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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 16:17


Devant une crise financière d’ampleur mondiale qui se répand tristement depuis quelques mois sur tous les continents, l’Église ne peut se taire : qui mieux qu’elle peut en assigner les causes et en indiquer les remèdes ?

 

C’est ce à quoi le Pape s’est employé dans l’encyclique dont, bizarrement, on n’entend parler nulle part : Caritate Christi compulsi (poussés par la charité de Jésus-Christ). Y aurait-il conspiration du silence ? Le monde refuse-t-il d’entendre les vérités salutaires ? La révélation de ses turpitudes lui est-elle insupportable ?

 

Cette encyclique est fort opportune, car on n’entend plus guère appeler à la prière, à l’espérance des biens éternels et à l’expiation des péchés : cela sonne mal dans un monde matérialiste, hédoniste, humaniste où règnent d’un côté l’argent, de l’autre l’envie, de toutes parts l’orgueil d’une humanité qui n’a de culte que d’elle-même.

 

Pour une fois qu’on n’étouffe pas sous les dithyrambes à propos de la dignité de l’homme, de la liberté religieuse, du dialogue œcuménique…

 

La parole pontificale ne doit pas être étouffée, d’autant plus que le plan de l’encyclique est une merveille de simplicité et d’esprit de foi :

 

1. L’ampleur de la crise

– la cupidité racine de tous les maux ;

– la guerre ouverte contre Dieu ;

– l’infernale propagande de l’athéisme.

 

2. Le grand remède de la prière

– motifs d’espérance ;

– le choix s’impose : pour Dieu ou contre Dieu ;

– les moyens humains ne suffisent pas ;

– la prière est le grande remède ;

– la prière source de paix intérieure et extérieure.

 

3. Il faut faire pénitence

– les vertus méprisées qu’il faut remettre en honneur ;

– la pénitence arme salutaire et mystère de paix.

 

4. Prières et réparations au Sacré-Cœur de Jésus.

 

Sans tarder, il faut lire, relire, méditer et faire connaître cette encyclique, dont on trouvera le texte français en cliquant ici.

 


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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Doctrine sociale de l'Église
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3 février 2006 5 03 /02 /février /2006 22:01
Ayant écrit naguère quelques notes concernant L’'autorité pontificale, à propos du Ralliement, et ayant déjà une première fois abordé le sujet dans Léon XIII et saint Thomas d’'Aquin, je me crois obligé de mettre à la disposition de mes honorables lecteurs le texte (difficilement accessible) des deux lettres de Léon XIII qui sont à l’'origine de l'’affaire.

Il s'’agit d'’abord de la lettre encyclique
Au milieu des sollicitudes du 16 février 1892 adressée aux archevêques, évêques, au clergé et à tous les catholiques de France.

Cette première encyclique a été suivie de peu par une lettre encyclique adressée aux cardinaux français
Notre consolation datée du 3 mai 1892.

Puisque j’'ai la possibilité de publier ces textes, je m’'y sens tenu pour ne pas encourager la déplorable habitude qui consiste à parler de sujets graves sans les étudier sérieusement, sans remonter aux sources ou tout au moins à des documents fiables, sans s’'efforcer d'’aller voir les textes officiels.
On se contente d'à-peu-près ou d’'avis de troisième ou quatrième main, on porte des jugements tranchants à partir d’'éléments flous, parfois de simples on-dit ; on prend pour argent comptant l'’opinion répandue dans les milieux qu’'on fréquente, sans se mettre en peine de rechercher la vérité là où elle se trouve : dans les actes du Magistère de l’'Église.
C'’est ainsi que la paresse d'’esprit engendre la malhonnêteté intellectuelle, parce que l’'habitude est très vite prise ; petit à petit elle devient inconsciente, et c'’est là un grand malheur (contre lequel chacun d’'entre nous doit se tenir en garde).

