de Ecclesia

Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 20:42

 

Dieu, dans sa divine sagesse et sa bonté paternelle, a nourri le peuple hébreu pendant toute la traversée du désert qui a suivi la délivrance d’Égypte. Par châtiment cette traversée a duré quarante ans, mais la sollicitude divine ne s’est pas démentie et la manne a fidèlement accompagné cette immense foule jusqu’à la terre promise.

Notons au passage que les châtiments que Dieu inflige ici-bas sont vindicatifs (ils rétablissent l’ordre, vengent la vérité ou le bien qui ont été blessés) mais aussi médicinaux : s’ils comportent une expiation et une peine, ils ne sont pas pour autant délaissement de la part de Dieu qui veut que nous y trouvions occasion de purification et de surcroît d’amour pour lui.

Chaque matin, les Hébreux récoltaient la quantité de manne suffisante pour la nourriture du jour ; si, par crainte de manquer et par défiance envers la promesse divine, ils en récoltaient davantage, la manne en surplus pourrissait et devenait impropre à la consommation. Mais, pour que soit rigoureusement observé le repos du sabbat, la manne tombait plus abondante le vendredi afin qu’on en puisse ramasser une quantité double, et la part du samedi restait intacte afin de servir de nourriture pendant le jour que Dieu s’était réservé.

« Le matin il y eut aussi une couche de rosée tout autour du camp. Et la surface de la terre en étant couverte, on vit paraître dans le désert quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à de la gelée blanche sur la terre. Ce que les enfants d’Israël ayant vu, ils se dirent l’un à l’autre : Manhu, c’est-à-dire : Qu’est-ce que cela ? Car ils ne savaient ce que c’était.

« Moïse leur dit : C’est là le pain que le Seigneur vous donne à manger. Et voici ce que le Seigneur ordonne : Que chacun en ramasse ce qu’il lui en faut pour manger. Prenez-en un gomor pour chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent dans chaque tente.

« Les enfants d’Israël firent ce qui leur avait été ordonné, et ils en ramassèrent les uns plus, les autres moins. Et l’ayant mesuré à la mesure du gomor, celui qui en avait plus amassé n’en eut pas davantage, et celui qui en avait moins préparé n’en avait pas moins, mais il se trouva que chacun en avait amassé selon qu’il en pouvait manger.

« Moïse leur dit : Que personne n’en garde jusqu’au matin. Mais ils ne l’écoutèrent point, et quelques-uns en ayant gardé jusqu’au matin, il s’y mit des vers, et cela se corrompit. Et Moïse s’irrita contre eux. Chacun donc en recueillait le matin autant qu’il lui en fallait pour se nourrir, et lorsque la chaleur du soleil était venue, elle se fondait.

« Le sixième jour ils en recueillirent une fois plus qu’à l’ordinaire, c’est-à-dire deux gomors pour chaque personne. Or tous les princes du peuple en vinrent donner avis à Moïse, qui leur dit : C’est ce que le Seigneur a déclaré ; demain est le jour du sabbat, dont le repos est consacré au Seigneur. Faites donc aujourd’hui tout ce que vous avez à faire, faites cuire tout ce que vous avez à cuire, et gardez pour demain matin ce qui vous restera. Ils firent ce que Moïse leur avait commandé, et la manne ne se corrompit point, et on n’y trouva pas de vers.

« Moïse leur dit ensuite : Mangez aujourd’hui ce que vous avez gardé, parce que c’est le sabbat du Seigneur et que vous n’en trouverez point aujourd’hui dans la campagne. Recueillez donc la manne pendant six jours ; mais le septième jour est le sabbat du Seigneur, c’est pourquoi vous n’en trouverez pas. Le septième jour étant venu, quelques-uns du peuple allèrent pour recueillir de la manne, et ils n’en trouvèrent point.

« Alors le Seigneur dit à Moïse : Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et ma loi ? Considérez que le Seigneur a établi le sabbat parmi vous et qu’il vous donne pour cela, le sixième jour, une double nourriture. Que chacun donc demeure chez soi, et que nul ne sorte de sa place au septième jour.

« Ainsi le peuple garda le sabbat au septième jour. Et la maison d’Israël donna à cette nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à la graine de coriandre ; elle était blanche, et elle avait le goût de la farine mêlée avec du miel » [Exode, XVI, 13-31].

 

La main de Dieu n’est pas raccourcie (Is. LIX, 1)

Dieu conduit son Église avec plus de sollicitude encore qu’il ne l’a fait du peuple hébreu errant dans le désert d’Arabie. Jamais il n’a laissé ni ne laissera les catholiques manquer, non d’une nourriture corporelle, mais de la lumière et de la doctrine nécessaires pour travailler à sa gloire et arriver au port du Salut éternel.

L’Église, la sainte Église catholique militante, ressemble provisoirement à un désert : la sainte doctrine ne paraît plus, l’autorité pontificale ne s’exerce plus, les sacrements sont raréfiés, le monde est plus agressif que jamais contre la vérité et la vertu. En prévision du long sabbat qu’il nous fait vivre pour l’expiation de nos péchés et la purification de notre foi, Dieu a donné en temps opportun double ration de manne, un surcroît de doctrine et de lumière.

