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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 14:44

Le lundi 11 juillet au matin, Dieu a cité à comparaître à son Tribunal souverain Monsieur Pierre Moreau, plus connu peut-être sous son principal nom de plume : Pierre-Michel Bourguignon. 

Le Jugement de Dieu demeure un mystère que celui-ci ne nous dévoile pas, afin que nous sachions que le salut ne vient que de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que nous recourions sans cesse à sa miséricorde dans une humble et confiante prière. 

Cependant ceux qui ont connu et aimé Pierre Moreau ne peuvent douter qu’il a pu se présenter devant son Créateur en disant comme l’Apôtre saint Paul : 

Bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi.

J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.

II Tim., IV, 7.

 

Le bon combat 

Dès son adolescence, Pierre Moreau est parti lutter contre la barbarie communiste, diabolique contrefaçon de la rédemption des humbles, pour préserver le peu qui restait de la civilisation chrétienne. Les conditions n’étaient pas les meilleures, loin s’en faut, mais il l’a fait ; il en a souffert dans sa chair, il a vu son père assassiné à cause de cet engagement, il a connu les prisons d’une libération qui n’a été rien d’autre que l’enterrement de l’Occident chrétien livré aux barbares, qu’ils soient esclavagistes ou corrupteurs. 

Ce combat, il l’a continué sous d’autres formes plus favorables. Ayant fondé un foyer, il a donné une véritable éducation chrétienne à ses nombreux enfants : il leur a inculqué la crainte de Dieu, l’amour de la vérité et le culte de la modestie ; il les a armés contre l’esprit du monde et ses instruments que sont le culte de l’argent, la révolution liturgique et la télévision ; il leur a donné l’exemple d’une vie de régularité dans la prière et dans le travail. 

Le travail, parlons-en. Son métier de pharmacien a été pour lui l’occasion d’un choix où s’est affirmée sa fidélité : il a préféré renoncer à la prospérité plutôt que de trahir la loi divine (tant naturelle que surnaturelle) en devenant marchand de péché et auxiliaire de la perversion du saint Mariage. Ce choix lui a permis d’éprouver la vérité de la parole de l’Évangile : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Le surcroît n’est pas l’opulence, c’est l’honneur de manger dans la main de Dieu. 

L’érudition de Pierre Moreau en matière de doctrine et d’histoire était peu commune : elle était le résultat d’une rigoureuse utilisation de son temps, qui lui a permis de lire abondamment, d’étudier l’enseignement de l’Église catholique, de réfléchir aux fondements de la Cité, de constituer un fichier de références et citations d’une ampleur et d’une variété impressionnantes. 

Cela lui a permis de défendre un peuple contre les calomnies que ses bourreaux ont propagées pour justifier l’écrasement qu’ils lui ont fait subir et pour cacher leurs propres crimes. Mais bien plus encore, il a mis à profit cette érudition pour magnifier la conception chrétienne de la société et, s’il est possible, pour contribuer à la restaurer. 

C’est ainsi qu’il combattit la triste contamination des intelligences catholiques par le naturalisme – qu’il soit sociabiliste ou nationaliste – en matière politique et sociale. La doctrine catholique de la Royauté de Jésus-Christ apparaît en effet comme un simple « placage » sur la société (placage qu’on s’escrime en vain à faire « tenir » par un pseudo-surnaturalisme) dès qu’on regarde la doctrine catholique au travers d’un prisme déformant. Ce combat-là ne fut guère compris par de nombreux catholiques qui se sont épris des mensonges historiques qui ont fait tant de mal et qui n’en veulent pas démordre, mettant leur foi en péril.

 

La garde de la foi 

Mais c’est dans le combat le plus urgent, le plus nécessaire et le plus salutaire que Pierre Moreau a donné toute sa mesure et qu’il a brillé d’un éclat particulier : dans la défense et l’illustration de la foi catholique. 

Après le déferlement d’erreurs, d’équivoques et d’abandons qui a accompagné et suivi Vatican II, de nombreux publicistes ont réagi et combattu pour la fidélité à la sainte Église catholique, tant dans sa doctrine que dans la sainte Messe. Honneur à eux ! Pierre Moreau a largement profité de leurs travaux et de leurs combats, et ne leur a pas ménagé son soutien ni sa gratitude. 