Au passage d'’ailleurs, je signale aussi que la paresse de l'’intelligence est aussi une source très courante de naturalisme doctrinal. La raison en est simple. La doctrine catholique est une doctrine
reçue de Dieu et de l’'Église. Étant surnaturelle et étant reçue, elle exige connaissance des sources, étude, méditation, docilité. Cela est parfois ardu, cela demande effort et persévérance.
Il est beaucoup moins fatigant d'’inventer, d'’imaginer, de forger des théories sur mesure, qui ne demandent ni rigueur intellectuelle ni longues recherches ; ces théories ont en outre l’'avantage d'’être malléables et adaptables suivant les besoins. Et voilà comment on sombre en naturalisme, car ces inventions ne sont ni révélées de Dieu ni surnaturelles : elles ne sont pas du tout à la hauteur des problèmes qu’'elles prétendent résoudre, des réalités qu’'elles sont censées décrire. Des hypothèses naturelles plus ou moins controuvées se sont substituées à la lumière de la foi et à la lumière théologique qui en dérive. L'’abîme n’est pas loin.
Ce n'’est pas pour rien qu'’on place la paresse au nombre des péchés capitaux.
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22 décembre 2005 4 22 /12 /décembre /2005 17:19
Le pontificat de saint Pie X demeurera l’'un des plus grands de l'’histoire de l’Église, non par la durée (1903-1914) ni par le volume des œœuvres, mais la poursuite clairvoyante et persévérante de son programme Tout restaurer en Jésus-Christ : qu'’il s'’agisse de redonner de l'’élan la vie chrétienne, du discernement et de la condamnation des erreurs, ou de l’'exemple de ses vertus, tout y est marqué par la grandeur d’'un saint, non seulement doué des plus hautes qualités naturelles, mais plus encore instrument docile entre les mains de Jésus-Christ.

Parmi les actes de saint Pie X, la
Lettre sur le Sillon conserve une actualité toute particulière.

Elle décrit en effet la longue et grave chute d'’un mouvement fondé dans une intention sainte, empreint d’'une édifiante générosité, guidé par une ferme espérance. Et voilà qu'’au bout de quelques années, l'’or pur s'’est changé en un plomb vil : comment cela s’'est-il produit ? Quelles ont été la faille, la faute ou l'’infidélité ? Quelles leçons devons-nous en tirer ?

L'’admonition paternelle et doctrinale de saint Pie X, sa condamnation juste et sévère, s'’adressent aujourd’hui à nous, à chacun d’'entre nous.

Car il faut que ce que nous avons entrepris pour la gloire de Dieu, pour l’'amour de l'’Église, pour la conservation de la foi et pour le salut des âmes demeure dans la lumière de la foi, dans la rectitude doctrinale, dans l'’esprit de l'’Église et dans la claire vue de la gloire de Dieu.

Seuls l'’humilité, la docilité totale et permanente à la doctrine de l’'Église étudiée et méditée, le souci de l’'unité de l’'Église et de l’'honneur de Dieu, la prière de tous les instants, la connaissance de l’'erreur et de ses armes (ignorance, mensonge, société de pensée, flatterie, mépris de l’'intelligence, désir de plaire au monde) peuvent assurer la persévérance des pauvres pécheurs en butte à l’'apostasie généralisée que nous sommes.

Tolle, lege. Prenez et lisez.
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20 décembre 2005 2 20 /12 /décembre /2005 18:00
C’est pour exalter la gloire de Jésus-Christ et lutter contre l’'apostasie sociale (laïcisme ou autre) que le Pape Pie XI a écrit sa grande encyclique Quas primas et institué la fête du Christ-Roi.
Car si notre monde veut bien encore (provisoirement et moyennant sourdine) admettre que les individus puissent reconnaître et adorer Dieu, il proclame en revanche bon, juste et nécessaire que la société doive l'’ignorer, en s’'organisant comme si Dieu n’'existait pas, comme si Notre-Seigneur n’'était pas le Fils de Dieu fait homme, Sauveur de tous les hommes, comme s’'il n’'avait pas fondé une Église, sa « chargée d'’affaires » ici-bas.

Voici quelques vérités rappelées par Pie XI, qui nous permettent de connaître la raison, la nature, la douceur et les exigences de cette Royauté.

