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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 14:13

ANNÉE 2016

Retraites selon les Exercices de Saint-Ignace

Prêchées par l’Abbé Hervé Belmont

à Saint-Maixant (Gironde – France)

Maison Saint-Jean-Baptiste — 3 allée de la Sérénité — 33490 Saint-Maixant

05"56"76"26"23

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Pour les hommes et jeunes gens (à partir de 17 ans) :

Du lundi 22 février 2016 (à 14 h) au samedi 27 février 2016 (à 12 h)

Du lundi 4 juillet 2016 (à 14 h) au samedi 9 juillet 2016 (à 12 h)

Du lundi 22 août 2016 (à 14 h) au samedi 27 août 2016 (à 12 h)

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Pour les dames et jeunes filles (à partir de 17 ans) :

Du lundi 18 juillet 2016 (à 14 h) au samedi 23 juillet 2016 (à 12 h)

Du lundi 1er août 2016 (à 14 h) au samedi 6 août 2016 (à 12 h)

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En se retirant des agitations du monde pendant cinq jours et en suivant l’itinéraire par lequel Dieu a conduit saint Ignace de Loyola du péché à une haute sainteté et à un grand zèle pour l’Église, l’âme chrétienne se dépouille des affections désordonnées, des péchés qui l’enchaînent dans la voie de la tiédeur ou de la perdition, de l’aveuglement qui lui fait oublier son éternité.

La miséricorde de Dieu, la paix de l’âme, la joie du cœur libéré et le juste discernement de la volonté de Dieu sur vous seront les fruits de votre retraite.

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Il faut prendre la grâce quand elle passe, dit la sagesse populaire. Si cela est déjà vrai des occasions favorables qui se présentent dans le cours de la vie, cela est infiniment plus vrai de l’amour de Dieu qui frappe à la porte de votre âme.

Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité, proclame le Psaume XXIV : Universæ viæ Domini misericordia et veritas.

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La retraite qui vous est proposée, prêchée selon la grande tradition spirituelle de la sainte Église catholique, est une de ces grâces si précieuses que l’éternité entière peut en dépendre. C’est une grâce vigoureuse, une grâce de choix qui produit la conversion de l’âme, l’affermissement des vertus, ainsi qu’un grand élan de vie chrétienne et de sanctification.

Cette retraite portera des fruits durables, elle sera une véritable contribution au règne de Jésus-Christ en vous et autour de vous, parce que la vérité entière de la doctrine catholique – qui procure l’intégrité de la foi, l’intensité de l’espérance et la vigueur de la charité – est une requête impérieuse de la miséricorde divine qui illumine l’esprit, élève et apaise le cœur, et sauve l’âme.

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Sainte Vierge Marie, par votre amour maternel, conduisez-moi à la retraite !

Published by Abbé Hervé Belmont
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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 19:19

Oratoire Notre-Dame de la Sainte-Espérance

3, allée de la Sérénité F – 33490 Saint-Maixant

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— mardi 22 décembre : messe basse à 7 h 30 ; confessions de 16 h 00 à 18 h 30.

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— mercredi 23 et jeudi 24 décembre : messe basse à 7 h 30 ; confessions de 9 h 00 à 12 h 00 et de 16 h 00 à 18 h 30 ;

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— jeudi 24 décembre, Vigile de Noël : jeûne et abstinence. On peut anticiper cette obligation le 23 décembre (S. Congr. Conc., 3 décembre 1959) ;

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— jeudi 24 décembre, Vigile de Noël : chant des Matines à 21 h 30. Brève veillée de chants de Noël à 23 h 40 ;

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— vendredi 25 décembre, Nativité de Jésus-Christ. À 0 h 00, Messe de Minuit, suivie du chant des Laudes, (et d’une collation où vous êtes amicalement attendus).

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— vendredi 25 décembre, Nativité de Jésus-Christ. À 8 h 15, Messe de l’Aurore (mémoire de sainte Anastasie, martyre) ; à 10 h 00, Messe chantée du Jour ; à 17 h 15 Vêpres et à 18 h 00 salut du T. S. Sacrement.

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— vendredi 25 décembre : l’obligation de l’abstinence du vendredi est suspendue parce que Noël est une fête d’obligation (Canon 1252 §4). Attention, elle ne sera pas suspendue le vendredi 1er janvier : ce jour est d’obligation dans l’Église universelle, mais dans les pays où ce caractère est supprimé, l’effet de dispense pour l’abstinence n’existe pas (Commission d’Interprétation du Droit Canonique, 17 février 1918).

— samedi 26 décembre, saint Étienne Protomartyr. Messe à 9 h 00.

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Oratoire Notre-Dame de la Sainte-Espérance

3, allée de la Sérénité F – 33490 Saint-Maixant

Published by Abbé Hervé Belmont
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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 21:23

Un correspondant qui m’est inconnu m’a demandé par le truchement du formulaire de contact de Quicumque quelques précisions à propos des Indulgences, et plus spécialement sur les églises à visiter pour le gain d’icelles.

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Je lui ai répondu dans les meilleurs délais, mais le courrier expédié à l’adresse à moi communiquée par Quicumque échoue et me revient.

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Je lui réponds donc parce ce court billet, d’autant plus volontiers que d’autres personnes ayant un louable souci des âmes du Purgatoire peuvent y trouver un intérêt.

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Voici donc la demande dudit correspondant : « Peut-on considérer les chapelles “Traditionalistes” comme des oratoires publics ou semi-publics ? Qu’est ce qui définit une chapelle comme oratoire ? comme semi-public ou public ? »

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Et voici quelques éléments de réponse.

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Les chapelles « tradi » n’ont aucune existence canonique, elles ne peuvent retenir les privilèges des églises ou des oratoires — sauf celles qui, remontant à des temps antérieurs au déluge conciliaire, ont été consacrées ou établies en bonne et due forme (comme Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris). Aucun ordinaire du lieu (évêque diocésain nommé par un vrai Pape) n’en a ordonné ou permis la construction et n’en a patronné l’érection.

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Or la concession des Indulgences par l’Église est d’interprétation stricte (tantum valent quantum sonant, dit l’adage).

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Il est donc impossible d’assimiler les chapelles « tradi » à des oratoires ou églises dont la visite concourt au gain des Indulgences (sauf le cas des antédiluviens).

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Il faut donc visiter les églises ou oratoires qui jouissent d’un vrai titre canonique : on en trouve qui sont encore accessibles sans qu’on soit importuné par du tourisme liturgique ou de la liturgie touristique.

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Quant à la définition des églises et oratoires, le droit canon y pourvoit.

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Canon 1161 Ecclesiæ nomine intelligitur ædes sacra divino cultui dedicata eum potissimum in finem ut omnibus Christifidelibus usui sit ad divinum cultum publice exercendum — sous le nom d’église, on entend l’édifice sacré affecté au culte divin, dans des conditions telles qu’il soit à l’usage de tous les fidèles pour l’exercice du culte public.

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Canon 1162 § 1 :

Nulla ecclesia ædificetur sine expresso Ordinarii loci consensu scriptis dato, quem tamen Vicarius Generalis præstare nequit sine mandato speciali — aucune église ne peut être construite sans le consentement exprès et écrit de l’Ordinaire du lieu, que le vicaire général ne peut donner sans un mandat spécial.

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Canon 1188 § 1.

§ 1. Oratorium est locus divino cultui destinatus, non tamen eo potissimum fine ut universo fidelium populo usui sit ad religionem publice colendam — un oratoire est un lieu affecté au culte divin, mais dans des conditions telles que tout le peuple fidèle n’est pas admis à venir y pratiquer publiquement sa religion.

§ 2. Est vero oratorium — un oratoire peut être :

– 1°/ Publicum, si præcipue erectum sit in commodum alicuius collegii aut etiam privatorum, ita tamen ut omnibus fidelibus, tempore saltem divinorum officiorum, ius sit, legitime comprobatum, illud adeundi — public, s’il a été érigé principalement pour l’utilité d’un collège, ou aussi de personnes privées, mais de telle façon que tous les fidèles aient le droit, légitimement vérifié, d’y pénétrer au moins pour le temps des offices divins ;

– 2°/ Semi-publicum, si in commodum alicuius communitatis vel cœtus fidelium eo convenientium erectum sit, neque liberum cuique sit illud adire — semi-public s’il a été érigé au bénéfice d’une communauté, ou d’un groupe de fidèles qui se retrouvent là, sans qu’il soit permis aux personnes étrangères d’y entrer ;

– 3°/ Privatum seu domesticum, si in privatis ædibus in commodum alicuius tantum familiæ vel personæ privatæ erectum sit — privé ou domestique, s’il a été érigé dans une maison particulière pour l’utilité d’une famille, ou d’une personne privée.

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Canon 1191 § 1. Oratoria publica eodem iure quo ecclesiæ reguntur — les oratoires publics sont régis par le même droit que les églises.

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Canon 1192 § 1. Oratoria semi-publica erigi nequeunt sine Ordinarii licentia — les oratoires semi-publics ne peuvent être érigés sans la permission de l’Ordinaire.

Published by Abbé Hervé Belmont
27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 06:03

En fait, il s'agit des Indulgences à gagner autour du 2 novembre 2015.

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— Du dimanche 1er novembre à midi au lundi 2 novembre à minuit, et du samedi 7 novembre à midi au dimanche 8 novembre à minuit, on gagne une Indulgence plénière – applicable aux seules âmes du Purgatoire – en visitant une église (ou un oratoire régulièrement érigé comme oratoire public) et en y récitant six Pater, six Ave et six Gloria Patri aux intentions du souverain Pontife.

