temps, non sans interruption, et avec tout le monde indistinctement ; mais il ne répondait pas à son ennemi qui l'’injuriait, ni à celui qui le provoquait. Quant à Nous, tant que Notre voix ne pourra se faire entendre à la Nation française, que devons-Nous faire ? Nous adresser à Dieu et faire monter vers lui nos prières ferventes et multipliées.

« En attendant, Nous avons jugé à propos de vous adresser cette allocution, pour qu'’on sache que Nous n'’ignorons pas tous les attentats qu'’on dirige contre la Religion et les droits du Saint-Siège, et pour déclarer que le silence que Nous avons gardé ne doit pas être attribué à la négligence, encore moins à l'’approbation, mais seulement à la conviction où Nous sommes que ce silence est nécessaire pour un temps, et jusqu'’à ce que d’'autres circonstances, que Nous espérons devoir bientôt arriver par la grâce de Dieu, Nous permettent de prendre utilement la parole. »

En face des emportements de l’'anarchie et des outrages que subit l'’Église, la modération et la dignité de ce langage ont quelque chose de paternellement solennel. Pie VI semble avoir lu dans l'’avenir. Il a la prescience des infortunes qui l’'attendent, et, martyr déjà préparé pour le sacrifice, il communique à tous ses écrits un accent de résignation inimitable. Son style coule comme les eaux d’'un beau fleuve. Ceux qui le précédèrent sur le trône apostolique, ceux qui le suivront, eurent tous, ils auront tous l’'espoir que leurs combats ne resteront pas frappés de stérilité. Cet espoir ne les trompera pas plus qu'’il n’abandonne Pie VI ; mais celui-là, privilégié de la douleur, avait à expier, comme Louis XVI, de fatales complaisances ou des dépravations qui n'’étaient pas les siennes. Il se résignait donc au châtiment sans avoir participé à l'’injustice. Victime dévouée, il ne combattait que pour ne pas faire accuser Rome d’'inertie ou d’'épuisement.
Nec terremus, nec timemus, disait saint Ambroise, si doux et si fort dans sa mansuétude. Nous ne voulons pas effrayer, mais nous ne craignons pas, répétait Pie VI ; et son calme plein de dignité était l’'éloquent commentaire de ces paroles.

Dans les circonstances difficiles où le Roi s’'était placé, entre son devoir religieux, dont il ne voulait jamais s’écarter, et les nouveaux principes politiques qu'’il subissait, Louis XVI avait besoin d’'un guide et d’'un ami. Le vieux Pontife soutenait le jeune Monarque ; il lui inspirait le courage de la résignation, puisqu'’un sentiment d’'incompréhensible miséricorde faisait oublier à Louis XVI que ce n'’est pas sans motif que les chefs des peuples portent l’'épée. En présence de cette Constitution, dont tous les vices lui étaient connus, et qu'’on le forçait à sanctionner par toutes sortes de tortures morales, le Roi hésitait et reculait. L'’Épiscopat français, rallié par le danger commun, était monté sur la brèche ; il combattait avec énergie et avec talent pour préserver l’'unité chrétienne. Louis XVI admirait ces généreux efforts ; cependant sa timidité naturelle lui faisait chercher des conseils ou une direction dans une autorité encore plus élevée. Il attendait que Rome se fût prononcée dans la cause. Pie VI parla, mais son bref ne parvint jamais au monarque. On l'’intercepta perfidement, afin de laisser le Roi aux prises avec sa conscience religieuse et ses incertitudes politiques.

Harcelé par l'’émeute, épuisé par les hésitations intérieures, trahi par les uns, calomnié par les autres, et ne trouvant que dans la prière un apaisement à tant de tribulations, Louis XVI signa avec la pensée qu'’il conjurait de plus grands malheurs, car jamais prince n’'a moins voulu savoir que l'’énergie est toujours le dernier mot de toutes les affaires. L'’on n’'attendait que ce moment pour laisser aux Constitutionnels leur entière liberté d'’action. Pie VI avait échauffé de son zèle le zèle de ces pasteurs des âmes, que l’'on séparait violemment du troupeau confié à leur garde. Par ses brefs, par ses lettres, par son exemple surtout, il encourage, il excite cette multitude d’'évêques et de prêtres fidèles jusqu'’à la mort. Ces évêques et ces prêtres vont la subir en bénissant Dieu et en saluant de leur dernier regard le Pontife suprême.
Jacques Crétineau-Joly
L'’Église Romaine en face de la Révolution
1859, tome I, pp. 157
et sqq.
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8 janvier 2006 7 08 /01 /janvier /2006 07:15
Si l'’Église accorde tant de solennité à l'Épiphanie, dont elle a fait une des toutes premières fêtes de l’'année liturgique, c’'est que la visite des trois Rois Mages à Bethléem ne s'’est pas réduite à une sympathique visite de courtoisie accompagnée de quelques menus cadeaux de bienvenue en ce monde.

