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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 14:24

« Je suis celui qui suis », dit Dieu, du sein du buisson ardent, à Moïse.

Dieu est ; il est unique, il est de toute éternité, il est le bien infiniment parfait subsistant.

Dieu, par volonté infiniment libre et souverainement sage, Dieu est Créateur ; et l’œuvre telle qu’elle est sortie de ses mains participe de sa perfection : « Et Dieu vit que cela était bon ».

 

Rien de ce qui est hors de Dieu n’échappe à la causalité divine, tout ce qui est subsiste dans l’acte créateur de Dieu.

Et pourtant le mal existe, sans que Dieu ait quelque communication avec lui, quelque causalité ou responsabilité dans sa production. Et le mal qui existe n’est pas seulement le mal physique, mais le mal moral, le mal qui s’oppose à Dieu, le mal qui semble détruire l’œuvre de Dieu.

 

Dieu sait tout, et d’une science qui ne dépend pas des choses : sa connaissance est créatrice, c’est parce que Dieu connaît les choses que les choses sont.

Et pourtant Dieu sait le mal sans n’y avoir aucune part.

 

Face à un acte créateur sans la moindre imperfection, et à une science totalement indépendante de tout préexistant, le mal est inexplicable ; et cependant il existe. Comment est-ce possible ? Quelle est la cause réelle du mal et quelle est sa « raison » vraie ?

 

Voilà une des questions de théologie des plus difficiles, sinon la plus difficile, parce qu’elle fonde le mystère de la prédestination et  de la liberté… Et voici pour la traiter un des théologiens les plus ardus, sinon le plus ardu… Une telle rencontre peut faire craindre un texte inaccessible, incompréhensible, éreintant.

Il n’en est rien. Ou si peu…

 

Certes, le Père Guérard des Lauriers, en écrivant Le péché et la causalité ne fait pas œuvre de vulgarisation, et ce qu’il écrit est très technique : cela tient aussi au cadre dans lequel il se place. C’est en effet une chronique de recensions croisées qu’il donne au Bulletin thomiste (tome XI, 1960-2), dans laquelle il est amené à critiquer sévèrement un confrère dominicain, le Père Jean-Hervé Nicolas, et, plus bénignement, M. Jacques Maritain.

 

Recueillant la lumière de la Révélation divine et scrutant un mystère si profond, le Père Guérard des Lauriers conserve la posture adorante qui, seule, convient. Face à un problème qui concerne les relations les plus fondamentales entre Dieu et sa créature, entre l’Être et l’être, il s’appuie sur les faits observables et les principes les plus certains de la métaphysique.

 

Et ainsi, il fustige au passage une théologie qui prétend s’affranchir de la métaphysique, un facilisme qui évacue le mystère, une raison qui veut rendre compte de la réalité par ses propres constructions mentales ; et ainsi il s’oppose à un conceptualisme abstrait qui égare l’esprit.

 

Ce travail du Père Guérard des Lauriers est doublement profitable.

 

Tout d’abord délivre les âmes de l’angoisse d’une fausse alternative où les place un simplisme qui les ballotte entre un Dieu dépendant et un Dieu prédéterminant, vrai dilemme où la transcendance de Dieu et la liberté humaine semblent de vains mots.

 

Et puis il dispose à la contemplation – parce que la vérité, en la matière, c’est l’humilité de l’esprit devant le mystère – et il donne au cœur le désir d’être purifié pour chanter dignement la miséricorde de Dieu.

 

J’ai connu un vieux maurrassien auquel son maître avait communiqué son incompréhension quasi blasphématoire du « mal qui fait échec à Dieu ». Je lui rappelai un jour que notre devoir n’est pas de résoudre le problème intellectuel du mal en lui-même, mais de résoudre le problème moral du mal en nous-mêmes. Puissent ces pages y contribuer.

 

Le péché et la causalité

 


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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 11:35
Quicumque met en ligne un ouvrage de métaphysique, L'être et ses propriétés, du R.P. Louis Lachance o.p.

Cet ouvrage est une « promenade transversale » dans la métaphysique, une étude fine et passionnante des rapports entre l'intelligence et l'être.