Cette Indulgence est dite toties quoties, c’est-à-dire qu’elle est gagnée autant de fois qu’on visite une église en y récitant les prières prescrites. Il suffit de sortir de l’église et d’y entrer à nouveau pour qu’il s’agisse d’une nouvelle visite d’église. La récitation de ces prières est vocale (on peut réciter alternativement avec quelqu’un ou s’unir mentalement aux prières récitées à voix intelligible par quelqu’un), et peu en importe la langue.

Les intentions du souverain Pontife sont :

– l’exaltation de la sainte Église catholique ;

– la propagation de la foi ;

– l’extirpation des schismes et des hérésies ;

– la conversion des pécheurs ;

– la paix et la concorde entre les princes chrétiens ;

– les autres besoins de la chrétienté.

Pour gagner cette Indulgence, il faut se confesser dans les huit jours qui précèdent ou les sept jours qui suivent le moment où l’on visite l’église. De plus, il faut communier la veille, le jour même ou dans les sept jours qui suivent ledit moment.

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— Du lundi 2 novembre à 00h00 au lundi 9 novembre à minuit, une Indulgence plénière – elle aussi applicable aux seules âmes du Purgatoire – est accordée une fois par jour pour la pieuse visite d’un cimetière, avec une prière au moins mentale pour les défunts.

Pour gagner cette Indulgence, il faut chaque fois visiter une église, avec une pieuse prière mentale ou vocale, et en plus prier vocalement aux intentions du souverain Pontife (cf. supra). Un Pater, un Ave et un Gloria Patri suffisent pour cette prière aux intentions du souverain Pontife, mais on peut réciter toute autre prière de son choix, pourvu qu’elle soit vocale. Il faut en outre se confesser et communier (cf. supra).

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Les Indulgences applicables aux âmes du Purgatoire peuvent être attribuées, selon son intention, soit à tous les défunts, soit à quelques-uns, soit à une âme en particulier.

C’est par mode de suffrage qu’on destine aux défunts les Indulgences, c’est-à-dire qu’on les présente à Dieu afin qu’il les applique selon sa volonté infiniment sage ; en effet, l’Église catholique qui concède les Indulgences n’a pas juridiction sur le Purgatoire et ne peut donc les leur appliquer « d’autorité ». De plus, on ignore le sort de telle ou telle âme en particulier.

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Pour gagner une Indulgence quelconque, il faut être en état de grâce ; pour gagner une Indulgence plénière, il faut en outre n’avoir aucune affection au péché véniel. Si une Indulgence plénière n’est pas totalement gagnée par défaut de cette dernière disposition, on la gagne partiellement, à la mesure de ses dispositions. Si une Indulgence plénière est appliquée à une âme du Purgatoire, celle-ci est immédiatement délivrée et introduite dans la vision béatifique. C’est dire si le gain des indulgences est une grande œuvre de charité.

Pour plus de précisions sur les Indulgences en général, et ces Indulgences en particulier, voyez notre brochure La Pratique des Indulgences. On y verra notamment que l’Indulgence plénière dont l’accès est matériellement le plus aisé est attachée à la récitation du chapelet devant le Très-Saint-Sacrement (toties quoties, moyennant confession et communion).

Published by Abbé Hervé Belmont
30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 09:26

Au Congrès marial qui s’est tenu à Lourdes du 11 au 17 septembre 1958, l’intervention du cardinal Alfredo Ottaviani fut particulièrement remarquable. Sa péroraison a pris la mesure de la gravité de l’heure, à la veille de la mort de Pie XII, à la veille du référendum de France qui appelait tout les électeurs à ratifier l’apostasie nationale par le vote d’une constitution qui renie Jésus-Christ, à la veille de l’insolent triomphe du modernisme résurgent. Nous ne pouvons que faire nôtre ce filial appel à la très sainte Vierge Marie, et l’invincible espérance qu’il renferme.

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Saint Jean l’Évangéliste conclut son récit du miracle de Cana par cette puissante expression : « Et crediderunt in eum discipuli eius : ses disciples crurent en lui » (Jo. II, 11). Ce ne fut donc pas au moment de leur vocation, mais c’est à cet instant qu’ils commencèrent à croire : leur foi naquit à Cana.

Permettez-moi de mettre en lumière un point particulier. À la Vierge qui insistait et ne se lassait pas d’insister, Notre-Seigneur justifie son refus par un décret divin, une disposition de la divine providence : « Mon heure n’est pas encore venue : Nondum venit hora mea » (Jo. II, 4). Elle n’est pas encore venue, l’heure fixée par le Père pour le premier prodige de son fils, pour allumer la foi au cœur des disciples, pour inaugurer au grand jour l’ère nouvelle du nouveau royaume et de la nouvelle époque, l’âge, si l’on peut dire, de l’éternel dans le temps, du divin dans l’humain. Jusqu’ici ce n’est que dans le secret et l’intimité que s’était ouverte cette nouvelle période de l’histoire, quand « le Verbe s’était fait chair ». C’est donc par Marie que furent obtenus les premiers triomphes de la foi, cette foi grâce à laquelle l’homme devient fils de Dieu.

Il existait donc une heure fixée par l’éternel conseil. Mais cette heure, Dieu avait voulu qu’elle fût anticipée par l’intervention de Marie.

Cette influence de la prière de Marie sur la Toute-Puissance divine ne nous surprend pas, mes Frères. Son Jésus n’a-t-il pas placé dans les profondeurs de l’humilité le sommet de toute grandeur possible pour la créature humaine ?

Ces considérations le prouvent : ce n’est pas par hasard que fut présente à Cana – et de quelle présence – Marie, qui a donné Jésus aux hommes. Ce ne fut pas par hasard non plus qu’elle fut présente au jour de la Pentecôte. Cette humble femme, la plus humble de toutes les femmes, nous a donné Jésus et elle continue de nous le donner au cours de l’histoire. Car elle est, en quelque façon, l’image, le type, le symbole et le modèle de l’Église, vierge et mère elle aussi, qui engendre Jésus dans les cœurs des hommes. Dans l’histoire de l’Église, on peut retrouver ce qui s’est passé dans la vie terrestre de Jésus. Marie a été sensiblement, visiblement présente aux heures les plus angoissées et les plus sombres de la foi, comme elle a été toujours l’aube lumineuse des jours de grands triomphes.

Marie ne cesse pas d’être présente et agissante dans cette Pentecôte continuée qu’est le gouvernement spirituel des âmes et l’œuvre du Magistère. Je puis vous le garantir, mes chers Frères, nulle part ailleurs Marie n’est présente comme à Rome, dans cette Rome auguste, qui met sa gloire dans l’humble service de tout l’univers, dans cette Rome qui vit pour tous ses frères les hommes, et ne connaît pas d’autre mission, d’autre salut, que d’être établie pour les autres : « Pro hominibus constituitur » (Heb. V, 1).

Ma vie tout entière, depuis les premières heures de mon sacerdoce, s’est passée dans l’humble service de ce gouvernement central et universel de l’Église. J’ose donc témoigner ici que la présence de la Vierge nous donne l’assurance de travailler dans l’Église et pour l’Église avec le Christ Jésus.

À cause de cette présence de Marie, au cours des siècles, les victoires, les lauriers, la gloire des triomphes obtenus par l’Église, souvent Rome les a attribués à Marie, à son intercession toute-puissante : « Terribilis ut castrorum acies ordinata : Terrible comme une armée rangée en bataille ». Avec Rome, l’Église tout entière s’est complue à orner de pierres précieuses la couronne contemplée par saint Jean sur son front : « In capite eius corona stellarum : Sur sa tête, une couronne d’étoiles » (Ap. XII, 1).

Permettez-moi d’évoquer, comme à vol d’oiseau, sans insister plus du nécessaire, quelques-unes de ces victorieuses interventions de Marie dans la vie de l’Église. Je parle à des âmes chrétiennes qui n’ignorent pas les étapes parcourues par la vérité dans sa marche à travers le monde, étapes qui furent autant de stations d’un douloureux chemin-de-croix. Elles savent comment Jésus a passé sa vie terrestre ; elles ont conscience de sa vie dans le secret de leur cœur : elles ont appris comment il a vécu au cours des siècles dans son Église.

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I. — Le monde païen

Comment le monde païen, corrompu par l’idolâtrie et la cruauté, aurait-il pu jamais admettre la chasteté, la pureté, la virginité ? Pensez, mes amis, de quel poids fut la maternité virginale de Marie dans une question de telle importance.

De la part du paganisme, pour lequel la Croix du Christ était sottise, « gentibus autem stultitia » (I Cor. I, 23), cette maternité virginale était l’objet de moqueries méprisantes. Dans la lutte contre le christianisme, la haine des païens associait dans ses attaques Marie à Jésus. Par contre, les premiers apologètes, aux splendeurs de la divinité de Jésus associaient les splendeurs de la grâce de Marie. Les premières conquêtes de la vérité chrétienne ont été obtenues par le rayonnement de ces deux noms lumineux. Ainsi Jésus manifestait Marie et Marie manifestait Jésus.

Vint se mêler, à cette bataille, la littérature judaïque des premiers temps du christianisme. Marie est de sa part l’objet d’odieuses calomnies : on frappe la Mère, pour atteindre le Fils.

D’autre part, certains gnostiques, tout en conservant à Jésus le titre de « fils de Marie », enlèvent toute importance à la Rédemption, en réduisant l’Incarnation à rien, ou presque rien. Il ne reste plus de la Maternité divine qu’un vain simulacre. Sur ce point, Marcion aura un successeur en Nestorius, qui tirera de ses principes toutes leurs conséquences.

Au milieu de tant de luttes, l’intervention de Marie pour la défense de l’Église trouve son premier témoin et son premier chantre dans le disciple de l’amour, en celui qui écrivit dans son Évangile : « Le disciple la prit chez lui » (Jo. XIX, 27). Cet apôtre qui plane dans les hauteurs divines comme un aigle puissant, consigna dans ses livres les dernières paroles de la révélation écrite. C’est lui aussi qui nous raconte la première apparition de Marie, après son assomption et son couronnement au ciel.

