Jeudi 9 octobre 2014 4 09 /10 /Oct /2014 05:30

 

Éléments sur les états de vie

Les jeunes gens et les jeunes filles qui ont un peu de générosité au cœur se demandent comment ils doivent faire fructifier la vie que le Bon Dieu leur a donnée, la foi qu’il leur a infusée, le désir de servir qu’il leur inspire.

À cette question, il faut apporter une réponse humaine et catholique : une réponse de doctrine et une réponse de prudence. Voici quelques éléments – qu’ils ne trouveront guère ailleurs – qui peuvent nourrir leur réflexion et éclairer leur jugement.

Le choix d’un état de vie n’est d’ailleurs pas le seul choix qui demande une sérieuse réflexion imprégnée de prière et de claire vue de notre fin dernière. Si, par exemple, on reste dans le monde et qu’on y fonde une famille, le choix du conjoint est crucial pour la persévérance dans la foi et dans la loi de Jésus-Christ — et même pour le simple bien-être d’ici-bas.

On est aussi parfois (en fait, très souvent !) surpris de constater combien les jeunes gens ignorent totalement le bien commun – le bien commun de leurs frères dans la foi catholique et le bien commun de la Cité – quand il s’agit de s’orienter vers un métier ou de prendre une place dans la société.

Cela demanderait aussi à être analysé et développé, mais pour l’heure je m’en tiens à la considération des différents états de vie ad majorem Dei gloriam.

 

La fin commune

Le sacrement de Baptême nous a communiqué la grâce sanctifiante, effaçant ainsi le péché originel, infusant dans notre âme la vie surnaturelle, faisant de notre nature le temple de la très sainte Trinité ; en même temps et par le fait même, nous sommes devenus membres de Jésus-Christ et de son Corps mystique — ici-bas l’Église militante, la sainte Église catholique romaine.

Le Baptême est donc notre dignité fondamentale, notre grande règle de vie, la noblesse de notre âme, l’exigence de la perfection : le « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » du Sermon sur la Montagne [Matth. V, 48] s’adresse à tous les baptisés.

La fin commune de toute vie chrétienne est donc la perfection de la charité, de cette charité divine qui s’étend nécessairement jusqu’au prochain, charité qui inspire toutes les vertus et en impère les actes, charité dont la vocation est de croître sans cesse pour atteindre la mesure de gloire que la Sagesse divine a mystérieusement assignée à chacun, charité enfin qui requiert la contemplation  [1].

Quel que soit donc l’état de vie dans lequel nous sommes, quelle que soit notre vocation particulière, quelles que soient les circonstances en lesquelles nous nous trouvons, la fin de la vie sur terre et l’exigence de la charité demeurent identiques.

Si donc l’on se place du point de vue personnel, les divers états de vie possibles ne vont introduire qu’une différenciation dans les moyens de poursuivre et d’atteindre la perfection de la charité. Nous y reviendrons.

Mais, sous peine de sombrer dans l’« individualisme » (ou, si l’on veut, le « personnalisme ») qui émousse l’intelligence des choses divines, considérons en priorité un autre point de vue.

La vocation de l’Église

Antérieurement à la destinée de chacun, il y a la vocation de l’Église. Le dessein de Dieu est de constituer à son Fils unique une Église qui lui soit un « plérôme », une plénitude, un rayonnement de gloire, une société céleste qui sera pour lui Corps et Épouse. C’est dans cette élection de l’Église que la vocation de chacun d’entre nous prend sa source : Dieu nous destine à prendre telle place dans son Église : place quant au degré de charité et de gloire, place quant à un office particulier.

Toute vie chrétienne est donc comme « embarquée » dans l’union entre Jésus-Christ et son Église ; elle est participante de cette union mystique qui est la clef de l’histoire du monde.

Le mariage

Saint Paul exprime merveilleusement cette vérité à propos du mariage (Eph. V, 22-32).

« Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l’Église est soumise au Christ, de même aussi les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses. Vous, maris, aimez vos femmes, comme le Christ aussi a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l’avoir purifiée dans le baptême d’eau par la parole de vie, pour se la présenter lui-même comme une Église glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée. De même les maris aussi doivent aimer leur femme comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. Car jamais personne n’a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et la soigne, comme le Christ le fait pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. C’est pourquoi l’homme abandonnera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair. Ce mystère est grand : je dis cela par rapport au Christ et à l’Église. »

Le saint Mariage est donc l’image de l’union entre Jésus-Christ et son Église, et c’est là sa grandeur, sa noblesse, sa première clarté aux yeux de Dieu.

Sacerdoce et virginité

Mais il y a plus grand, il y a plus effectif, plus réalisateur ; il y a dans la sainte Église deux institutions qui ne sont pas seulement l’image de l’union de Jésus-Christ et de son Église, mais qui en sont la réalisation, qui en sont l’instrument, qui en sont la réalité. Voici comment l’Abbé Victor-Alain Berto l’expose avec un bonheur incomparable :

« Il y a entre le Christ et l’Église unité de vie (ce qu’exprime l’idée de Corps Mystique) et réciprocité d’amour (ce qu’exprime l’idée des Épousailles Mystiques). Ces deux grandes réalités surnaturelles trouvent chacune leur expression dans les deux institutions les plus essentielles de l’Église : le sacerdoce et la virginité sacrée. Par le sacerdoce, en effet, c’est Notre-Seigneur qui incessamment vivifie son Église, entretient en elle, au moyen des sacrements, la vie de la grâce, et la gouverne. Par la virginité sacrée, c’est l’Église qui incessamment aussi se présente comme Épouse au Christ son Époux et lui redit sa fidélité et son amour  [2]. »

Et avant ce passage si vrai, si pieux et instructif, l’Abbé Berto avait développé et justifié :

« Le Christ communique à l’Église la vie surnaturelle et c’est pourquoi il est appelé Tête de l’Église ; l’Église reçoit de Lui cette vie, et c’est pourquoi elle est appelée Corps du Christ.

« Or, outre cette relation vitale entre le Christ et l’Église, il y en a une autre dans laquelle le Christ et l’Église sont considérés non comme un seul être composé d’une tête et d’un corps, mais comme deux personnes distinctes, unies par un amour réciproque qui a son siège dans la volonté de chacune d’elles. Il s’agit donc ici non plus de la nécessaire dépendance vitale, mais de la libre appartenance d’amour entre le Christ et l’Église. “Le Christ, dit saint Paul, a aimé l’Église et il s’est livré pour elle afin d’avoir en elle une Épouse sans tache et sans ride.”

« Dans cette union spirituelle entre le Christ et l’Église, le Christ tient la fonction de l’Époux : c’est lui qui conduit et dirige l’Église, qui la protège contre ses ennemis, qui veille sur son honneur et sur sa dignité, qui enfin lui donne une perpétuelle fécondité.

« L’Église, elle, a fonction d’Épouse : elle aime le Christ d’un amour perpétuel et exclusif, elle lui témoigne sans cesse respect et dévouement, elle cherche à lui plaire en toute manière ; elle supporte pour lui toutes les épreuves et toutes les persécutions ; elle refuse toute autre autorité que la sienne ; elle est attentive à exécuter ses intentions et ses désirs ; elle ne se laisse jamais séparer de lui ; elle élève pour lui ses enfants ; enfin, son occupation principale est de contenter par sa louange, par son dévouement, par son attachement, le Christ auquel elle est indissolublement unie.

