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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 23:56

En deux livraisons de la Revue thomiste (1955, III, pages 477-518 ; 1956, janvier-mars, pages 43-87), le R.P. Guérard des Lauriers a publié une étude intitulée L’Immaculée Conception, clé des privilèges de Marie qui dénote non seulement une science théologique hors du commun, mais aussi un profond esprit contemplatif et un rare souci d’attribuer à chaque argument et à chaque aspect de la question son caractère et sa certitude propres.

La revue L’Ami du Clergé donna en 1957 (n. 19, 9 mai 1957, pages 289-291) une longue recension de cette étude. Après avoir évoqué quelques aspects (et seulement quelques aspects) du travail du R. P. Guérard des Lauriers, le rédacteur souligne la profondeur et l’intérêt d’une étude « qui tranche singulièrement sur tant de banalités auxquelles certains mariologues nous astreignent parfois ».

Pour l’honneur et l’amour de la sainte Vierge Marie Immaculée dont nous célébrons aujourd’hui la fête, pour l’honneur et l’amour de la doctrine catholique, pour la mémoire du R. P. Guérard des Lauriers et pour la consolation des lecteurs de Quicumque, nous donnons ci-dessous la recension de l’Ami du Clergé, et nous plaçons sous ce lien le premier article du R. P.

Le second article est maintenant disponible.

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L’étude du R. P. Guérard des Lauriers, O. P., L’Immaculée Conception, clé des privilèges de Marie, annoncée dans l’Ami (1956, page 691) dois retenir tout d’abord notre attention. Les deux articles qui la renferment constituent un chapitre de théologie mariale, envisagée sous un aspect très personnel et plus approfondi. Leur lecture ne peut s’adresser qu’aux spécialistes, habitués à saisir les nuances délicates d’une pensée, dont l’intelligence exige une application soutenue.

Un siècle après la définition de l’Immaculée Conception, l’A. [note 1] estime que « la notion de ce privilège marial n’est pas encore assez précise pour constituer un argument concernant d’autres points de la mariologie ». La manière de concevoir la grâce originelle de Marie, d’une part, commande d’autre part la question de sa Dormition et celle de sa co-Rédemption.

I. Selon la définition dogmatique de la Bulle ineffabilis, Marie a été et est ab omni originalis culpæ labe prœservata immunis. Les deux termes culpa, labes sont inclus dans la définition « mais le mot labe implique une irréductible épaisseur sémantique. Tache s’oppose à pureté, et c’est le péché, offense faite à Dieu, qui rend impur, en faussant la conformité à la Loi éternelle. Tache de la faute originelle signifie alors, dans cet état global que désigne la faute originelle, ce qui formellement a raison de péché. Mais il peut y avoir, dans cet état, des aspects n’ayant aucunement raison de péché et qui affectent Marie et c’est l’Immaculée-Conception au sens faible ; labes a un sens précisif à l’intérieur de culpa il diminue donc l’exemption de la faute. En second lieu, le mot tache lui-même est une image On songera à la tache d’huile qui, peu à peu mais irrésistiblement, s’infiltre partout. Eh bien, Marie est pure de tout cela, de tout ce qui a avec le péché, quelque rapport que ce soit. C’est l’Immaculée-Conception au sens fort : labes aun sens extensif par rapport à culpa il accroît donc l’exemption de la faute. »

La définition de l’Immaculée Conception impose-t-elle le sens fort ? L’A. est hésitant. Sans doute, le sens faible y subit, en maints passages, l’attraction du sens fort ; mais, même ainsi réduit, il demeure possible. Il se peut « qu’appartenant à une race traversée par le grand courant du péché, Marie ait pâti en son corps une sorte d’hystérésis [note 2], n’ayant aucunement le caractère de faute, rémanence certes dominée par l’âme, mais dominée non sans labeur, et pas assez pour que la force d’immortalité ait pu jouer librement… » (pages 488-489). « Il se peut… » C’est le doute impliqué dans cette possibilité qui empêche le théologien de donner une réponse positive relativement à la mort de Marie. En effet, dans la nature intègre « l’immortalité originelle consiste en une force qui atteint le corps, qui est participée actuellement par l’âme et dont Dieu est la source principale. Elle suppose la sujétion de l’âme à Dieu et dans le corps l’absence de vice, l’absence de forma vitiositatis. Voilà pour la nature intègre. Mais, dans la nature rachetée, et spécialement en Marie, qu’en est-il ?

« La force d’immortalité ne s’exerce plus, voilà le fait, sauf peut-être en Marie… Le fait lui-même peut tenir à deux causes : que la force d’immortalité ne soit pas rendue en même temps que la grâce ou bien que l’exercice de cette force soit lié et son effet suspendu par la forme de viciosité.

« La première hypothèse paraît peu conforme à la Sagesse de Dieu. Dieu est magnanime en sa miséricorde… En ce qui concerne Marie… sa grâce l’emporte en excellence sur celle de nos premiers parents. Et si… on insiste sur le fait que le régime de grâce de Marie doit être référé au Christ et non à la mesure originelle, on ne fait que confirmer l’argument. Jésus est mort parce qu’il l’a voulu : cela n’ôte pas qu’il possède la force d’immortalité. Nouvelle Ève ou Mère et Épouse du Christ, Marie également possède cette force. Mirabilius reformasti : voila la part commune… Sublimiori modo redempta, voilà la part propre de Marie. C’est-à-dire qu’elle participe mieux, en vertu d’une union plus intime avec le Rédempteur, un état meilleur que l’état originel par cela seul que le Christ devient pour elle immédiatement, la mesure de ce nouvel état. Marie n’a pu mourir par le fait que la force d’immortalité eût été absente de sa plénitude de grâce.