Oui, la première apparition de Notre-Dame fut attestée et décrite par cet apôtre qui, le premier, put appeler Marie sa mère, en raison d’une gracieuse investiture de Jésus, adressée à nous tous dans sa personne.

Dans cette vision, comment l’apôtre bien-aimé de Jésus, et donc aussi de Marie, vit-il la Sainte Vierge ? Il avait vécu près d’elle des jours et des jours, des heures et des heures jusqu’à son dernier moment. Il connaissait son visage comme l’on connaît le visage de sa propre mère.

Écoutons ses paroles inspirées : « Un grand prodige parut dans le ciel : une dame vêtue de soleil, la lune sous ses pieds, la tête couronnée de douze étoiles » (Ap. XII, 1).

Cette vision s’achève par la description symbolique de la merveilleuse victoire sur le dragon infernal remportée par l’Église, figurée par Marie. Certainement, Jean expliqua cette vision à son disciple Polycarpe, évêque de Smyrne. Irénée, originaire de Smyrne, reçut, on peut le croire, cet enseignement de Polycarpe lui-même. Aussi n’est-il pas étonnant qu’il ait été, avec Justin, son contemporain, le premier docteur à enseigner la mission victorieuse de la nouvelle Ève dans l’Église du Christ.

Car, à l’Ève antique, trompée par l’ange prévaricateur, on oppose déjà la nouvelle Ève, saluée par l’Ange de l’annonciation, victorieuse de l’enfer et pourvoyeuse du salut par le don de son divin Fils.

Cet enseignement consolant fut donc transmis par Polycarpe à Irénée, qui, après sa visite aux disciples des Apôtres en Asie, porta ce message marial, inspirateur de confiance, gage de salut, et promesse de victoire, à Lyon pour toute la France et ensuite pour le monde entier.

« Ève – écrit Irénée – séduite par la parole de l’ange, abandonna Dieu et fut infidèle à son commandement. Marie accueille la parole de l’ange et reçoit Dieu en elle-même. La première désobéit à Dieu ; la seconde obéit. Le genre humain, perdu par une vierge, fut sauvé par une Vierge. »

Ce message faisait écho à celui que Justin avait proclamé à Rome. Les fidèles de Dieu le recueillirent dans le secret des catacombes. C’est là que, pour la première fois, est proposée au culte des chrétiens une image de Marie associée à son divin Fils.

Combien de martyrs durent jeter sur cette image un regard plein de confiance avant d’aller au Colisée, conquérir leur glorieuse couronne ! Cette fresque subsiste encore de nos jours pour attester à notre temps et aux siècles futurs la foi et la confiance en Marie de ces héros des premières générations chrétiennes. Leur sang fut le germe de la victoire des chrétiens des temps à venir qui devaient l’emporter sur les persécuteurs et les hérétiques.

C’est dans cet esprit que se prépare le Concile d’Éphèse, cette solennelle réjouissance populaire qui, dans une mer de flambeaux lumineux, célèbre le triomphe de la vérité dans le nom de Marie, Mère de Dieu.

À Éphèse, dans le nom de Marie et de sa divine Maternité, fut terrassée une hérésie des plus pernicieuses.

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II. — Au temps des Barbares

Peu après, la violence, qui s’est comme incarnée dans les Barbares, fait traverser à l’Église de longs siècles de tristesse douloureuse. C’est la dure suite des siècles de fer : tout est abattu, tout est renversé à terre, tout est obscur et sombre ; et pourtant, la Rome chrétienne conquit ses conquérants païens.

On a célébré la victoire d’Athènes sur son conquérant romain : « Græcia capta ferum victorem cepit et artes intulit agresti Latio » : combien plus belle et profitable pour l’univers fut la victoire de la Rome chrétienne sur les Barbares, ses vainqueurs !

Quel fut donc le rôle de Marie dans ces événements ? Interrogez l’art, la poésie, la théologie et la liturgie. Ils témoignent tous de l’influence de Marie sur cette glorieuse victoire de la lumière chrétienne sur les ténèbres de ces temps. En effet, un des facteurs les plus puissants de ce triomphe de l’esprit sur la force brutale, c’est, à coup sûr, le doux attrait qu’exerçait sur ces rustres la Vierge très sainte par l’éclat de sa grâce et de ses vertus, par sa tendresse maternelle et sa ravissante beauté surhumaine.

À ces peuples barbares qui ravalaient la femme au-dessous de l’humain, la grandeur spirituelle et surnaturelle de Marie fit l’effet d’une lumière radieuse assez forte pour éclairer des ténèbres si profondes.

La vertu puissante de la grâce du Christ, obtenue par l’intercession de Marie et répandue par sa douce attirance, doit s’être déversée abondamment sur les sillons tracés par les invasions barbares ; et grande a dû être la reconnaissance des peuples.

En effet, à peine l’Europe avait-elle commencé de jeter les fondements de l’ordre chrétien, qu’on voit surgir partout ces magnifiques temples destinés à chanter, pendant des siècles et des siècles, les gloires de Marie.

Ces peuples, qui, à Rome, détruisirent le temple païen de Minerve, le recons¬truisirent de leurs propres mains, pour le consacrer à Marie, Reine des Martyrs : « Sancta Maria supra Minervam ».

La dévotion à Marie ennoblit ces néophytes et la fureur guerrière de ces peuples rudes et forts se tourne, avec les croisades, vers la poursuite d’une victoire de la chrétienté sur les armées musulmanes. À la vue de Jérusalem, les croisés victorieux entonnent le Salve Regina.

À cette époque même, Marie donne à l’Église une grande victoire par l’action d’un pasteur héroïque, son fidèle serviteur, saint Grégoire VII. À ce grand Pape est destinée la gloire de délivrer l’Église des liens par lesquels, peu à peu, on l’avait rendue captive. Il ne se contente pas de poser sur les fondements divins de l’Église, la puissante architecture du droit ; mais il arrache aussi l’Épouse du Christ à l’étreinte de César ; il rend le clergé à la pureté et à la pauvreté ; il impose aux moines la fidélité à Rome ; il rappelle aux princes que, chrétiens comme les autres hommes, ils doivent l’être plus encore. Il organise le premier réseau des représentants de Rome, pour protéger dans les divers pays l’indépendance religieuse des fidèles, des clercs et de l’Église. Ses lettres le montrent digne à la fois de César et d’Augustin. Mais, par-dessus tout, elles révèlent sa dévotion à Marie. Ses historiens nous le représentent à genoux devant les plus populaires images romaines de la Sainte Vierge, priant comme un humble fidèle. Au nom de Marie et au nom de l’Église romaine, ce génie admirable ouvrit le second millénaire de l’histoire chrétienne.

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III. — Le Moyen Âge

Les hérésies des nouveaux temps n’ont plus pour objet le dogme de la Trinité. Ce n’est pas l’époque des grands schismes. Mais les erreurs nouvelles se rapportent à la vie mystique ou à la vie ecclésiastique. Ce sont les hérésies, pleines d’acrimonie, qui préludent au protestantisme et trouvent en lui leur aboutissement.

Contre elles, se font jour les dévotions nouvelles, non dans leur substance, mais dans leur tonalité : tout d’abord, au douzième siècle, la dévotion à l’humanité du Christ, puis, au treizième, la grande dévotion à l’Eucharistie, et, enfin, au quatorzième, à la Passion du Seigneur, dévotions qui, toutes trois, donnent un nouvel éclat à la dévotion mariale. Le Stabat Mater appartient à cette dernière époque.

Au nom de Marie s’élèvent les grandes cathédrales, surgissent les grandes initiatives. Au nom de Marie et sous son patronage naissent plusieurs Ordres religieux qui constituent les nouvelles armées spirituelles de l’Église, contre les hérésies et pour la pacification chrétienne.

Au sommet de la Divine Comédie de Dante et au frontispice des chants de Pétrarque resplendit la gloire de Marie comme sur les cathédrales d’Italie, d’Espagne, d’Angleterre et d’Allemagne.

En France aussi commence la période des grandes cathédrales mariales : Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Chartres et tant d’autres ; sanctuaires qui subsistent à travers les siècles comme des symboles de paix intérieure et des foyers de repos spirituel, au milieu des luttes et des troubles de la vie. De nos jours encore, qui cherche à connaître la plus belle jeunesse de France, la rencontre en pèlerinage sur la route qui conduit de Paris à Chartres.

Par l’action de Marie, les mouvements anarchiques prônant la pauvreté et excitant à la révolte n’ébranlèrent pas la discipline de l’Église. Les nouveaux nationalismes purent bien dominer une grande partie du clergé et provoquer le grand schisme d’Occident : ils n’eurent pas raison de Rome. Ils purent bien diviser les chrétiens ; arracher à l’Église une grande partie de l’Allemagne et de l’Angleterre : mais ils furent impuissants à lui ravir la vigueur et l’honneur de l’unité. Les catholiques restèrent fidèles à l’Église en restant fidèles à Marie, leur mère. Car c’est elle qui garda ses enfants dévoués au sein de leur mère l’Église.

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IV. — Au XVIe siècle

C’est une loi constante : là où s’est conservée la dévotion à la Mère, le Fils est resté présent avec elle et son Vicaire a continué à être le garant de l’unité du Corps mystique.

Le protestantisme ne fait plus aucune place à Marie. Mais, du même coup, en supprimant l’autel de la Mère, il supprime l’autel de son divin Fils. En refusant l’obéissance au Vicaire du Christ, les protestants se sont dispersés, comme les brebis qui n’entendent plus la voix du pasteur. En vain s’efforcent-ils de retrouver l’unité en dehors de Marie, de Jésus présent dans l’Eucharistie et du Pape.