L'’Épiphanie est triple manifestation de Jésus-Christ Dieu, Roi et Sauveur :
–– manifestation de la Divinité (encens) ;
–– manifestation de la Royauté (or) ;
–– manifestation de la mission de Miséricorde (myrrhe).

L'’Épiphanie est un modèle de vie chrétienne donné par les Mages :
–– foi
persévérante ;
– – adoration
donnante (c’'est cela le sacrifice) ;
– – conversion
réelle : ils repartirent par un autre chemin.

L’'Épiphanie est lumière d’'Espérance :
–– il y a toujours l’'Étoile de la vérité dans la nuit :– c'’est l’'Église catholique ;
– il y a toujours la présence maternelle de la Sainte Vierge Marie pour indiquer et donner Jésus ;
–– il y a toujours la grâce divine qui change la vie terrestre en chemin de gloire :
tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu.

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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 18:26
Une des caractéristiques du modernisme est la confusion de l’'ordre naturel et de l’'ordre surnaturel :
–– soit pour réduire la vie humaine à la vie naturelle, la grâce n’étant qu'’un « supplément d'’âme » comme disait Bergson ; et ainsi on méconnaît l’'infinie transcendance de la grâce ;
–– soit pour faire de la grâce un complément plus ou moins nécessaire, sans lequel la nature est inconsistante et pas vraiment humaine ; et ainsi on méconnaît l'’infinie gratuité de la grâce.

Saint Pie X relève cela tout au long de l’'encyclique
Pascendi : qu'’il s’agisse de la religion, de la foi, de l’'apologétique ou de l’'histoire,… toujours le moderniste confond la nature et la grâce, rabaissant ainsi l'’une et l'’autre, rendant la religion vaine.

Il n'’est donc pas sans intérêt de rappeler quelques notions élémentaires, et l’'ordonnance de l'œ’œuvre de Dieu.

Les trois Ordres

Selon le degré d'’engagement (ou d'’implication) de Dieu dans son œœuvre, on distingue :

1. L'’ordre
naturel…
dans lequel Dieu donne à chaque nature son être et son action propres, et les conserve. Dieu est fin de tout l'’ordre naturel –– fin connue et aimée par-dessus tout par les natures intelligentes (anges et hommes), mais seulement indirectement.

2. Le domaine
surnaturel…
au-dessus de la nature, de la fin, des forces et des exigences de toute nature créée et créable. On y distingue :

2-a] l'’ordre de la
grâce…
dans lequel Dieu élève les créatures intelligentes pour les faire participer à sa vie intime, les destinant ainsi à le connaître et à l’'aimer directement –– non pas seulement en ce qu'’il manifeste dans la création mais tel qu'’il est en lui-même.

2-b] l'’ordre
hypostatique…
dans lequel Dieu s’'unit personnellement à une nature créée ; c'’est l’'ordre de l'’Incarnation auquel appartiennent Notre-Seigneur Jésus-Christ, la sainte Vierge Marie en raison de la maternité divine (instrument de l'’insertion du Fils de Dieu dans la
nature humaine) et saint Joseph (instrument de l’'insertion du Fils de Dieu dans la société humaine).

L'ordre surnaturel est constitué par la réunion de l'ordre de la grâce et de l'ordre hypostatique.


Division du surnaturel

1. Surnaturel
quoad substantiam, selon la cause formelle, selon l’'être même.

1-a] incréé : Dieu en son essence intime et trinitaire. Substance surnaturelle.