Mais par l’effet de la mort des combattants et de la lassitude des survivants, plus encore parce que certaines bases de cette réaction étaient floues voire fausses, par le travail de sape d’erreurs anciennes qui n’avaient pas été reniées, ce combat s’est essoufflé, amorti, amenuisé jusqu’à disparaître parfois. Cela se manifestera par le vaste succès de l’opération « séduction » constituée par l’arrivée de Jean-Paul II. 

Quelques mois plus tôt, Pierre Moreau, aidé d’amis aussi savants que dévoués, avait relevé le flambeau et pris le relais par la fondation de la revue Didasco. En redonnant vigueur au combat contre les erreurs conciliaires, et en luttant contre l’esprit de relâchement qui menaçait de tout emporter, il s’est aussi efforcé de rectifier les erreurs et d’assainir les bases de la lutte contre la religion de Vatican II, et de remonter à ses causes pour en discerner la véritable nature : la vacance de l’autorité pontificale. 

Son talent de plume, sa vaste information, son érudition et son esprit de foi ont pendant vingt ans instruit, conforté et réjoui les catholiques de langue française qui désiraient demeurer fidèles tant à la foi catholique qu’aux fondements de la chrétienté.

 

L’achèvement de la course 

Lorsqu’avec l’arrivée de Benoît XVI une autre opération de séduction se met en place (alors que la religion conciliaire est toujours aussi fausse et destructrice), Pierre Moreau n’est plus à même de lutter activement. Ce n’est point par désertion : c’est qu’il est entré dans un autre combat, celui d’une maladie qui l’emmure peu à peu, sans qu’elle lui fasse perdre la possibilité de l’accepter et de l’offrir comme une croix unie à la Croix rédemptrice de Jésus-Christ. Cette acceptation, il la renouvelle souvent, l’offrant pour tel de ses fils dont la route navre son âme, ou pour tel compagnon de combat historique à qui il voudrait obtenir, du Dieu qui aime le courage, la lumière de la foi. 

Son dernier combat est de rester fidèle, ce qu’il fera jusqu’à la fin malgré des pressions qui essaieront en vain de lui faire accepter ce qu’il a toujours refusé : l’allégeance (quand bien même ne serait-elle que verbale) à ceux qui travaillent à détruire l’Église – et qui échoueront, nous en avons la divine assurance. De ce refus, toute sa vie témoigne : « mon honneur est fidélité », aimait-il à répéter.

 La victoire chrétienne n’est pas de voir les ennemis de Jésus-Christ réduits à l’impuissance – cela viendra en son temps et par la vertu de la croix de Jésus-Christ. La victoire du chrétien est de demeurer fidèle, de conserver la foi, de persévérer dans le combat ; elle est d’être vaincu par la vérité et par l’amour de Jésus-Christ. 

Hæc est victoria, quæ vincit mundum, fides nostra !

Telle est la victoire qui vainc le monde, notre foi

(I Jo. V, 4) 

Monsieur Pierre Moreau est un vainqueur.

Et comme le promet Jésus-Christ : Vincenti dabo manna absconditum — Au vainqueur je donnerai la manne cachée (Apocalypse II, 17).

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23 janvier 2007 2 23 /01 /janvier /2007 11:07
On ne se lasse pas de lire la vie de Gabriel García Moreno, d’admirer tant de foi et tant de force réunies en un homme pour l’accomplissement d’'une œuvre gigantesque, d’appeler de ses prières et de ses désirs que le Bon Dieu en accorde un à notre temps.

Notre siècle est un temps de gens pressés et velléitaires. Aussi les prières sont bien faibles, les désirs inefficaces, l’admiration lointaine. Et l’on ne prend plus le temps de lire la biographie des saints et des héros qui pourraient nous soulever au-dessus de nous-mêmes et nous faire entreprendre pour le Bon Dieu des travaux qui coûtent.

Pour s’adapter à une telle misère – dont tous, sans exception, nous sommes atteints –, pour mettre l’eau en bouche, pour réveiller la torpeur, voici donc une
brève biographie de García Moreno (32 pages A4) qui ôte tout prétexte pour se dispenser de prendre connaissance d’une des plus grandes gloires de la politique chrétienne.

Car, soit dit en passant, la politique chrétienne existe : elle fait régner Jésus-Christ, elle aide puissamment au salut éternel des âmes et, par surcroît, elle procure paix et prospérité.