Le protestantisme après avoir renié l’Église et Marie, fut condamné par les décrets du Concile de Trente. L’Immaculée ne fut pas étrangère au succès de ce grand Concile, auquel elle doit le premier témoignage authentique rendu par l’Église à son exemption du péché d’Adam, transmis par la génération à ses descendants.

[En note : « Declarat tamen hæc ipsa sancta Synodus, non esse suæ intentionis comprehendere in hoc decreto, ubi de peccato originali agitur, beatam et immaculatam Virginem Dei Genitricem » (Sessio V, 17 juin 1546, Decretum super peccatum originale, Denz. 792).]

Les Turcs renouvelaient sans cesse les tentatives d’invasion de l’Europe. Contre eux se livra la bataille de Lépante, apothéose et victoire du Rosaire. Ce fut un succès du premier Congrès Marial : on a donné ce nom à ces masses de combattants qui, groupés sur leurs navires, louaient ensemble Marie et l’invoquaient au moyen du Rosaire avant la suprême épreuve. Ces triomphes de Marie devaient se renouveler à Budapest et à Vienne au cours du XVIIe siècle.

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V. — Aux XVIIIe et XIXe siècles

Plus récemment, nous avons vécu des époques non plus de schisme comme du ve siècle à l’an mille, ni d’hérésies comme de l’an mille au xvie siècle, mais des temps d’incrédulité publique que le monde n’avait pas connus depuis la venue du Christ Jésus. Cette incroyance a ramené dans nos pays un néo-paganisme, d’autant plus grave, que c’est un refus de la foi de la part d’apostats et de renégats. Hélas, à l’ennemi qui à Budapest tentait son effort suprême et fut terrassé grâce à Marie, a succédé un tout autre ennemi. Son empire surpasse tous les empires ayant jamais existés. Sa force égale sa férocité ; sa puissance de nuire égale sa capacité de résistance.

Faudra-t-il donc désespérer de celle que nous invoquons sous le vocable de « Secours des chrétiens » ?

L’Église désespéra-t-elle lorsque, sur l’autel de Notre-Dame, à la place consacrée à l’invincible Reine du Ciel et de la terre, fut élevée la ridicule « déesse raison » ? Non ! Les chrétiens se confièrent à la Vierge du perpétuel secours et l’invoquèrent. En elle, Pie VII mit sa confiance et il scella cette confiance par un vœu solennel à Savone. Tout entière, l’Église l’invoqua et la voix de l’Épouse du Christ monta jusqu’à ses oreilles. Marie descendit du Ciel pour la secourir. À Paris, Catherine Labouré reçoit des mains de la Vierge le gage des grâces abondantes, prêtes à descendre sur la terre. À Lourdes, Bernadette Soubirous contemple l’Immaculée. Sur son ordre, elle découvre la source, symbole des grâces et des miracles qui sont autant de manifestations triomphales de sa puissance, non seulement sur le mal physique, mais plus encore sur l’incrédulité, le scepticisme et l’orgueil des sages de la terre, qui sont infatués de leur vaine science.

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VI. — La présence de Marie à notre temps

Aujourd’hui aussi, Marie est présente dans l’Église. Elle y est présente, comme elle était présente aux noces de Cana. À grands cris le Pontife l’a appellée par la proclamation du dogme de l’Assomption. À grands cris les fidèles l’appellent par leurs innombrables dévotions. À grands cris, enfin, l’appellent les théologiens par ce renouveau de la théologie mariale qui n’a jamais été égalé, pas même au XVIIe siècle. Au cours du second millénaire chrétien les apparitions de la Sainte Vierge ont peuplé les terres catholiques d’une foule de sanctuaires mariaux, aussi miraculeux et aussi fréquentés les uns que les autres. Mais, en aucune époque, ces apparitions ont été aussi splendides que de nos jours. Cette Lourdes est une capitale de la prière et de la grâce.

Sans aucun doute, la Sainte Vierge est présente parmi nous. Nous l’avons invitée à prendre sa place parmi nous, pour nous défendre des ennemis de la civilisation chrétienne. La société moderne est travaillée par une fièvre de renouvellement à faire peur. Elle est aussi infestée d’hommes qui veulent se prévaloir de nos souffrances pour nous imposer leurs caprices, faire peser sur nous la tyrannie de leurs vices, construire parmi nous le repaire de leur débauche et de leurs rapines. Le mal assume des proportions immenses et il prend un caractère apocalyptique. Jamais l’humanité n’avait connu un tel péril. D’une heure à l’autre, nous pouvons perdre non seulement la vie, mais aussi la civilisation et toute espérance. Le présent peut nous échapper avec le futur. Nous ne risquons pas seulement la perte de nos richesses, mais la ruine des bases mêmes de la vie en société. La bombe atomique est capable de créer un désert moins atroce que celui qu’a produit la doctrine régnante dans une société sans Dieu : il existe un Sahara spirituel bien pire que le Sahara de l’Afrique. Les nouvelles armes peuvent écraser notre corps ; mais les nouvelles doctrines cherchent à écraser notre esprit, d’autant plus qu’aux aberrations de la science profane, négatrice de Dieu, s’ajoutent de notre côté d’étranges et dangereux errements.

Aujourd’hui comme au temps des grandes hérésies, sévit une science de demi-savants qui se servent de la doctrine pour flatter leur vanité, sans éprouver à l’égard de la Sagesse des choses sacrées la crainte révérencielle nécessaire. Je parle de la prétendue science des demi-savants : car rarement les vrais savants, les grands savants se sont opposés au Magistère suprême de l’Église. Cette science facile des demi-savants s’est efforcée de réduire l’éternité au temps, le surnaturel à la nature, la grâce à l’effort humain et Dieu à l’homme.

Si Marie ne revient pas parmi nous, comment ne pas craindre les conséquences de tant d’erreurs et de tant d’horreurs ?

Que deviendrons-nous ? De qui espérerons-nous le salut ? Certainement pas des puissances humaines. L’expérience de chaque jour montre trop clairement la vérité de l’avertissement divin : « Ne mettez pas votre espérance dans vos chefs incapables de vous procurer le salut : Nolite sperare in principibus, in filiis hominum, in quibus non est salus » (Ps. CXLV, 2). Leur incapacité se manifeste clairement : il y a quarante ans, une tache rouge de sang versé par la tyrannie a commencé de faire peser le poids de la plus insupportable oppression sur les hommes et sur leurs intelligences, sur les individus et sur les nations. Or, malgré les efforts des hommes d’État pour la contenir, elle n’a jamais cessé de s’élargir et menace de nos jours tout ce qui reste de liberté et de dignité humaine dans le monde entier. Le Seigneur lui-même semble vouloir demeurer sourd à notre voix. On dirait qu’il affecte de se livrer au sommeil qui provoquait la prière du Prophète : « Levez-vous, Seigneur, pourquoi dormez-vous ? » et qui arrachait aux disciples un cri désolé dans la barque secouée par la tempête.

Le Seigneur semble nous dire, à nous aussi : « Nondum venit hora mea : Mon heure n’est pas encore venue » (Jo. II, 4). Mais l’Immaculée, la Mère de Dieu, image et protectrice de l’Église, nous a prouvé à Cana qu’elle savait et pouvait obtenir, en quelque façon, l’anticipation de l’heure divine.

Nous, nous avons vraiment besoin que cette heure vienne vite. Il nous faut qu’elle soit anticipée. Elle doit arriver tout de suite, car nous osons dire : « Ô Mère, nous, vos enfants, nous n’en pouvons plus. »

Nous avons confiance : Lourdes nous donne l’assurance de la présence victorieuse de Marie. Sa présence ici n’est pas seulement celle d’une apparition de l’autre monde comme dans l’Apocalypse : la femme vêtue de soleil et couronnée d’étoiles. Mais ici, l’humble Marie est présente comme elle l’était dans l’humble maison de Cana, lorsqu’elle obtint l’anticipation de l’heure de Dieu. À cause de nos péchés, nous méritons les massacres les plus cruels, les exécutions les plus dépourvues de pitié. Nous avons chassé son Fils de nos écoles, de nos places et de nos maisons. Nous l’avons chassé du cœur de tant d’hommes : nos générations ont renouvelé le cri d’autrefois : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous : Nolumus hunc regnare super nos » (Luc. XIX, 14). Entre Barabbas et Jésus (Math. XVII, 17), nous avons choisi Barabbas (Jo. XVIII, 40). Entre le Maître de l’univers et le malfaiteur, nous avons préféré Barabbas. Mais aucune heure n’est plus proche de l’heure de la résurrection que l’heure de la crucifixion. Barabbas triomphe, il est vrai, assis sur son trône. Jésus, lui, est fixé à la croix dans la chair de tant de martyrs, de tant de torturés, de tant de déportés et dans l’esprit de tant d’âmes oppressées et tourmentées. On n’a jamais élevé autant de croix de chrétiens dans cet immense et atroce jardin de Néron que devient le monde tout entier.

Marie, mère d’amour et de douleur, mère de Bethléem et du Calvaire, mère de Nazareth et de Cana, intervenez pour nous, hâtez l’heure divine !

Le monde a besoin de ce vin jailli de cette vigne qu’est Jésus lui-même, né de la Vierge : « Ego sum vitis : Moi je suis la vigne » (Jo. XV, 5), dit-il. « Moi je suis la vraie vigne » (Jo. XV, 1). C’est le vin de cette vigne que nous voulons.

Que Marie dise comme à Cana : « Ils n’ont plus de vin : Vinum non habent » (Jo. II, 3). Qu’elle le dise avec la même puissance d’intercession. Si Jésus hésite, s’il refuse, qu’elle triomphe de ses hésitations, comme, par pitié maternelle, elle triomphe de notre indignité.