« Reste… la deuxième cause ; la mort, certaine pour nous, possible pour Marie, vient de ce que la forma vitiositatis lie la vis immortalitatis. C’est d’ailleurs ce suggère saint Thomas : “Bien que l’âme humaine ait recouvré la grâce (efficace) pour remettre la faute et pour mériter la gloire, elle ne l’a cependant pas recouvrée quant à l’effet de la grâce concernant l’immortalité perdue « quamvis gratiam (anima humana) recuperaverit ad remissionem culpæ et meritum gloriæ, non tamen ad amissaæ immortalitatis effectum (Ia, q. 97, a. 1 ad 3). Notons bien ad effectum. Saint Thomas ne dit pas que la grâce recouvrée soit impuissante à rendre l’immortalité. C’est l’effet de cette grâce qui pas recouvré en fait, bien que, ajoutons-nous, elle la contienne virtuellement, dans sa virtus. »

La position de l’A. est très nette. En Marie, l’absence de la forma vitiositatis et l’immortalité s’impliquent mutuellement. Donc, la grâce originelle ayant été rendue à Marie d’une manière parfaite, la force d’immortalité, concédée à nos premiers parents, existait en son âme. Et c’est là l’opinion personnelle du théologien dominicain. Mais peut-on affirmer, d’une façon absolument certaine, et en interrogeant la définition de Pie IX, que l’Immaculée Conception doive être entendue au sens fort, comme il a été dit plus haut ? Il reste un doute. Bien plus, ne convenait-il pas que même en l’absence de toute forma vitiositatis, Marie mourût, par conformité au Christ ? Dans les conditions répond l’A.,

« La mort de Marie suppose que le jeu de la force d’immortalité qu’elle possédait et qui n’était pas lié, a été, en elle, suspendu ; soit que Marie ait pu produire elle-même cet effet en elle, soit qu’elle l’ait demandé à Dieu, acquiesçant en tout cas à une inspiration divine tendant à la rendre plus conforme au Christ. Cela est certainement possible, bien qu’il ne soit possible ni de le prouver ni de l’infirmer. Nous sommes ici dans l’ordre de la gratuité absolue : aucune raison ne peut donc être déterminante. Autrement dit, la connexion entre la Dormition et l’Immaculée Conception au sens fort serait bien une connexion nécessaire si on pouvait ne considérer la Sainte Vierge qu’en elle-même. Mais la non-mort de l’homme non-pécheur, et plus encore, quoique pour des raisons propres à Marie, la Dormition, font expressément intervenir la volonté libre de Dieu ou du Christ. Non-mort et Dormition incluant, quant à leur exercice il est vrai, mais par essence, un élément transcendant, il est impossible de raisonner à partir d’elles rigoureusement comme on peut le faire à partir d’essences créées qu’il est possible de considérer circonscrites en elles-mêmes » (pages 433-434).

Conclusions prudentes d’un partisan de l’immortalité de droit conférée à Marie ; puissent-elles prémunir d’autres mariologues contre les déductions et affirmations précipitées.

2. — La seconde partie de l’étude du Père Guérard des Lauriers concerne les rapports de l’Immaculée Conception avec la co-Rédemption. Très justement l’A. affirme que « le mystère de la co-Rédemption se situe premièrement entre le Rédempteur et la co-Rédemptrice, non entre la co-Rédemptrice et les rachetés » (page 497). Rappeler cette vérité essentielle, c’est supprimer dès l’abord quantité de difficultés soulevées hors de propos. C’est en raison d’une action de Marie sur la volonté salvatrice du Christ que Marie peut et doit être dite co-Rédemptrice. Mais comment l’action d’une créature sur le Rédempteur est-elle possible ? C’est, nous dit-on, « en raison de l’existence dans le Christ de trois modes de vouloir respectivement associés à ses trois sciences. Le Christ peut accueillir, selon le mode inférieur de son vouloir, la motion qu’il exerce sur une créature par son vouloir supérieur. Ainsi le vouloir du Christ peut-il être mû par cette créature, sans toutefois être changé : la co-Rédemptrice a pu agir sur le vouloir du Rédempteur » (second article, page 43).

L’A. trouve, dans le miracle de Cana, une illustration de cette doctrine : à Cana, « Marie a effectivement mû le vouloir du Christ et, d’une façon très précise, le vouloir du Christ en tant que celui-ci est Rédempteur » (page 44).

« Le fait de l’influence de Marie sur Jésus à Cana est clairement exprimé par saint Jean : “Mon heure n’est pas encore venue” ; “Remplissez d’eau ces urnes” À la demande de Marie… Jésus agit alors qu’un instant auparavant il estimait que le moment n’était pas venu… L’heure, c’est l’heure de la Passion et de la Glorification… Le sens immédiat, c’est-à-dire répondant à la situation concrète, est inintelligible sans référence au sens principal… L’heure” dont parle Jésus à Marie, c’est donc cet instant qu’ils vivent ensemble dans le lieu où ils sont, mais cet instant comme origine d’un enchaînement inéluctable de causes secondes ; enchaînement dont Jésus sait respecter la nécessité puisque d’ailleurs il la veut comme aboutissant à la Passion… il suit de là que le changement de décision enregistré par le récit de Cana concerne bien formellement en Jésus l’orientation vers la Passion et vers la Gloire, concerne donc formellement le vouloir rédempteur. »