1. Dieu a créé l'’homme pour qu’'il vive en société : il commence par naître dans une famille.
Puis, comme chaque famille ne peut se suffire à elle-même, les familles se regroupent pour former la cité, société achevée, parfaite, qui est le lieu d’une vie vraiment humaine (matérielle, intellectuelle, morale, religieuse).
Dieu est donc l’'auteur de la société, et toute autorité vient de Dieu. La société comme telle doit rendre un culte à Dieu : le reconnaître (à sa manière sociale) et s'’y soumettre.

2. Les hommes, membres de la société, ont été élevés à l’'ordre surnaturel : ils sont non seulement faits pour Dieu, mais pour l’'intimité de Dieu avec lequel ils entrent personnellement en société, dont ils reçoivent une nouvelle vie. Cette élévation a nécessairement un rejaillissement sur toute société (familiale, professionnelle, civile) qui doit recevoir la révélation divine et s’'y conformer tant dans son organisation (loi, autorité) que dans son culte.

3. Notre-Seigneur Jésus-Christ vient, par l’'Incarnation rédemptrice, par son sacrifice, restaurer ce qui a été perdu ou blessé par le péché originel, et le restaurer « d'’une manière plus admirable encore » : il édifie son Corps mystique, il restaure la grâce, il guérit la nature. À ce triple titre il est le Roi de la société, Roi de toute société légitime, Roi des nations. À lui tout honneur et toute gloire.

4. Le salut des âmes dépend fondamentalement de la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais concrètement il dépend notablement des conditions sociales (Pie XII) : non pas de la richesse matérielle ou de la pauvreté, non pas d’'un état de dépendance sociale ou d'’indépendance ; mais du fait que la société portera à la vertu ou au vice, du fait que la société organisera le culte de Dieu ou celui de l’'argent, du fait que les autorités œœuvreront pour le bien commun ou pour des ambitions personnelles ou occultes. Le salut de nombreuses âmes dépend du fait que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne sur la société civile, ou qu'’il ne règne pas.

Ce règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous devons le
proclamer de façon universelle (cela relève de la foi catholique), nous devons le désirer de toute notre âme (cela relève de l’'espérance) ; nous devons le réaliser en ce qui relève de notre responsabilité et de nos possibilités (cela relève de la charité) : dans l’'ordre personnel et familial, dans toute société à laquelle nous appartenons (professionnelle ou autre). Nous devons réaliser ce règne non seulement de façon négative (en assurant qu’il n'’y ait rien contre la foi ou les mœœurs) mais aussi de façon positive : la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ est une royauté active qui doit guider, régler, vivifier toute l'’activité humaine et l’'ordonner à la gloire de Dieu.

Il faut donc que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne sur nos pensées et notre jugement (foi), qu'’il règne sur nos désirs et nos ambitions (espérance), qu’'il règne sur nos affections et nos actions (ordre et ferveur de la charité). Il faut donc que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne sur notre famille dans son but, dans ses mœœurs (toilettes, conversations, lectures), dans son climat, dans sa vie de prière. Il faut qu'’il règne sur notre vie professionnelle (conscience, justice, pureté d'’intention).

Notre devoir enfin est de prier pour règne total de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais cette prière sera stérile si nous ne nous efforçons pas de faire réellement régner Notre-Seigneur Jésus-Christ en ce qui dépend de nous.

Pour procurer ce règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, autant qu'’il est en nous, nous devons nous souvenir qu'’il a ici-bas établi une double régence, celle de l’'Église catholique et celle de Notre-Dame. Ayons pour les deux amour et soumission : soyons membres dociles de l’'Église en professant sa doctrine et vivant de sa loi, suivons l'’exemple de Notre-Dame et recourons à son intercession.
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17 décembre 2005 6 17 /12 /décembre /2005 11:40
Depuis plus d’un siècle, un esprit de fronde s’est développé chez certains catholiques qui ont contesté l’œuvre pratique du Pape Léon XIII (1878-1903) dans le domaine politique et social.

