Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /2010 12:23

« Vous êtes trop dur avec Benoît XVI… » Voilà une réflexion, au demeurant fort amicale de ton et d’intention, qui m’est parvenue aux oreilles, et dont je crains qu’elle ne serve de refuge pour se dispenser (inconsciemment, je le suppose) de réfléchir à la situation de l’Église et à notre devoir présent, sans biaiser avec la doctrine catholique.

« Trop dur » n’est pas une note théologique qui figure dans les nomenclatures classiques utilisées pour qualifier la distorsion d’un texte ou d’un acte avec la foi catholique. On le sait, le Saint-Office, et à sa suite les théologiens, emploient des notes précises qui permettent de situer un texte dans une sorte d'échelle de conformité à la doctrine catholique : hérétique, proche de l’hérésie, offensant aux oreilles pies, etc [1]. La qualification « trop dur » n’entre dans aucune liste, ce qui permet de laisser une grande marge de flou et de dénoncer sans avoir à justifier ses accusations. C’est tellement pratique ! Eh bien ! profitons-en !

Trop dur ? S’il s’agit de la personne de Benoît XVI, on sera en peine pour trouver sur mes lèvres ou sous ma plume des qualificatifs qui se rapportent à elle : je m’en abstiens délibérément, la laissant hors de cause. Je me contente d’observer ses actes et d’exercer la foi catholique, en laquelle je les vois totalement incompatibles avec la fonction pontificale, avec l’autorité de Jésus-Christ dont le Pape est surnaturellement revêtu à la tête de l’Église.

Parmi ces actes, il y a ceux dont Benoît XVI hérite (actes de Vatican II, réforme liturgique, code de droit canon de 1983…) et auxquels il donne valeur actuelle et active ; il y a ceux qu’il accomplit lui-même : enseignements, lois, nominations, faits publics.

Voyons donc où se situe la dureté. Benoît XVI n’est-il pas trop dur avec la doctrine catholique qu’il bafoue et nie, en reprenant l’héritage de Vatican  II et de ses erreurs (sur la liberté religieuse, sur la nature de l’Église catholique et son unité, sur le statut du peuple juif ) ?

Benoît XVI n’est-il pas trop dur avec rites et sacrements catholiques, en conservant et en utilisant la réforme liturgique qui les a évacués au profit d’un protestantisme mal camouflé ?

Benoît XVI n’est-il pas trop dur avec les pauvres âmes, auxquelles il prêche un indifférentisme à saveur d’apostasie par ses visites aux synagogues, mosquées et autres temples protestants ?

Et puis… ne sont-ils pas trop durs avec la doctrine catholique ceux qui prétendent qu’un vrai Pape peut enseigner, maintenir, appliquer des erreurs condamnées par le Magistère de l’Église ?

Ne sont-ils pas trop durs avec la doctrine catholique ceux qui prétendent qu’un concile œcuménique, organe du Magistère suprême de l’Église, puisse promulguer des erreurs contre la foi, ainsi que lancer (ou officialiser) un mouvement de destruction profonde de la vie chrétienne ?

Ne sont-ils pas trop durs avec la doctrine catholique ceux qui prétendent que la liturgie officielle, « ordinaire » et approuvée de l’Église catholique puisse être infestée par l’esprit de l’hérésie ?

Ne sont-ils pas trop durs avec la doctrine catholique ceux qui prétendent qu’on n’est pas tenu d’obéir à un Pape, qu’on peut jouir de la juridiction sans son agrément, sans son injonction, comme malgré lui et à son insu ?

Ne sont-ils pas trop durs avec l’être historique de l’Église ceux qui, pour tenter de trouver des précédents qui justifieraient leur refus de se soumettre, vont faire les poubelles – et qui n’y trouvent que ce qu’ils y mettent, en négation de la sainteté de l’Église ?