Qu’elle soit pour nous une mère, pleine de pitié ; pour lui une mère pleine d’autorité. Qu’elle daigne accélérer son heure, qui est notre heure.

Nous n’en pouvons plus, ô Marie ; la génération humaine va périr, si vous n’intervenez pas.

Parlez pour nous, ô Silencieuse ; parlez pour nous, ô Marie !

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[In Maria et Ecclesia, Acta congressus mariologici-mariani in civitate Lourdes anno 1958 celebrati, vol. XVI, Academia Mariana Internationalis, Romæ (pp. 83-94)]

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 12:29

De façon récurrente, le retour de Paul VI est annoncé, qui va restaurer l’ordre dans l’Église catholique, remettre en honneur la liturgie, dénoncer l’hérésie et chasser les hérétiques, etc. Cela est possible, et même certain, parce que Paul VI n’est pas mort : un ignominieux complot l’a remplacé par un sosie tenant son rôle pendant quelques années, lequel sosie est mort et a été inhumé en août 1978 en lieu et place de Jean-Baptiste Montini. Telle est la solution et l’explication de la crise mystérieuse qui s’est abattue sur l’Église catholique depuis quelques décennies.

Depuis quarante ans nous avons les oreilles rebattues par cette annonce merveilleuse qui ne s’accomplit jamais (mais ce n’est que partie remise, pour des raisons de haute mystique), par cette clef secrète de l’histoire contemporaine fondée sur des preuves péremptoires qui prouveront plus tard : Vous verrez bien… ! La première fois, cela amuse… mais au bout de la vingtième voire trentième fois, il faut bien avouer qu’on se trouve en présence d’une étrange maladie.

Il convient de se pencher un instant sur elle, parce que le plus souvent elle s’empare de gens de bonne volonté et de réelle piété : elle n’en est pas moins néfaste, surtout si l’on se fonde sur elle pour assurer la persévérance dans la vie chrétienne voire l’intégrité de la foi catholique.

Trois qualificatifs me semblent bien situer notre affaire : invraisemblable, inutile, malsain.

Invraisemblable

Jean-Baptiste Montini est né le 26 septembre 1897. Il aurait donc 118 ans et serait le plus âgé des hommes vivant sur notre terre. Cela n’est pas strictement impossible, mais hautement invraisemblable, surtout si l’on imagine qu’il va rétablir la foi, la liturgie et l’ordre dans l’Église, chantier herculéen…

Je puis apporter aussi un témoignage direct de première valeur. Le 11 septembre 1976, Mgr Marcel Lefebvre a été reçu en audience par Paul VI à Castelgandolfo. À son retour, dans une conférence donnée aux séminaristes, il fut on ne peut plus clair : J’ai très bien connu Mgr Montini auquel j’avais directement affaire lorsque j’étais délégué pontifical pour l’Afrique francophone ; j’ai très bien connu Paul VI à Rome, lorsque j’étais supérieur général des Spiritains (la plus nombreuse des congrégations missionnaires) ; je peux vous affirmer que c’est bien lui que j’ai rencontré ces derniers jours, et non pas un sosie.

Inutile

Ceux qui tiennent pour le « sosie » le font apparaître en 1972 ou 1975, de façon permanente ou intermittente… mais quoi qu’il en soit, à ces dates tout le mal est fait : Vatican II a semé l’erreur et la révolution dans les structures de l’Église, la réforme liturgique a balayé tout l’ordre sacramentel, la vie chrétienne (religieuse, sacerdotale, matrimoniale) s’est effondrée dans des proportions inimaginables. C’est d’ailleurs dès l’année de son élection, dès 1963 que Paul VI a entamé ce processus de destruction : par des effets d’annonce tristement efficaces, par la prévision voire la mise en place de structures dissolvantes, par l’adoption du principe d’une liturgie évolutive (et donc, inéluctablement, d’une foi évolutive).

Le « Paul VI survivant » est celui qui a conduit tout cela, qui s’est soustrait à l’autorité pontificale : son supposé retour ne serait donc la solution de rien du tout, ne serait aucunement la restauration de l’autorité pontificale, ne serait pas même la présence d’un sujet publiquement assis sur le siège romain.

Mais si, mais si, parce qu’il s’est converti et que tout le monde le reconnaîtra : sauf vous évidemment, pétri de rationalisme que vous êtes.

— Ah bon ! vous l’avez donc rencontré ? Il vous a dit regretter la révolution qu’il a semée à pleines mains ? Vous êtes assuré qu’on le reconnaîtra universellement comme Pape quarante ans après ? Voyez combien tout cela est de l’ordre de l’imagination !

Malsain

L’Église catholique est le Corps mystique de Jésus-Christ ; elle est une société surnaturelle. L’Église militante – celle à laquelle nous appartenons sur la terre – est surnaturelle dans son essence, tout comme les différents éléments qui entrent dans sa constitution : ses pouvoirs (magistère, sanctification et gouvernement), son autorité, ses sacrements.

Dans la situation présente de la sainte Église, devant la difficulté de professer simultanément toutes les vérités la foi catholique et de la doctrine de l’Église en les confrontant aux faits avérés, la tentation peut être grande de « botter en touche », et de trouver un refuge inconscient dans la fuite, remplaçant l’adhésion théologale à l’Église dans son état réel (visible et provisoirement permanent) par un univers imaginaire qui ne réclame rien d’autre que de l’imagination. Mais pour la mise en œuvre et le rayonnement de la foi, il y a là une réduction qu’on ne peut s’empêcher de trouver malsaine et grosse de bien des périls.

Le juste vit de la foi : il en vit en tout temps, et non pas seulement quand tout est en ordre ; il en vit plus encore dans les temps d’épreuve, dans les combats de l’agonie, quand règne l’insolence des hommes ennemis de Jésus-Christ.

* * *

Mais… ce n’est pas contraire à la foi catholique !

— Non, certes : croire à la survie et au retour prochain de Paul VI ne s’oppose à aucune vérité de la foi et ne nie aucun fait dogmatique (il en serait tout autrement si un vrai Pape régnait à Rome) : ceux qui adhèrent à une telle croyance ne sont pas pour cela indignes des sacrements ; il y aurait une grande injustice à les leur refuser.

Mais tout ce qui n’est pas opposé à la foi n’en est pas vrai pour autant : affirmer que deux et deux font trois par exemple.

Il y a en outre un véritable danger pour la foi de se mouvoir dans un univers irrationnel et de justifier une attitude ecclésiale présente par une conjecture qui porte sur l’avenir. Il y a même double danger :

– La foi est donnée à notre intelligence, et ne peut prétendre se passer des lois de la raison : elle se priverait de l’irremplaçable instrument qui contribue à la conserver et permet de l’exercer sainement (c’est une des caractéristiques du modernisme) ;

– la foi est fondée sur la Révélation publique et sur la prédication des Apôtre, closes ensemble à la mort de saint Jean l’Évangéliste. Même si une partie de l’objet de la foi concerne l’avenir (les fins dernières, la pérennité de l’Église), elle se réfère fondamentalement au passé.

C’est la conscience pressante de ce double danger qui pousse à avertir ceux qui seraient tentés de se laisser séduire…

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 07:08

Lu et vu sur gloriatv, la lettre que le R. P. Charles Baillif dit être son testament : un beau témoignage de la foi catholique.

À lire ici.

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 22:10

Le battage médiatique qui a entouré le règlement de compte au siège de Caïphe-Hebdo est totalement disproportionné avec l’évènement lui-même : celui-ci est tragique pour les personnes qui ont trouvé la mort sans préparation ni contrition, mais il est quantitativement insignifiant. En revanche ce matraquage a été très adroitement haussé au niveau de l’effet escompté.

Le résultat visé est un grand pas supplémentaire dans la confusion des esprits et dans l’ensevelissement de l’intelligence chrétienne. En effet, on nous rebat des oreilles de « blasphème contre Mahomet » et de « droit au blasphème », au rebours de la signification des mots pour mieux enfumer les consciences.

*

Comme bien souvent, pour y voir clair il suffit d’ouvrir son catéchisme : on y trouvera deux définitions bienvenues.

Le blasphème est une parole (des lèvres ou du cœur, ou bien un acte éloquent) qui constitue une injure à Dieu, spécialement par la négation de la foi ou par la profération d’un mensonge à son égard. Par extension – une extension fondée sur la réalité de la grâce divine qui est participation à la vie même de Dieu et à sa bonté – le blasphème peut s’adresser à la sainte Vierge Marie, à la sainte Église catholique ou aux saints.

Saint Augustin, dans son Contra mendacium, définit ainsi : Blasphemia est per quam de Deo falsa dicuntur — le blasphème est ce par quoi des choses fausses sont dites à propos de Dieu.

 

Et saint Thomas d’Aquin (IIa-IIæ q. 13 a. 1) d’expliquer que le blasphème est une atteinte à la confession de la foi parce qu’il nie la bonté de Dieu.    

Par ailleurs, un prophète est celui qui a reçu mission d’enseigner, au nom du vrai Dieu, la vérité de la Loi divine et de Jésus-Christ : de Jésus-Christ annoncé et espéré dans l’Ancien Testament ; de Jésus-Christ venu et révélé dans le Nouveau Testament.

Mahomet n’est ni Dieu ni un saint ni un prophète. Il est donc impossible de proférer un blasphème à son égard ; c’est par une impropriété de terme indue qu’on parle de blasphème envers lui, et cette impropriété est une impiété qui cache le fait que Mahomet est lui-même un blasphémateur qui nie la divinité de Jésus-Christ et qui la fait nier quinze fois par jour à tous ses adeptes.