Bien évidemment, vous resterez sur votre faim, tant la biographie ici proposée est brève. Aussi je vous rappelle que vous pouvez lire ou télécharger le Vie de García Moreno par le Père Berthe, en deux formats :

1. Format A4
feuille à feuille (216 pages).

2. Format A4 en 11 cahiers de 20 pages (qu’il faut donc imprimer sur papier A3, en « paysage » et en recto verso) :
Cahiers 1 à 4 ;
Cahiers 5 à 7 ;
Cahiers 8 et 9 ;
Cahiers 10 et 11.

Sainte lecture !

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19 juin 2006 1 19 /06 /juin /2006 11:56
Parmi les consolations que le Bon Dieu nous a ménagées ici-bas, la possibilité d’'admirer et de lire Louis Veuillot (1813-1883) n'’est pas la moindre. La vie de ce lutteur à l’'intelligence ferme et profonde, au cœœur tendre et fidèle, au tempérament intrépide est une magnifique page de l’'histoire catholique du dix-neuvième siècle.

« Il a toujours deux choses pour lui : le pape et la grammaire », avouait un de ses adversaires. Converti à l'’âge adulte, Veuillot brilla par son sens catholique ; autodidacte, il mania la langue française avec une élégance, une précision et une correction peu communes. C'’est que pour l’'une et l’'autre chose, Veuillot fut un homme de
docilité, et c’'est là qu'’il puisa sa grandeur. De cette docilité, il connut le prix : labeur acharné pour se rendre maître de la doctrine et la langue, combats continuels pour en témoigner à la face d'’une société en voie d’'apostasie et d’'avilissement.

Une
courte biographie donnera une idée de la vie de cet ami de Dom Guéranger et de Pie IX, tout autant que du petit peuple catholique et des humbles curés de campagne.

Pour le connaître et l'’apprécier encore, il suffit de lire le
Bref que saint Pie X lui a consacré. Est-il un autre écrivain catholique qui ait reçu un témoignage si vigoureux, émanant d'’une si haute autorité et d'’une telle sainteté ?


Bref du Pape saint Pie X à la louange de Louis Veuillot

Ad Dominum Franciscum Veuillot qui novissimam partem vitæ patrui sui Ludovici Veuillot tamquam filiale venerationis obsequium beatissimo patri exhibuit.

Très cher Fils,

C'’est avec une bien douce et grande satisfaction que Nous avons reçu l'’hommage de la dernière partie de la « Vie de Louis Veuillot », votre oncle, et Nous vous félicitons de tout notre cœœur d'’avoir mené à si heureuse fin cet ouvrage de haute importance, laissé inachevé par votre très digne père.

La publication de votre beau travail ne pouvait se faire à une heure plus opportune, puisqu'’elle a précédé de peu de temps la date mémorable du centenaire de naissance de l’'éminent publiciste catholique, dont le nom désormais est glorieusement fixé dans l'’histoire.

À l’'exemple des deux Papes qui Nous ont précédé sur ce Siège Apostolique, et principalement de Pie IX, de sainte mémoire, il Nous est agréable de rendre témoignage à ce grand homme de bien, défenseur irréductible des droits de Dieu et de l’'Église.

Avec la flamme de son zèle d’'apôtre, il entra dans la lice, orné des dons précieux qui font l’'écrivain, l'’artiste et le penseur de génie, par lesquels il a égalé et surpassé les Maîtres les plus illustres ; car, dans les saintes batailles de la défense des principes sacrés, sa plume était à la fois un glaive tranchant et un lumineux flambeau. Ce qui entraînait la vigueur de son esprit, ce qui l’'enveloppait de lumière, ce qui en centuplait l’'énergie, c’'étaient, avec sa foi profonde, l’'amour de l'’Église dont il désirait le triomphe et l’'amour de sa patrie qu’'il voulait fidèle à Dieu.

Guidé par cette foi, inspiré par ce double amour, il sut repousser comme une impiété toute diminution de la souveraineté de Jésus-Christ et toute renonciation aux enseignements de la Chaire Apostolique. Il comprit que la force des sociétés est dans la reconnaissance pleine et entière de la royauté sociale de Notre-Seigneur et dans l’'acceptation sans réserve de la suprématie doctrinale de son Église. Avec quelle âme droite et fière, avec quel cœœur indomptable, il fit entendre, sur ces questions fondamentales, les proclamations les plus courageuses, confessant sans hésitation et sans atténuation la vérité catholique, ne voulant jamais distinguer entre les droits que le monde moderne admet et ceux qu'’il prétend proscrire. Avec quelle généreuse franchise, il sut démasquer les théories libérales, aux déductions si funestes, dans les sophismes dissimulés sous le nom de liberté.