Ne sont-ils pas trop durs avec la constitution de l’Église catholique et avec son unité hiérarchique, ceux qui procèdent à des sacres épiscopaux sans mandat apostolique, ou qui en bénéficient ?

Enfin, ne sont-ils pas trop durs avec Benoît  XVI lui-même ceux qui, pour tenter de compenser leur carence doctrinale dans leur refus de se soumettre à lui, se croient obligés de dénigrer sa personne sans souci de justice et d’interpréter tout en mal, (tout en se laissant d’ailleurs habilement manœuvrer par lui, qui ne cède rien, qui divise et use leur résistance) ?

Trop dur ? Mais qui donc est trop dur ? Ne soyons ni durs ni mous, mais vrais, conséquents et humbles. Tout un programme à reprendre chaque jour…

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[1]     Les éditions Tradibooks viennent de rééditer l’ouvrage (en langue latine) du P. Cartechini, De valore notarum theologicarum, destiné aux auditeurs et consulteurs du Saint-Office, qui énumère, explique et illustre ces différentes notes, afin que l’usage en soit commun et précis. C’est du plus haut intérêt, et bien salutaire en donnant occasion de sortir du flou dans lequel se meuvent trop souvent ceux qui ont à connaître ces notes.

http://www.tradibooks.com     tradibooks@orange.fr

Par Abbé Hervé Belmont
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Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /2010 20:18

Peut-on admettre, en fait, une exceptionnelle licéité de cette demande ?

C’est à cette question d’une grande gravité que répond l’article que le chanoine René Le Picard, docteur ès droits canonique et civil, a publié dans l’Ami du Clergé en 1947, et dont vous trouverez la transcription intégrale sous ce lien (étant excepté un post-scriptum hors sujet).

Cette gravité est tout d’abord objective ; elle tient à l’objet lui-même, puisque la loi civile sur le divorce, prolongeant l’œuvre impie des lois instaurant le « mariage civil », a été et demeure un des grands fers de lance de la secte tant contre la civilisation chrétienne – dont l’un des principaux fondements est la sainteté du mariage – que directement contre le salut éternel des âmes que ces lois entraînent dans des situations propres à engendrer le désespoir.

Mais la gravité de la question est aussi subjective, en ce sens que l’esprit de nombreux catholiques – je n’excepte pas ceux qui font profession d’être intégralement fidèles à la tradition de l’Église – est affecté par deux faiblesses.

En premier lieu, il faut placer l’ignorance : non pas la simple nescience, ni l’ignorance des caractéristiques et des devoirs essentiels de l’état de mariage, mais l’ignorance du droit public du mariage. Certes, nul n’est obligé d’avoir une connaissance approfondie du droit de l’Église et de ses rapports au droit civil, à moins que son devoir d’état ne le requière. Cette ignorance est donc d’ordinaire de peu de conséquence ; mais il en va tout autrement quand les ignorants se mêlent des donner de conseils, d’inciter des proches en situation conflictuelle à demander le divorce, ou de trancher des cas pour lesquels ils devraient se savoir incompétents : malgré qu’ils en aient, leur responsabilité est gravement engagée.

En second lieu, il faut regretter l’incapacité à envisager un problème dans la perspective du bien commun. L’anarchie dont nous souffrons n’est pas simplement un péril extérieur pour la foi et pour la pratique catholique, elle est un péril intérieur par la disparition progressive de la justice générale, partie de la vertu de justice qui nous ordonne au bien commun et nous y fait travailler. On a perdu de vue non seulement que le bien commun l’emporte sur le bien personnel, mais encore que le bien commun est, pour chacun des membres de la société, sa propre perfection : tant par les conditions extérieures qu’il assure que parce que – en raison de la nature foncièrement sociale de l’homme – il est objet de la vertu de chacun et la fin des membres.

Cette méconnaissance de la primauté du bien commun et cet individualisme ravageur ne datent pas d’aujourd’hui, nous en avons le témoignage de l’auteur de l’article présenté qui le déplore à plusieurs reprises et qui y voit l’une des causes principales du laxisme qu’il combat de façon très argumentée et très concrète.