   *  

S’il est donc impossible de blasphémer Mahomet, en revanche certains se font gloire de provoquer les musulmans. Il faudrait, pour justifier une provocation, une raison grave de la proférer : un bien nettement supérieur au désordre ainsi engendré (convertir les musulmans, accéder à la gloire du martyr). Il faudrait aussi prévoir et prévenir les maux prévisible (renforcement de l’identité islamique et des lois qui favorisent l’islam, déchaînement de leur sentiment guerrier).

Les rédacteurs de Caïphe-Hebdo (avant comme après la tuerie) sont des provocateurs irresponsables : non seulement leurs caricatures sont inaptes à sortir un musulman des ténèbres de sa secte, non seulement elles ne peuvent en rien éloigner les chrétiens (mal instruits) de la fascination pour l’islam, mais en plus ces caricatures sont l’occasion d’incendies d’églises, dans les pays d’Afrique dont l’islam est en train d’activer la conquête. Ce sont des irresponsables que tout le monde applaudit (même des chrétiens d’Occident)… sauf ceux qui ont tout perdu : leurs églises, leurs biens, leur honneur aussi. Des irresponsables qui portent une lourde responsabilité.

Et quand il arrive que les provoqués réagissent violemment, va-t-on plaindre les provocateurs ? Voyez ici !

*

Cette provocation affichée de l’islam masque et « fait passer » un blasphème permanent contre Dieu et ses œuvres, contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Évangile, contre l’Église catholique et la civilisation chrétienne : blasphème de négation et de moquerie, blasphème de mensonge et de souillure. En cela Caïphe-Hebdo et Mahomet se rejoignent parfaitement, et leur opposition n’est donc que superficielle. Leur ennemi commun (nous !…) devrait bientôt les réconcilier.

*

L’exploitation de la tuerie du 7 janvier fait que nous n’en sommes plus aux blasphèmes écrits par un torchon au tirage fort limité : elle a étendu à la planète entière la diffusion dudit torchon (pardon au vrais et estimable torchons qui essuient la vaisselle ou enveloppent le jambon !) ; pis encore, elle conduit à la proclamation d’un nouveau « Droit de l’Homme » doublement majusculaire : le droit au blasphème. L’abjection est à son comble.

C’est une abjection quant à l’honneur de Dieu, cet honneur de celui qui est tout et auquel nous devons tout, cet honneur qui est un bien à défendre de toute notre âme et de toute notre énergie, bien davantage que notre propre honneur, ou celui de notre famille ou celui de notre pays.

C’est une abjection quant à la notion de droit. Jus est justum : le droit est ce qui est juste, ce qui est objet de la vertu de justice selon la loi. Cette loi est la loi éternelle en Dieu ; la loi naturelle dans la création ; la loi de l’Évangile dans l’ordre à la fin dernière ; la loi positive dans la société : loi de l’Église ou loi de la Cité qui appliquent et détermine dans le concret les trois lois susnommées. Faire du blasphème un « droit », c’est décréter que le reniement du fondement de la nature et de la société humaines sont une chose juste, une chose qui concourt au bien commun, une chose que la loi (ordonnance de la raison) doit garantir et protéger…

C’est une abjection parce que le blasphème attire la malédiction et les châtiments de Dieu. Le Catéchisme du concile de Trente fait remarquer que Dieu a promis de punir les violateurs du deuxième commandement de la première des Tables de la Loi (celui qui interdit le blasphème) mais sans désigner de châtiment particulier : il faut donc en inférer que tous les maux qui accablent les hommes leur sont dispensés en punition du déshonneur du saint Nom de Dieu.

*

La tuerie de Caïphe-Hebdo occupe depuis une quinzaine de jours le devant de la scène, et cela en dit long sur l’orchestration de cette triste affaire (et la preuve, c’est qu’aujourd’hui encore j’en fais encore un papier). Le résultat est la confusion totale, car c’a été l’occasion de vilipender « les religions » ou de prendre leur défense, c’a été l’occasion d’appeler à respecter « la foi » de tous, ou celle de personne : mais toujours en mettant dans le même sac la vraie religion, celle de Jésus-Christ vivant dans l’Église catholique, et les fausses religions qui sont des singeries diaboliques ; en confondant la foi catholique, lumière de la vérité divinement révélée, et les croyances tissues d’erreurs et de superstition.

Qui donc est, en définitive, la grande cible de cette kermesse mondiale ? Jésus-Christ en sa gloire et en ses membres. Astiterunt reges terræ, et principes convenerunt in unum adversus Dominum, et adversus Christum ejus. Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum : Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Christ. Rompons leurs liens, et jetons loin de nous leur joug (Psaume II, 2-3).

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 09:52

Le fléau de Dieu

ou

Le bal des hypocrites

Il est difficile d’échapper au tam-tam médiatique, il est impossible de l’ignorer : l’hebdomadaire blasphèmirique dénommé Charlie-Hebdo a subi une attaque meurtrière au cours de laquelle douze personnes ont trouvé la mort (et au bout du compte, ce sont vingt morts que l’affaire comptabilise). Cet épisode sanglant occupe le devant de la scène pendant une semaine, et constitue un prétexte vraiment très opportun (!) pour achever la déchristianisation de la société, notamment dans les écoles. Faut-il appliquer l’adage Id fecit cui prodest ?

Un crime est un crime, un assassinat est un assassinat. Il ne saurait être question d’approuver ou de se réjouir en quoi que ce soit ce genre d’« expédition punitive » qui usurpe les droits de Dieu seul maître la vie humaine. Mais il convient aussi de replacer les choses dans leur véritable perspective.

1.   Ce jour-là, mercredi 7 janvier, plus de 200 000 personnes sont décédées dans le monde : les douze malheureux ne représentent que moins de 12/200 000, soit moins 0,006 % des morts quotidiens. Beaucoup d’hommes sont morts de faim, de crime, de maladies douloureuses, de chutes malencontreuses, d’accidents brutaux : y a-t-on pensé ? a-t-on prié pour le salut de leur âme et pour adoucir le chagrin de leurs proches ? En France, la mort de 2000 personnes a été recensée ce même jour. Mais ce ne sont pas des morts intéressantes, n’est-ce pas ? Il y a des morts qui sont plus égaux que les autres…

—  Mais vous plaisantez ! Là il s’agit de meurtres : c’est tout autre chose !

—  Eh bien, parlons-en. Je n’ai pour l’instant mentionné que les morts de personnes ayant un état civil. Car, dans le même temps de 24 heures, et pour la seule France, ce sont plusieurs milliers d’enfants innocents qui ont été froidement assassinés dans le sein de leur mère : par meurtre soit chirurgical, soit chimique soit mécanique. A-t-on envoyé la police pour traquer et embastiller les assassins et leurs complices ? Pensez donc ! les deniers publics (les nôtres…) rémunèrent le prétendu « système de santé » dont les membres sont ainsi devenus des tueurs à gage. Quand on paie ses impôts, on finance le terrorisme abortif ; quand on paie son carburant, on finance le terrorisme islamique…

Quoi qu’il en soit, la balle d’un tueur, la virulence d’un agent pathogène, l’imprudence d’un chauffard, la catastrophe naturelle, la crise cardiaque ou la vieillesse ne sont que les huissiers de la Justice divine. Car mourir, c’est être cité au Tribunal de Jésus-Christ pour y rendre compte de la gestion de la vie et du temps que la Providence nous a impartis ; pour rendre compte du Sang et de la grâce de Jésus-Christ ; plus précisément, pour être examiné sur la présence (ou l’absence…) dans l’âme de la vertu théologale de charité (laquelle ne peut y être présente que si elle a été soutenue par la foi catholique et par l’espérance surnaturelle). C’est ainsi que se décide notre éternité, sans possibilité de retour ni d’appel.

2.   Parmi les morts à déplorer dans l’attaque des locaux de Caïphe-Hebdo, il y a des personnes qui n’étaient présentes que fortuitement, accomplissant leur devoir d’état. Elles et leur famille ont droit à toute notre compassion.

Mais la majorité des victimes appartenait à la rédaction d’une immonde publication, accumulant depuis des décennies blasphème sur blasphème contre Notre-Seigneur Jésus-Christ, contre sa sainte Mère et contre son Église. En particulier leur récent numéro hors-série traitant de Noël n’était qu’une grossière profanation du mystère de l’Incarnation, outrageant en texte et en image la sainte Vierge Marie, insultant à la foi catholique et à la piété des chrétiens.

Comment ne pas évoquer le Jugement de Dieu ? Car à tous les pécheurs défiant la justice divine que s’adresse notre souverain Juge (Psaume XLIX, 17-22) : « Toi qui hais la discipline, et qui as rejeté derrière toi mes paroles. Si tu voyais un voleur, tu courais avec lui, et tu mettais ta part avec les adultères. Ta bouche a été remplie de malice, et ta langue ourdissait la fraude. Tu t’asseyais pour parler contre ton frère, et tu tendais des pièges contre le fils de ta mère. Voilà ce que tu as fait, et je me suis tu. Tu as cru d’une manière impie que je te serais semblable. Je te reprendrai, et je mettrai tout sous tes yeux. Comprenez ces choses, vous qui oubliez Dieu ; de peur qu’il ne déchire, sans que personne puisse délivrer. »

Les gens de Caïphe-Hebdo donnent l’impression de ne rien respecter. Ce n’est bien sûr qu’un trompe-l’œil : ils se gardent bien de s’attaquer aux maîtres de la pénombre, au dogme qu’ils imposent, au système qu’ils ont mis en place. La Révolution s’exerce en deux temps : Solve et Coagula. Ce torchon-hebdo s’emploie à dissoudre, à détruire, à souiller. Non seulement il est incapable de bâtir quoi que ce soit, mais encore il ne saurait attenter à l’ordre occulte qui s’édifie sur les ruines de la chrétienté : il en mourrait dans l’heure.