« Pour bien comprendre ce que sont l’un par rapport à l’autre le Christ et l’Église, il faut donc retenir à la fois les deux idées du Corps Mystique et des Épousailles Mystiques : le Christ est à la fois pour l’Église tout ce qu’une tête est pour son corps et tout ce qu’un époux est pour son épouse ; et réciproquement, l’Église est à la fois pour le Christ tout ce qu’un corps est pour sa tête et tout ce qu’une épouse est pour son époux  [3]. »

Le sacerdoce et la virginité sacrée sont donc infiniment plus que des vocations individuelles : ils sont des fonctions mystiques d’Église. Par le sacerdoce, Jésus-Christ communique la vie à son Église ; il répand sa grâce en son sein, il la vivifie de son sacrifice, il l’illumine de sa vérité. Par la virginité sacrée, l’Église aime Jésus-Christ, elle s’immole à lui, elle lui offre un perpétuel hommage d’amour et de louange.

Retour sur terre

Quittons les hauteurs de ce point de vue, qui est le plus fondamental et qu’il ne faut jamais oublier, pour revenir à la considération de la vie de chacun.

Ne nous arrêtons pas ici à la considération de l’état de Mariage, dont nous avons d’une part évoqué la finalité qui est celle de la vie chrétienne elle-même (la perfection de la charité) et dont nous avons d’autre part rappelé la haute signification mystique (l’image de l’union entre Jésus-Christ et son Église). L’état de Mariage fait partie de la « voie commune » (ce qui n’a rien de péjoratif) et de ce fait ne comporte pas l’élection de moyens particuliers pour atteindre cette perfection de la charité. C’est l’observation des commandements de Dieu et de l’Église qui en est la grande obligation, c’est l’exercice persévérant des vertus chrétiennes qui en est la trame quotidienne.

Puisque nous parlons de voie commune – celle qui consiste à demeurer dans le monde pour y vivre de foi, d’espérance et de charité sous la forme générale de l’observation des préceptes divins – il faut dénoncer le lieu commun qui prétend que le célibat conservé au milieu du monde n’est pas un état normal : il faudrait ou se consacrer à Dieu, ou se marier. Mais pourquoi donc ne serait-ce pas un état normal ? Pourquoi ne pourrait-on pas y demeurer délibérément ? Une telle affirmation n’est fondée ni sur la sainte Écriture, ni sur l’enseignement du Magistère de l’Église ni sur sa tradition spirituelle ; et on pourrait énumérer de nombreux cas où cette situation est parfaitement justifiée.

Si l’on désire se donner à Dieu, on parlera de vocation. Là aussi, il importe de bien clarifier les choses, de bien distinguer d’une part entre vocation sacerdotale et vocation religieuse, d’autre part entre vie consacrée et vie religieuse.

Deux vocations

La vocation sacerdotale et la vocation religieuse, au rebours de ce qu’on imagine souvent, présentent plus de différences que de ressemblances.

À la vocation sacerdotale s’applique la parole de Notre-Seigneur : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jo. XV, 16). Cette vocation est donc un véritable appel, mais attention ! l’appel intérieur – le désir du sacerdoce, l’attrait vers lui – n’est que préparatoire au seul appel qui constitue la vocation sacerdotale : l’appel de l’Église par la voix de l’évêque légitime. C’est ce qu’enseigne très clairement le Catéchisme du Concile de Trente : « Vocari autem a Deo dicuntur qui a legitimis Ecclesiæ ministris vocantur – ceux-là sont dits être appelés par Dieu, qui sont appelés par les ministres légitimes de l’Église » (de Ordine§ 1). Bien sûr, l’évêque n’appelle que ceux qui se présentent librement, qui ont les qualités et la science requise, qui ont une intention droite ; mais la vocation proprement dite est donnée par l’Évêque, elle est l’appel qu’il donne au nom de l’Église  [4].

À la vocation religieuse s’applique cette autre parole de Notre-Seigneur : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; viens ensuite et suis-moi » (Matth. XIX, 21). Là, la vocation est dans la volonté de perfection. Cette volonté, comme toute volonté normale, doit procéder de la compréhension de l’intelligence : Qui potest capere capiat, dit Notre-Seigneur en parlant de la chasteté parfaite pour le Royaume de Dieu, « que celui qui peut comprendre comprenne » (Matth. XIX, 12). Il faut aussi que ceqe volonté soit raisonnable, stable et droite ; il n’en reste pas moins que la vocation religieuse consiste dans la volonté.

On voit donc ainsi la différence fondamentale entre la vocation sacerdotale où l’Église appelle elle-même au nom de Jésus-Christ, et la vocation religieuse, où Dieu donne la volonté de se consacrer à lui et où l’Église ne fait qu’organiser (en approuvant et en surveillant les ordres religieux) la vie de ceux qui répondent à l’appel général fait par Notre-Seigneur.

Vie consacrée et vie religieuse

Il importe de bien distinguer aussi la vie consacrée et la vie religieuse ; il vaudrait d’ailleurs mieux parler, pour que la distinction soit adéquate, de vie simplement consacrée d’une part, et de vie religieuse d’autre part.

Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas d’assigner à la vie humaine une autre fin que celle de la vie chrétienne issue du Baptême : c’est toujours la perfection de la charité qu’on veut comme fin, qu’on poursuit par l’observation des préceptes divins, qu’on espère de la miséricorde de Dieu. La vie consacrée à Dieu s’engage à des abstentions et à des moyens qui, en s’opposant aux sollicitudes du monde et aux concupiscences, sont aptes à libérer la charité des pesanteurs de la nature et de la dissipation du cœur ; ils lui permettent ainsi de s’exercer plus directement et plus intensément. Et comme cela est consacré par vœu, ces abstentions et ces moyens deviennent en outre des actes de la vertu de religion qui, par eux-mêmes et spécialement, concourent à la charité.

Vie de pur amour

La vie consacrée est constituée par le vœu de virginité ou le vœu de chasteté parfaite : on donne tout son amour à Jésus-Christ, on lui consacre son corps et toutes les affections de son cœur. C’est cette vie simplement consacrée qu’ont menée les vierges de l’Église primitive, armée d’âmes pures et aimantes : sainte Luce, sainte Agnès, sainte Cécile, sainte Martine et bien d’autres. Bien qu’elles ne fussent pas religieuses et qu’elles vécussent dans la maison familiale, elles avaient donné tout leur amour à Notre-Seigneur pour vaquer généreusement à son service. Tout au long de l’histoire de l’Église, aujourd’hui encore, fleurissent ainsi les épouses secrètes de Jésus-Christ, les âmes consacrées à lui comme l’était la sainte Vierge Marie, toutes de prières, toutes de dévouement, toutes d’humilité.

On a souvent perdu de vue combien cette vie consacrée fait partie de la tradition spirituelle et de l’honneur de l’Église, et combien elle est un état fécond en sainteté, en contemplation, en œuvres de miséricorde. Il n’y a guère de doute que Jésus-Christ désire de nombreuses âmes généreuses et virginales qui réjouissent ainsi son cœur et travaillent à son règne  [5].

Vie d’obéissance

La vie religieuse est une vie consacrée avec toutes ses exigences et son « office mystique » ; ce qui la différencie, c’est qu’elle est constituée par le vœu d’obéissance. La vie religieuse est distinctement une vie d’obéissance. Je n’oublie pas le vœu de pauvreté ; c’est un vœu très saint, très crucifiant, très salutaire lui aussi ; mais il est en dépendance du vœu d’obéissance.

En effet, la pauvreté religieuse consiste en l’usage dépendant : on renonce à toute propriété personnelle, on s’engage à n’user des biens matériels que dans la dépendance de la volonté d’un supérieur. On ne peut donc pratiquer la pauvreté sans supérieur, sans que la volonté soit soumise par l’obéissance ; inversement d’ailleurs l’obéissance suppose la pauvreté car si chacun conserve la propriété de ses biens et en use à son gré, l’obéissance n’est plus qu’un vain mot.