Convaincu que la nation qui porte à travers les siècles le nom de Fille aînée de l'’Église, doit à sa foi, à son génie, à la logique de son histoire de reconnaître dans leur plénitude les droits du Saint-Siège et l'’autorité du Pontife Romain, il s'’appliqua avec toute l’'ardeur de son âme à dissiper les préjugés et les équivoques du Gallicanisme, et fut d'’une aide puissante dans le grand mouvement vers le Siège Apostolique qui signala son époque. Nul n'’ignore la persévérance avec laquelle il s'’éleva toujours contre les esprits pervertis qui s'’attaquaient aux sources vives des traditions chrétiennes, force et gloire de sa patrie.

C'’est assurément un grand honneur pour un serviteur de l’'Église d’'avoir, pendant près d'’un demi-siècle, projeté sur les évènements qui se sont succédé dans le monde la pure lumière de la doctrine catholique et d'’avoir poursuivi sans trêve ni merci l’'erreur qui s'’étale au grand jour et l’'erreur qui serpente dans l’'ombre. Il lui reste le mérite et la gloire de l’'avoir fait avec le courage, l’'entrain et l’'enthousiasme d'’un homme qui possède la Vérité et qui sait que cette Vérité a des droits imprescriptibles. Il lui reste le mérite et la gloire de l'’avoir fait dans l'’obéissance et la discipline, le regard fixé sur les directions du Saint-Siège. Il lui reste le mérite et la gloire de l’'avoir fait avec un désintéressement complet, ne cédant jamais aux séductions, aux louanges, aux promesses, bravant l’'impopularité, les intrigues, les antipathies, les accusations calomnieuses de ses adversaires, parfois la désapprobation même de ses compagnons d'’armes, « heureux d’'avoir été trouvé digne de souffrir des affronts pour le Nom de Jésus » (
Actes V, 41).

L'’ensemble de sa carrière illustre est digne d’'être présenté comme modèle à ceux qui luttent pour l’'Église et les causes saintes, et qui sont sujets aux mêmes contradictions, aux mêmes déchaînements de la passion. Qu'’à l’'exemple de Louis Veuillot, ils soient fiers de leurs titres de chrétiens et de serviteurs de l'’Église ; qu’'ils sachent que Dieu combattra avec eux et leur donnera la victoire à l'’heure marquée par sa Providence.

Avec le témoignage de toute Notre satisfaction, Nous vous accordons, très cher Fils, comme gage des faveurs célestes, à vous et à tous les membres de votre famille, à tous les descendants de Louis Veuillot, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome près de Saint-Pierre, le 22 octobre de l’'année 1913, de Notre Pontificat la onzième.

PIUS PP. X.

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 17:58
Juan Donoso Cortés (1809-1853) est sans conteste l’'un des catholiques –– et même l’'un des hommes –– les plus éminents du dix-neuvième siècle, digne de prendre rang aux côtés des Dom Guéranger, des Louis Veuillot ou des García Moreno.

Cette place de choix, il l’'a acquise en peu de temps –– environ cinq ans –– à partir du moment où son intelligence si aiguë s’'est trouvée au diapason de la foi catholique, foi dont il retrouva la ferveur et la tutelle au chevet d'’un frère bien-aimé, retourné à Dieu dans d’'admirables sentiments.

À partir de ce moment-là, la voix de Donoso Cortés a retenti dans l’'Europe entière, pour la consolation et l’'instruction des catholiques.

Pour remettre en honneur et en mémoire la personne et l’œ'œuvre de Donoso Cortés, je vous propose deux biographies :

–– l’'une de
J. M. Villefranche, plus courte, plaisante à lire ;

–– l’'autre de
Louis Veuillot, un peu plus ardue parce qu’'elle s’attache davantage à suivre l’'homme dans sa progression vers la lumière, et qu'’elle en sonde l’œ'œuvre.