En particulier, il y a grand dommage au bien commun, scandale pour la société et pour le prochain, et grand péril pour les protagonistes, de demander la suppression du lien civil (et des obligations conséquentes) d’un vrai mariage : cela n’est donc jamais permis, tout au moins dans les pays où existe le statut de « séparation de corps » (qui est déjà par elle-même un acte bien grave, sur lequel l’Église a légiféré avec beaucoup de sévérité — canons 1128-1132 — mais ce n’est pas notre propos d’aujourd’hui).

Il faut dire que les prétentions de l’État antichrétien ont tout embrouillé.

Le mariage est une institution divine naturelle, un contrat sacré parce que Dieu lui-même, en créant la nature humaine, en a marqué les propriétés essentielles : unité, indissolubilité, fécondité.

Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a en rien supprimé le mariage naturel ni ses propriétés : il les a restaurés dans leur plénitude et leur a donné une fermeté plus grande. Surtout, il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, c’est-à-dire qu’il en a fait l’instrument de sa grâce et le canal des mérites de sa Passion.

C’est ainsi que tout mariage valide entre deux baptisés est nécessairement un sacrement ; c’est ainsi que la juridiction sur le mariage des baptisés appartient à l’Église catholique, et à elle exclusivement.

C’est ici qu’interviennent l’équivoque et l’usurpation du « mariage civil ». Il est la mainmise outrageante sur le mariage chrétien, et il n’est même pas le mariage naturel (bien qu’il puisse l’être, entre des non-baptisés).

Mais la malice du prétendu « mariage civil » ne doit pas cacher que le mariage a une nature et des effets civils et doit en avoir, et qu’il est du rôle de l’État de les organiser et de les garantir : c’est là une exigence du bien commun due au fait que le mariage est par nature social et public.

La loi du divorce est abominable, non seulement parce qu’elle est la négation de l’indissolubilité du Mariage et l’organisation « légale » de l’adultère, mais aussi parce qu’elle prétend supprimer les effets civils des vrais mariages. C’est pour cela qu’imaginer qu’on y peut recourir à condition de proclamer l’indissolubilité du mariage et d’être résolu à ne pas « se remarier », comme on l’affirme bien souvent, c’est oublier non seulement le scandale et la tentation, mais aussi le dommage au bien commun qu’est la destruction de l’existence civile du mariage et de ses effets.

Une dernière chose. L’article du chanoine Le Picard (et le livre dont il est un résumé) commencent à être anciens (1946-1947), et l’on pourrait craindre que les arguments et conclusions n’en soient caduques. Il n’en est rien. Certes, la législation a évolué dans le sens du laxisme et de l’égalitarisme, mais si cette évolution a un impact sur la question qui nous occupe, c’est dans le sens du renforcement des arguments et conclusions de l’auteur.

La moralité de la demande en divorce

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /2010 22:40

Il est des questions qu’on finit par se poser à soi-même, non pour anticiper quelque demande, mais parce qu’elles sont l’occasion d’exprimer avec précision ce qui est plus ou moins diffus, plus ou moins implicite dans les convictions qu’on exprime çà et là.

 

Dans le dernier bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance (n°243 d’avril 2010) je me suis donc demandé si je suis sédévacantiste. Voici la réponse (revue et augmentée) que j’y ai apportée. Il faut au préalable que le terme sédévacantiste, forgé voici 30 ou 40 ans, signifie : qui professe que le Siège apostolique est actuellement vacant.

 

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Je ne récuse ni ne revendique la qualification de sédévacantiste. Mais, puisque nous sommes dans le domaine du témoignage de la foi catholique, cette réponse est trop peu précise, et je m’en vais la développer.

 

Je ne récuse pas d’être qualifié de sédévacantiste, et cela pour deux raisons.