L’obéissance religieuse est très spécifique et se différencie de l’obéissance commune ; elle s’apparente à l’obéissance des enfants. Tous les hommes étant tenus à l’obéissance, il n’y aurait pas matière à vœu si l’obéissance religieuse n’était pas d’un type particulier, meilleur que l’obéissance commune.

Il faut ici rappeler, pour comprendre l’obéissance religieuse, que le pouvoir d’une personne investie d’autorité peut être de type « juridictionnel » ou de type « dominatif ».

Toute autorité s’exerce en vue du bien commun de la société dont elle a la charge, que ce soit l’Église, l’État, la famille, l’entreprise ou le club de pétanque du coin. Celui qui est investi de l’autorité a le droit et le devoir de commander aux inférieurs tout ce qui est nécessaire ou utile au bien commun, et ceux-ci rendent obéissance en raison du bien commun auquel les ordonne l’autorité. C’est le pouvoir « juridictionnel ».

Dans certaines sociétés, le bien propre des membres fait partie du bien commun parce qu’il est constitutivementet directement inclus dans leur finalité. Le pouvoir de l’autorité est alors dit « dominatif » en ce qu’il s’exerce sur le bien propre des membres. Il en est ainsi dans une société naturelle (la famille) et dans une société « artificielle » (la communauté religieuse). Cela se rencontre aussi dans les sociétés finalisées par la formation de leurs membres (école, séminaire etc.), mais de façon partielle : de façon proportionnée au bien commun de ladite société.

Les enfants ne sont capables ni de connaître ni de procurer leur bien propre ; c’est aux parents qu’incombe, de droit divin, selon la nature des choses, cette charge et cette responsabilité. Le bien commun de la famille exige d’ailleurs que les parents remettent peu à peu à l’enfant la charge de son bien propre.

Par le vœu d’obéissance, selon les modalités d’une règle, les religieux remettent à leur supérieur leur bien propre en vue de leur perfection spirituelle ; ils en deviennent comme les enfants, et par là ils accomplissent le renoncement le plus intime et le plus total : le renoncement à la libre disposition de leur volonté.

Ce renoncement si grand et si méritoire, n’est cependant possible – vertueusement possible – que si l’on est assuré que l’autorité à laquelle on se remet totalement recherchera la gloire de Dieu, la fidélité à la vérité, le vrai bien. En un mot, ce renoncement n’est possible qu’au sein de l’Église catholique, et de l’Église hiérarchisée dans laquelle tout supérieur a lui-même un supérieur, et qu’en définitive tout se résout dans l’autorité du Pape assisté par le Saint-Esprit.

C’est là que gît la grande difficulté des temps actuels : cette Autorité divinement assistée au sommet manque, non pas d’une brève éclipse, mais selon un état mystérieux qui dure et disperse les brebis du Seigneur, leurs esprits comme leurs cœurs.

Il faudrait alors au supérieur une prudence et une sagesse bien rares ; il lui faudrait une juste vue de la vérité de la foi, de la liberté des âmes et des limites de son jugement, qui relève du miracle. Et même cette délicatesse supposée extrême ne remplacera jamais la hiérarchie institutionnelle à l’intérieur de laquelle doit s’inscrire l’obéissance. Cela est d’autant plus vrai qu’on ne voue pas l’obéissance à tel supérieur, mais aux supérieurs présent et futurs : ce qui rend nécessaire l’investiture de l’Église, qui assure la catholicité et la stabilité de l’institution.

Vouer – en tout cas vouer définitivement – l’obéissance religieuse présente donc d’inextricables difficultés. Ainsi, par exemple, tout conflit (il en est de légitimes) devient insoluble et met à mal la notion même d’obéissance religieuse, ainsi que la paix des cœurs et des communautés, et la vertu de tous.

Un texte de Pie XII

Les considérations développées ci-dessus exposent le problème de la vie religieuse (problème dû à la provisoire et longue situation actuelle) sous l’aspect de la prudence surnaturelle, prudence d’autant plus nécessaire que c’est toute la vie qui est engagée, et que les biens les plus précieux sont en cause. Cette prudence est elle-même fondée sur une vérité doctrinale : le pouvoir « dominatif » (pouvoir des supérieurs religieux sur ceux qui leur ont voué l’obéissance) dérive de l’autorité du Pape. En effet, Pie XII déclare qu’en vertu des dispositions du droit canonique, qui établissent et régissent ce pouvoir « dominatif », il associe lui-même tous les supérieurs religieux à une partie de sa propre charge.

Cet enseignement se trouve dans l’Exhortation aux supérieurs généraux établis à Rome du 11 février 1958 :

« Nous vous avons associés, très chers fils, à cette partie de Notre charge, soit directement, vous déléguant par le Code de droit canon une part de Notre suprême juridiction, soit en établissant, dans vos règles et constitutions par Nous approuvées, les bases de votre pouvoir “dominatif”. Aussi Nous importe-t-il souverainement que vous exerciez l’autorité qui vous appartient selon Nos intentions et celles de l’Église. »

Cette doctrine de Pie XII avait été déjà mise en œuvre dans une réponse de la Commission d’Interprétation du Code droit canonique (26 mars 1952) qui assimilait, pour certaines choses seulement, le pouvoir « dominatif » du supérieur religieux au pouvoir de juridiction (pouvoir de gouvernement de l’Église).

Cette vérité est hélas bien méconnue. Nous sommes entourés par toute une nébuleuse de « fondations religieuses », fondations établies au nom de « suppléances » sorties d’un chapeau de magicien (sans qu’on puisse leur assigner un fondement réel ni une consistance quelconque), ou bien fondations s’édifiant sur un hypothétique « droit à la vie religieuse » (qu’on aurait peine à établir…). Ces communautés sont nanties de supérieurs autoproclamés (même s’ils sont élus par la base suivant les « constitutions »), on y prononce des « vœux de religions » en oubliant que le pouvoir « dominatif » d’un supérieur (et donc la réalité du vœu d’obéissance religieuse) ressortit à l’ordre public de l’Église, et qu’il nécessite une relation vivante de subordination à l’autorité pontificale sans laquelle il ne saurait exister.

Certes il est loisible à chacun de se placer sous l’autorité d’une autre personne dans le dessein de renoncer à la maîtrise de sa volonté pour tendre à la perfection. Mais il faut encore que cette décision soit un acte vertueux (et donc préalablement prudent) — ce qu’elle peut être tant qu’on ne prétend pas la sceller d’un vœu, qui en l’état présent ne sera pas un véritable vœu de religion, et qui risque fort d’en placer le sujet dans une situation inextricable.

C’est pourquoi il était bon de rappeler ci-dessus la sainteté de la vie simplement consacrée : elle peut constituer, pour une âme généreuse qui désire appartenir à Jésus-Christ et qui cherche la perfection évangélique, un choix d’une grande sagesse ; elle s’inscrit en tout cas dans la grande tradition mystique des âmes consacrées qui glorifient le Bon Dieu, non seulement par leurs actions, mais par leur vie même.

Ce fut l’état de vie, par exemple, d’une Catherine Lassagne, la directrice de la Providence d’Ars, âme d’une sainteté exquise formée par saint Jean-Marie Vianney à la pratique héroïque de toutes les vertus.

Conclusion

La seule chose qui importe, c’est la volonté du Bon Dieu. Si nous voulons connaître cette volonté, nous devons instruire notre intelligence et nous référer à la doctrine catholique (ce que nous venons d’essayer de faire) ; nous devons purifier notre cœur pour ne pas résister à la grâce ni nous laisser aveugler par les passions ; nous devons nous offrir de grand cœur, avec magnanimité, à cette volonté de notre Père — volonté qui n’est autre que l’amour qu’il nous porte, que notre véritable bien et que la douceur de notre vie. Nous devons surtout prier et beaucoup prier.