La bibliographie française à propos de Donoso Cortés, qu'il s'agissse de ses œuvres ou de sa personne, n'’est pas abondante.
Louis Veuillot a publié ses œœuvres catholiques en trois volumes (chez Auguste Vaton à Paris ; la deuxième édition est de 1862).
Les éditions
L’'Âge d’Homme de Lausanne ont publié en 1989 la splendide Lettre au Cardinal Fornari. Cette édition est précédée d'’une longue introduction d’'André Coyne (60 pages) bien documentée et bien construite. Elle ne peut toutefois s’'empêcher, in fine, de faire référence au sulfureux René Guénon (dont j'’aurai bientôt l’'occasion de reparler sérieusement) : chez un tel éditeur, c'’est la moindre des choses, et le diable a toujours de la peine à ne pas laisser dépasser ses sabots fourchus.

Il aurait peut-être été nécessaire de dire un mot du contexte historique de l’œ'œuvre de Donoso Cortés. L’'Espagne était alors tripartite, déchirée entre deux obédiences : d'’un côté les carlistes en guerre ; de l’'autre les
cristinos, eux-mêmes profondément divisés entre modérés d’'une part et radicaux d’'autre part –– ceux-ci étant émeutiers et persécuteurs.

Mais cette œœuvre dépasse infiniment les circonstances au milieu desquelles elle a été élaborée : et par son œœuvre tout autant que par sa vie, Donoso Cortés nous parle encore : il nous instruit et nous replace dans la perspective de la vérité politique –– celle qu'’éclaire la foi et qu'’enseigne l’Église.

Defunctus adhuc loquitur.
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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 16:40
Une nouvelle mise en forme de la biographie de Garcia Moreno est disponible en consultation ou en téléchargement. Vous avez donc le choix entre :

1. Format A4 feuille à feuille (216 pages).

2. Format A4 en 11 cahiers de 20 pages (qu’il faut donc imprimer sur papier A3, en « paysage » et en recto verso) :
Cahiers 1 à 4 ;
Cahiers 5 à 7 ;
Cahiers 8 et 9 ;
Cahiers 10 et 11.

Enfin, une image de Don Gabriel Garcia Moreno est disponible.
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9 février 2006 4 09 /02 /février /2006 21:29
Le Père Réginald Garrigou-Lagrange est une haute figure de la théologie catholique au vingtième siècle. Sa biographie présente un grand intérêt, et voilà pourquoi j’ai établi un résumé de sa vie et de son œuvre, inspiré principalement de deux biographies (d’où quelques redites) : un article du R.P. M.-Benoît Lavaud o.p. publié dans la Revue Thomiste [avril-juin 1964] et reproduit dans Itinéraires [n° 86, septembre-octobre 1964], et une conférence du P. Marie-Rosaire Gagnebet o.p. insérée dans un in Memoriam consacré au R.P. Garrigou-Lagrange et publié par l’Angelicum en 1965.

L’encyclique du Pape Léon XIII
Æterni Patris (4 août 1879), traitant de la restauration de la philosophie chrétienne, fut le signal d’un renouveau de la doctrine de saint Thomas d’Aquin : le pape exhortait les catholiques à suivre en tout les principes, la doctrine et la méthode du Docteur Angélique. La conséquence de cet acte pontifical fut une admirable effloraison d’études, d’œuvres et de recherches théologiques et philosophiques, et, parmi les maîtres qui s’y sont consacrés, le Père Garrigou-Lagrange brille d’un éclat particulier : rares sont ceux dont la science a été aussi universelle, dont l’enseignement a été aussi profitable à de nombreuses générations, et dont l’esprit de synthèse a été aussi pénétrant ; rares encore sont ceux qui ont eu autant que lui l’esprit combatif contre les déviations modernistes et toutes les réductions de la doctrine catholique.