Nous sommes ici au cœur de la vraie philosophie, de la philosophie réaliste. Saint Thomas d'Aquin, qui en est avec Aristote le maître incontestable, veut connaître les chose telles qu'elles sont, non pas dans leur apparence immédiate et superficielle, mais dans leur intimité la plus profonde, dans leurs causes les plus élevées, dans leurs principes les plus universels.

Cette philosophie commence donc par un regard : le regard qu'une intelligence porte sur l'être même des choses. Elle est donc un acte de connaissance tendu vers la perfection. Et comme la connaissance est l'acte commun du connaissant et du connu, la philosophie de l'être a une double polarité : l'intelligence qui connaît et l'être (en acte) qui est connu, la première étant toute relative et subordonnée à la seconde.

Cet ouvrage du Père Lachance est relativement accessible, mais il serait illusoire et décourageant de vouloir commencer la philosophie par sa lecture. Il est irréaliste d'apprendre à courir avant de savoir marcher !

C'est pourquoi, si je peux me permettre de vous donner un conseil, c'est de commencer par consulter l'article intitulé Initiation à la philosophie de saint Thomas d'Aquin et le document Évocation thomiste auquel il renvoie : ce sera une première initiation qui vous permettra d'aborder le Père Lachance avec quelque fruit.

Quant à ceux qui sont un peu frottés de philosophie, il pourront tirer de cette lecture un grand profit – sans parler des heures délicieuses passées dans la communion avec cette haute intelligence emplie de sagesse et de pédagogie.

*****

Louis Lachance naît à Saint-Joachim-de-Montmorency (Québec) en 1899. Avant de faire son entrée chez les dominicains de Saint-Hyacinthe, il étudie au petit séminaire de Québec. Après avoir complété sa formation à Ottawa, il enseigne dans cette ville. De 1929 à 1931, il fait un séjour d'études à Rome, où il  retourne en 1936 afin d'enseigner à l'Université Angelicum. En raison de la Deuxième Guerre mondiale, il doit toutefois revenir au Canada. En 1943, il devient professeur de philosophie à l'Université de Montréal. C'est là qu'il meurt en 1963.


Bibliographie

Le concept de droit selon Aristote et saint Thomas, Montréal/Paris, A. Lévesque/Librairie du recueil Sirey, 1933.

Où sont nos vies?, Montréal, L'Oeuvre de presse dominicaine, 1934.

Nationalisme et religion, Ottawa, Collège dominicain, 1936.

L'humanisme politique de saint Thomas d'Aquin, 2 vol., Ottawa, Éditions du Lévrier, 1939. Seconde édition posthume en 1964, 1 volume, chez Sirey. Ouvrage fondamental, irremplaçable, sur la philosophie politique et sociale. La seconde édition est de loin la meilleure.

Philosophie du langage, Montréal/Ottawa, Éditions du Lévrier, 1943.

L'être et ses propriétés, Montréal, Éditions du Lévrier, 1950.

La lumière de l'âme (causeries radiophoniques), Montréal, Éditions du Lévrier, 1955.

Le droit et les droits de l'homme, Paris, Presses universitaires de France, 1959.

 

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6 mai 2006 6 06 /05 /mai /2006 21:48
Régulièrement, reviennent sur le devant de la scène les noms de René Guénon ou de Jean Borella, on se met à parler de gnose et d'’ésotérisme… et les esprits s'’enflamment, qui pour mettre en garde, qui pour y trouver l'’ouverture de l’'esprit, qui pour envoyer tout le monde dos à dos.

Mais avant de s'’enflammer, il faudrait savoir de quoi l'’on parle, il faudrait se demander en quoi les catholiques sont concernés voire menacés par de tels courants de pensée. D'’ailleurs, sont-ce des courants de pensées, ou sont-ce
seulement des courants de pensée ?

Pour ma part, j’'ai trouvé beaucoup de lumière, et la réponse à de nombreuses questions, dans un article dont je voudrais vous faire profiter aujourd'’hui (avec l’'autorisation nécessaire). Il a plus de vingt-cinq ans et n’'a pas été mis à jour : la bibliographie et les renseignements biographiques sont donc dépassés ; mais cela n’'a pas d'’importance : les principes demeurent, les doctrines ne changent guère, les tentatives d’'entrisme se perpétuent.