Enfin, nous devons rester l’esprit en paix : Dieu ne joue pas à cache-cache (encore que parfois… pour nous détacher et nous purifier), mais il nous manifestera sa volonté par mille moyens secrets ou visibles qui ne nous laisseront pas dans l’incertitude.

*

*     *

Très douce Vierge Marie, qui fûtes vierge et mère, qui fûtes consacrée à Dieu et vivant dans le monde, qui vous mîtes sous l’autorité de saint Joseph, qui êtes la mère du sacerdoce et la reine des cœurs, donnez-nous de chercher, de trouver et de suivre la sainte volonté de Dieu, afin que nous imitions Jésus-Christ en toutes choses et que nous vivions de sa charité.

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[1]  « C’est le propre de l’amitié de converser avec son ami. Or la conversation de l’homme avec Dieu se fait par la contemplation — Hoc videtur amicitiæ proprium simul conversari ad amicum. Conversatio autem hominis ad Deum est per contemplationem » saint Thomas d’Aquin, Contra Gentes, IV, 22.

[2]  Abbé V.-A. Berto, Pour la sainte Église Romaine, p. 166. Cet extrait est tiré du texte d’un cours donné aux enfants de Notre-Dame de Joie, qui est une pure merveille.

[3]  Abbé V.-A. Berto, Pour la sainte Église Romaine, pp. 165-166. Cet ouvrage contient plusieurs études sur la virginité sacrée, qui sont autant de leçons de profonde théologie et de grand amour de l’Église et des âmes.

[4]  Il va sans dire qu’un évêque, pour appeler au nom de l’Église, doit être lui-même légitimement appelé par le Souverain Pontife. Nemo dat quod non habet. Cela va encore mieux en le disant.

[5]  La sainteté de cette vocation ne dispense en rien des règles de la vertu de prudence — bien au contraire ! Pour demeurer fidèle, pour éviter de fléchir comme de s’aigrir, il ne faut pas se lancer sans direction, ni soutien doctrinal, ni l’entraide d’amis animés du même désir de se consumer au service de Jésus-Christ par amour pour lui.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Mariage, éducation
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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 09:33

—  Mais pourquoi, pourquoi donc ne parlez-vous pas de l’« union sacerdotale Marcel-Lefebvre », de ces prêtres courageux qui ont choisi la voie de la fidélité en se séparant de la fraternité Saint-Pie-X qui va vers le ralliement ? Auriez-vous quelque défiance à leur égard ?

—  Mais pourquoi donc en parlerais-je ? Serait-ce pour dire la tristesse d’une nouvelle division qui a comme effet de scandaliser les âmes et d’introduire une guerre sans aucun profit pour la doctrine catholique, ni pour la sanctification des chrétiens, ni pour la splendeur de l’Église ?

L’opposition entre la Résistance et le Loyalisme(les deux partis se nommant eux-mêmes plus ou moins de cette manière – majuscules de rigueur !) est une opposition à l’intérieur du même monde, avec les mêmes carences doctrinales et les mêmes aberrations canoniques.

La déclaration initiale de l’union sacerdotale n’amorce aucun retour vers la doctrine catholique ; elle ne contient aucun désaveu de l’édification d’une hiérarchie acéphale ; aucun reniement des prétendues annulations de vœux et de mariages, ou des dispenses d’empêchements de mariage ; aucun regret des confirmations (à coup sûr invalides) conférées par de simples prêtres. Si bien qu’entre Résistanceet Loyalisme, c’est blanc bonnet & bonnet blanc. Il y a une effrayante disproportion entre les maux (réels) produits par une lutte fratricide et le bien (imaginaire) censé justifier tout ce tintamarre. On critique blanc bonnet, on appelle à quitter blanc bonnet, on voue blanc bonnet aux gémonies, et on fait bonnet blanc.

Pour passer de l’un à l’autre, on a semé division, confusion, détraction et rivalités ; on a développé un comportement (encore plus) anarchique. C’est grande tristesse de voir les familles déchirées, les chapelles divisées, les guerres surgies de partout – et les âmes froissées – pour rien.

Et puis… quelle obligation y aurait-il, pour qui que ce soit, d’avoir une opinion sur telle personne, tel mouvement, telle position ? Chacun d’entre nous est tenu de professer la foi catholique dans son intégrité (et donc de la connaître, de l’étudier, de la méditer, de l’appliquer), mais non point d’émettre un jugement ni d’avoir un avis à propos de faits contingents, mal connus, fluctuants, tristement humains (trop humains…). C’est d’autant plus vrai que l’union sacerdotale en question renvoie au domaine de l’opinion des vérités qui intéressent de façon vitale l’exercice de la foi catholique, comme la papauté d’un Pape ou l’œcuménicité d’un concile [1].

D’ailleurs… j’ai déjà deux fois abordé le sujet, anticipant sur les événements. Je n’ai rien à ajouter, car rien n’a changé et que tout était aisément prévisible. Je reproduis ci-dessous ces deux textes.

La seule chose positive de l’affaire est que le (pseudo-)dogme (jamais énoncé mais toujours agissant) « Hors de la fraternité Saint-Pie-X pas de salut » qui depuis des décennies détourne tant d’âmes et de cœurs de l’étude sereine et objective de la doctrine catholique, a volé en éclats.

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[1]  Le fait que untel est Pape est un fait dogmatique, un fait qui, bien que contingent, constitue la règle prochaine de la foi catholique. Même si, dans un temps de confusion, il est difficile de discerner du premier coup, rien ne change dans la nature des choses.


Extrait de Notre-Dame de la Sainte-Espérance n. 268 du mois de mai 2012

… Si donc une partie des prêtres de la Fraternité refuse ou le préambule doctrinal ou la situation canonique qui s’ensuivra, et fait sécession, il reste plusieurs possibilités :

1.  Se constitue une Fraternité-bis, par exemple une fraternité Saint-Marcel, sous l’obédience d’un, de deux voire de trois évêques, qui se proclame l’unique et l’authentique fondation de Mgr Lefebvre (car enfin, c’est la référence intangible).

Deux choses sont alors à craindre : la reconduction des mêmes erreurs doctrinales ; la grosse guerre pour la possession des prieurés, des avoirs bancaires et autres biens matériels : les avocats vont s’enrichir et les ennemis de l’Église se réjouir.

2.  Les « dissidents » demeurent dispersés, continuant çà et là un apostolat personnel. Que sera-t-il possible de faire alors pour les aider ? Quiconque en effet s’est trouvé dans une situation analogue sait combien le soutien de la charité sacerdotale est précieux.

Voici donc ce qu’il me semble.

–  Je ne vois rien que je puisse faire (hormis la prière) pour ceux que je nomme les néo-prêtres (ordonnés par un évêque sacré sans mandat apostolique) ; seule l’autorité suprême de l’Église (quand elle sera rétablie et si elle le veut) pourra réparer ce qui manque à leur ordination sacerdotale : l’intégration dans le clergé catholique ;

–  les autres prêtres ont été imprégnés, pendant une trentaine d’années au moins, de fausses doctrines, et de l’habitude d’un libre examen qui choisit entre les actes qu’il affirme provenir de l’autorité légitime ceux qui lui conviennent.

C’est là qu’il convient de venir à leur aide, pour qu’ils puissent se rendre compte des erreurs qu’on leur a enseignées, martelées au point qu’ils n’en discernent plus la malice ni l’opposition à la tradition catholique.

Quand, par la grâce de Dieu, ils auront pénétré la gravité de l’una cum du Canon de la sainte Messe, compris l’exigence de l’unité de l’Église en sa hiérarchie, professé l’intégrité de la foi catholique, nous nous réjouirons de pouvoir profiter de leur zèle et de leurs vertus.