Pour notre plaisir, voici un souvenir raconté par l’Abbé V.A. Berto qui donne une image pittoresque du Père Garrigou.
« Avec un de nos confrères, – car la Règle [du Séminaire français] ne permettait pas à un séminariste de sortir seul dans Rome ; nous venions de faire une longue visite au Père Garrigou-Lagrange, dans sa cellule de l’ancien Collège Angélique, sur le Viminal.
« La matière de l’entretien nous demeure encore très présente. C’était un tout petit écrit – une demi-colonne de journal – qui ne figurera certainement pas dans les
Opera omnia du Père, qu’il avait signé « Un théologien thomiste » et fait paraître dans un hebdomadaire qui n’eut qu’une courte carrière, la Gazette française.
« Sommes-nous deux douzaines de survivants à connaître ces infimes circonstances ?
« Nous crûmes, dans la conversation, nous être constamment tenu dans les bornes du respect, mais de quoi n’est pas capable un chouan de vingt-cinq ans, diacre depuis quelques semaines, et presque aussi enflammé que saint Étienne ? Qui sait si nous n’avons pas dit au Père que nous le soupçonnions d’être « un homme de gauche » ? Il dut nous échapper quelque véhémence de cette sorte, car le Père sans en rien montrer dans le moment, garda pour la fin la flèche la mieux acérée d’un carquois qu’il avait toujours bien garni. Nous ayant donné congé il voulut nous reconduire jusqu’à l’escalier, par pure cordialité, car il n’était point cérémonieux, pour l’agrément de faire encore un brin de causette, car il était très « causant », et surtout parce qu’il s’agissait pour lui de tirer au bon moment et de ne pas nous
rater. Nous avions déjà le pied sur la première marche quand il nous rattrapa par un bouton de notre soutane, nous planta devant lui, se planta devant nous et, avec un joyeux redoublement d’accent gascon, nous décocha comme dans Homère ces paroles ailées :
« Ne soyez pas mûr trop tôt, jeune homme ; autrement quand il faudrait être mûr, vous seriez blet. »
« Sur quoi il nous tourna le dos et, cloué sur place, nous l’entendions rire tout seul en regagnant sa cellule d’avoir si bien réussi son coup.
« Que faire ? Lui courir après ? nous anéantir à ses pieds ? cela lui eût gâté son plaisir. Nous prîmes le parti de dévaler l’escalier avec notre compagnon, ravi de l’aventure, qui se gaudissait aux larmes, jusque dans la rue et, rentré dans notre propre cellule du séminaire, d’écrire au Père pour le remercier d’une estocade, c’est le cas de le dire, si
magistralement administrée. Il n’en fut autre chose, si ce n’est que nous nous efforçâmes de ralentir notre maturation. Nos relations ultérieures avec le P. Garrigou-Lagrange ne se ressentirent point de l’incident, que le Père oublia certainement et complètement dans les vingt-quatre heures. Ces relations furent d’ailleurs toujours très espacées. Dans les trente années qui suivirent, nous vîmes le Père trois ou quatre fois, nous échangeâmes des lettres deux ou trois fois. Assez pour nos besoins nous le trouvions dans ses livres. Longtemps nous avons espéré qu’il serait créé Cardinal. Dieu en a autrement disposé. » [Itinéraires n° 132 pp. 97-99]

Autre anecdote, racontée elle aussi par l’Abbé Berto.

« Dans le
Carnet de Notes, M. Jacques Maritain raconte qu’un jour de 1918 (le cardinal Billot avait soixante-douze ans, le P. Garrigou-Lagrange quarante et un) le père vint s’entretenir avec le cardinal de matières théologiques. Le cardinal, jésuite jusqu’aux ongles, ne disait pas un mot qu’il ne voulut dire et ne perdait jamais la maîtrise de soi que donne la formation de la Compagnie ; mais à l’intérieur des frontières à la vérité spacieuses qu’il ne franchissait pas, il donnait carrière à sa fougue naturelle qui était tout à fait extraordinaire et qu’il garda dans le plus grand âge. Aussi dominicain que le cardinal était jésuite, le P. Garrigou-Lagrange était l’homme du monde le moins capable de dissimuler ses sentiments et chérissait l’entière simplicité et la franchise d’allure qu’il avait apprises dans l’Ordre. Il arriva donc que, dans la conversation, le père cita Cajetan. Le cardinal déclara tout à trac que Cajetan n’était qu’un bâtard. Oh ! Oh ! Le Père se contint comme il put et vint à nommer Jean de Saint-Thomas. Redoublant d’impétuosité, le cardinal répliqua que Jean de Saint-Thomas n’était qu’un double bâtard. Sur quoi le Père, suffoqué d’horreur et d’indignation, se leva sans attendre, contre tous usages, que le cardinal lui donnât congé, s’empara de son chapeau et sortit en claquant la porte.
« Cette anecdote les peint à merveille l’un et l’autre, le cardinal dans sa véhémence, le Père montrant droitement qu’il n’était pas disposé à endurer, même d’un prince de l’Église, un mot malsonnant sur les grands théologiens de son Ordre. Cette querelle d’ailleurs ne les brouilla point. Ils en eurent d’autres, dont aucune ne brisa leur amitié.
« Nous ne sommes pas autrement renseigné sur les sentiments du cardinal Billot envers Jean de Saint-Thomas. Cajetan l’agaçait, nous n’avons jamais bien compris pourquoi, mais il n’en rendait pas moins à ce « raisonneur incomparable » comme dit M. Jacques Maritain l’honneur dû à son génie. » [
Itinéraires n° 132 p. 100]