Ce temps opportun fut, à n’en pas douter, le pontificat de Pie XII, et tout particulièrement la dernière année de son règne. Cette ultime année fut comme un bouquet de feu d’artifice où toutes les couleurs explosent et illuminent, où l’enchantement atteint son apogée. Cela nous est d’autant plus précieux que les ténèbres se sont ensuite rapidement installées pour devenir totales avec Vatican II… elles durent encore.

Pour que nous n’y périssions pas de désorientation et de famine, pour que nous évitions tous les écueils qui pourraient nous détourner de la vérité et de l’entière fidélité à l’Église catholique, les derniers mois du pontificat de Pie XII furent vraiment le vendredi de la surabondance de manne.

En faire un bref inventaire nous confortera dans la fidélité, et ranimera dans la confiance que Dieu ne nous abandonne pas : tous les principes dont nous avons besoin pour savoir quoi faire, quoi penser, quoi dire nous ont été enseignés à temps : plus de cinquante ans après, nous voyons encore qu’il n’en manque aucun. C’est nous qui risquons de manquer si nous ne mettons pas de soin à les recueillir et à les appliquer.

Pie XII a rendu son âme à Dieu le 9 octobre 1958. Nous allons donc brièvement évoquer les grands principes enseignés par le Pape entre le 10 octobre 1957 et sa mort. Il faut forcément faire un choix, tant l’enseignement du Pape est abondant ; bien qu’il y ait donc un élément subjectif dans ce choix, la parole pontificale demeure : cette parole est celle de Jésus-Christ lui-même (qui vous écoute m’écoute Luc. X, 16) et Jésus-Christ ne parle pas pour ne rien dire.

 

La piété qui méprise la doctrine est vaine

« [L’organisation de la vénération du T. S. Sacrement] serait une chose vide si vous n’étiez pas pénétrés de la connaissance de la grandeur de ce don, tel qu’il n’y en a ni ne peut y en avoir de plus grand ni au ciel ni sur la terre… » [17 octobre 1957]

 

L’immoralité de certaines modes provient aussi bien de l’immodestie que du luxe

Un splendide discours du 8 novembre 1957, au Congrès de l’Union latine de haute couture, est consacré aux rapports de la mode vestimentaire et de la vie chrétienne. Il rappelle entre autres que l’immodestie – qui peut être si grave dans ses conséquences – doit être appréciée « non pas selon le jugement d’une société en décadence ou déjà corrompue ; mais selon les aspirations d’une société qui apprécie la dignité et la gravité des mœurs publiques ».

Et il ajoute que l’étalage du luxe dissout lui aussi – bien que tout autrement – les mœurs de la société chrétienne et son unité.

 

La conservation de la santé et de la vie requiert l’usage des moyens ordinaires, non des moyens extraordinaires

« La raison naturelle et la morale chrétienne disent que l’homme (et quiconque est chargé de prendre soin de son semblable) a le droit et le devoir, en cas de maladie grave, de prendre les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé. Ce devoir, qu’il a envers lui-même, envers Dieu, envers la communauté humaine, et le plus souvent envers certaines personnes déterminées, découle de la charité bien ordonnée, de la soumission au Créateur, de la justice sociale et même de la justice stricte, ainsi que de la piété envers sa famille. Mais il n’oblige habituellement qu’à l’emploi des moyens ordinaires (suivant les circonstances de personnes, de lieux, d’époques, de culture), c’est-à-dire des moyens qui n’imposent aucune charge extraordinaire pour soi ou pour un autre. Une obligation plus sévère serait trop lourde pour la plupart des hommes, et rendrait trop difficile l’acquisition des biens supérieurs plus importants. La vie, la santé, toute l’activité temporelle, sont en effet subordonnées à des fins spirituelles. par ailleurs, il n’est pas interdit de faire plus que le strict nécessaire pour conserver la vie et la santé, à condition de ne pas manquer à des devoirs plus graves » [24 novembre 1957].

 

L’homme qui voit tout ne réfléchit sur rien

Le radiomessage de Noël 1957 (22 décembre) aborde de nombreux sujets avec une hauteur de vue et une profondeur de réflexion admirables.

En particulier, Pie XII y prévoit les méfaits de la civilisation de l’image et de l’information (télévision, internet etc.), et avertit que c’est l’intelligence même qui est menacée et insensiblement ravagée :

« Fier d’un pouvoir à ce point accru et presqu’entièrement absorbé par l’exercice des sens, l’homme “qui voit tout” est porté, sans s’en rendre compte, à réduire l’application de la faculté pleinement spirituelle de lire au-dedans des choses, c’est-à-dire l’intelligence, à devenir toujours moins capable de mûrir les idées vraies dont la vie se nourrit. »

Et bien plus loin dans son message le Pape débusque une subtile tentation :