 

La raison première, principale, essentielle, est un fait : il n’y a actuellement personne sur le Siège de Saint-Pierre qui soit Pape, investi de l’autorité pontificale, revêtu de la puissance souveraine que Notre-Seigneur Jésus-Christ a confiée à saint Pierre et à ses successeurs, possédant la plénitude du triple pouvoir sur l’Église catholique.

Cette affirmation n’émane pas d’un jugement d’opinion, elle est la conclusion immédiate et inéluctable d’une impossibilité dans la foi : il est impossible d’être Pape et simultanément d’assumer l’héritage de Vatican II, ses hérésies explicites ou implicites, sa réforme liturgique protestante, sa praxis destructrice de la foi, des sacrements et de la vie chrétienne. Ce constat d’impossibilité est immédiatement fondée sur l’enseignement infaillible que l’Église donne à propos d’elle-même ; je connais donc cette impossibilité par et dans la lumière de la foi.

Ce n’est pas le lieu de donner les preuves, de réitérer les raisonnements, de manifester les points clefs de cette impossibilité : je me contente de répondre à la question posée. Oui, le Siège est vacant.

 

À cette raison j’ajoute une seconde, accidentelle, anecdotique. L’étiquette de sédévacantiste est infamante, elle sonne généralement comme une condamnation. Comme elle est attribuée à ceux qui, malgré leurs défauts, leurs insuffisances voire leurs égarements, s’efforcent dans la situation actuelle d’exercer l’intégrité de la foi catholique : alors, je la prends et je ne la récuse pas. Je ne vais pas, Dieu m’en préserve, me désolidariser des combattants alors que les coups pleuvent ; je ne vais pas proférer un « je ne connais pas cet homme » : ce serait lâcheté. Je réclame ma part d’infamie.

 

Mais ma réponse ne s’arrête pas là. Car, pour trois raisons, je ne revendique pas non plus la qualification de sédévacantiste.

 

Tout d’abord, je n’aime pas le néologisme sédévacantisme, parce qu’il donne l’impression d’être une doctrine particulière, un courant parmi d’autres, un parti théologique : or il n’en est rien. C’est même l’inverse qui est vrai : pour affirmer qu’aujourd’hui nous avons un Pape qui gouverne la sainte Église, il faut controuver des doctrines anti-infaillibilistes, désobéissantistes, liberté-religieusistes, liturgico-protestantiste et tutti quanti ; tandis que le sédévacantisme se caractérise par la volonté d’appliquer la doctrine universelle, pérenne, obligatoire de l’Église catholique à la situation du Siège apostolique. Même si quelqu’un pense qu’ils ont tort, il ne trouvera chez les sédévacantistes en tant que tels aucune doctrine nouvelle.

 

Le sédévacantisme n’est pas un principe ni un système, il est une conclusion ; il est la constatation raisonnée d’un fait qu’on désire voir disparaître au plus tôt. Voilà pourquoi l’appellation sédévacantiste me semble incongrue.

 

Un apologue me fera comprendre. Je regarde par la fenêtre et dis à un ami plongé dans son journal : il pleut. Lui qui regarde la météo à la télévision – et s’en contente – me dit que c’est impossible : on a annoncé le beau temps pour la journée. Je regarde à nouveau, je vérifie que ce n’est pas le voisin du dessus qui me fait une farce, que ce n’est pas l’arrosage du voisin d’à côté qui est mal réglé, que mes lunettes sont propres, puis j’affirme à nouveau qu’il pleut, puisque de l’eau tombe d’un nuage flottant dans le ciel ! Et mon ami de me dire : tu n’es qu’un pluvialiste ! Pluvialiste ? Non, mais réaliste, certainement. Sédévacantiste ? Non, mais catholique, certainement.

 

Le seul qualificatif que je revendique est celui de catholique, et catholique romain. Avec la grâce de Dieu, je n’ai pas d’autre volonté, je n’ai pas d’autre doctrine, je n’ai pas d’autre appartenance.