Extrait de Notre-Dame de la Sainte-Espérance n. 289 du mois de mars 2014

Un désert doctrinal

Le 7 janvier 2014, une petite cinquantaine de prêtres de la fraternité Saint-Pie-X (ou assimilés) a signé une Adresse aux fidèles, proclamant : « Selon l’exemple de ce grand prélat [Mgr Marcel Lefebvre], intrépide défenseur de l’Église et du Siège apostolique, nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le Concile Vatican II, et, après le Concile, dans toutes les réformes et orientations qui en sont issues. »

Cette adresse est spécialement motivée, disent-ils, par le fait que : « Depuis l’an 2000 et surtout à partir de 2012 les autorités de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X font le chemin inverse en se rapprochant de la Rome moderniste. »

L’affirmation claire et ferme d’un refus des erreurs qui sont contenues dans Vatican II ou qui en sont issues ne peut qu’attirer la sympathie. Mais ce premier mouvement d’estime ne suffit pas pour qu’on s’aveugle sur le grand vide doctrinal que manifeste cette Adresse, tant en elle-même qu’en ses attendus et les explications qui l’accompagnent.

La fraternité Saint-Pie-X souffre d’un gros problème doctrinal : depuis des décennies elle tait (dans le meilleur des cas) ou nie (en théorie et en pratique) tout un pan de la doctrine catholique : celui qui concerne l’autorité de l’Église et celle du souverain Pontife en particulier, celui qui concerne l’infaillibilité, l’unité de la hiérarchie catholique (qui est épiscopale), la nature et la dévolution de la juridiction, et l’obligation de l’obéissance.

L’Adresse aux fidèles, non seulement ne souffle mot de ce problème, mais se place exactement dans la même perspective hétérodoxe. Cela revient à dire que le fond de leur opposition n’est pas un désir de revenir à la vérité de l’enseignement de l’Église, mais uniquement une question de « politique ecclésiastique », de tactique face à Rome, d’évaluation de ce qu’il faut dire ou ne pas dire aux fidèles pour qu’ils continuent à suivre et à se croire en sécurité.

Cela va augmenter la confusion et engendrer des inimitiés, sans aucun profit pour la doctrine catholique, pour l’amour de l’Église, pour le témoignage de la foi.

—  Mais vous n’y êtes pas du tout ! Et vous le faites exprès ! Il s’agit d’arrêter la Fraternité sur la voie du ralliement, il s’agit de mettre en garde les fidèles contre cette pente dangereuse, mortelle même.

—  J’avoue : je le fais exprès. Mais c’est pour vous donner l’occasion de réfléchir trente secondes. Pour s’opposer au ralliement…au ralliement à qui ? Se rallier au Pape est le b-a-ba du catholicisme : le Pape est la règle vivante de la foi, la source de la juridiction, la référence de l’unité de l’Église. Être rallié au Pape, c’est tout simplement être catholique.

—  Vous ne voyez pas donc que se rallier à François Ier, c’est accepter le modernisme, la religion conciliaire, le libéralisme ; c’est nier la royauté sociale de Jésus-Christ, c’est entrer dans l’univers de sacrements douteux, de vide doctrinal ?

—  Pour le vide doctrinal, vous y êtes déjà. Se rallier au Pape, c’est tout simplement se rallier à Jésus-Christ : ouvrez l’Évangile, interrogez la Tradition (celle qui mérite vraiment une majuscule), écoutez le Magistère permanent de l’Église : ce sont presque deux mille ans de Parole divine que vous entendrez et qui vous le répéteront sans variation, sans atténuation, sans hésitation.

Si vraiment se rallier à François Ier c’est être conduit à se séparer de Jésus-Christ – et là je ne peux nier que vous ayez raison – alors soit Jésus-Christ nous a menti, soit François Iern’est pas le Pape. Comme Jésus-Christ est la Vérité éternelle et la Sainteté subsistante, il ne reste qu’une solution. Et si donc vous voulez continuer à affirmer la réalité du pontificat de François Ier, vous vous condamnez à errer (dans les deux sens du terme) : pour affirmer une vérité de foi vous en nierez une autre, et réciproquement, et sans fin : cela ne se peut que mal finir.

—  Là encore vous n’y êtes pas, là encore vous le faites exprès ! Si l’adresse aux fidèles ne se réfère pas au magistère de l’Église, elle fait mieux : elle se réfère à Mgr Marcel Lefebvre. N’est-ce pas lui le grand modèle du combat, la seule référence qui puisse unir les catholiques fidèles. Et précisément c’est cette fidélité-là que l’Adresse revendique. D’ailleurs les questions doctrinales ne sont pas du ressort des laïcs.

—  Si vous exprimez la pensée des auteurs de l’Adresse, il y a du souci à se faire. Essayons de démêler l’imbroglio que recèle votre objection.

Les questions doctrinales ne sont pas pour les laïcs…Mais pour qui les prenez-vous ? Ils sont baptisés, ayant reçu la lumière de la foi en Jésus-Christ, appartenant à son Église militante, devant pétrir leur vie quotidienne de cette foi. Comment être et faire cela sans connaître quelle est la règle de la foi, sans rectitude doctrinale, sans que la foi domine et vivifie toute leur intelligence ? […]

Mgr Marcel Lefebvre… Oui, ce fut un homme de grand mérite. Mais enfin, il n’est pas et n’a jamais été au-dessus du Magistère de l’Église, au-dessus de l’autorité du souverain Pontife : il n’a jamais ni envisagé ni revendiqué une telle chose. Le Bon Dieu a rappelé Mgr Lefebvre à lui voici plus de vingt ans, et on prétend qu’il exerce encore une sorte de magistère qu’il n’a jamais possédé de son vivant, et qu’aucun pape n’a jamais possédé après la mort : c’est insensé. […]

La carence de l’Adressea une certainement une autre raison […] : ayant pris l’habitude de vivre sans vraie référence doctrinale, les signataires sont loin d’être d’accord entre eux sur les grandes questions de l’Église. Et comme leur propos est tactique, ils font l’impasse sur la doctrine. C’est peut-être habile, mais c’est catastrophique. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Dimanche 7 septembre 2014 7 07 /09 /Sep /2014 14:36

 

Un triste phénomène humain – dû à l’ignorance du paresseux, à la prétention de l’imbécile ou à l’aveuglement de l’orgueilleux – accompagne la vie de l’Église catholique pendant son pèlerinage sur la terre. Lorsque paraît une erreur, quelques-uns de ceux qui la veulent combattre tombent dans une erreur contraire et s’y retranchent avec d’autant plus d’entêtement qu’ils veulent (ou prétendent) combattre l’erreur. C’est même un funeste enchaînement qui peut se produire.

Ainsi, lorsqu’Arius a nié la divinité de Jésus-Christ, un certain Apollinaire s’est dressé contre son erreur en affirmant que Jésus-Christ est Dieu (ce qui est vrai) parce qu’il n’a pas d’âme humaine et que la divinité en tient lieu (ce qui est faux). Cette nouvelle erreur, qui est une négation du mystère de l’Incarnation et donc de la Rédemption, fut à son tour combattue par Nestorius qui affirmait qu’en Jésus-Christ il y a deux natures intègres qui n’ont pas fusionné (ce qui est vrai) et que l’union entre ces deux natures est simplement morale (ce qui est faux), ce qui le faisait blasphémer en niant la maternité divine de la sainte Vierge Marie.

On comprend donc qu’il ne suffit pas de s’opposer à l’erreur : il faut encore le faire sans tomber dans une autre erreur, laquelle peut être tout aussi destructrice de la vérité de la foi.

  Où voulez-vous donc en venir ?

  Ce diagramme peut s’observer dans de nombreuses oppositions doctrinales qui émaillent la confusion actuelle, où le Pasteur étant frappé, les brebis sont terriblement dispersées. C’est cependant une erreur bien précise que je vise par ce propos général.