Il faut maintenant examiner le comment de la motion exercée par Marie sur le vouloir rédempteur. Marie est, avant tout, la première rachetée ; elle l’est dès sa conception, elle l’est singulièrement au moment où s’inaugure pour elle une participation active à la Rédemption. Mais là, de passive, elle devient active. Or le vouloir rédempteur du Christ intégra les trois modes associés à sa triple science :

« Il ne saurait être question d’une motion du vouloir du Christ selon les deux premiers de ces modes, qui sont d’ailleurs immuablement fixés par conformation au vouloir divin ; le Christ, connaissant le dessein providentiel par la science de Vision et par la science infuse, n’a pas cessé un seul instant de vouloir la Rédemption telle qu’elle s’est réalisée en fait ; du moins par le vouloir associé à ces sciences. En regard du vouloir rédempteur ainsi envisagé, Marie est toute passive elle en sait et en adore la réalité, elle en ignore la teneur exacte bien qu’elle en pressente les grandes lignes ; elle s’y conforme par la foi, achevant ainsi de le rendre efficace pour elle-même et pour toute l’Église. C’est cela qui est le principal : et du côté de Marie qui ne peut être co-Rédemptrice qu’en étant la première rachetée, et du côté du Christ en qui science acquise et vouloir de soumission ont évidemment pour fondement et pour centre les sciences supérieures et le vouloir qui leur correspond » (page 47).

Voici maintenant comment la co-Rédemptrice devient active et influe réellement sur le vouloir rédempteur. Le vouloir de Jésus, déterminé selon ses deux premiers modes par conformation à la Sagesse, a reçu selon son troisième mode cette même détermination, par la médiation de Marie. Approfondissons la psychologie humaine du Christ à la lumière de son Agonie :

« Le Non pas comme je veux, mais comme tu veux (Marc. XIV, 36) s’adresse au Père : et cette attitude de Jésus à l’égard du Père qui est plus grand que lui” (Jo. XIV, 28) paraît tout à fait normale. Elle n’en révèle pas moins, dans le jeu concret de la psychologie de Jésus, une fluctuation et une sorte de délibération. Cette délibération ne peut évidemment concerner que le vouloir de désir et de soumission ; mais le fait qu’elle existe montre que ce vouloir peut, en certaines circonstances, avoir à se chercher. La science acquise, qui le commande, peut demeurer provisoirement en suspens entre des données contraires ; et d’autre part les données supérieures, intelligibles ou volontaires, sont en fait inopérantes : le Christ a voulu qu’il en fût ainsi, puisque c’était là une condition sine qua non de la souffrance. Que ce moment de l’Agonie – qui est l’“heure” – fasse ressortir singulièrement le mystère du Christ, viator et comprehensor, c’est clair ; mais il montre que, selon le troisième de ses modes, le vouloir rédempteur peut être modifié, et pour autant peut être mû » (page 48).

Il n’y a donc aucune contradiction à ce que le vouloir rédempteur, dans la mesure et dans le moment où il est délibérant, trouve sa détermination propre en vertu de l’intervention de Marie. Par détermination propre, l’A. entend celle qui « appartient globalement au vouloir rédempteur réellement exercé, mais qui lui advient en propre par le vouloir de soumission » (page 49).

« Cela indique suffisamment que Marie a joué vis-à-vis de son enfant un rôle semblable à celui de toutes les mères. Or l’expérience montre que, dans l’épreuve, l’homme cherche spontanément et trouve habituellement auprès de ceux qui l’ont engendré le même appui qu’il en a reçu originellement : notamment pour redécouvrir et pour mettre en œuvre une rectitude qui déconcerte la spontanéité naturelle. Jésus délibérant a ”découvert” le dessein qu’il portait en lui, à la faveur de l’imperturbable désir de Marie » (id.).

Nous regrettons de ne pouvoir suivre l’A. dans tous les méandres de son exposé. Ce qu’on a dit suffit à montrer l’originalité de sa thèse. Dans sa perspective, la co-Rédemption subjective ne souffre aucune difficulté. On pourrait dire que, tout en la supposant, notre auteur ne la considère pas directement. Il s’agit de la part prise par Marie à la Rédemption objective, et le P. G. propose une solution qui devra satisfaire les théologiens avertis : « Si on admet la co-Rédemption par assimilation, il est clair que Marie fait tout ce que fait le Christ, mais d’une manière subordonnée.

« Dans la perspective que nous avons développée, l’opération de Marie ne peut être que concomitante à celle du Rédempteur. On tient ainsi simultanément deux vérités qui semblaient s’exclure : Marie participe à la rédemption objective” ; Marie n’exerce aucune médiation “physique” à l’égard des non-rachetés : cela ne convient qu’au Christ. Il est bien vrai que Marie agit sur l’Église à racheter ; mais c’est parce que son opération se trouve intégrée à celle du Christ, en prenant précisément pour le principal de ses objets le vouloir de désir et de soumission… »(page 57).

Et l’A. de conclure modestement : « On voit que la théorie que nous nous permettons de proposer à la réflexion théologique ne prétend pas éliminer les autres manières de voir : elle en assume le contenu positif et cela paraît être un argument en sa faveur » (page 57).

Thèse originale, dont certains aspects pourraient être discutés, dont le développement est parfois difficile à saisir, mais qui tranche singulièrement sur tant de banalités auxquelles certains mariologues nous astreignent parfois.