« Il y en a même certains qui insinuent que c’est sagesse chrétienne que de revenir à la prétendue modestie d’aspirations des catacombes. Il serait sage, au contraire, de retourner à la sagesse inspirée de l’Apôtre saint Paul, qui écrivant à la communauté de Corinthe avec une hardiesse digne de sa grande âme mais fondée sur l’entière souveraineté divine, ouvrait toutes les routes à l’action des chrétiens : “Tout est vôtre… et la vie et la mort et les choses présentes et les choses à venir : car tout vous appartient. Mais vous, vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu” (I Cor. III, 21). »

 

L’autorité et l’étendue du Magistère de l’Église

« Suivant l’exemple de saint Thomas d’Aquin et des membres éminents de l’Ordre dominicain, qui brillèrent par leur piété et la sainteté de leur vie, dès que se fait entendre la voix du Magistère de l’Église, tant ordinaire qu’extraordinaire, recueillez-la, cette voix, d’une oreille attentive et d’un esprit docile, vous surtout chers fils, qui par un singulier bienfait de Dieu, vous adonnez aux études sacrées en cette Ville auguste, auprès de la Chaire de Pierre et église principale, d’où l’unité sacerdotale a tiré son origine [Saint Cyprien]. Et il ne vous faut pas seulement donner votre adhésion exacte et prompte aux règles et décrets du Magistère sacré qui se rapportent aux vérités divinement révélées – car l’Église catholique et elle seule, Épouse du Christ, est la gardienne fidèle de ce dépôt sacré et son interprète infaillible ; mais l’on doit recevoir aussi dans une humble soumission d’esprit les enseignements ayant trait aux questions de l’ordre naturel et humain ; car il y a là aussi, pour ceux qui font profession de foi catholique et – c’est évident – surtout les théologiens et les philosophes, des vérités qu’ils doivent estimer grandement, lorsque, du moins, ces éléments d’un ordre inférieur sont proposés comme connexes et unis aux vérités de la foi chrétienne et à la fin surnaturelle de l’homme » [Allocution aux professeurs et élèves de l’Angelicum, 14 janvier 1958].

 

Contre les sots et les égoïstes

Pie XII, dans un Discours à la Fédération italienne des associations de familles nombreuses [20 janvier 1958], s’élève vigoureusement contre les nuisibles qui discourent sur la fécondité du mariage (allant jusqu’à la qualifier de maladie sociale) de manière irresponsable, impudique, décourageante. C’est aller contre la foi et confiance en Dieu, contre le rayonnement de la vertu, contre la fraîcheur de la société, contre l’éclosion de la sainteté.

Il n’est pas possible de citer ici ce discours abondant, et c’est dommage : on y sent une indignation très forte du Pape, qui n’a pas de mot assez dur pour qualifier les propagandistes du « contrôle rationnel », même si ceux ne prônent aucun moyen directement immoral. Car ils font des fruits du mariage une sorte de poids qu’il convient de désirer réduire, au lieu d’y voir l’effet de la magnificence divine.

 

L’Église catholique est au sommet de la hiérarchie de l’amour

« Mais l’amour de la patrie peut également dégénérer et devenir un nationalisme excessif et nuisible. Pour que cela n’arrive pas, vous devez viser au-delà de la patrie ; vous devez considérer le monde. Mais il n’y a qu’une seule façon de considérer le monde, tout en continuant à aimer sa région et sa patrie : il faut prendre conscience d’une réalité suprême, l’Église. Et il faut en être une partie vivante.

« Il faut que chaque individu soit une partie vivante de l’Église ; qu’il subordonne tout à la grâce divine qui doit être conservée et accrue ; qu’il soit prêt à surmonter tous les obstacles, à affronter même la mort pour ne pas perdre la foi, pour ne pas perdre la grâce » [23 mars 1958].

 

Les sacres épiscopaux relèvent uniquement du Pape

L’encyclique Ad Apostolorum principis [29 juin 1958] est d’une gravité particulière. En effet, à l’occasion des sacres schismatiques perpétrés en Chine communiste, Pie XII ne se contente pas d’une condamnation de circonstance : il remonte aux principes fondamentaux et permanents, qu’il expose avec une clarté souveraine.

C’est ainsi qu’il énonce trois points qui doivent clore toute discussion :

–  c’est la Constitution même de l’Église catholique qui réserve au souverain Pontife l’édification du corps épiscopal : hors de là, il n’y a que des intrus dépourvus de toute juridiction, de tout pouvoir de magistère, dont les actes sont « gravement illicites, c’est-à-dire peccamineux et sacrilèges » ;

–  il est impossible, comme le font les rebelles, d’invoquer la pratique suivie en d’autres siècles pour prétendre justifier les sacres accomplis sans mandat apostolique ;

–  « il est évident qu’on ne pourvoit pas aux besoins spirituels des fidèles en violant les lois de l’Église. »

 

L’intégrité de la sainte Messe

Un décret du Saint-Office en date du 10 juillet 1958 relate que des prêtres se permettent d’omettre l’incise Mysterium fidei dans les paroles de la consécration du vin [omission que décréta Luther et qu’on retrouve à partir de 1968 dans les réformes issues de Vatican II]. Le décret déclare qu’« il est sacrilège d’apporter des changements dans une chose si sainte et de faire des suppressions et additions dans les livres liturgiques ».