Depuis trois décennies, sous l’influence peut-être de ceux qui répandent des théories réductrices (et hétérodoxes) sur le magistère de l’Église, cette fronde a reproché au même Léon XIII d’avoir gauchi la doctrine sociale de l’Église et de s’être écarté de l’enseignement de saint Thomas d’Aquin en de telles matières.

Si nous abordons cette question, ce n’est pas pour examiner le fond du débat (
y a-t-il effectivement divergence ou opposition entre l’enseignement de Léon XIII et la doctrine de saint Thomas d’Aquin ?) mais bien au contraire pour justifier un refus a priori d’entrer dans un tel débat, qui nous semble vain et pervers (1). Autrement dit, nous nous proposons simplement de répondre à la question suivante :
Est-il légitime d’opposer saint Thomas d’Aquin au magistère de Léon XIII eu matière politique et sociale ?

Avant d’énumérer quelques raisons qui fondent une réponse négative (et sans appel), rappelons quelques vérités que, en d’autres temps, on aurait jugé superflu de mentionner tant elles devraient sembler évidentes à tout catholique sachant son catéchisme.

Léon XIII était légitime souverain Pontife de l’Église catholique : cette affirmation a comme objet un fait dogmatique, elle relève de la foi catholique. Le magistère de Léon XIII est donc celui de l’Église catholique ou, plus exactement, il est l’exercice plénier et souverain de ce pouvoir d’enseigner que l’Église a reçu de Jésus-Christ en la personne des Apôtres : «
Allez, enseignez toutes les nations… » (Matth. XXVIII, 20). Au magistère de Léon XIII s’applique donc la parole de Notre-Seigneur « Qui vous écoute, m’écoute, qui vous méprise, me méprise » (Luc. X, 16).

L’objet du magistère infaillible de l’Église comporte tout ce qui est directement révélé par Dieu, tout ce qui découle immédiatement de cette révélation et tout ce qui est nécessaire à la transmission et à la conservation du dépôt révélé. La doctrine sociale de l’Église entre dans cet objet, ainsi qu’en témoigne le Pape Pie XII :
«La première recommandation concerne la doctrine sociale de l’Église. […]L’Église a le droit et le devoir d’exposer clairement la doctrine catholique eu matière si importante. […]… cette doctrine est fixée définitivement et sans équivoque dans ses points fondamentaux… […] Elle est claire dans tous ses aspects ; elle est obligatoire ; nul ne peut s’en écarter sans danger pour la foi ou l’ordre moral. »
(à l’Action catholique italienne, 29 avril 1945)

Le fait que la doctrine sociale de l’Église, pour la majorité des éléments qui la composent, soit enseignée par le magistère ordinaire ne diminue donc en rien son autorité et la soumission que nous lui devons (2), soumission qui est assentiment de l’intelligence en tant qu’elle est doctrine, et obéissance de la volonté en tant qu’elle commande ou interdit.

Voici maintenant les raisons qui doivent empêcher un catholique d’invoquer saint Thomas d’Aquin pour l’opposer au magistère de Léon XIII, fut-ce en matière sociale.

1. Cette opposition est impossible, parce que saint Thomas lui-même l’aurait refusée. Citons encore le témoignage de Pie XII :
« Par la parole et par les exemples de sa vie, il a enseigné à ceux qui cultivent les sciences sacrées, mais aussi à ceux qui s’adonnent aux recherches rationnelles de la philosophie, qu’ils doivent à l’autorité de l’Église soumission entière et respect souverain. La fidélité de cette soumission à l’autorité de i’Église se fondait sur la persuasion absolue du saint docteur que le magistère vivant et infaillible de l’Église est la règle immédiate et universelle de la vérité catholique. Suivant l’exemple de saint Thomas d’Aquin […] dès que se fait entendre la voix du magistère de l’Église, tant ordinaire qu’extraordinaire, recueillez-la, cette voix, d’une oreille attentive et d’un esprit docile […] Et il ne vous faut pas seulement donner votre adhésion exacte et prompte aux règles et décrets du Magistère sacré qui se rapporte aux vérités divinement révélées […] mais l’on doit recevoir aussi dans une humble soumission d’esprit les enseignements ayant trait aux questions de l’ordre naturel et humain. »
(aux membres de l’
Angelicum, 14 janvier 1958)