 

Une seconde raison me fait grandement hésiter à accepter une qualification de ce genre, c’est l’extrême variété de positions et d’opinions que regroupe cette étiquette mal ajustée. Les sédévacantistes affirment l’actuelle et provisoire absence d’autorité pontificale, mais cela ne leur suffit pas pour échapper à la conséquence inéluctable de cette absence : la dispersion. « Je frapperai le Pasteur, et les brebis seront dispersées » (Matth. XXVI, 31).

 

On trouve donc un peu de tout chez les sédévacantistes, et c’est là un nom tout à fait insuffisant pour identifier ce que je crois être l’attitude pleinement catholique face à la crise de l’Église. Car il y a deux lignes de fracture qui partagent les sédévacantistes, lignes qui marquent des divergences très graves à propos desquelles je veux « prendre parti » autant (sinon davantage) que pour l’affirmation de l’absence d’autorité :

– d’une part je refuse tout sacre épiscopal accompli sans mandat apostolique (et donc tout sacre avant la restauration de l’Autorité) ainsi que tout ce qui en découle (confirmations, ordinations etc.) ;

– d’autre part, je refuse de considérer comme non catholiques, comme hors de l’Église, les personnes qui professent la foi catholique mais qui sont en désaccord avec ce que je crois être la vérité et la ligne de conduite catholiques : je n’ai aucun titre à leur refuser les sacrements pour ce seul motif, ni d’ailleurs à accepter leurs erreurs ou à me taire à leur propos.

 

Ensuite, c’est la troisième raison de tempérer mon oui, j’éprouve une sympathie, je donne une adhésion à ce qu’on nomme (d’un terme bien malheureux à mon avis) la thèse de Cassiciacum. J’adhère surtout à son principe fondamental : l’intention théologale. Quand le R. P. Guérard des Lauriers a élaboré cette thèse pour rendre compte de la situation de l’Église, il a mis en œuvre le principe adéquat : devant une crise dont l’ampleur et la profondeur obligent à remettre en cause l’existence de l’autorité pontificale dans un sujet paraissant en jouir (pour une autre cause que l’invalidité de l’élection), il faut que le regard porté soit vital, qu’il se tienne à l’intérieur même de l’acte de foi théologale : il aura une portée réelle, il fera discerner la vérité, il permettra de conclure.

Autrement dit, il faut affirmer tout ce que la foi catholique nous contraint d’affirmer, nier tout ce qu’elle nous contraint de nier… et s’en tenir là. Recourir à des éléments qui sont d’une certitude d’ordre inférieur – des faits non certifiés, des raisonnements qui n’atteignent pas à cette lumière théologale, des théories théologiques (comme celles sur le Pape hérétique) que l’Église n’a pas intégrées à sa propre doctrine etc. – peut aider à comprendre, peut conforter dans la certitude de la légitimité de la conclusion, mais ne permet pas de conclure catégoriquement.

 

Si cette intention théologale exclut les jugements sur les personnes et les conclusions hasardeuses, elle permet d’atteindre une certitude qui relève de la foi catholique. Ce qu’on « perd » en extension, on le gagne en compréhension. Au demeurant, je n’entends pas prouver la thèse de Cassiciacum, mais exposer en quel sens je suis sédévacantiste.