Réellement, pendant la trentaine d’'années où je me suis intéressé (de loin) à la question, je n'’ai rien trouvé de plus clair, de plus accessible, de plus véridique (au sens où l’'auteur sait
vraiment de quoi il parle). Et la leçon que contient cet article est toujours d’'actualité.

Voici donc
Un ésotérisme que l’'on dit chrétien.

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1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 15:52
L’intelligence humaine est raison, c’est-à-dire qu’elle ne saisit pas l’essence de ce qu’elle connaît du premier coup, par une intuition qui pénètrerait directement l’être des choses et ses propriétés essentielles : il lui faut au contraire progresser, comparer, revenir, affiner, corriger sans cesse. Le raisonnement est cette progression dans la connaissance, qui va des principes aux conclusions, du particulier au général, du flou au net, de l’imprécision à la clarté.

Cette progression dans la connaissance demande du temps, du labeur, de l’entr’aide ; et comme la raison humaine est faillible, elle a besoin d’un art du raisonnement, d’une science de ses lois, c’est la
logique.

La déduction et l’induction sont les deux formes principales du raisonnement humain. Si la théorie de la déduction (du syllogisme) et l’énoncé de ses lois ne présentent pas de difficultés insurmontables, il en va autrement de l’induction. Dès qu’on examine un peu celle-ci, en effet, on se demande comment justifier qu’on passe de connaissances particulières ou d’expériences limitées, à l’énoncé d’une loi générale ? On se demande également si l’on peut vraiment connaître le nécessaire en partant du contingent ?

La nature et la légitimité de l’induction, l’universalité de son usage, l’art qui doit la conduire, le type de certitude auquel elle conduit sont autant de difficultés que le logicien et l’épistémologue devront étudier et résoudre : la besogne est grande, et constitue d’une certaine manière la pierre de touche de leur science. Devant l’immense champ d’application du raisonnement par induction – qui est le plus malaisé à conduire, et pourtant le plus humain et le plus indispensable – ils doivent en élaborer la théorie à partir même de l’usage de l’induction et de la nature de la raison.

Voici une double contribution du R. P. Guérard des Lauriers à cette tâche : sur l’induction en général, et sur les rapports entre la théologie et l’induction. Cette contribution est ardue, elle semblera touffue même, mais elle ravira ceux que ces questions-là intéressent :
L’induction
Statut inductif de la théologie
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25 février 2006 6 25 /02 /février /2006 11:06
La sainte Église catholique a fait de la philosophie d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin sa philosophie propre. C'est-à-dire qu'elle la considère comme vraie, qu'elle en impose l'enseignement dans les séminaires et les universités qui dépendent d'elle, qu'elle l'utilise pour bâtir sa théologie et pour exposer le dogme chrétien. Même le catéchisme élémentaire vous parlera de nature et de personne, de matière et de forme, de substance et d'accident.

Bien sûr, ces notions relèvent du sens commun et sont accessibles à toute intelligence qui s'exerce normalement. Point n'est besoin pour cela d'étudier la philosophie scolastique.

Mais quiconque veut dépasser le niveau du catéchisme élémentaire, veut résister aux fausses philosophies du siècle, veut accéder à la théologie ou débattre de la foi se voit dans la nécessité d'entamer une étude au moins sommaire de la philosophie chrétienne.

Pour que cette étude ne demeure pas trop sommaire (et illusoire), pour qu'elle soit sérieuse et précise, il faut suivre un guide, il faut être initié. L'idéal serait bien sûr d'étudier dans le texte même de saint Thomas d'Aquin, et il faut désirer y parvenir le plus rapidement possible. Mais pour que cela ne soit pas rebutant, pour qu'on ne se noie pas ou qu'on ne passe pas
à côté sans même s'en apercevoir, une introduction à cette philosophie est vraiment souhaitable.

Il en existe un grand nombre en langue française, certaines de grande qualité. Je cite pêle-mêle :
La pensée de saint Thomas d'Aquin de Louis Jugnet (éd. Bordas) ; Le thomisme de Paul Grenet (Que sais-je ?) ; Éléments de philosophie tome I de Maritain (éd. Téqui) ; Lettres métaphysiques, de Robert Jacquin (éd. de L'École) ; Le thomisme d'Étienne Gilson (éd. Vrin) ; La pensée de saint Thomas d'Aquin de Gonzague Truc (éd. Payot) ; La synthèse thomiste du P. Garrigou-Lagrange (éd. DDB) ; Saint Thomas, guide des études de Léopold Lavaud (éd. Téqui) ; Saint Thomas d'Aquin d'Aimé Forest (éd. Mellotée) ; Thomas d'Aquin du P. Stanislas Gillet (éd. Dunod) ; Introduction à la philosophie traditionnelle ou classique du P. Petitot (éd. Beauchesne).