2. Cette opposition est inutile. S’il fallait choisir entre Léon XIII et saint Thomas d’Aquin, le débat ne serait pas long. Ce n’est pas la doctrine sociale de saint Thomas qui est nécessaire à la vie et à la défense de la foi, mais celle de l’Église, à la tête de laquelle Léon XIII parle avec pleine autorité. La place toute particulière qu’occupe saint Thomas dans la doctrine catholique provient du fait que le magistère de l’Église a fait siens les principes et les conclusions de saint Thomas ; quelle autorité spéciale lui reste-t-il si on l’invoque contre le magistère ?

3. Cette opposition est téméraire. Abstraction faite qu’il fut souverain Pontife, Léon XIII était une haute intelligence qui a laissé une oeuvre doctrinale considérable – certainement la plus fournie et la plus pénétrante du dix-neuvième siècle – et ses travaux manifestent une connaissance profonde de la doctrine de saint Thomas d’Aquin (3). Avant de s’embarquer dans cette « croisade » bien hasardeuse, il faut craindre de n’être pas à la hauteur.

4. Cette opposition est ingrate. C’est Léon XIII qui, par son encyclique .
Æterni Patris, a remis en honneur (et en France quasiment exhumé) la philosophie de saint Thomas d’Aquin et, sans lui, ses détracteurs ignoreraient peut-être le b-a-ba de sa doctrine.

On peut ajouter que cette opposition est contraire à l’esprit catholique, tel que l’a montré un saint Pie X.
Nous voudrions ne céder à personne en admiration et en vénération pour saint Pie X qui, porté sur les autels, est donné à tout catholique comme exemple de pratique éminente et héroïque des vertus chrétiennes, notamment des vertus de foi, d’espérance et de charité.
Mais trop souvent on lit, à propos de saint Pie X, des affirmations du genre : «
ce Pape à l’autorité exceptionnelle... ». L’autorité des Papes est la même en tous – c’est l’autorité de Jésus-Christ – et elle est indépendante de leur sainteté personnelle ; la sainteté de l’un ne peut être invoquée contre l’enseignement ou l’autorité de l’autre. Les détracteurs de Léon XIII sont souvent de fervents admirateurs de saint Pie X ; nous leur conseillons donc de regarder comment saint Pie X, quand il était sous l’autorité de Léon XIII d’abord, puis quand il lui a succédé, a reçu et mis en application son enseignement : ils ne trouveront ni opposition ni critique ni réticence, mais bien soumission entière d’abord puis entière approbation ensuite (4).

Enfin cette opposition manifeste un état d’esprit déplorable parce qu’il met les catholiques à la remorque des libéraux.
Ces derniers ont plus ou moins décrété que Rerum novarum était la seule (ou du moins la principale) encyclique de Léon XIII, et voilà nos catholiques qui oublient que celui-ci a publié, en 25 ans de pontificat, tout un corps de doctrine en 64 encycliques dont une douzaine est consacrée à la doctrine sociale de l’Église. Au lieu de chercher à acquérir une connaissance précise de cette doctrine sociale (en lisant, par exemple,
Immortale Dei, Humanum genus, Libertas, Quod Apostolici muneris etc.) certains s’irritent de ne trouver dans Rerum novarum que des préoccupations limitées (elles l’étaient, et urgentes) et reprochent à Léon XIII de déformer la doctrine sociale ou de la réduire.

Ainsi, lorsque le même Léon XIII a publié son encyclique
Au milieu des sollicitudes bientôt suivie de la lettre Notre consolation, les libéraux ont affirmé que Léon XIII exigeait le ralliement des catholiques à la république maçonnique ; les antilibéraux se sont rangés à cet avis et en conséquence se sont opposés à Léon XIII… alors que celui-ci, au contraire du mensonge des libéraux, appelait les catholiques français au combat contre les lois anti-catholiques et établissait un ordre des priorités conforme à ce que l’Église a toujours enseigné, et que saint Pie X (par exemple) reprendra après lui.