 

Une précision s’impose cependant. Le Père Guérard des Lauriers, tant en raison de son principe qu’en raison de son argument (induction fondée sur l’ensemble des actes de Vatican II-Paul VI) a usé de la distinction pape materialiter-Pape formaliter qui est au cœur de sa thèse. Cette distinction doit être « mise à jour » : le materialiter attribué Paul VI incluait une réalité juridique du fait qu’il était le sujet canoniquement élu. Mais par la suite, l’élection a disparu avec la disparition des cardinaux (les nouveaux nommés ne l’étant pas vraiment parce que la nomination est un acte de juridiction). Le materialiter qu’on peut attribuer à Benoît XVI est beaucoup plus ténu : il ne reste rien de l’ordre juridique, il ne reste qu’un fait public (l’être-là) qui n’est qu’une disposition prochaine à être reconnu par l’Église universelle en cas de rupture avec la nouvelle religion de Vatican II. Il y a encore une continuité (qui n’est pas sans incidence sur l’apostolicité de l’Église) mais cette continuité est une continuité en puissance.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /2010 15:52

Bref Sæpenumero considerantes du Pape Léon XIII à propos des études historiques.

Après l’invasion sacrilège des États pontificaux et la honteuse spoliation du Saint-Siège (1871), la situation italienne est très difficile : en signe de protestation, les papes sont prisonniers volontaires dans le palais du Vatican ; le Saint-Siège a demandé aux catholiques italiens de se retirer de la vie publique, le gouvernement usurpateur siège au Capitole.

Au surplus, pour se justifier et poser en sauveur de l’Italie, la secte multiplie les attaques contre la sainte Église en général, et contre les Pontifes romains en particulier. Elle a appelé les historiens à la rescousse, afin qu’ils exposent combien la Papauté a été corrompue tout au long de l’histoire, combien la présence du Siège apostolique a été néfaste à l’Italie, combien les Papes ont usurpé le pouvoir dont ils ont joui et abusé jusqu’à récemment.

C’est contre le déferlement de ces calomnies éhontées que s’élève Léon XIII (1810-1878-1903), dénonçant la manœuvre et se proposant de stimuler les études d’histoire, afin que soit remise en honneur et solidement établie la vérité historique, qui est toute différente. Le Pape, au passage, rappelle la grandeur et les lois de la science historique, ainsi que les obligations des historiens. Ce n’est pas le moindre intérêt de ce bref qui semble bien être le premier document pontifical directement consacré à l’histoire. Plus tard, Pie XII y consacrera plusieurs discours.

L’histoire est un des grands domaines où s’affrontent les deux étendards, celui de la vérité et celui du mensonge, celui de Jésus-Christ et celui de Lucifer.

La sainte Église trouve dans l’histoire les preuves de son origine et de sa mission divines, les marques de la volonté miséricordieuse de Dieu sur la pauvre humanité, les exemples des saints et de nos prédécesseurs dans la foi catholique, les leçons salutaires du passé dont nous pouvons, avec un peu d’attention, tirer grand bénéfice.

Aussi, à l’inverse, le monde et son prince se servent de l’histoire pour cacher Dieu et ses œuvres, pour perpétuer les péchés et les injustices, pour entretenir la haine et la discorde, pour fabriquer des idoles et de fausses raisons de vivre et de mourir. Ils ont donc fait de l’histoire un recueil de blasphèmes et de mensonges.

Voilà pourquoi il est de grande importance d’entendre l’enseignement salutaire de l’Église.

Sæpenumero considerantes 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Histoire
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 05:37
Dans la revue La Cigale de Saint-François (*) n°27 (janvier 2010), figure en bonne place un article susceptible d'intéresser le lecteurs de Quicumque. Cette « Chronique de l'oncle Armand » rappelle quelques vérités souvent méconnues à propos du mérite. En voici le texte intégral, avec le consentement de son auteur.

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 (*) cigaledesaintfrancois@gmail.com. Voyez ici la présentation de cette modeste mais vaillante revue spécialement destinée aux familles catholiques.
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« Mais, oncle Armand, puisque c’est facile, il n’y a pas de mérite à le faire ! » Voilà une phrase, très chers neveux et nièces, qu’un oncle digne de ce nom ne peut laisser passer sans relever la confusion qu’elle recèle. Car c’est une confusion très répandue, qui souvent s’exprime d’une façon symétrique : puisque c’est difficile, c’est méritoire.