1-b] créé (être accidentel) : vision béatifique, grâce sanctifiante, vertus théologales, vertus morales surnaturelles infuses, dons du Saint-Esprit, grâce actuelle, conversion d’'un pécheur, Incarnation du Fils de Dieu.

2. Surnaturel
quoad modum, selon une cause extrinsèque.

2-a]
Ex parte finis, du côté de la fin : acte intrinsèquement naturel surnaturellement ordonné par la charité à la fin surnaturelle : amour de la patrie, manger et boire…

2-b]
Ex parte efficientis, selon la production : le miracle.

2-b-1]
Quoad modum. C'’est le mode de production qui est surnaturel, car la nature peut produire l’'effet d’'une autre façon (plus longue, plus pénible) : guérison instantanée, eau changée en vin, don des langues…

2-b-2]
Quoad subjectum. C’est la présence de l’'effet dans tel sujet qui est surnaturelle, car la nature peut produire le même effet mais dans d’'autres sujets : résurrection non glorieuse, connaissance des secrets des cœœurs, vision sans pupille…

2-b-3]
Quoad substantiam. La nature ne produit jamais cet effet, mais celui-ci n'’est pas pour autant en dépendance intrinsèque de la participation à la vie intime de Dieu : glorification des corps, prophétie, marche arrière du soleil…

3. Surnaturel improprement dit : la production de l’'effet est au-dessus de telle nature créée. Ainsi les actions angéliques ou les prodiges diaboliques.
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 19:31
La pratique de la « fécondation artificielle » humaine
est-elle conforme à la loi morale ?

Trois textes de Pie XII

1. Discours aux médecins catholiques, 29 septembre 1949.

« La fécondation artificielle, hors du mariage, est à condamner purement et simplement comme immorale. Telle est en effet la loi naturelle et la loi divine positive que la procréation d’'une nouvelle vie ne peut être que le fruit du mariage. Le mariage seul sauvegarde la dignité des époux (principalement de la femme dans le cas présent), leur bien personnel. De soi, seul il pourvoit au bien et à l’'éducation des enfants. Par conséquent, sur la condamnation d'’une fécondation artificielle hors de l’'union conjugale, aucune divergence d’'opinions n’'est possible entre catholiques. L'’enfant conçu dans ces conditions serait, par le fait même, illégitime.

« La fécondation artificielle dans le mariage, mais produite par l’'élément actif d’un tiers, est également immorale et, comme telle, à réprouver sans appel. Seuls les époux ont un droit réciproque sur leur corps pour engendrer une vie nouvelle, droit exclusif, incessible, inaliénable. Et cela doit être, en considération aussi de l’'enfant. À quiconque donne la vie à un petit être, la nature impose, en vertu même de ce lien, la charge de sa conservation et de son éducation. Mais entre l'’époux légitime et l’'enfant fruit de l’élément actif d’un tiers (l’'époux fût-il consentant), il n'’existe aucun lien d’'origine, aucun lien moral et juridique de procréation conjugale.

« Quant à la licéité de la fécondation artificielle dans le mariage, qu'’il Nous suffise, pour l'’instant, de rappeler ces principes de droit naturel : le simple fait que le résultat auquel on vise est atteint par cette voie, ne justifie pas l’'emploi du moyen lui-même ; ni le désir, en soi très légitime chez les époux, d’'avoir un enfant, ne suffit pas à prouver la légitimité du recours à la fécondation artificielle qui réaliserait ce désir.

« Il serait faux de penser que la possibilité de recourir à ce moyen pourrait rendre valide le mariage entre personnes inaptes à le contracter du fait de l’'
impedimentum impotentiæ [empêchement d’'impuissance]. D’'autre part, il est superflu d’'observer que l’'élément actif ne peut jamais être procuré licitement par des actes contre-nature.

« Bien qu’'on ne puisse
a priori exclure de nouvelles méthodes pour le seul motif de leur nouveauté, néanmoins en ce qui touche la fécondation artificielle, non seulement il y a lieu d'’être extrêmement réservé, mais il faut absolument l’'écarter. En parlant ainsi, on ne proscrit pas nécessairement l'’emploi de certains procédés artificiels destinés à faciliter l’'acte naturel, soit à faire atteindre sa fin à l’'acte naturel normalement accompli.