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Notes

[1] Dans les recensions et controverses théologiques, il est un usage répandu de désigner l’auteur d’un écrit recensé ou contredit, une fois qu’il a été bien identifié, par l’abréviation « A. » mise pour « Auteur ». Note de Quicumque.

[2] Cette expression qui signifie proprement la permanence indéfinie de l’aimantation après le courant qui l’a provoquée peut être appliquée au fomes peccati qui demeure dans l’homme même après le péché réparé et pardonné. « La cause cesse, l’effet demeure atténué mais indélébile : voilà en propre l’hystérésis. Le péché n’existe ni n’a jamais existé en Marie mais Marie appartient à une race pécheresse affectée du fomes peccati, même après la Rédemption ; le fomes, en Marie, est atténué, mais il en demeurerait quelque chose n’ayant aucunement raison de péché ; l’effet perdure, atténué et s’atténuant, sans la Cause : c’est très précisément l’hystérésis » (p. 489, note 1).

 

L’Immaculée Conception, clé des privilèges de Marie I.

L'Immaculée Conception, clé des privilèges de Marie II.

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 16:45
Je profite de la fête de l'Immaculée Conception pour publier une étude du R.P. Guérard des Lauriers parue dans La Pensée catholique en 1974.

Si je choisis cette date, ce n'est pas par amour du paradoxe, mais au contraire parce qu'il y a une unité très profonde entre la Corédemption et l'Immaculée Conception, un lien vital entre ces deux mystères.
Le péché originel a été un refus de la condition de créature, un refus de reconnaître le souverain domaine du Créateur sur toutes choses, un refus d'adoration et de sacrifice.
Adam et Ève, en se révoltant contre Dieu notre Père, se sont séparés de lui : ils ont perdu tous les dons de l'ordre surnaturel, et ils ont profondément blessé l'ordre naturel, notamment en ceci : l'homme qui par nature doit offrir à Dieu un sacrifice (car la sacrifice est la forme la plus haute et la plus nécessaire de l'adoration chez une créature « animal raisonnable », faite pour vivre en société et constituée reine de la création), l'homme donc n'est plus capable de le faire de façon intègre et achevée, parce que Dieu n'est plus « tenu » d'agréer le sacrifice qui provient d'une créture séparée, révoltée.
Jésus-Christ vient restaurer avec une magnificence toute divine ce qui était perdu par le péché, et vient racheter l'humanité déchue : il accomplit cela en offrant le Sacrifice parfait, celui de la Croix, et il procède ainsi pour restaurer en tout premier lieu ce qui a été détruit par le péché originel, et qui a placé l'humanité tout entière dans une double rupture :
– les hommes ont une fin surnaturelle, et ils sont devenus incapables de l'atteindre puisqu'ils ont perdu la grâce ;
– les hommes doivent offrir à Dieu un sacrifice, et ils sont devenus incapables de le faire de façon agréable à Dieu.
À ce sacrifice parfait, Jésus-Christ associe d'une façon toute spéciale sa Mère qui, au pied de la Croix, offre Jésus s'offrant et possède plusieurs titres pour le faire :
– elle est la mère de Dieu selon la nature humaine, et c'est ainsi que s'offre Jésus qui lui appartient d'une certaine manière ;
– elle est incluse dans le décret divin qui, tout uniment, décide la création des hommes, la permission du péché, l'Incarnation rédemptrice.
Offrant réellement un sacrifice infiniment agréable à Dieu, Marie est par le fait même totalement et préventivement exempte du péché originel dont la rupture de l'ordre sacrificiel était la blessure la plus profonde.
En prévision des mérites de Jésus-Christ avec lequel elle ne fait qu'un, elle est rachetée d'une manière infiniment admirable, non seulement parce qu'elle ne contracte pas le péché d'Adam et est créée dans la grâce divine, mais aussi parce qu'elle est corédemptrice : elle n'est pas seulement exempte de la morsure au talon, elle écrase la tête du serpent  ; elle n'est pas seulement l'Immaculée conçue, elle est l'Immaculée Conception.
Place à cette merveilleuse (et ardue) étude du Père Guérard des Lauriers : Marie est co-Rédemptrice.
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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 17:03
Qui nous dira la grandeur de saint Joseph ? Je veux dire les grandeurs de cet homme si saint qu’il a tenu la place du Père éternel auprès du Fils de Dieu ; si saint qu’il a reçu mission de protéger et de faire resplendir le trésor des trésors de Dieu, le chef-d'œuvre de sa création, la plénitude de sa grâce : la très sainte Vierge Marie ; si saint qu’il exerce un patronage très puissant sur l’'Épouse mystique de Jésus-Christ, l’Église catholique – celle qui est ici-bas romaine et militante, celle qui attend nos prières assidues et nos sacrifices généreux.

Car c’est bien à cela que nous appelle saint Joseph ; il veut nous sortir de cet égoïsme par lequel nous faisons tourner notre vie autour de nous ; il veut que nous donnions notre cœur à la prière, notre intelligence à la doctrine, notre volonté à la pureté d’'intention, notre corps au service de Dieu : tout cela pour l’Église qu’il parraine, pour que la splendeur de l’Église catholique, de sa foi et de ses sacrements, soit manifestée aux hommes – pour la gloire de Dieu et le salut de tant de malheureux déboussolés, englués dans l’esprit du monde, enchaînés par l’habitude du péché et la malice des démons. Saint Joseph si grand, si bon, venez à notre secours !

Pour éclairer et soutenir notre dévotion à saint Joseph, voici le texte de l’encyclique de Léon XIII
Quamquam pluries du 15 août 1889, suivie du texte latin de la « prière à saint Joseph » composée à cette occasion.