 

La morale conjugale

Dans un Discours au Septième congrès international d’hématologie [12 septembre 1958], Pie XII répond aux questions qui lui ont été posées par ces médecins spécialistes du sang, et il en profite pour faire une sorte de récapitulatif de la morale conjugale et des principes qui permettent de prendre en compte les progrès (qui sont souvent des régressions en ce domaine) de la médecine et de la connaissance de la biologie humaine.

Il n’est pas possible d’entrer ici dans le détail, mais rien ne reste dans l’ombre. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et l’enseignement de Pie XII est lumière surabondante pour savoir comment juger (et rejeter) ce que la malice des hommes a pu inventer depuis.

 

La politique chrétienne face à l’apostasie

À la France qui s’apprête à voter une constitution politique négatrice de Dieu et blasphématoire, Pie XII envoie le cardinal Ottaviani, légat au Congrès marial international (16 septembre 1958). Le Cardinal, au nom du Pape qui vit ses derniers jours, prononce un discours pathétique qui est lumière de foi :

« La société moderne est travaillée par une fièvre de renouvellement à faire peur. Elle est aussi infestée d’hommes qui veulent se prévaloir de nos souffrances pour nous imposer leurs caprices, faire peser sur nous la tyrannie de leurs vices, construire parmi nous le repaire de leur débauche et de leurs rapines. Le mal assume des proportions immenses et il prend un caractère apocalyptique. Jamais l’humanité n’avait connu un tel péril. D’une heure à l’autre nous pouvons perdre non seulement la vie, mais aussi la civilisation et toute espérance. Le présent peut nous échapper avec le futur. Nous ne risquons pas seulement la perte de nos richesses, mais la ruine des bases même de la vie en société (…).

« Aujourd’hui, comme au temps des grandes hérésies, sévit une science de demi-savants qui se servent de la doctrine pour flatter leur vanité sans éprouver à l’égard de la sagesse des choses sacrées la crainte révérencielle nécessaire. Je parle de la prétendue science des demi-savants, car rarement les vrais savants, les grands savants se sont opposés au magistère suprême de l’Église. Cette science facile des demi-savants s’est efforcée de réduire l’éternité au temps, le surnaturel à la nature, la grâce à l’effort humain et Dieu à l’homme.

« Si Marie ne revient pas parmi nous, comment ne pas craindre les conséquences de tant d’erreurs et de tant d’horreurs ?

« Que deviendrons-nous ? De qui espérerons-nous le salut ? Certainement pas des puissances humaines. L’expérience de chaque jour montre trop clairement la vérité de l’avertissement divin : Ne mettez pas votre espérance dans vos chefs incapables de vous procurer le salut (Ps. CXLV, 2). Leur incapacité se manifeste clairement : Il y a quarante ans une tache de sang rouge, versé par la tyrannie, a commencé de faire peser le poids de la plus insupportable oppression sur les hommes et sur leurs intelligences, sur les individus et sur les nations. Malgré les efforts des hommes d’État pour la contenir, elle n’a jamais cessé de s’élargir et menace de nos jours tout ce qui reste de liberté et de dignité humaine dans le monde entier. Le Seigneur lui-même semble vouloir demeurer sourd à notre voix. On dirait qu’il affecte de se livrer au sommeil qui provoquait la prière du prophète : Levez-vous, Seigneur, pourquoi dormez-vous ? et qui arrachait aux disciples un cri désolé dans la barque secouée par la tempête.

« Le Seigneur semble nous dire, à nous aussi : “Mon heure n’est pas encore venue” (Jo. II, 4). Mais l’Immaculée, la Mère de Dieu, image et protectrice de l’Église, nous a prouvé à Cana qu’elle avait et pouvait obtenir en quelque façon, l’anticipation de l’heure divine. Nous, nous avons vraiment besoin que cette heure vienne vite (…).

« À cause de nos péchés, nous méritons les massacres les plus cruels, les exécutions les plus dépourvues de pitié. Nous avons chassé son Fils de nos écoles, de nos places publiques et de nos maisons. Nous l’avons chassé du cœur de tant d’hommes, nos générations ont renouvelé le cri d’autrefois : Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous (Luc. XIX, 14). Entre Barabbas et Jésus, nous avons choisi Barabbas. Entre le maître de l’univers et le malfaiteur, nous avons préféré Barabbas (…).

« Marie, Mère d’amour et de douleur, Mère de Bethléem et du calvaire, Mère de Nazareth et de Cana, intervenez pour nous, hâtez l’heure divine (…). Nous n’en pouvons plus, ô Marie, la génération humaine va périr, si vous n’intervenez pas. »

 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 15:02

        

Depuis un certain temps, on n’entendait plus parler des rencontres théologiques entre l’état-major de Benoît XVI et la fraternité Saint-Pie-X. Le silence a été dernièrement rompu, selon un communiqué du Vatican :

« La Congrégation pour la Doctrine de la Foi prend pour base fondamentale de la pleine réconciliation avec le Siège apostolique l’acceptation du Préambule doctrinal qui a été remis au cours de la rencontre du 14 septembre 2011. Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican  II et du Magistère qui a suivi. »

Ainsi donc, la fraternité est mise en demeure, si elle veut rentrer dans le giron du Saint-Siège, d’accepter un document doctrinal dont la teneur n’a pas été rendue publique. Cela paraît logique… et infiniment dangereux.