Il est un dogme de foi bien établi, mille fois enseigné et attesté depuis les origines de l’Évangile, que hors de l’Église catholique il n’y a pas de Salut éternel. Le monde a beau hurler à l’intolérance, les libéraux ont beau aseptiser ce dogme au nom de l’œcuménisme ou d’une prétendue charité, rien ne peut y faire : c’est une vérité de la foi catholique bien nette, bien franche, bien universelle.

Pour appartenir à la sainte Église catholique, Corps mystique de Jésus-Christ, il faut être baptisé (et aussi professer la foi catholique ainsi qu’être soumis à l’autorité légitime, mais ce n’est pas mon propos aujourd’hui).

Le Baptême est un des sept sacrements institués par Jésus-Christ pour appliquer les mérites de sa Passion, et il est le sacrement qui incorpore à son Église (et aussi, entre autres effets, imprime un caractère qui rend capable de recevoir les autres sacrements et de prendre une part réelle au saint sacrifice de la Messe).

Et donc le Baptême est nécessaire au Salut éternel.

Le sacrement de Baptême peut être suppléé, quant à l’effet de grâce, par le Baptême de sang et par le Baptême de désir. Le Baptême de sang est le martyre ; le Baptême de désir (ou de feu ou d’esprit) est la contrition parfaite, accompagnée du vœu ou désir du Baptême : c’est ainsi que les définit saint Alphonse de Liguori dans sa Théologie morale (livre VI de Sacramentis, traité ii de Baptismo et Confirmatione, chapitre i de Baptismo, n. 95).

Il enseigne au numéro suivant : « Le baptême de feu est la parfaite conversion à Dieu, par la contrition ou l’amour de Dieu par-dessus tout, accompagnée du vœu explicite ou implicite du vrai baptême d’eau, à l’effet duquel il supplée, dit le concile de Trente (session vi, c. 4). Cette suppléance concerne la rémission de la coulpe du péché, non le caractère à imprimer ni la totalité de la peine due au péché à supprimer. […] Il est de foi que les hommes sont aussi sauvés par le baptême de feu. »

Voilà qui est bien clair. Le Baptême de désir est un acte surnaturel de charité (ou de contrition parfaite, c’est équivalent) qui, parce qu’il inclut un acte de la foi théologale, fait réellement appartenir à l’Église catholique et, pour autant, procure le Salut.

On comprend dès lors que l’Office divin fasse l’éloge de martyrs qui n’ont pas reçu le baptême d’eau (par exemple, sainte Émérentienne, 23 janvier [1]) ; de même saint Ambroise a procédé aux obsèques chrétiennes de l’empereur Valentinien  II encore catéchumène, en déclarant : « Si martyres suo abluuntur sanguine et hunc sua pietas abluit et voluntas — de même que les martyrs sont purifiés par leur sang, de même sa piété et sa volonté ont purifié celui-ci. »

Ceux que le dogme Hors de l’Église pas de Salut hérisse ont trouvé dans la doctrine du Baptême de désir le prétexte rêvé pour réduire à un vain mot la nécessité de l’appartenance à l’Église catholique : n’importe quel désir du Baptême, ou n’importe quelle « bonne foi » sans désir, ou la simple vertu naturelle, ou n’importe quelle générosité dans l’incrédulité ont été étiquetés Baptême de désir, et donc ont été promus comme ouvrant la porte du Salut. C’est là un abus dévastateur pour l’intégrité de la foi catholique, pour l’honneur de l’Église et pour le Salut des âmes.

Contre cette dernière erreur, d’aucuns ont réagi en niant la réalité et l’efficacité pour le Salut du Baptême de désir. Ils sont tombés ainsi dans le déni de ce que toute la Tradition de l’Église proclame, et qui relève de la foi catholique, comme nous le rappelle opportuné­ment saint Alphonse. Voulant combattre une erreur pernicieuse, ils sont tombés dans une erreur contraire tout aussi pernicieuse. Notre diagramme s’observe une fois de plus.

  Pourquoi nous parlez-vous de cela ici et maintenant ?

  Cette erreur – la négation du Baptême de désir comme produisant le Salut – qui s’accompagne d’un vrai mépris pour ceux qui, humblement, s’en tiennent à la doctrine certaine, commune et antique de l’Église catholique, a eu comme porte-drapeau un jésuite américain de Boston, le Père Léonard Feeney (1897-1978). Son influence s’est exercée principalement en Amérique du Nord. Ce sont de jeunes prétentieux, bénédictins autoproclamés, qui ont repris au Canada le flambeau vénéneux de l’erreur ; et si leur influence s’est bien étendue, elle est restée marginale en Europe.

Mais voici qu’il y a du nouveau : ces contempteurs de la doctrine catholique viennent d’établir une tête-de-pont sur le vieux continent, dans le Jura français, profitant de la naïveté d’un prêtre, honorable par ailleurs. Ils semblent s’être aussi assuré les services d’un pseudo-prêtre qui a laissé en Aquitaine un souvenir très amer. Voilà la double raison pour laquelle j’en parle hic et nunc. Il est à craindre que leur propagande n’impressionne les esprits peu au fait de la doctrine catholique, parce qu’ils se présentent comme des « durs », des anti-Vatican  II, des sans-compromission : ce qui séduit souvent les esprits superficiels qui ne vont pas chercher plus avant.

S’il faut donner des précisions, j’en donnerai. Mais il ne s’agit pas d’une question de personnes. C’est la doctrine et même l’intégrité de la foi catholique qui sont en cause : voilà qui est plus grave et plus urgent que tout le reste.

Pour que la doctrine catholique soit bien comprise et bien claire, je place à la suite de cet avertissement deux textes d’inégale valeur.

Le premier, transcris ci-dessous, émane du Saint-Office. Le décret d’excommunication du Père Feeney (1953) fait suite à une lettre adressée en 1949 par le même Saint-Office à l’archevêque de Boston, pour établir dans les faits et réfuter dans la doctrine les menées du Père Feeney. Bien que ce texte ne parût pas aux Acta Apostolicæ Sedis, son autorité est grande et son exposé lumineux.

Le second est de votre serviteur, et date de la première moitié des années 1980 : il expose l’autorité, le sens et la portée du dogme Hors de l’Église pas de Salut.

http://ddata.over-blog.com/0/18/98/43/quicumque/HEPDS.pdf

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[1] Éloge de la sainte au bréviaire : « Émérentienne, vierge romaine, sœur de lait de la bienheureuse Agnès, et encore catéchumène, était animée d’une foi et d’une charité ardentes. Comme elle reprochait avec véhémence aux adorateurs des idoles les violences qu’ils exerçaient contre les chrétiens, elle fut lapidée par une multitude ameutée. Priant au milieu de ses souffrances, elle fut baptisée dans son propre sang, qu’elle répandit courageusement pour Jésus-Christ et rendit son âme à Dieu près du tombeau de sainte Agnès. »


Pourquoi et comment

le Saint-Office a fulminé, le 13 février 1953,
l’excommunication du R. P. Léonard Feeney, s. j.

Quelques années auparavant un groupe d’étudiants de l’Université de Harvard se réunissait régulièrement au Centre d’accueil Saint-Benoît, à Boston, dont l’aumônier était le R. P. Léonard Feeney s. j.

Trois professeurs laïques furent exclus du collège des Pères Jésuites par décision du recteur, parce que professant à propos de l’affirmation Hors de l’Église pas de salut des doctrines erronées.

Mais bientôt le Père Feeney prit fait et cause pour ces professeurs et il les intégra dans le corps professoral de son Centre, se rebellant ainsi contre son supérieur. L’archevêque de Boston, Mgr Cushing, se vit obligé de condamner le Père Feeney et de lui enlever à partir du 1er janvier 1949 les pouvoirs d’entendre les confessions.