Il peut, bien sûr, exister une qualité spéciale dans une action difficile, mais le mérite n’en découle ni directement ni nécessairement. Piller une banque est affaire difficile, risquée, demandant une préparation minutieuse : ce n’est pourtant pas méritoire !

Il faut donc, pour bien comprendre, rappeler quelques vérités du catéchisme. Cela ne fera de mal ni à vous, ni à moi : nous nous laissons tellement user par les erreurs qui courent le monde qu’il faut sans cesse revenir à l’enseignement de la raison droite et de la foi catholique. Sans cela on finit par ne plus rien comprendre et à se laisser entraîner dans le laisser-aller de l’intelligence – celui qui est le pire de tous.

Le mérite est le droit à une récompense. Faire une action méritoire, c’est acquérir le droit d’en être récompensé.

On peut parler, bien entendu, un certain mérite d’ordre naturel, qui découle soit de la nature des choses (la satisfaction d’avoir accompli son devoir, la reconnaissance de ceux qu’on a aidés) soit d’une promesse ou d’un contrat (tout ouvrier mérite son salaire) ; mais c’est de façon impropre.

Car le véritable mérite, le mérite au sens strict, c’est celui qui est accordé à notre fin dernière réelle, c’est le mérite surnaturel : celui qui nous donne droit à la gloire céleste…

— Mais, comment peut-on avoir droit à ce qui vient de Dieu, puisqu’il donne tout gratuitement, puisque devant lui nous ne sommes rien ?

— Il est bien vrai que tout don de Dieu est gracieux, et que nulle créature ne saurait le revendiquer. Mais Dieu a établi un ordre des choses, il a fait des promesses : et donc à l’intérieur de cet ordre, nous pouvons mériter ce que Dieu a promis.

Et l’ordre établi par Dieu, c’est celui de la charité, c’est celui de l’amour surnaturel et souverain que nous devons porter à Dieu en retour de celui qu’il nous donne avec une infinie surabondance.

Ce qui fait donc le mérite d’une action, c’est la charité : la charité que possède celui qui fait l’action, la charité qu’il met dans l’action qu’il accomplit.

Pour mériter, il faut donc être en état de grâce. Celui qui est en état de péché mortel peut faire une action bonne, mais il ne peut pas faire d’action méritoire. Remarquez au passage qu’on ne peut donc pas mériter d’être en état de grâce (ce serait contradictoire) : le Salut éternel, la Foi, l’Espérance et la Charité sont des dons divins non seulement gratuits mais immérités de notre part (mérités cependant par la Rédemption de Jésus-Christ). Ils sont donc infiniment précieux, et nous devons mettre toute notre énergie, tout notre amour, toute notre prière pour ne pas les perdre, car il nous serait impossible de mériter de les recouvrer.

— Mais que deviennent les mérites de celui qui commet un péché mortel ?

— Ils sont perdus : non seulement le malheureux ne peut plus mériter, mais il perd tous ses mérites antérieurs. Il ne lui reste que la prière, car l’efficacité de la prière repose non sur le mérite, mais sur la promesse divine.

— Tout ce qu’il a fait auparavant ne lui sert donc de rien ?

— Les mérites qu’il avait acquis avant son péché ne lui serviront à rien s’il ne se convertit pas : il ne les emportera pas en Enfer. S’il se convertit (par la grâce de Dieu qu’il doit implorer dans la prière et aller chercher dans le sacrement de Pénitence), ses mérites lui seront rendus, plus ou moins selon la ferveur de sa conversion. La planche de salut du pécheur, c’est donc la prière – et spécialement la prière à la sainte Vierge Marie, médiatrice de toute grâce ; par elle, il obtiendra de la miséricorde divine la conversion, et la ferveur de cette conversion.