La fraternité, son supérieur général en tête, me font irrésistiblement penser au conte du Petit Chaperon Rouge à la fin duquel l’innocente enfant se fait dévorer par le loup qui s’est substitué à Mère’Grand dont il a grossièrement pris la place et les apparences. En effet, on retrouve les quatre mêmes ingrédients qui ont conduit à la fin tragique.

Première étape : le loup impose la règle du jeu. Eh bien, dit le Loup, je veux aussi aller voir Mère’Grand ; je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long…

Lorsque l’hérésie paraît, s’étend, triomphe et menace d’absorber le monde entier, la vraie règle du jeu, je veux dire le service de Dieu, n’est pas d’entrer en négociations, en palabres qui ne font qu’ébranler la fidélité et décourager la résistance. Il faut témoigner de la foi, dénoncer l’erreur et ses fauteurs, rétablir la doctrine dans son intégrité.

Deuxième étape : le Petit Chaperon Rouge confond le loup et Mère’Grand. Le Petit Chaperon Rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit. Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher auprès de moi. Ce que fit l’enfant.

Benoît  XVI n’est pas l’autorité légitime de la sainte Église catholique ; il n’en a que la place et les apparences : c’est la foi qui nous impose de le penser, de le dire et d’agir en conséquence. S’il en était autrement, d’ailleurs, il serait impossible de « négocier », de poser des conditions, d’agir en « puissance concurrente ». C’est une question d’appartenance à l’Église et de salut éternel : « « Nous déclarons, disons, définissons et prononçons que la soumission au Pontife Romain est, pour toute créature humaine, absolument nécessaire au salut » (Unam sanctam, 18 novembre 1302, Denz. 469).

Troisième étape : on entre en « dialogue rapproché », qui, sous apparence de « bonnes raisons », n’est au fond qu’un mensonge causé par l’aveuglement qui y préside.

—  Viens te coucher auprès de moi.

Ce que fit l’enfant.

—  Mère’Grand, que vous avez de grands bras ?

—  C’est pour mieux t’embrasser, mon enfant.

—  Mère’Grand, que vous avez de grandes oreilles ?

—  C’est pour mieux t’écouter, mon enfant.

—  Mère’Grand, que vous avez de grands yeux ?

—  C’est pour mieux te voir, mon enfant.

—  Mère’Grand, que vous avez de grandes dents.

—  C’est pour mieux te manger, mon enfant.

Il ne faut pas imaginer qu’en se rendant au Vatican, on va se trouver confronté à de petits enfants. Il y a là des hommes de science « aux grandes dents » qui connaissent bien la doctrine catholique, qui ne s’en laissent pas conter, et qui surtout savent les points faibles de la fraternité. Ces points, ce sont ceux où la fraternité s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique tant à propos du magistère et de son infaillibilité, que de la juridiction universelle et immédiate du souverain Pontife.

Quatrième étape : Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.

Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,

De tous les Loups sont les plus dangereux.

 

Le Petit Chaperon Rouge, empli de bonnes intentions, bardé de charité sincère, est venu désarmé se jeter dans la gueule du loup. Et c’est là que ma petite fable en veut venir.

La fraternité, pour affronter les théologiens du Vatican, dans le dessein de confondre les erreurs de Vatican II (ce qui, en soi, est très louable), ne vient pas armée de la vérité. Elle traîne avec elle toutes sortes d’erreurs qui la rendent vulnérable ; pis, qui font que le loup n’a pas besoin de la manger parce qu’en une certaine manière (à cause de ces erreurs) elle est déjà réduite au même niveau que lui.

J’en veux pour preuve le fait suivant.

Le jour même de la rencontre mentionnée au début de ce texte, Dici (qui est en quelque sorte l’agence de presse de la fraternité) publie un « Entretien avec Mgr Bernard Fellay après sa rencontre avec le cardinal William Levada » dans lequel on relève cette affirmation ahurissante :

« Aujourd’hui je dois à l’objectivité de reconnaître qu’on ne trouve pas, dans le préambule doctrinal, une distinction tranchée entre le domaine dogmatique intangible et le domaine pastoral soumis à discussion. »

Cela est affirmé comme s’il s’agissait d’une sorte de scandale, comme si à cause de cette absence ce préambule doctrinal était douteux, insidieux, gravement insuffisant.

Avant de rechercher la compatibilité de cette distinction qui est aussi une affirmation « Domaine dogmatique intangible – domaine pastoral soumis à la discussion » avec la foi catholique, il faut remarquer deux choses :

–  la distinction est fausse et inadéquate. Le « pastoral », c’est ce par quoi l’Église paît le troupeau de Jésus-Christ, ce par quoi elle le nourrit et le conduit à bon port. Or la mission de paître commence par la transmission du dogme, de la vérité révélée qui est le fondement de tout le reste. Le « dogmatique » fait partie du « pastoral ».