« Qu'’on ne l'’oublie pas : seule la procréation d'’une nouvelle vie selon la volonté et le plan du Créateur porte avec elle, à un degré étonnant de perfection, la réalisation des biens poursuivis. Elle est à la fois conforme à la nature corporelle et spirituelle des époux et à leur dignité, au développement normal et heureux de l’'enfant ».

2. Discours à des médecins du deuxième Congrès mondial pour la fécondité et la stérilité, 19 mai 1956.

« Mais l’'Église a écarté aussi l’'attitude opposée qui prétendrait séparer, dans la génération, l’'activité biologique de la relation personnelle des conjoints. L'’enfant est le fruit de l’'union conjugale, lorsqu’elle s’'exprime en plénitude, par la mise en œœuvre des fonctions organiques, des émotions sensibles qui y sont liées, de l’'amour spirituel et désintéressé qui l'’anime ; c’'est dans l’unité de cet acte humain que doivent être posées les conditions biologiques de la génération. Jamais il n'’est permis de séparer ces divers aspects au point d'’exclure positivement soit l’'intention pro-créatrice, soit le rapport conjugal. [...…]

« Au sujet des tentatives de fécondation artificielle humaine
in vitro, qu’'il Nous suffise d'’observer qu'’il faut les rejeter comme immorales et absolument illicites. […...]

« Non seulement la fécondation artificielle est contraire à notre nature raisonnable, mais il y a encore une raison directement morale qui s'’y oppose absolument : le fait que la semence masculine, pour être soumise à examen, soit obtenue par une masturbation. [...…] Le Saint-Office a déclaré avec autorité le 2 août 1929 que
une masturbation pratiquée directement pour obtenir du sperme n’'est pas licite, ceci quel que soit le but de l’'examen ».

3. Discours au septième Congrès international d'’hématologie, 12 septembre 1958.

« Nous avons déjà eu l’'occasion de prendre position contre cette pratique [l’'insémination artificielle humaine] dans l’'allocution adressée au quatrième Congrès international des médecins catholiques, le 29 septembre 1949. Nous y avons réprouvé absolument l’'insémination entre personnes non-mariées et même entre époux. Nous sommes revenus sur cette question dans Notre allocution au Congrès mondial de la fertilité et de la stérilité, le 19 mai 1956, pour réprouver à nouveau toute espèce d'’insémination artificielle, parce que cette pratique n'’est pas comprise dans les droits des époux et qu’'elle est contraire à la loi naturelle et à la morale catholique. Quant à l’'insémination artificielle entre célibataires, déjà en 1949 Nous avions déclaré qu’'elle violait le principe de droit naturel, que toute vie nouvelle ne peut être procréée que dans un mariage valide ».

Conclusion

En nous plaçant dans le
meilleur des cas :
–– la procréation artificielle a lieu entre époux légitimes (sinon il y a fornication ou adultère suivant les cas) ;
–– il n’'y a production que d’'un seul œœuf humain qui est implanté chez la véritable mère (sinon il y a de nombreuses éliminations d’œ'œufs fécondés, qui sont autant d’'assassinats criminels) ;

…en nous plaçant donc dans le meilleur des cas, la fécondation artificielle humaine est condamnable à un double titre :
1. elle nécessite l'’utilisation séparée du sperme masculin, qui ne peut être obtenu que par un acte contre-nature qui est un péché mortel (la masturbation volontaire) ;
2. il y a dissociation violente entre l’'
objet du mariage (l’'acte conjugal normalement accompli entre époux légitimes) et la fin première du mariage (la procréation d’'une nouvelle vie). Cette dissociation voulue et artificiellement procurée est contre-nature ; elle est la même que celle qui se trouve dans la contraception directe (quel que soit le moyen employé), bien qu'’il n'’y ait pas la même intention égoïste ou de pure volupté.

La réponse est donc :
NON,
la fécondation artificielle humaine n'’est pas conforme à la loi morale catholique ni à la loi morale naturelle. Elle ne peut donc jamais être employée, pour quelque raison que ce soit.
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 16:13
« Je ne vous laisserai pas orphelins » a promis Notre-Seigneur (Jo. XIV, 18), s’'adressant à ses Apôtres et à nous par la même occasion.
Orphelins, nous le sommes bien en ce sens que nous sommes privés d'’autorité ; mais nous ne sommes pas pour autant privés de lumière.