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8 décembre 2006 5 08 /12 /décembre /2006 04:57

La définition du dogme et le donné de la foi

Le Pape Pie IX, par la Bulle
Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854, définit solennellement l'’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, c'’est-à-dire qu'’il atteste infailliblement que cette vérité appartient au dépôt révélé :

« Après avoir offert sans relâche, dans l’'humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’'Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu’'il daignât, par la vertu du Saint-Esprit, diriger et confirmer Notre esprit ;
« après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l'’Esprit consolateur, et ainsi, par une divine inspiration,
« pour l'’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’'ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’'exaltation de la foi catholique et l’'accroissement de la religion chrétienne ;
« par l'’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial de Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel est révélée par Dieu, et par conséquent qu'’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles ;
« C'’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’'à Dieu ne plaise, de penser différemment de Notre définition, qu’'ils apprennent et en outre qu'’ils sachent que, condamnés par leur jugement propre, ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d'’appartenir à l’'unité de l'’Église,
« et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines édictées par le droit, s’'ils osent exprimer ce qu'’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soi ».

L'’apparition de Lourdes

Moins de quatre ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, Notre-Dame apparaît dix-huit fois à sainte Bernadette, dans la grotte de Lourdes. Le 25 mars, à la sainte qui lui a demandé son nom, la Sainte Vierge répond : « Je suis l’'Immaculée Conception ».

On entend parfois dire que la Sainte Vierge est venue à Lourdes pour confirmer la définition pontificale. C’est là une erreur qui, comme toutes les erreurs en ce domaine, est injurieuse à l'œ’œuvre de Dieu.

N'’est-il pas faire injure à l’'Église d'’affirmer que sa parole infaillible puisse être confirmée, c'’est-à-dire d'’affirmer que la Révélation publique –– dont elle a le dépôt et la garde –– puisse ainsi trouver une autorité et une force nouvelles dans une révélation privée.

N'’est-il pas faire injure à la très Sainte Vierge Marie de la reléguer ainsi dans un rôle subalterne. Au demeurant, si Notre-Dame avait voulu confirmer le dogme, elle n'’aurait pas dit :
Je suis l’'Immaculée Conception, mais : Je suis l’'Immaculée Conçue.

La façon dont la Sainte Vierge s'’est exprimée doit nourrir notre méditation, et nous rappeler cette disposition providentielle énoncée par le Père M.L. Guérard des Lauriers :
« Le dépôt de la foi est commis à l'’Église dans ses formules, il est commis à la Vierge dans sa lumière. »
À l'’objet de la foi défini par l’'Église, et dans l’'acte de foi accompli par le fidèle, la Sainte Vierge Marie vient apporter une lumière intérieure qui introduit l’'âme dans le mystère de son élection divine.

L’'ordre de la Très Sainte Vierge Marie

À Lourdes, Notre-Dame a mis en lumière sa place éminente et unique dans l’œ'œuvre de Dieu.
La Sainte Vierge Marie est véritablement Mère de Dieu parce qu'’elle est virginalement et vraiment Mère d’'un Fils qui est vraiment Dieu, Jésus-Christ. Cette Maternité divine est le fondement de tous ses privilèges, la clef de sa perfection :
« Mère de Dieu ! Quel titre ineffable ! La grâce de la Maternité divine est la clef qui ouvre aux faibles recherches humaines les richesses indicibles de l’'âme de Marie » [Pie XII, radio-message du 19 juin 1947 au Congrès marial du Canada].

Prédestinée à être la Mère du Fils de Dieu, la Sainte Vierge est la première de l'’ordre créé : elle est la créature parfaite, celle en qui Dieu a réuni et concentré toute la perfection qu'’il a voulu mettre en son œœuvre : elle est éternellement dans la pensée divine la
toute pure, la toujours Vierge. Notre-Dame est cette créature qui réalise parfaitement la ratio creationis : elle ne pouvait être plus pure, et c'’est en fonction d’'elle que tout le reste a été créé :
« Lorsqu'’il préparait les cieux, j’'étais présente ; (...) lorsqu'’il posait les fondements de la terre, j'’étais avec lui, disposant toutes choses » [Prov. VIII, 27-30].

L'’ordre de la grâce auquel nous avons été élevés par notre Baptême est l’'ordre de la vie divine participée ; cette participation se réalise par la grâce ici-bas, par la Gloire au Ciel. En raison de sa Maternité divine, la Sainte Vierge appartient à un ordre supérieur : l’'ordre
hypostatique dans lequel Dieu, en son Verbe, s’'unit personnellement une nature humaine et ainsi — par la Rédemption — restaure par surcroît l'’ordre naturel bouleversé et blessé par ce même péché.

En raison de sa Maternité divine, la Sainte Vierge est
Corédemptrice. Nous ne pouvons nous unir au sacrifice de la Croix que dans l'’application qui nous en est faite (c’'est la raison d’'être du saint sacrifice de la Messe). Notre-Dame, elle, a offert activement l'’unique Sacrifice en s’'y unissant de façon ascendante, dans l’'offrande même.
Elle est en effet toute relative à son Fils, qui est toute sa raison d’'être ; dans le décret divin qui a présidé à l'’Incarnation rédemptrice, elle ne fait qu'’un avec lui. Parce que Jésus est quelque chose d'’elle-même, elle a un titre particulier à l’'offrir. En offrant Jésus-Christ s’'offrant lui-même, la Sainte Vierge Marie est, par lui et en lui, Corédemptrice.