Ainsi enseigne le catéchisme de saint Pie X (q. 119) : « les moyens de sainteté et de salut éternel qui se trouvent dans l’Église sont la vraie foi, le sacrifice, les sacrements et les secours spirituels réciproques, tels que la prière, le conseil, l’exemple ».

Au premier rang du pastoral : la vraie foi. Soumise à discussion ?

–  Comme elle est fausse et inadéquate, cette distinction est nécessairement floue : chacun placera le curseur où il le veut. Fonder une confrontation doctrinale sur ce sable, c’est se diriger vers un marché de dupes. Un peu comme lors de la fameuse déclaration commune du Vatican et de la Fédération Luthérienne Mondiale sur la justification (juin 1998).

Le huitième théologien ?

Mais surtout, affirmer que le « pastoral » (le non-dogmatique) est soumis à discussion, c’est une vieille erreur qu’on nous présente aujourd’hui comme une sorte de critère de vérité catholique. Des conciliabuleurs de Pistoie aux modernistes sous Pie XII, tous ceux qui ont voulu s’opposer à l’Église sans la quitter ouvertement, tout ceux qui ont voulu la corrompre in sinu gremioque ont proclamé cette distinction (ou l’ont mise en œuvre) pour se soustraire à l’emprise de l’autorité légitime.

Celui qui a combattu cette vieille erreur avec le plus d’éclat est saint Robert Bellarmin, docteur de l’Église, qui la proclame tout bonnement hérétique. Oui, hérétique !

En 1606, sept théologiens de Venise, pour justifier leur refus de se soumettre à une censure d’interdit prononcé par le Pape Paul V (ce qui ressortit sans aucun doute au  « domaine pastoral »), avaient affirmé qu’avant d’obéir à tout ordre reçu, même venant du souverain Pontife, le chrétien doit examiner d’abord si le commandement est convenable, légitime et obligatoire. En un mot, qu’il doit le considérer comme soumis à la discussion.

C’est la douzième proposition examinée par saint Robert dans sa Responsio illustrissimi Cardinalis Bellarmini ad tractatum septem theologorum ubrbis Venetæ super interdicto sanctissimi Domini nostri Papæ Pauli V (Cologne, 1607, pp. 45-66).

Propositio duodecima : Christianus non debet obedire præcepto quocumque sibi imperato (quamvis fuerit Summi Pontificis) nisi prius illud quatenus materia postulat, examinaverit, num fit conveniens, legitimum et obligatorium. Qui vero sine prævio præcepti examine, cæca quadam obedentia præcepto morem gereret, peccati reus efficeretur.

Ces singuliers théologiens allaient donc jusqu’à affirmer que celui qui ne se livre pas à un examen préalable se rend coupable d’un péché, du péché d’obéissance aveugle.

La qualification que saint Robert attribue à cette proposition impie est cinglante : « On se serait attendu à trouver une telle affirmation dans la bouche d’hommes irréligieux. (…) Cette proposition est directement contraire aux saints Pères ; elle ne peut se prévaloir de l’autorité d’aucun bon auteur ; elle est propre à subvertir toute discipline bien établie ; elle est conforme à la doctrine des luthériens et des autres hérétiques de notre temps ».

Et saint Robert appelle à la barre saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Grégoire le Grand, saint Antoine et saint Macaire d’Égypte, saint Benoît, saint Jean Climaque, saint Césaire d’Arles, saint Bernard, saint Thomas d’Aquin, saint Bonaventure, saint Augustin, les ermites d’Orient ; puis ce sont les Papes et les docteurs ; enfin il examine neuf arguments apportés par ces théologiens.

La réponse de saint Robert est ainsi rapportée dans l’édition Le Bachelet : « Cette proposition est hérétique (...) La discussion du précepte, quand il ne contient pas manifestement un péché, est réprouvée par les Pères, parce que celui qui discute le précepte se fait juge de son supérieur » (Auctarium bellarminum, ed. Le Bachelet, n. 872).

Ces théologiens rebelles servent maintenant d’exemples à ceux qui – avec une sincérité qui ne fait aucun doute – font profession de défendre la foi catholique. Le modernisme a profondément marqué les intelligences et les cœurs pour qu’on en soit arrivé là.

Il est urgent d’abandonner ces erreurs qui pourrissent et stérilisent depuis quarante ou cinquante ans la réaction contre les doctrines hétérodoxes et délétères de Vatican  II. Car il y a là un scandale (au sens propre du terme) qui corrompt la foi, qui la ronge et la corrode avec d’autant plus de profondeur que c’est masqué par un vrai zèle.

On n’est guère entendu quand on rappelle ce triste aspect des choses, cet affreux gauchissement de l’enseignement de l’Église. C’est qu’on a le plus souvent affaire à des traditionalistes de seconde voire de troisième génération.

La génération de ceux qui ont commencé à refuser les réformes conciliaires et à organiser la résistance aux erreurs modernistes a hâtivement bâti des digues pour s’opposer au déferlement des nouveautés qui menaçaient la foi et la vie chrétienne, et elle a eu beaucoup de mérite à le faire.