À cela on peut ajouter des études plus restreintes ou des biographies de saint Thomas :
Saint Thomas du Créateur de Chesterton (éd. DMM) ; Le docteur angélique de Maritain (éd. DDB) ; Saint Thomas d'Aquin d'Angelus Walz (Publications universitaires de Louvain) ; Saint Thomas d'Aquin du Père Petitot (La Revue des Jeunes).

Bref, ce ne sont pas livres qui manquent… Et pourtant ! Pourtant, la philosophie de saint Thomas demeure difficilement accessible : le temps manque, la résolution s'épuise, on est découragé avant que
la mayonnaise ne prenne. N'existe-t-il donc pas une sorte d'initiation à l'initiation, quelque ouvrage qui donne à la fois une vue générale et le goût de la philosophie ? N'y a-t-il pas moyen d'avoir le pied mis à l'étrier sans que cela coûte une peine démesurée ?

Il ne faut pas se faire illusion : de la peine, il en faudra toujours ; on ne peut se dispenser de travail et de réflexion. La philosophie est chose ardue, et les méthodes du type
Assimil sont impuissantes à gommer la nature des choses. Mais on peut être aidé et encouragé dans ce travail : c'est le but de l'évocation thomiste que je vous propose aujourd'hui.

Il s'agit d'extraits de
La philosophie bergsonienne de Jacques Maritain ; ils constituent une fresque suffisamment vaste et savoureuse de la philosophie de saint Thomas pour en donner une solide idée et pour décider le lecteur attentif à continuer : il pourra le faire sans être plongé dans les ténèbres, mais en continuant au contraire à bénéficier de la douce lumière que Maritain a le talent de répandre dans sa fidèle exposition de la philosophie scolastique.

Si vous doutez de l'efficacité de ces belles pages, reportez-vous à l'introduction dans laquelle Jean Madiran raconte que c'est dans cet ouvrage qu'il a découvert l'existence de saint Thomas d'Aquin et qu'il a commencé l'étude de sa doctrine. C'est très encourageant.

Si maintenant, vous êtes tenté de dire :
Maritain ? Bof ! je vous conseille de lire l'article Maritain et la philosophie (et je vous le conseille même si vous n'avez pas cette tentation !)

Et si vous êtes tenté de dire :
Madiran ? Bof ! tout le mal que je vous souhaite est d'être un jour aussi bon connaisseur de saint Thomas que lui. Et quand vous serez capable d'écrire les opuscules doctrinaux qu'il a produits dans sa grande époque (je vous laisse chercher les titres) vous reviendrez me voir.

En attendant voici ces pages sous le titre d'
Évocation thomiste une mise à l'étrier en philosophie, une mise en bouche... Bon courage !
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21 janvier 2006 6 21 /01 /janvier /2006 15:19
À l'’occasion d'’une controverse au sujet de Jacques Maritain, j’'ai été amené à traiter du statut de la philosophie chrétienne ainsi que des rapports entre la philosophie et la théologie : ce sont là questions importantes, car la distinction entre la philosophie et la théologie est analogue avec la distinction entre la raison et la foi, avec la distinction entre la nature et la grâce, entre l'’Église et l'’État. Bien saisir l’'une, c’'est éclairer les autres, c'’est vraiment pénétrer au cœœur de l’œ'œuvre divine ici-bas. Achopper sur l’'une, c'’est brouiller les autres, et se fermer à la compréhension de l’'ordre établi par Dieu.

Voilà pourquoi je crois que la lecture de
Maritain et la philosophie sera profitable à tous ceux qui désirent connaître la nature des choses et approfondir ces questions pour en avoir une idée claire et juste. Le pis, en cela, est de demeurer dans le flou et l’'à-peu-près : toute l’'intelligence de la foi en est blessée et affaiblie.
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