Voici quarante-sept ans que Pie XII est mort (le 9 octobre 1958) et il se passe ceci d'’extraordinaire que depuis n’'a surgi nul problème, nulle difficulté, que Pie XII n’'ait résolu à temps : les techniques médicales et guerrières ont progressé de façon spectaculaire ; l’'audace des hommes pour attenter à la vie d’'autrui ou pour profaner le saint Mariage, pour se croire maîtres de la vie et de la mort, devient chaque jour plus odieuse… et pourtant tous les principes nécessaires, tous les jugements lumineux se trouvent en abondance dans l’œ'œuvre de Pie XII. Il n'’y a qu'’à s'’y référer pour trouver la vérité en continuité infaillible avec la doctrine antérieure que Pie XII reprend, illumine, applique sans cesse.

Ce qui est vrai des turpitudes du monde est vrai encore de la douloureuse nuit qui s'’est étendue sur l'’Église : dans les ténèbres épaisses parmi lesquelles nous devons rejoindre le port du salut, nous ne sommes pas orphelins, nous ne sommes pas privés de lumière. Là encore l'œ’œuvre de Pie XII nous est salutaire.

Bien souvent, notre malheur est de ne pas savoir reconnaître la lumière, ou plus exactement de ne pas la chercher là où le Bon Dieu la tient à notre disposition.
Dès que surgit un problème, dès que l’'angoisse de la situation de l’'Église et du monde nous saisit, nous recourons à nos propres lumières, à notre jugement infirme, au lieu de consulter le Magistère de l’'Église, organe infaillible de la Tradition apostolique ; nous cédons à une panique grosse de graves conséquences, plutôt que d’'être dans la surnaturelle et tranquille assurance que la doctrine et la constitution de la sainte Église ne changent pas, et que le seul salut est de s'’y conformer en toute chose.

C'’est en pensant aux sacres épiscopaux sans mandat apostolique que j'’écris ces lignes. Car, à l'’occasion des malheurs qui accablaient l’'Église de Chine, Pie XII nous a laissé l’'expression autorisée de la doctrine catholique en ce qui concerne l’'épiscopat et sa dépendance nécessaire du souverain Pontificat. C'’est à cette source pure qu’'il faut aller chercher les principes qui, à coup sûr, nous feront éviter tout ce qui attente à l’'unité de l’'Église et qui nous feront demeurer dans la sainte Espérance. Voici donc l’'encyclique
Ad Apostolorum Principis du 29 juin 1958. Il faut la lire la plume à la main et la prière au cœœur.

Veni Domine Jesu
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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 22:00
Gabriel García Moreno (1821-1875) mérite de prendre place parmi les plus grands chefs politiques que notre monde ait connu ; il est de la race des Alexandre le Grand et des Charlemagne, des saint Louis et des Charles-Quint. Il brille même d’un éclat d’un éclat particulier : alors qu’une décadence apparemment inéluctable avait saisi la vieille chrétienté tout entière, alors que la majorité des « bons », saisie d’impuissance, ne faisait que gémir, il a prouvé par toute sa vie qu’une telle déchéance n’est pas fatale.

Voilà qu’un homme quasiment seul, mais armé d’une foi à soulever les montagnes, mais d’une docilité exemplaire à la sainte Église, mais s’étant forgé un courage indomptable, un homme seul a inversé la tendance et vaincu tous les obstacles : de l’Équateur, jeune pays établi sur des bases malsaines, livré à l’ardeur révolutionnaire et en proie à une instabilité dissolvante, de ce pays pauvre et isolé il a fait une terre de chrétienté, de paix et de prospérité.

Seul il a sauvé l’honneur des pouvoirs politiques en protestant contre la spoliation des États pontificaux et en s’y opposant dans toute la mesure qui lui était donnée ; seul il a scellé de son sang la Royauté de Jésus-Christ qu’il professait par ses paroles et par ses actes.

C’est donc l’histoire d’un homme, d’un homme véritable éblouissant parmi les veules et les traîtres, que renferme cette
vie de García Moreno écrite par le Père Auguste Berthe, un grand classique, dans un texte soigneusement vérifié. Tolle, lege : prenez-là, vous ne la quitterez plus.
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