Comme il était presque inévitable, parmi les matériaux dont étaient composées ces digues se trouvaient quelques arguments approximatifs, partiels, bancals, fautifs. On n’y prenait pas garde : l’important était l’efficacité immédiate ; il ne fallait pas se laisser submerger ni emporter.

Là où les choses commencent à se gâter, c’est quand, après la première ligne de défense, on n’a pas pris un peu de recul ni examiné lesdits arguments, pour les étayer, pour les rectifier, pour les retirer si nécessaire ; en tous cas pour les juger à l’aune de la doctrine pérenne de l’Église – car nous ne pouvons défendre l’Église que par sa doctrine à elle, nous ne pouvons pas lutter contre l’erreur par d’autres erreurs.

C’est le contraire qui est arrivé ; des arguments ad hominem, parfois empruntés à l’ennemi ont été érigés en vérités permanentes, en doctrines obligatoires. Une ou deux générations après, on n’a même plus l’idée qu’il puisse y avoir, au milieu de ce corps de doctrine qu’on a hérité, des erreurs graves qui mettent la foi en cause.

Avant d’aller au Vatican, il faut commencer par faire le nettoyage chez soi. Sinon, le loup sera terrible.

 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 16:33


 

« L’Église n’a jamais rien eu de plus à cœur rien poursuivi avec plus d’effort,
que de conserver de la façon la plus parfaite l’intégrité de la foi. »
Léon XIII, Satis Cognitum

« La foi catholique est d’une force et d’une nature telle qu’on ne peut rien lui ajouter,
rien lui retrancher : ou on la possède tout entière, ou on ne la possède pas du tout. »
Benoît XV, Ad beatissimi

« L’Église romaine, dans toute la beauté virginale que lui donne l’intégrité de sa foi,
dans le rayonnement de cette maternité qui s’étend au monde entier,
n’est que l’ombre terrestre de Marie la Vierge des vierges, la Mère universelle. »
Révérend Père Emmanuel (du Mesnil-Saint-Loup)

 

Ceci est mon testament


Non, je ne suis pas mourant ; je ne me sens ni vieux, ni malade, ni las de vivre. Mais comme chacun d’entre nous, à chaque instant je dois me tenir prêt à rendre compte de ma gestion à mon Dieu et Sauveur Jésus-Christ qui viendra comme un voleur au moment où l’on s’y attend le moins.

C’est la présence de la charité et son degré qu’il viendra examiner en mon âme, et je ne peux que m’en remettre à sa miséricorde en le suppliant de me convertir vraiment avant cet instant où les justes eux-mêmes trembleront. Aimable lecteur, priez pour moi, implorez la sainte Vierge Marie qui peut maternellement obtenir l’amendement des plus grands pécheurs.

*

Mais il y a une chose que ni vous ni moi ne devons oublier : la charité est ici-bas l’œuvre de la foi. Elle ne peut pas exister sans la foi ; si on a le malheur de l’avoir perdue, elle ne peut se recouvrer que parce qu’elle est fondée sur la foi ; elle peut mériter de grandir parce qu’elle est fondée sur la foi.

Une charité qui n’est pas fondée sur la foi est inexistante ; une charité qui n’est pas accompagnée du témoignage de la foi est fausse ; une charité qui n’a pas le souci de conserver, de nourrir et de protéger la foi est vaine.

*

C’est donc en témoignage de la foi catholique que j’ai réuni un petit dossier qui est une sorte de mosaïque, de tableau impressionniste voire de promenade autour de ce qu’on est convenu d’appeler le sédévacantisme. C’est la réunion de textes composés sur une durée de trente ans, dont fort peu sont inédits. On ne s’étonnera donc pas d’y trouver des redites, des nuances, des tonalités diverses.

Tout cela est évidemment bien imparfait et demanderait un gros travail de reprise, d’unification, de précision. Mais je n’en ai pas eu le loisir parce que ce dossier est né à l’occasion d’une demande qui m’a été faite par un religieux d’Avrillé : il voulait connaître ma « position » et mes arguments quant au « sédévacantisme ». Plutôt que de lui faire une réponse monographique, j’ai préféré lui donner un aperçu plus général des problèmes que pose la situation de l’Église, pour peu qu’on y veuille jeter un regard théologique.

Après avoir commencé ce dossier, j’ai lu que l’université d’été de la fraternité Saint-Pie-X prévoyait de consacrer un atelier à la question, et qu’un religieux d’Avrillé devait y intervenir. Du coup je me suis dit que je travaillais peut-être pour le roi de Prusse.

C’est pour cela que je publie dès maintenant ce dossier : ceux qui pourront ou voudront s’informer directement seront à même de le faire.

*

Il faut avoir la volonté d’être catholique, de l’être sans diminution, de l’être sans altération. Mais cette volonté ne suffit pas si elle n’est pas éclairée et accompagnée par l’étude et la méditation de la doctrine catholique. Cette doctrine catholique, il faut aller la chercher là où elle se trouve : principalement dans les actes du Magistère et dans la théologie de saint Thomas d’Aquin.