S’il y a erreur de Léon XIII, c’est une erreur de fait : illusion sur l’esprit de foi des catholiques français d’une part, et méconnaissance de la raison profonde de leur division d’autre part. En effet, l’opposition fondamentale entre les catholiques provenait du libéralisme beaucoup plus que de la question du régime politique. Le résultat de l’intervention de Léon XIII frit le triomphe du libéralisme, partout ce fut la déformation libérale du « ralliement » qui prévalut : chez les libéraux qui ont escamoté l’appel au combat ; chez les antilibéraux qui ont rejeté en même temps l’interprétation libérale (à raison) et l’enseignement de Léon XIII (à tort).
Le résultat fut une catastrophe, mais on ne peut l’attribuer à Léon XIII, et encore moins à sa doctrine.

En conclusion, la critique de l’enseignement de Léon XIII, qui est parfois une mode intellectuelle, ressemble trop au libre examen pour que nous puissions l’accepter ou même simplement l’envisager ; elle ne peut en aucun cas s appuyer sur saint Thomas d’Aquin. Elle est, par ailleurs, fort injuste et détruit l’autorité du Magistère pontifical. Ceux qui, depuis longtemps, minimisent cette autorité ne font que semer l’ivraie dans le champ du Père de famille, et entretiennent un état d’esprit destructeur qui n’épargnera rien.

À voir, sur un sujet apparenté :
–
Deux lettres de Léon XIII
–
L’'autorité pontificale, à propos du Ralliement

Notes
(1) Ce débat n’est légitime qu’à titre documentaire et historique, et non pas à titre critique c’est-à-dire pour en faire grief à Léon XIII ou refuser l’adhésion à son enseignement.

(2) « Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment […] Cet enseignement est celui du magistère ordinaire auquel s’applique aussi la parole :
Qui vous écoute m’écoute » (Pie XII. Humani generis, 12 août 1950)
L’appartenance à l’objet du magistère infaillible est ce qu’il y a de principal pour établir le degré d’autorité d’un acte du magistère de l’Église : la relation entre un pouvoir et son objet est en effet
essentielle. Malgré cela, lorsqu’on parle de cette autorité des actes magistériels, en met trop souvent l’accent sur la distinction entre magistère ordinaire et jugement solennel, alors que cette distinction concerne le mode du magistère, c’est-à-dire l’ordre accidentel.
Il est un fait que l’Église elle-même fait une distinction de mode mais ne fait aucune distinction d’autorité entre les jugements solennels et le magistère ordinaire et universel (c’est-à-dire le magistère ordinaire de l’Église enseignante dans son universalité le Pape et les évêques s’unissant à lui) : «
On doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par le magistère ordinaire et universel. »
(Concile du Vatican, constitution
Dei Filius chapitre 3, D. 1792)

(3) Qu’on en juge non seulement en lisant et étudiant ses actes pontificaux, mais aussi en consultant les oeuvres pastorales du Cardinal Joachim Pecci (2 volumes chez Desclée de Brouwer, sans date, traduction de l’édition italienne de 1888).

(4) Voici, à titre d’exemple, un extrait d’un bref du 6 novembre 1903 : « Vous demanderiez en vain un programme nouveau, puisqu’il est sagement traité de la question sociale dans l’Encyclique
Rerum novarum et de l’action catholique dans l’Encyclique Graves de communi [...]. Il est nécessaire de s’en tenir à ces très importants documents et de ne s’écarter, sous aucun prétexte, de l’interprétation qu’en donne le Siège apostolique [...] ». Notons encore que saint Pie X a mis à l’index un des premiers livres mettant en cause l’action du Pape Léon XIII en matière politique et sociale : Abbé Emmanuel Barbier, Les progrès du catholicisme libéral en France sous le Pape Léon XIII, 25 mai 1908.

(5) Les études de Robert Havard de la Montagne (
Études sur le Ralliement, Librairie de l’Action française, 1926) et de Jean Madiran (On ne se moque pas de Dieu, Nouvelles éditions latines 1957, pp. 91-119) nous semblent être les plus justes et les plus éclairantes.


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