L’Abbé Berto a d’ailleurs consacré au P. Garrigou-Lagrange un article de
La pensée catholique en 1952, article repris dans le recueil Pour la sainte Église Romaine (Le Cèdre 1976, pp. 155-162). Sa conclusion sera la nôtre : « Les travaux du P. Garrigou-Lagrange font de lui un exemple achevé à la fois du théologien thomiste et du docteur romain ».
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29 janvier 2006 7 29 /01 /janvier /2006 21:57
La courte biographie du Père François de Paule Vallet, qu’on trouvera en document joint retrace la vie d’un prêtre attachant, surnaturel et magnanime. Mais elle fait davantage encore en manifestant l’extraordinaire puissance et la divine fécondité des Exercices spirituels de Saint-Ignace.

De par l’inspiration de Notre-Dame et selon le dessein de saint Ignace, les
Exercices spirituels font revivre à l’âme de bonne volonté l’itinéraire par lequel le Bon Dieu a conduit Iñigo de Loyola d’une vie dissipée à une vie de haute ferveur dans la vertu, d’une vie d’un pécheur chevalier de la cour de Charles-Quint à celle d’un saint chevalier du Christ-Roi. Cette origine chevaleresque des Exercices laisse aisément pressentir combien ils seront un instrument non seulement de conversion, mais aussi de conquête.

Instrument de conversion, les
Exercices le sont en plaçant l’âme dans la lumière divine du Principe et fondement, qui force chacun à se remettre en présence de sa fin dernière et qui le conduit suaviter et fortiter à se détourner du péché et à recouvrer la grâce de Dieu.

Instrument de conquête, les
Exercices le sont en mettant le retraitant à l’école intégrale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Église militante – de cette Église qui depuis les Apôtres verse son sang pour répandre la doctrine céleste, pour procurer les sacrements du Salut et pour assurer le rayonnement de l’Évangile les hommes et les sociétés.

La grâce particulière et le génie du Père Vallet furent d’entrer pleinement dans ce dessein de saint Ignace et de le mettre à la portée du plus grand nombre. Il ne fut pas le premier à vouloir réduire la durée des
Exercices pour les rendre plus accessibles, mais il l’a fait sans les édulcorer, sans les dénaturer, sans dissoudre en rien leur double puissance. En ramenant à cinq jours la durée d’une retraite, le Père Vallet n’a ni omis les grandes et fondamentales méditations des fins dernières, ni dilué l’aspect conquérant des Exercices.

Bien au contraire, il conserve sa place centrale à la méditation de
la Royauté de Jésus-Christ et son appel : ce sont tous les baptisés (et a fortiori les confirmés) qui sont conviés à connaître, à aimer et à suivre Jésus-Christ conquistador, à étendre son règne dans leur âme, dans leur famille, dans leur paroisse, leur métier, et tout ce qui relève de leurs différents devoirs d’état.

Le Père Vallet a lui-même été généreusement animé de cet esprit de conquête. Avant lui, les
Exercices étaient prêchés, certes, mais depuis longtemps on se contentait d’attirer des retraitants déjà convaincus dans des maisons spécialisées. Lui entreprit d’exporter les Exercices sur le terrain, recrutant, organisant, improvisant, se dépensant sans compter pour y faire aussi participer les indifférents voire les ennemis déclarés du saint Nom de Dieu.