Une lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston dénonça l’hérésie du Père Feeney, mais celle-ci ne fut pas rendue publique au moment de sa publication en août 1949.

Voici le texte de cette Lettre du Saint-Office du 8 août 1949.

Cette Suprême Sacrée Congrégation a suivi très attentivement le commencement et le cours de la sérieuse controverse, soulevée par certains associés du St. Benedict Center et du Boston College, concernant l’interprétation de la maxime : Hors de l’Église point de salut.

Après avoir examiné tous les documents nécessaires ou utiles sur ce sujet – entre autres le dossier envoyé par votre chancellerie, les recours et rapports où les associés du St. Benedict Center exposent leurs opinions et leurs réclamations, et en outre beaucoup d’autres documents se rapportant à cette controverse recueillis par voie officielle, – la Sacrée Congrégation a acquis la certitude que cette malheureuse question a été soulevée parce que le principe « hors de l’Église point de salut » n’a pas été bien compris ni examiné et que la controverse s’est envenimée par suite d’un sérieux manquement à la discipline, provenant du fait que certains membres des associations mentionnées ont refusé respect et obéissance aux autorités légitimes.

En conséquence, les Éminentissimes et Révérendissimes Cardinaux de notre Suprême Congrégation ont décrété en session plénière, le mercredi 27 juillet 1949, et le Souverain Pontife, en l’audience du jeudi suivant 28 juillet 1949, a daigné approuver l’envoi des explications doctrinales, de l’invitation et des exhortations suivantes.

Nous sommes obligés par la foi divine et catholique à croire toutes les choses que contient la Parole de Dieu, Écriture ou Tradition, et que l’Église propose à la foi comme divinement révélé non seulement par un jugement solennel, mais encore par son magistère ordinaire et universel (Denzinger 1792).

Or, parmi les choses que l’Église a toujours prêchées et ne cessera pas d’enseigner, il y a aussi cette déclaration infaillible où il est dit qu’il n’y a pas de salut hors de l’Église.

Cependant, ce dogme doit s’entendre dans le sens que lui attribue l’Église elle-même. Le Sauveur, en effet, a confié l’explication des choses contenues dans le dépôt de la foi, non pas au jugement privé, mais à l’enseignement de l’autorité ecclésiastique.

Or, en premier lieu, l’Église enseigne qu’en cette matière il existe un mandat très strict de Jésus-Christ, car il a chargé explicitement ses apôtres d’enseigner à toutes les nations d’observer toutes les choses qu’il avait lui-même ordonnées (Matth. XXVIII, 19-20).

Le moindre de ces commandements n’est pas celui qui nous ordonne de nous incorporer par le Baptême au Corps mystique du Christ qui est l’Église, et de rester unis avec lui et avec son Vicaire par qui lui-même gouverne ici-bas son Église de façon visible.

C’est pourquoi nul ne se sauvera si, sachant que l’Église est d’institution divine par le Christ, il refuse malgré cela de se soumettre à elle ou se sépare de l’obédience du Pontife romain, Vicaire du Christ sur la terre.

Non seulement notre Sauveur a-t-il ordonné que tous les peuples entrent dans l’Église, il a aussi décrété que c’est là un moyen de salut sans lequel nul ne peut entrer dans le royaume éternel de la gloire.

Dans son infinie miséricorde, Dieu a voulu que, puisqu’il s’agissait des moyens de salut ordonnés à la fin ultime de l’homme non par nécessité intrinsèque, mais seulement par institution divine, leurs effets salutaires puissent également être obtenus dans certaines circonstances, lorsque ces moyens sont seulement objets de « désir » ou de « souhait ». Ce point est clairement établi au Concile de Trente aussi bien à propos du sacrement de Baptême qu’à propos de la Pénitence (Denzinger 796 & 807).

Il faut en dire autant, à son plan, de l’Église en tant que moyen général de salut. C’est pourquoi, pour qu’une personne obtienne son salut éternel, il n’est pas toujours requis qu’elle soit de fait incorporée à l’Église à titre de membre, mais il faut lui être uni tout au moins par désir ou souhait.

Cependant, il n’est pas toujours nécessaire que ce souhait soit explicite comme dans le cas des catéchumènes. Lorsque quelqu’un est dans une ignorance invincible, Dieu accepte un désir implicite, ainsi appelé parce qu’il est inclus dans la bonne disposition de l’âme, par laquelle l’homme désire conformer sa volonté à celle de Dieu.

Ces choses sont clairement exprimées dans la Lettre dogmatique publiée par le Souverain Pontife Pie  XII, le 29 juin 1943, « sur le Corps mystique de Jésus-Christ » (AAS. XXXV, pp. 193 sqq.). Dans cette Lettre, en effet, le Souverain Pontife distingue clairement ceux qui sont actuellement incorporés à l’Église comme membres et ceux qui lui sont unis par le désir seulement.

Parlant des membres qui forment ici-bas le Corps mystique, le même auguste Pontife dit : « Seuls font partie des membres de l’Église ceux qui ont reçu le Baptême de régénération et professent la vraie foi, qui, d’autre part, ne se sont pas pour leur malheur séparés de l’ensemble du Corps ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime » (Mystici Corporis).

Vers la fin de la même Encyclique, invitant à l’unité, avec la plus grande affection, ceux qui n’appartiennent pas au corps de l’Église catholique, il mentionne ceux qui « par un certain désir et souhait inconscient, se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur » (Mystici Corporis). Il ne les exclut aucunement du salut éternel, mais il affirme par ailleurs qu’ils se trouvent dans un état « où nul ne peut être sûr de son salut éternel » (ibid.), et même qu’« ils sont privés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Église catholique » (ibid.).

Par ces paroles, le Pape condamne aussi bien ceux qui excluent du salut éternel les hommes qui ne sont unis à l’Église que par le désir implicite, que ceux qui affirment erronément que tous les hommes peuvent se sauver à titre égal dans toutes les religions (Cf. Pie  IX, Singulari quadam, Denzinger 1642 sqq. ; Pie  IX, Quanto conficiamur mœrore, Denzinger 1677).

Cependant, il ne faudrait pas croire que n’importe quelle sorte de désir d’entrer dans l’Église suffise pour le salut. Le désir par lequel quelqu’un adhère à l’Église doit être animé de charité parfaite. Un désir implicite ne peut pas non plus produire son effet si l’on ne possède pas la foi surnaturelle « car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il rémunère ceux qui le cherchent » (Heb. XI, 6). Le Concile de Trente déclare : « La foi est le principe du salut de l’homme, le fondement et la racine de toute justification. Sans elle, il est impossible de plaire à Dieu et de compter parmi ses enfants » (Session VI, c. 8 ; Denzinger 801).

Il est évident, d’après ce qui précède, que les idées proposées par le périodique From the Housetops (n. 3) comme l’enseignement authentique de l’Église catholique, sont loin de l’être et sont très dangereuses aussi bien pour ceux qui sont dans l’Église que pour ceux qui vivent en dehors d’elle.

De cet exposé doctrinal découlent certaines conclusions touchant à la discipline et à la conduite, que ne peuvent méconnaître ceux qui défendent avec vigueur la nécessité d’appartenir à la véritable Église et de se soumettre à l’autorité du Pontife romain et des évêques « que l’Esprit-Saint a désignés pour gouverner l’Église » (Act. XX, 28).

C’est pourquoi il est inexplicable que le St. Benedict Center puisse prétendre être un groupe catholique et désirer être considéré comme tel et qu’en même temps il ne se conforme pas aux prescriptions des canons 1381 et 1382 du Code de droit canonique, et continue d’être une cause de discorde et de révolte contre l’autorité ecclésiastique, et de trouble pour beaucoup de consciences.