Venons-en à la seconde condition pour qu’une action soit méritoire : il faut que cette action soit bonne. Et pour qu’une action soit bonne, il faut qu’elle le soit dans son objet, dans l’intention qu’on y met, dans les circonstances au milieu desquelles on l’accomplit. S’il manque une de ces trois « bontés », l’action n’est pas bonne. Par exemple, si je fais une aumône par vanité, pour être vu du prochain, l’objet est bon, l’intention ne l’est pas : l’action n’est pas bonne. Si je prends un bain en public, l’objet est peut être bon, les circonstances en font un grave scandale.

L’action doit donc être bonne… et c’est tout ! Toute action bonne accomplie en état de grâce est méritoire. L’intensité du mérite proviendra de trois sources : la charité que possède celui qui fait l’action, la charité qu’il met dans l’action qu’il accomplit, le rapport de l’action elle-même avec la charité divine.

C’est ainsi que les actions les plus simples accomplies par la sainte Vierge Marie au cours de sa vie terrestre étaient plus méritoires que la mort des martyrs ou la persévérance des solitaires : parce que sa charité était plus grande, surpassant celle de toutes les créatures.

C’est ainsi encore que la difficulté d’une action peut être l’occasion du mérite, parce qu’elle force d’y mettre plus de cœur, plus de charité actuelle, plus de pureté d’intention. Comme vous le voyez, cette difficulté est occasion de mérite, elle n’en est pas la cause. Il faut donc savoir en profiter pour intensifier notre amour de Dieu, il ne faut pas imaginer que lorsqu’on a surmonté quelque difficulté, on a automatiquement mérité davantage.

Pour éclairer et compléter mon propos – et pour m’abriter – voici ce qu’en dit un grand théologien commentateur de saint Thomas d’Aquin, le cardinal Louis Billot :

« L’acte méritoire est d’autant plus méritoire qu’il est informé par la charité, qu’il procède d’une volonté mieux disposée, et qu’il a pour objet un bien plus parfait… Mais il faut observer avec soin que parmi les conditions qui confèrent un accroissement de mérite, il ne faut pas compter la difficulté de l’œuvre entreprise. Et la raison en est que cette difficulté, en soi et par elle-même, n’ajoute rien au mérite. Si elle ajoutait quelque chose en soi et par elle-même, il s’ensuivrait que plus quelqu’un avance en vertu et par là éprouve moins de difficulté à vivre surnaturellement, moins il mériterait devant Dieu. Or, quoi de plus absurde qu’une telle affirmation, puisque c’est le contraire qui est évidemment vrai ? Donc, la difficulté dans l’œuvre accomplie ne peut ajouter au mérite qu’en raison d’autres considérations. Et tout revient, en somme, à l’une des conditions énumérées plus haut. Tout d’abord, la difficulté éprouvée peut ajouter au mérite parce que, la plupart du temps, elle indique un bien meilleur : quia quanto aliquid melius est, dit saint Thomas, tanto supra vires hominis operantis est elevatum. Ensuite, parce que, toutes choses égales d’ailleurs, elle requiert une volonté plus parfaitement disposée : quia in id quod difficile est, majori attentione aliquis consurgit, et cum majori conatu voluntatis (Sent., II, dist. 29, q. 1, a. 4). Mais, est-il besoin de le redire, l’acte n’est pas plus ou moins méritoire, précisément parce que plus ou moins difficile. » (De Gratia, thèse XX, § 3, p. 27l).

Ah, mes très chers ! ce que je vous écris là vous semblera un peu difficile (est-ce méritoire ?), mais faites-vous l’expliquer par qui sait lire et comprendre ce qu’il lit (c’est une race en voie de disparition). Surtout ne dites plus qu’une action est méritoire parce qu’elle est malaisée : c’est parce qu’elle est faite avec l’amour du Bon Dieu qu’elle mérite une récompense dans le beau Ciel auquel nous aspirons tous. Allez, je vous embrasse, ce n’est pas difficile et j’y mets tout le mérite possible. 
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Théologie
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