En raison de cette Corédemption –– et donc de sa Maternité divine –– la Sainte Vierge est Immaculée. Elle est rachetée d’'une façon merveilleuse, non seulement parce qu'’elle l’'est par anticipation, en prévision des mérites de Jésus-Christ, mais aussi parce qu’'elle est rachetée en ne faisant qu'’un avec Jésus rachetant, dans l'’acte même du rachat : le Sacrifice de la Croix. Offrant réellement un sacrifice agréé
en droit par Dieu (le sacrifice de son Fils), Notre-Dame est absolument exempte de ce qui a détruit en l'’homme la possibilité d'’offrir un sacrifice agréé en droit par Dieu : le péché originel.

Notre-Dame est l’
'Immaculée : non seulement elle n’'a jamais été souillée par le péché originel ni commis le moindre péché personnel, mais plus encore elle est, à la face de Dieu, l’'anti-péché. Voilà ce qu'’elle a exprimé en affirmant : Je suis l'’Immaculée Conception. Elle est celle qui écrase la tête du serpent et n’'en est pas atteinte ; elle est celle en qui le Rédempteur est promis à l’'humanité pécheresse ; dans la pensée divine, elle est le contraire du péché, la toute Belle.

Le couronnement des privilèges de Notre-Dame est son Assomption : à la fin de sa vie terrestre, elle a été élevée avec son corps et son âme dans la Gloire céleste, sans connaître la corruption du tombeau. Là, couronnée Reine des Anges et des saints, elle est constituée Médiatrice de toutes les grâces : dans la Gloire, elle conserve ses prérogatives maternelles.


Note complémentaire.

Dans l’œ'œuvre de Dieu sur la terre, il y a trois ordres :
–– l'’ordre naturel, dans lequel Dieu communique à ses créatures l’'être et dans lequel il est la loi éternelle et la fin de l’'univers entier ;
–– l'’ordre de la grâce, dans lequel Dieu communique à la créature spirituelle sa vie intime et la rend participante de sa propre nature ; ainsi par nature l’'homme est fait pour Dieu, par grâce il est fait pour l'’intimité de Dieu ;
–– l’'ordre hypostatique, dans lequel le Verbe de Dieu s’'unit personnellement à une nature humaine, dans le sein de la très sainte Vierge Marie et sous la protection de saint Joseph.

L'’ordre surnaturel est constitué par la réunion de l'’ordre de la grâce et de l’'ordre hypostatique.
Par l'’ordre hypostatique, par la Rédemption qui en est le sommet et la raison d’'être, l’ordre de la grâce est restauré et l’'ordre de la nature guéri.

Saint Joseph est placé au-dessus de tous les autres saints parce qu'’il appartient aussi à l'
Ordre hypostatique : il a pris, en effet, une part active à l'’Incarnation et à la Rédemption. Par sa maternité virginale, Notre-Dame a inséré le Fils de Dieu dans la nature humaine ; par sa qualité d’'Époux de la Vierge Marie, saint Joseph a inséré le Fils de Dieu dans la société humaine : il lui a donné une famille et un nom (c’'est pour cela que, dans l’'Évangile, les généalogies de Jésus-Christ passent par saint Joseph). Père virginal et nourricier, saint Joseph a tenu auprès du Fils de Dieu la place du Père céleste ; celui-ci lui avait créé une âme paternelle digne de tenir ce rôle, et, sur terre, il n’'y eut jamais père comme le fut saint Joseph. Si Notre-Dame est celle qui a offert – de façon subordonnée mais tout à fait réelle – le Sacrifice rédempteur, saint Joseph est celui qui en a nourri et fait croître l’'Hostie.


Souvenir

La première publication de cette étude en décembre 1987, sous une forme substantiellement identique, nous a valu l'’émouvant honneur de recevoir une des dernières lettres, sinon la dernière, que le R.P. Guérard des Lauriers ait écrites (quelques jours après, il était admis à l'’hôpital qu'’il n'’a quitté que pour comparaître devant l'’Éternelle Vérité) :

+ Ave Maria + M.L. Guérard des Lauriers o.p.  S. Pierre Chrysologue   04.XII.87   Inviolata
Les balafres sont dues à mon état de très grande fatigue PARDON Je m'’endors en écrivant.

Monsieur l’'Abbé Hervé BELMONT

Cher Monsieur l’'Abbé,

Je vous remercie très cordialement de votre délicate intention. Gaudium de VERITATE... J’'ai retrouvé, dans vos lignes, l'’expression simple et précise de ce que je crois être la Vérité. La Vérité, comme telle, est toujours Belle ; car elle est « adæquatio », c’'est-à-dire unité s’'ouvrant et subsistant dans le DISTINCT, c'’est-à-dire SIMPLICITÉ. Et cela même, c’'est-à-dire que la Simplicité est inhérente à la Vérité, entraîne, pour celle-ci de présenter une « saveur propre » correspondant à chaque ordre de réalité.
La « saveur propre » de la Vérité mariale, est de diffuser la Transparence et la Paix, en reconduisant au Mystère même de DIEU. Marie ne peut être Mirabiliori modo Redempta qu’en étant la Co-Redemptrix. Le second, même si on l'’explique autrement, découle du premier. Tout, de Marie, procède de DIEU immédiatement. Voici, dans cette même vue, une observation que je soumets à votre contemplation.