Aussi depuis des décennies, il vit de la dérision de la vérité et de la vertu ; son prétendu humour corrosif s’exerce contre tout ce qui est vrai, bon et beau. L’insolence dans le blasphème tient lieu de talent à ses dessinateurs et rédacteurs, qui ne sont que de médiocres ratés.

Le fléau de Dieu est passé… Dans l’histoire de la chrétienté, l’Islam a souvent rempli cet office : il s’est implanté sur des terres désolées et affaiblies par l’hérésie, le schisme ou l’apostasie. Il est le châtiment des mauvais chrétiens.

3.   Quand la guerre islamique massacre les chrétiens en Syrie, en Afrique ou en Indonésie, on ne s’émeut pas beaucoup. C’est pourtant tous les jours de l’année que les morts abondent sous ses coups. Mais si l’Islam s’en prend à des provocateurs, à la lie de la société apostate, au flambeau d’une prétendue liberté dévoyée et arrogante, là on se souvient qu’il faut lutter pour la paix publique et pour la justice.

L’Islam est le fléau de Dieu, et il ne le sait pas. Il ne le sait pas d’abord parce que les méthodes qu’il emploie et les buts qu’il poursuit sont contraires à la justice naturelle et au droit des gens — et en cela il doit être combattu sans faiblesse. La lâcheté du pouvoir politique devant son organisation criminelle est effarante.

L’Islam ne sait pas qu’il est le fléau de Dieu parce qu’il ne connaît pas Dieu. Il prétend agir en son nom, mais ce n’est pas le vrai Dieu qu’il vénère. Les catholiques ont-ils le même Dieu que les juifs et les musulmans ?  

La religion laïciste (religion d’État en France) prend un hypocrite prétexte des attentats criminels perpétrés par des musulmans pour fustiger « les religions ». De religion tout d’abord, il n’y a qu’une vraie, parce que Dieu ne se contredit pas lui-même. Et puis, l’Islam n’est pas une religion : il est une guerre contre l’adorable Trinité et contre la chrétienté. Il n’est rien d’autre, même si beaucoup de musulmans au tempérament pacifique s’y trompent. Faire la guerre, tuer les chrétiens, ce n’est pas accidentel à l’Islam : c’est son essence, c’est sa raison d’être.

Ce qui est accidentel chez lui, c’est de tuer les blasphémateurs du vrai Dieu, c’est de se révolter contre ses maîtres…

4.   Pendant ce temps-là, la plupart des catholiques ont pris l’habitude de ne pas considérer la nature des choses ; ils en sont réduits à des jugements qui relèvent du sentiment, de la commodité, de l’habitude.

La fin de l’Islam est de faire la guerre aux catholiques, et on voudrait l’apprivoiser (est-ce là le fameux « sens de l’histoire »?). Il ne faut pas apprivoiser l’Islam (chose impossible) mais travailler à convertir les musulmans égarés dans les ténèbres de cet immense leurre.

La fin du système scolaire républicain (et de l’école prétendument libre qui a adopté son esprit, ses méthodes et ses programmes) n’est pas d’apprendre à lire, écrire et compter (ça se saurait !) mais de répandre l’incrédulité et le mépris des mœurs chrétiennes. Les parents catholiques y envoient leurs enfants et font mine de s’étonner que ceux-ci perdent la foi. La responsabilité des parents est immense, mais ils ne sont jamais à court de prétextes.

Le libéralisme est par nature la voie de l’esclavage. Et pourtant on caresse toujours ce libéralisme même quand on a découvert qu’il enfante des terroristes. L’épisode Caïphe-Hebdo a révélé bien des cœurs, entre autres celui de ceux qui sont venus doctement nous enseigner que la liberté est le plus grand des biens, et que les blasphémateurs meurtris étaient des martyrs de la civilisation occidentale. Rien que ça !

*

Il faut commencer par apprendre (ou réapprendre) la doctrine de l’Église, tant dogmatique que morale et sociale : sans cela la vie chrétienne, quel que soit le cœur qu’on y veut mettre, ressemble au travail de Pénélope.

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 19:13

 

Pour répondre à une telle question, deux choses bien distinctes sont à considérer : sa personne et son sacerdoce.

1. La personne de ce prêtre

Un schismatique peut toujours – comme cela est nécessaire à son salut éternel – intégrer la sainte Église catholique. Il doit abjurer le schisme et se faire relever des censures qu’il a encourues. Cette absolution des censures est [relativement] facile, car il peut y avoir eu ignorance de la censure (ignorance qui fait que la censure n’est pas encourue — canon 2229  § 3) ; dans les circonstances présentes d’absence d’autorité pontificale, il y a cas urgent (canon 2254  § 1), et recours impossible à l’autorité (canon 2254  § 3).

La censure encourue par un schismatique est une excommunication spécialement réservée au Souverain Pontife.

Canon 2314

§ 1.  Tous les apostats de la foi chrétienne, tous les hérétiques ou schismatiques et chacun d’entre eux :

1°/  Encourent par le fait même une excommunication ;

2°/  Si après monition, ils ne viennent pas à résipiscence, qu’on les prive de tout bénéfice, dignité, pension, office ou autre charge, s’ils en avaient dans l’Église, et qu’on les déclare infâmes ; après deux monitions, ceux qui sont clercs doivent être déposés.

3°/  S’ils ont donné leur nom à une secte non catholique ou y ont publiquement adhéré, ils sont infâmes par le fait même ; en tenant compte de la prescription du Canon 188 n. 4, que les clercs, après une monition inefficace, soient dégradés.

§ 2.  L’absolution de cette excommunication, à accorder au for de la conscience, est spécialement réservée au Siège apostolique. Si cependant le délit d’apostasie, d’hérésie ou de schisme a été porté au for externe de l’Ordinaire du lieu, de n’importe quelle manière, même par un aveu volontaire, le même Ordinaire, mais non le vicaire général sans mandat spécial, peut, de son autorité ordinaire, absoudre au for externe le coupable venu à résipiscence après l’abjuration faite juridiquement et l’accomplissement des autres obligations du droit. Après cette absolution, le pénitent peut être absous de son péché au for de la conscience par n’importe quel confesseur. L’abjuration est tenue pour accomplie juridiquement, lorsqu’elle se fait devant l’Ordinaire du lieu ou son délégué ou au moins deux témoins. [Fin du canon 2314]

Il n’y a donc aucune difficulté à accepter de grand cœur et à chaleureusement féliciter une personne qui renie sincèrement le schisme pour intégrer la sainte Église catholique en se soumettant à sa loi ; c’est au contraire une grande miséricorde du Bon Dieu et un beau motif d’action de grâces.

2.  Le sacerdoce de ce prêtre

Il en va tout autrement de son sacerdoce, dont l’exercice lui est strictement interdit. En effet, il a contracté une irrégularité ex delicto (canon 985  § 3), qui est une inhabilité perpétuelle à tout exercice des saints ordres (canon 968  § 2). Perpétuelleveut dire que l’irrégularité ne cesse pas à la fin du schisme ou du scandale, mais uniquement par dispense (Capello, III, i, 7, 5 n. 281).

À la différence d’une censure comme l’excommunication, l’ignorance de l’existence de l’irrégularité n’empêche pas qu’elle ait été encourue (canon 988).

Dans ce cas précis, au for externe, il est toujours présumé que le schisme a été un péché formel (Capello, ibid.). S’il s’agit d’un catholique qui a quitté la sainte Église pour rejoindre le schisme et s’y faire ordonner, le péché n’est pas seulement présumé formel, il l’est (et l’Église est beaucoup plus rigoureuse pour lui interdire tout ministère).

La dispense des irrégularités ex delicto appartient au seul Souverain Pontife. L’Ordinaire (l’Évêque du diocèse ou, pour les religieux d’un ordre exempt, le Père Abbé ou le Supérieur majeur) ne peut donner la dispense à ses sujets que pour les cas occultes(canon 990  § 1) ; le confesseur, pour les cas occultes très urgents (canon 990  § 2).

L’appartenance à une « église » schismatique n’est pas du tout un cas occulte. Donc, seul le Pape peut autoriser un prêtre venant du schisme à exercer son sacerdoce. Il en décide souverainement et prudemment.

En effet, le Pape, s’il envisage de dispenser de l’irrégularité, prend auparavant en compte un autre aspect on ne peut plus important : l’examen de la validité de l’ordination sacerdotale. Certes les Orientaux ont scrupuleusement conservé les rites sacramentels en vigueur au XIe siècle, mais encore faut-il qu’il n’y ait pas interruption ni gauchissement. Une telle garantie ne peut être donnée que par un jugement de l’Église catholique.

Le Pape s’inquiétera aussi (et davantage) de la science sacerdotale du schismatique qui a abjuré, spécialement à propos des points que les schismatiques nient en théorie ou en pratique :

  des vérités dont son schisme était directement la négation : nature, unité et romanité de l’Église catholique ; primauté et infaillibilité du Pontife romain ; nature et détermination de la règle de la foi ;

  des vérités niées par les Orientaux, ou au moins certains d’entre eux puisque les obédiences sont nombreuses : Procession du Saint-Esprit Filioque ; distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel ; Immaculée Conception et Assomption de la sainte Vierge Marie, existence et nature du Purgatoire, Indulgences.

Voici un extrait du diagnostic que fit Louis Jugnet en 1946 (texte complet dans le Cahier Louis-Jugnet n. 2 pp. 51-68). Ce texte est à lire en son entier pour ceux qui ne veulent ne pas parler « en l’air » et sans savoir de ce qui sépare les Orientaux schismatiques et la sainte Église catholique.