En outre, il est difficile de comprendre qu’un membre d’un Institut religieux, le P. Feeney, se présente comme « défenseur de la foi » et qu’en même temps il n’hésite pas à attaquer l’enseignement donné par les autorités légitimes et ne craigne même pas d’encourir les graves sanctions dont le menacent les sacrés canons pour les violations graves de ses devoirs de religieux, de prêtre et de simple membre de l’Église.

Enfin, il n’est pas prudent de tolérer que certains catholiques revendiquent pour eux-mêmes le droit de publier un périodique, dans l’intention d’y exposer des doctrines théologiques, sans la permission de l’autorité ecclésiastique compétente, que l’on appelle imprimatur et qui est prescrite par les sacrés canons.

Ceux, donc, qui s’exposent au grave danger de s’opposer à l’Église, doivent méditer sérieusement qu’une fois que « Rome a parlé », ils ne peuvent passer outre même pour des raisons de bonne foi. Leur lien à l’Église et leur devoir d’obéissance sont certainement plus stricts que pour ceux qui adhèrent à elle « seulement par un désir inconscient ». Qu’ils comprennent qu’ils sont les enfants de l’Église, affectueusement soutenus par elle avec le lait de la doctrine et les sacrements, et que, après avoir entendu la voix de leur Mère, ils ne peuvent donc pas être excusés d’ignorance coupable. Qu’ils comprennent que le principe suivant s’applique à eux sans restriction : La soumission à l’Église catholique et au Souverain Pontife est nécessaire au salut.

Ce document fut rendu public le 4 septembre 1952. Le Père Feeney, au lieu de se soumettre, se révolta davantage et commença une campagne de violence contre l’autorité de l’Église. Le 25 octobre 1952, il fut mandé à Rome mais refusa de s’y rendre ; après un dernier avertissement, il fut excommunié.

Il continua à occuper le Centre Saint-Benoît et eut une centaine d’adeptes qui, au milieu de leurs prières, lançaient des invectives. Ils prirent le nom d’Esclaves du Cœur Immaculé de Marie. Le Père Feeney fut absous par Paul  VI en 1972, sans qu’aucune rétractation lui soit demandée ! Belle collusion…

Décret du Saint-Office

Comme le prêtre Léonard Feeney, résidant à Boston (Saint Benedict Center), lequel à cause du grave refus d’obéissance à l’Autorité ecclésiastique avait été déjà suspendu a divinis, nonobstant les avertissements réitérés et l’instante menace d’excommunication à encourir ipso facto, n’est pas venu à résipiscence, les Éminentissimes et Révérendissimes Pères préposés à excommunié avec la sauvegarde de la foi et des mœurs, dans la séance plénière du mercredi 4 février 1953, l’ont déclaré tous les effets de droit.

Et le jeudi 12 février 1953, Sa Sainteté Pie  XII, Pape par la Providence de Dieu, a approuvé, confirmé le décret des Éminentissimes Pères et ordonné qu’il fût rendu public [AAS XLV, 1953, p. 100].

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Jeudi 19 juin 2014 4 19 /06 /Juin /2014 17:35

 

La semaine dernière, je vous ai annoncé la parution prochaine du maître-ouvrage du Père Louis Lachance : L’humanisme politique de saint Thomas d’Aquin.

La réalisation de l’ouvrage est en bonne voie, et les délais seront tenus.

Pour vous donner une idée de la qualité de l’ouvrage, tant de sa rédaction que de son édition, j’en ai extrait la page 31 et la page 120  que vous pourrez voir en image et lire en format pdf.

 

En outre, j’ai reçu un commentaire auquel je veux ici répondre.

Ce commentaire, tout en se réjouissant de la réédition de l’ouvrage, déplore le terme d’humanisme employé par le Père Lachance, parce que ce mot a acquis une connotation sulfureuse.

Il est bien vrai que ceux qui, au XVIe siècle et par la suite, se sont attribué le nom d’humanistes l’ont fait pour se dresser (fort insidieusement) contre la foi catholique et pour décisivement contribuer à la destruction de la chrétienté.

 

Il faut cependant observer deux choses.

Tout d’abord, le nom de saint Thomas d’Aquin est une garantie suffisante d’orthodoxie, de sagesse, de climat de foi.

Ensuite, et surtout, le Père Lachance a voulu ainsi signifier que la doctrine politique de saint Thomas d’Aquin n’est pas une construction a priori, n’est pas une déduction métaphysique, n’est pas une théorie issue de son imagination.

Cette doctrine est fondée sur une profonde observation de la réalité, des composantes et des tendances de la nature humaine, des conditions concrètes dans lesquelles l’homme doit vivre et bien vivre, doit se perfectionner et doit atteindre sa fin dernière. Alors apparaît que la vie en société est une requête, non seulement matérielle mais plus encore morale et spirituelle, de ladite nature humaine en laquelle nous devons vivre, atteindre notre perfection et obtenir notre fin.

La sagesse métaphysique, la lumière de la Révélation chrétienne, la droiture de la volonté requise par la vertu de prudence viennent illuminer, purifier et orienter cette quête.

 

On a donc affaire au véritable humanisme, celui que le prince des théologiens met en œuvre pour exposer une doctrine solide et souple, qui sait s’effacer devant les mille contingences de la réalité des temps, des lieux, des coutumes, des passions (etc.) sans rien perdre de sa puissance directrice ni de sa plénitude de vérité.

Il aurait été dommage de se priver du terme d’humanisme, qui décrit si bien cela. Il est temps de le reconquérir pour lui redonner son vrai sens — celui d’une adaptation à la véritable nature humaine : créée par Dieu avec sa nécessité rationnelle, sociale et politique (et sa loi naturelle) ; gratuitement élevée à l’ordre surnaturel ; profondément désorganisée et blessée par le péché ; miséricordieusement enseignée et rachetée par Jésus-Christ ; vivant ici-bas dans l’attente de la révélation de la gloire des fils de Dieu.

 

 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Doctrine sociale de l'Église
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Samedi 7 juin 2014 6 07 /06 /Juin /2014 21:26

Paraîtra très prochainement une réédition de  l’ouvrage
du Père Louis Lachance o.
 p.
 

L’humanisme politique de saint Thomas d’Aquin

Jaquette HP

 

Ce maître-livre expose la doctrine de saint Thomas sur les éléments essentiels de la science et de la vie politiques : nature et nécessité de la société, essence morale et primauté du bien commun, nature de l’autorité, permanence et exigence de la loi naturelle, ordination de la vie temporelle à la vie éternelle. 

Le Père Lachance ne livre pas au lecteur une sorte de prêt-à-penser illusoire et décevant, mais il l’introduit dans l’intelligence de la doctrine de saint Thomas d’Aquin et, à l’école de ce maître, dans la juste connaissance de la condition humaine réelle et de tous les éléments qui y concourent. 

Pour cette raison, la lecture de ce beau livre est une expérience plaisante et fructueuse : l’intelligence est dilatée par un exposé médité et graduel qui non seulement instruit, mais forme et structure l’esprit, et conduit à l’admiration de l’œuvre de Dieu. C’est une joie précieuse de saisir en profondeur la réalité des choses, en un domaine qui – à tort – passe pour opaque, fastidieux et facultatif. 

Nouvelle édition soigneusement revue, conforme à la seconde édition (1964), augmentée d’une préface et de plusieurs index. 

Un volume relié pleine toile de 550 pages — Parution le 30 juin 2014 

Prix à parution : 48 € — Prix de lancement : 40 €.

 

Bulletin-HP-1

Bulletin-HP-2

 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Doctrine sociale de l'Église
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