SAMEDI 12 avril 1947, Marie apparaît à S.Paul Trois Fontaines (20 km Sud-Ouest de Rome). Elle déclare :
« Io sono Colei che sono nella Santissima TRINITÀ »
« Je suis Celle qui suis dans la Très Sainte TRINITÉ ». Deux coupures commandent deux manières de comprendre :
1. Virgule après Colei : « Je suis Celle, qui suis en la Très Sainte Trinité ». Tout humain baptisé doit, par la grâce, s'’achever dans la Très Sainte Trinité. Marie est ainsi, à son degré propre, inégalable, créée dans le VERBE comme nous, mais au titre d’'Épouse du VERBE INCRÉÉ. La grandeur de Marie est signifiée à partir de quelque chose qui Lui est commun avec nous.
2. virgule après le second sono : Je suis Celle qui suis, en la Très Sainte Trinité. DIEU SEUL est : « Je suis Celui qui suis » (Ex. III, 14). Révélation sublime. Cependant, il y a une créature, nécessairement unique, qui peut affirmer d’'Elle-même ce que DIEU SEUL peut affirmer de soi simpliciter ; à la condition que cette affirmation soit fondée, fondue, reposante en la Très Sainte Trinité. Le rapport entre l'’être et l’'essence, nécessaire par identité en la Très Sainte Trinité, est nécessaire par totale relationalité participante de la Très Sainte Trinité, en Marie… ainsi constituée immaculée et première de tout l’'ordre créé. Gaudens gaudebo in Domino. La grandeur de notre Mère doit être signifiée à partir de la Très Sainte Trinité. Il est difficile d’'exprimer ces choses. Mystère qui nourrit et purifie le mens. Je vous en fait part humblement, en remerciement pour votre zèle à l’'égard de Marie.
J’'ai, dans le côlon supérieur, un cancer qui a gagné le foie et même le cerveau. Troubles graves ; et sauf miracle, finie pour moi la terre de misère. Je me recommande à votre fervente prière.
C’est de tout cœur que je vous bénis, ainsi que toutes vos œœuvres. En l’'Amour de l'’OBLATIO MUNDA usque ad mortem.

+ M.L.G.L. op

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7 décembre 2006 4 07 /12 /décembre /2006 12:13

En 1849, les bénédictins de Solesmes publièrent un livre du R. P. François Poiré, s.j., qui porte en titre et sous-titre : « La Triple Couronne de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu tissue de ses principales grandeurs d’'Excellence, de Pouvoir et de Bonté et enrichie de diverses inventions pour l’'aimer, l'’honorer et la servir ».

Dom Guéranger écrivit pour cet ouvrage une longue préface qui est à elle seule un petit traité en l'’honneur de Notre-Dame ; elle est un fidèle résumé de l'’ouvrage du Père Poiré, mettant en valeur les articulations et les points saillants d'’un livre exaltant la sainte Vierge Marie, donnant les motifs et le goût de la dévotion à notre Mère céleste.

C'’est à l’'occasion de la fête de l'’Immaculée Conception, en hommage à la sainte Vierge Marie et, plus modestement, à la mémoire de Dom Guéranger, qu'’est mis en ligne le texte presque intégral de cette préface (ce qui en est omis ne concerne pas le texte). Voilà qui contribuera –– du moins je l’'espère –– à nourrir et enflammer la dévotion à l’'égard de l'’Immaculée Mère de Dieu.

Voici donc le texte de cette
Préface de Dom Guéranger.

Il est important de noter au passage le dessein et l’'avertissement de Dom Guéranger :
« Aimer Marie, c'’est le devoir de toute créature de Dieu ; connaître Marie, c’'est avoir l’'assurance de l’'aimer toujours ; mais c’'est en même temps pénétrer les divins secrets du mystère de l'’Incarnation, dans lequel Dieu nous a donné le moyen de remonter à lui par la charité. Le dogme du Dieu-Homme est la clé de toutes les vérités, dont la foi et la pratique nous conduisent à notre fin ; le dogme de la Mère de Dieu nous apporte de nouvelles lumières pour mieux comprendre le don merveilleux que le Verbe divin a daigné nous faire de lui-même.
« Il ne suffit donc pas pour honorer Marie de chanter ses louanges, et de se laisser aller aux charmes de son amour. Dans les choses de la religion, le sentiment procède de la foi, et la foi a besoin de s'’agrandir et de se développer toujours dans la contemplation des vérités qu’'elle nous révèle. »
« C’'est parce qu'’on a négligé cette étude vivifiante que la compréhension des vérités de la foi a perdu quelque chose parmi nous. Les lieux communs ont trop souvent remplacé la doctrine solide, et on a trop laissé faire le sentiment qui, laissé à lui-même, finit par s’'épuiser, ou devient stérile. »

Sainte lecture !
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17 août 2006 4 17 /08 /août /2006 15:10

La sainte Vierge Marie est-elle morte, ou a-t-elle été glorifiée directement, sans connaître la séparation de l’âme et du corps ?

Dans sa définition du dogme de l’'Assomption (
Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950), Pie XII laisse la question ouverte :
« C'est pourquoi, après avoir adressé à Dieu d'incessantes et suppliantes prières, et invoqué les lumières de l'Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant, qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie, pour l'honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur de la mort et du péché, pour accroître la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l'exultation de l'Église tout entière, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge,
à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. »

Voici quelques réflexions pour tenter d’y voir clair.