C’est ainsi qu’une des premières retraites qu’il organisa (en 1910, il n’était encore que novice) fut mémorable : le village était coupé en deux dans le sens de la hauteur. Au rez-de-chaussée des habitations, les femmes et les enfants vivaient et s’occupaient de l’intendance. Au niveau du premier étage, les maisons étaient reliées de balcon à balcon par des passerelles de planches et les hommes suivaient la retraite dans le recueillement, descendant à l’église pour les offices et pour les instructions.

Le Père Vallet n’oubliait pas que le royaume de Jésus-Christ est un royaume ordonné : le règne de Notre-Seigneur commence dans l’intelligence des chrétiens qui doivent étudier et connaître la doctrine catholique, afin d’en nourrir leur méditation et leur vie. Le Père Vallet insistait beaucoup sur ce point, tout comme il rappelait la nécessité d’acquérir les vertus – bonnes habitudes raisonnées et stables – et spécialement les vertus de son état. Voilà pourquoi il avait grand souci de suivre les retraitants pour assurer leur persévérance : dans l’âme, un solide établissement de la doctrine et des vertus requiert beaucoup de temps et de renoncement.

La prédication du Père Vallet était aussi résolument « sociale », en ce sens que son objectif était de régénérer la société humaine tout entière, et de le faire par le moyen des vraies sociétés élémentaires (celles qui ont un véritable fondement naturel) comme sont les familles, les métiers et les paroisses. Il s’adressait aux hommes, pour que par eux et selon l’ordre des hiérarchies naturelles, les familles redeviennent pieuses, unies et fécondes ; les entreprises soucieuses de l’équité, de la moralité et du bien commun ; les paroisses ardentes autour de leur curé.

C’est pourquoi il subit l’opposition – parfois violente – des groupements d’
Action catholique. Ceux-ci, bâtis en dépit de ces fondements naturels (et pour cette raison ouverts à tous les vents idéologiques), quelle que soit la bonne volonté de beaucoup, ne pouvaient que tendre à détruire les paroisses, à instiller le modernisme social en attendant la résurgence du modernisme doctrinal. De leur côté, les mouvements de jeunesse, issus du même sérail, tendaient à désagréger les familles : au lieu de seconder celles-ci, ils fonctionnaient en détachant les enfants de leur milieu familial, et tendaient à les dresser contre lui. Les mouvements de jeunesse méconnurent l’œuvre du Père Vallet et l’Action catholique lui fit la guerre. Menée au milieu de tant de difficultés, la vie du Père Vallet s’avère bien édifiante. Et revigorante : si nous voulons secouer notre paresse et nous mettre résolument au service de Jésus-Christ Roi, il est possible non seulement de résister à la lâcheté et au découragement ambiants, mais aussi de conquérir les âmes à Jésus-Christ et d’étendre la chrétienté. Les Exercices de Saint-Ignace sont pour cela un instrument très puissant, presque irrésistible.
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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 22:00
Gabriel García Moreno (1821-1875) mérite de prendre place parmi les plus grands chefs politiques que notre monde ait connu ; il est de la race des Alexandre le Grand et des Charlemagne, des saint Louis et des Charles-Quint. Il brille même d’un éclat d’un éclat particulier : alors qu’une décadence apparemment inéluctable avait saisi la vieille chrétienté tout entière, alors que la majorité des « bons », saisie d’impuissance, ne faisait que gémir, il a prouvé par toute sa vie qu’une telle déchéance n’est pas fatale.

Voilà qu’un homme quasiment seul, mais armé d’une foi à soulever les montagnes, mais d’une docilité exemplaire à la sainte Église, mais s’étant forgé un courage indomptable, un homme seul a inversé la tendance et vaincu tous les obstacles : de l’Équateur, jeune pays établi sur des bases malsaines, livré à l’ardeur révolutionnaire et en proie à une instabilité dissolvante, de ce pays pauvre et isolé il a fait une terre de chrétienté, de paix et de prospérité.

Seul il a sauvé l’honneur des pouvoirs politiques en protestant contre la spoliation des États pontificaux et en s’y opposant dans toute la mesure qui lui était donnée ; seul il a scellé de son sang la Royauté de Jésus-Christ qu’il professait par ses paroles et par ses actes.

C’est donc l’histoire d’un homme, d’un homme véritable éblouissant parmi les veules et les traîtres, que renferme cette
vie de García Moreno écrite par le Père Auguste Berthe, un grand classique, dans un texte soigneusement vérifié. Tolle, lege : prenez-là, vous ne la quitterez plus.
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