« Nos frères séparés d’Orient et nous, nous ne sommes pas opposés uniquement au sujet de l’autorité du Pape, comme le croient souvent les gens non avertis. Il y a d’abord une perpétuelle sous-estimation de notre connaissance de Dieu, qu’on nomme apophatisme (d’apophasis : négation) et qui méconnaît la connaissance réellement valable, quoique pauvre et analogique que nous pouvons acquérir des réalités divines. Ce point est très important et oppose grandement l’Orient à la théologie romaine. Il y a le Filioque et c’est un gros morceau ! Il y a le palamisme qui règne généralement en maître dans les “Églises d’Orient”. Il y a le rejet, plus ou moins affiché, mais réel, de l’Immaculée Conception. […] Il y a, à tout le moins, des ambiguïtés et des prétéritions au sujet de la transsubstantiation eucharistique. (Sans doute, l’Église d’Orient croit à la présence réelle, mais elle précise mal le mode de conversion du pain et du vin au corps et au sang du Christ, et les spécialistes catholiques ne sont pas d’accord sur le sens à donner aux assertions gréco-russes sur ce point). Il y a d’inquiétants silences, mêlés à des erreurs plus ou moins larvées sur le purgatoire et la vie de l’au-delà ; sur les indulgences ; sur le nombre des sacrements (la théologie sacramentaire de l’Orient est beaucoup plus flottante que la nôtre, et n’a pas un septénaire nettement déterminé). Il y a différends sur le rôle de l’épiclèse dans la consécration, sur le progrès dogmatique […].

« Enfin, reste le gros point d’opposition, c’est la haine souvent farouche de l’Église d’Orient envers Rome, son incompréhension totale du rôle du Pape dans l’Église, cette sorte d’orgueil figé qui caractérise l’épiscopat orthodoxe, et mène les popes à injurier le catholicisme d’une façon parfois incroyable (aux Lieux Saints, dans les Balkans, etc.). C’est là qu’on décèle tout le venin schismatique, et c’est là le point douloureux. De grands théologiens russes comme Serge Boulgakoff perdent visiblement leur sang-froid quand ils parlent de la Chaire de Pierre : là s’accumulent les reproches de papolâtrie, de juridisme romain, etc. »

  Mais si ce prêtre a été reçu et agréé par la fraternité Saint-Pie-X, si c’est devant un de ses évêques qu’il a abjuré, cela ne l’autorise-t-il pas à user du sacerdoce reçu dans le schisme ?

Les membres de la fraternité Saint-Pie-X n’ont aucun pouvoir particulier, les évêques qui en sont membres ne sont pas du corps épiscopal de l’Église catholique : jamais un souverain Pontife ne les y a agrégés, ni directement (par mandat pontifical) ni indirectement par le truchement des lois en vigueur dans la cooptation de l’épiscopat. Et donc le passage par la case fraterniténe modifie en rien la situation d’un prêtre venant du schisme.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’y pas qu’une irrégularité à lever (c’est déjà beaucoup !) : il y a une légitimité fondamentale à assurer.

Selon la constitution même de l’Église et selon son droit, l’admission au ministère sacerdotal relève d’un évêque, d’un véritable évêque catholique successeur des Apôtres par son appartenance au corps épiscopal.

« En dehors d’une commission reçue de l’Église catholique, l’administration des sacrements est illicite et sacrilège. […] L’autorité pour dispenser les sacrements vient tout entière de la mission donnée aux Apôtres. […] La mission apostolique ne se trouve que dans l’Église catholique… Bien qu’il soit possible, de fait, de dispenser les biens d’un autre sans avoir reçu de lui une mission à cet effet, rien n’est plus sûr que le fait que personne ne dispense légitimement ce qui appartient à un autre si ce n’est par son mandat. Or, les sacrements sont le bien du Christ. Donc ils ne sont légitimement dispensés que par ceux qui ont une mission de la part du Christ, c’est-à-dire par ceux auxquels découle la mission apostolique » (Cardinal Billot, de Sacramentis, tome 1, thèse xvi).

De plus, pour que soit admis un prêtre venant du schisme, les Papes se sont réservé l’examen et la résolution du cas. En raison de la gravité – tant doctrinale que sacramentelle – de l’enjeu, ils n’ont pas laissé aux évêques d’en décider (ce qui aurait été possible au vu de la mission épiscopale).

  Oui mais, vous la ramenez toujours avec le droit canon et compagnie. Vous ne vous apercevez donc pas qu’il y a nécessité, urgence, besoin des âmes ? Votre juridisme va à l’encontre du bien même de l’Église, il n’est donc pas de mise !

  Comme il vient d’être expliqué, il y a bien plus qu’une loi en jeu : il y a l’ordre des choses qui s’enracine dans la constitution même de l’Église telle que Jésus-Christ l’a institué. Le cardinal Billot ne vous a pas caché la gravité de l’affaire.

Et puis, il faut bien que je vous le dise, il y a quelque chose de mille fois pire que le juridisme, c’est l’anarchisme. Il n’est pas étonnant que cette tendance, qui existe déjà dans la nature humaine comme séquelle du péché originel, se développe avec une dynamique qui fait peur : l’absence prolongée d’autorité en est un puissant facteur. Mais cela ne rend pas l’anarchisme moins dangereux et moins corrosif de l’esprit chrétien.

Cet anarchisme se manifeste de différentes manières, dont voici quelques-unes (hélas ! cumulables).

La première consiste à dire que puisqu’il n’y a plus de pape, il n’y a plus de loi… C’est un anarchisme radical, destructeur, qui oublie un simple petit fait : le chef de l’Église est Jésus-Christ ! Le Siège à la droite du Père n’est pas vacant ! Le Pape a une autorité souveraine sur le Corps de l’Église, mais une autorité vicaire par rapport à Jésus-Christ. Ce que le pape lie ou délie sur la terre est lié ou délié dans les cieux par le pouvoir de Jésus-Christ et le demeure, même quand le Pape cesse d’être (sauf stipulation particulière). Et donc la loi de l’Église demeure avec toute sa force, et elle demeure en l’état où l’a laissé le dernier acte pontifical.

La seconde forme d’anarchisme, plus courante, consiste à décréter qu’il y a nécessité et donc que toute loi qui entrave le caprice sacerdotal, euh ! pardon ! le ministère sacerdotal, est d’application suspendue. Rapidement, cette anarchie devient habituelle et aveugle, et on décrète l’inapplication de la loi sans même se mettre en peine d’examiner la teneur de la loi, sans même rechercher ce qu’a permis ou interdit l’Église dans des cas particuliers. C’est un anarchisme de paresse et d’ignorance, mais un véritable anarchisme.

La troisième forme consiste à ne voir aucune distinction entre la Constitution de l’Église et la législation de l’Église, entre ce qui tient à la nature des choses et ce qui tient à la discipline, entre ce qui relève du droit divin et ce qui relève du droit purement ecclésiastique. On n’est plus en face d’une épikie pratique (et souvent illégitime) comme dans le cas précédent, mais dans le cas d’une épikie quasi-théologale qui fait de chacun un « Constitutionnel » qui tient l’Église à sa merci.

L’anarchisme est une épidémie parfois revendiquée, souvent sourde et sournoise, qui rend toute discussion impossible — ne serait-ce que parce que l’anarchiste (de droit divin !) dégaine plus vite que son ombre l’accusation de juridisme… sans bien savoir ce que veut dire le mot, mais peu importe, l’essentiel étant l’impact pour décrédibiliser celui qui s’efforce d’avancer en se disant :

Le vrai bien des âmes, celui qui est fructueux et durable même s’il est moins visible (ou entravé par mes défauts), c’est celui qui se fait selon la volonté de Dieu. Et cette volonté de Dieu, elle ne se décrète pas suivant l’humeur du moment ; elle est inscrite dans la nature des choses telle que Dieu l’a instituée, telle qu’elle se manifeste à qui veut bien la chercher là où elle est enseignée : dans l’Évangile de Jésus-Christ, dans le Magistère de l’Église catholique romaine, dans la préservation de l’unité de l’Église, dans le droit canonique, dans la théologie de saint Thomas d’Aquin, dans l’exemple des saints.

*

  Au moins, les Orientaux schismatiques ont échappé à l’influence du modernisme : quand ils se convertissent, ils sont donc d’une orthodoxie à laquelle on peut se fier, et leur doctrine est vraiment sûre !

  Voilà une dernière illusion qu’il faut dissiper, par laquelle on tente de rassurer les braves gens qui auraient encore quelque hésitation. Illusion sotte, mais l’expérience montre qu’elle est tenace.

Louis Jugnet nous a énuméré plus haut les erreurs doctrinales qui séparent les schismatiques de la vérité catholique. Elles sont abondantes. Mais encore plus qu’abondantes, elles sont profondes et concernent ce qui est fondamental dans l’intelligence de la foi (cette intelligence qui est précisément la cible du modernisme). Il serait d’ailleurs étonnant qu’il en soit autrement, parce qu’il serait invraisemblable que dix siècles de schisme n’aient laissé aucune trace grave dans les mentalités et dans les doctrines.

Un rapide examen fait apparaître trois erreurs de ce type. La première porte sur la nécessité même de la doctrine. Est-elle une référence externe (l’appartenance à une obédience) ou une nécessité interne, vitale, pour la vie de la foi et la conduite de la vie ? La seconde est une indistinction permanente entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, qui est pourtant un point crucial et permanent de la doctrine catholique. La troisième est le fidéisme, erreur qui prétend que Dieu (son existence et ses attributs) n’est pas connaissable par la lumière de la raison mais seulement par la Révélation divine. Et ces trois erreurs sont aux sources du modernisme…

***

Le texte qu’on vient de lire est la reproduction quasi inchangée d’un article paru dans le n. 298 du bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance (décembre 2014).

Vous aurez noté la grande importance et la grande clarté du texte du Cardinal Billot qui est cité à peu près au milieu. Sinon, relisez-le. Il énonce la clef nécessaire pour discerner de ce qui est catholique et de ce qui ne l’est pas.

Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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