La mort est à la fois un fait naturel et un châtiment.
Elle est un fait naturel parce que nous sommes composés de deux principes substantiels – le corps et l’âme – et que tout composé tend naturellement à la séparation.
Elle est un châtiment puisque, par un don préternaturel lié à la grâce sanctifiante, Adam et Ève étaient immortels. En perdant la grâce divine, ils ont perdu l’immortalité pour eux-mêmes et pour leurs descendants. Depuis lors, la mort a raison de châtiment ; son inconnu, ses douleurs et ses angoisses l’ont rendue bien plus pénible qu’elle ne l’aurait naturellement été.

Étant totalement exempte du péché originel et de tout péché personnel, la sainte Vierge Marie n’était pas soumise à la mort comme châtiment.
Possédant la nature humaine privée du don d’immortalité, Notre-Dame était soumise à la mort comme fait de nature.
On ne peut guère trancher la question sur ces seuls considérants !

Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort pour notre salut d’une vraie mort humaine, séparation de l’âme et du corps. Mais cette mort n’a pas eu l’effet de la mort commune, qui est de dissoudre la personnalité : sa personne est divine et éternelle, c’est la seconde personne de la sainte Trinité. Sa personnalité est hors d’atteinte de la création et de la mort.

Il faut se souvenir, en effet, que saint Thomas d’Aquin, à la suite de Boèce, enseigne qu’une personne est la substance
complète d’une nature rationnelle. Or l’âme séparée du corps n’est pas une substance complète : elle demeure bien sûr individuelle et distinguée de toutes les autres, mais elle n’est pas une personne à proprement parler.

Si la sainte Vierge Marie est morte de la mort commune, son corps et son âme ont été séparés, ne serait-ce qu’un instant. Et pendant cet instant, si bref qu’on l’imagine, la personnalité de la Mère de Dieu aurait cessé d’être : ce qui me semble difficilement concevable.

Cette aporie me fait regarder d’un œil favorable l’hypothèse émise par le R.P. Guérard des Lauriers qu’on trouvera
dans ce texte.

La voici en deux mots.
Dans l’ordre spirituel, il existe deux morts bien différentes : une mort par en bas (le péché) et une mort par en haut (le renoncement).
Pourquoi ne pas admettre qu’il y a de même deux morts dans l’ordre physique : la mort par en bas (la mort commune) et la mort par en haut (celle réservée à la sainte Vierge Marie).
Cette mort par en haut, d’une nature mystérieuse, ne comporterait pas cette séparation réelle du corps et de l’âme (et ne serait donc qu’analogiquement mort) et préserverait ainsi la personnalité.

La question vaut d’être méditée. Gloire à Marie pour l’éternité.

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 11:28
Très douce Vierge Marie

La mise en ligne de quelques formules prières, placées sous cette si consolante invocation, pourra peut-être contribuer à ranimer en notre cœœur la confiance et l'’amour filial, et nous aider à sanctifier chaque jour et chaque occasion de notre pèlerinage sur cette terre d'’exil, où nous aspirons de toute notre âme à vous rejoindre dans la gloire céleste et à vous aimer dans l’'éternité.

– Consécration d’'un enfant après le Baptême.
– Consécration à son saint Ange gardien.
– Consécration d’un nouveau foyer le jour du mariage.
– Consécration d’'un foyer.
– Consécration
selon le vœœu de Louis XIII.
– Prière
pour le mois de Marie.
– Consécration à Notre-Dame de la Sainte-Espérance.
– Consécration
à l’'occasion de la Communion solennelle.
– Consécration
après les Exercices de Saint-Ignace.

Très douce Vierge Marie
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25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 16:38
L’'apparition de la sainte Vierge Marie à La Salette (19 septembre 1846) est une des plus émouvantes visites de Notre-Dame sur notre terre de misère : la sainte Mère de Dieu y fait résonner un maternel appel à la conversion du cœœur et des mœœurs, un avertissement de la gravité du péché et de ses conséquences, un rappel de la nécessité de la prière. Devant deux bergers tout de simplicité, la Reine du ciel pleure… et voici que ce pays oublieux de l’'honneur de Dieu abandonne blasphèmes, travail du dimanche et danses ; il retrouve la paix et le chemin du salut éternel.

Rien n’'égale la bonté de la sainte Vierge Marie, rien n'’est plus doux que capituler devant tant d'’amour.

En voici la fidèle histoire contée dans
Gloire et larmes de Notre-Dame de La Salette.
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15 décembre 2005 4 15 /12 /décembre /2005 06:55
À l’'occasion du quinzième centenaire du concile d'’Éphèse (431-1931), le Pape Pie XI a écrit l’'encyclique Lux veritatis qui rappelle les trois grandes vérités de la foi catholique qui ont triomphé et pris un relief extraordinaire au cours de ce concile :
–– Notre-Seigneur Jésus-Christ est un seul être, une seule personne ;
–– la sainte Vierge Marie est la Mère de Dieu ;
–– l’'évêque de Rome, le Pape, a la primauté de magistère et de juridiction sur l’'Église tout entière.

C'’est au concile d’Éphèse aussi que l’'impie Nestorius a été condamné et que saint Cyrille d'’Alexandrie est apparu comme un champion invincible de l’'orthodoxie catholique et de la sainteté.

Le Pape Pie XI saisit aussi l’'occasion pour porter un jugement très sévère (sans le nommer) contre un historien calamiteux : Mgr Duchesne. Nous aurons l’'occasion d’'en reparler.

En attendant, voici le texte français de l'’
encyclique Lux veritatis qui n’'est nulle part disponible. C’est un grand vide à combler, car la lecture en est à la fois intéressante, instructive et édifiante.
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