À négliger cela, à se contenter d’auteurs de troisième main, on risque de n’avoir qu’une vue partielle, floue ou diminuée de la sainte doctrine. En temps ordinaire, quand toute la vie de l’Église est imprégnée de la vérité in actu exercito, cela ne porte pas à de graves conséquences à court terme. Mais quand tout est bouleversé, quand l’erreur est présente à chaque détour de la vie, cette négligence peut avoir des effets catastrophiques.

Et si en plus on se prend pour un docteur en Israël, si l’on ignore même son ignorance, alors on se trouve en présence d’une espèce en voie d’apparition, l’homo forumnicus, ou le catholicus univocisticus, qui disserte de tout et pérore sur internet (ou ailleurs) sans rien savoir, remplaçant la pensée par des slogans, par des raccourcis, par formules qu’il comprend à peine. Tant pis pour les gobeurs qui se laissent impressionner.

*

Ce n’est pas au hasard que j’évoque ces déformations. Car je désire que ressorte des pages de ce dossier que le plus important n’est pas d’arriver aux « bonnes conclusions » (ou chacun voit les siennes), mais de professer les bons principes et d’en vivre. Car les conclusions supposées bonnes ne sont pas explicitement déclarées par l’Église, tandis que les principes le sont, et avec insistance, et avec solennité. Bien sûr, ces principes sont faits pour en tirer les conclusions qui font vivre de la foi, mais il y a toujours une part de contingence, une part d’expérience, une part de mystère qui sont incommunicables.

*

C’est dire que je peux bien être en accord avec les conclusions de tel ou tel, et pourtant m’en sentir bien éloigné en raison des principes qu’il professe ou qu’il met en œuvre.

Je me sens bien éloigné des inventeurs de doctrine, qui élaborent des systèmes qui s’opposent à l’enseignement de l’Église afin d’échapper à la logique de la foi.

Je me sens bien éloigné des fouilleurs de poubelle, qui prétendent trouver dans l’histoire de l’Église des Papes hérétiques, des Conciles erronés, des Saints désobéissants, afin de justifier leur esprit d’anarchie.

Je me sens bien éloigné des maniaques de l’épikie qui ne se donnent pas la peine de connaître les lois qu’ils interprètent, ni d’étudier s’il s’agit de lois divines ou ecclésiastiques ou s’il s’agit de la nature des choses. Cela ressemble beaucoup à un esprit d’anarchie.

Je me sens bien éloigné des chantres de l’Ecclesia supplet qui comprennent et utilisent à contresens cet adage, contre la constitution même de l’Église et la nature des sacrements.

Je me sens bien éloigné des fabricateurs de juridiction qui, tels un démiurge, font tout avec rien.

Je me sens bien éloigné des épandeurs de fumier, pour lesquels la situation actuelle est occasion de mépriser son prochain ; de faire bon marché de sa réputation ; de transformer en fermes certitudes des soupçons ou de simples possibilités, ou même rien du tout.

*

Je me sens bien éloigné de ce que le Bon Dieu est en droit d’attendre de moi, en raison du Sang que Jésus-Christ a versé pour ma Rédemption, et en raison des grâces qu’il m’a données. Aussi je termine cette présentation en réclamant à nouveau vos prières et votre indulgence.

Abbé Hervé Belmont

*

Sommaire


 

0 – Réflexion préliminaire (ou se trouve l’explication des sections dénommées de A à G)

 


Section A

1 – L’infaillibilité des canonisations

2 – L’infaillibilité des lois disciplinaires

3 – Le magistère

4 – L’infaillibilité du Droit Canon

5 – La ruine de la foi

Section B

1 – La liberté religieuse

2 – La Messe sacrifiée

3 – La réforme liturgique

4 – L’hérésie cryptogamique

5 – Vatican II

6 – Les fins du Mariage

7 – La falsification du pro omnibus

8 – La profanation de la dévotion mariale

9 – Les Missions

10 – Le Subsistit in

Section C

1 – Suis-je sédévacantiste ?

2 – Lettre à La question

3 – L’Apostolicité de l’Église

4 – La thèse de Cassiciacum

Section D

1 – L’exercice quotidien de la foi

2 – Lettre à un homme qui…

3 – Une position intenable

Section E

1 – La juridiction en temps de crise

2 – État de la législation de l’Église

3 – La validité des nouveaux sacrements

4 – Toute la foi, rien que la foi

Section F

0 – Éparpillement du sédévacantisme

1 – Les lois ecclésiastiques

                                                                        2.1 – Les sacres … en question

2 – L’épiscopat sans mandat apostolique    2.2 – Correspondances et compléments

                                                                        2.3 – On bâtit sur le sable

3 – Jean XXIII

Section G

1 – Confession d’un Cassiciacum

2 – Confirmation, falsification, et tribunaux de la fraternité

3 –  Nostra Ætate VI

4 – Ultimes objections

5 – Avec la sainte Vierge Marie et saint Joseph

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 20:40

Le texte qu’on va lire a été publié par votre serviteur dans le bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance de février 2011. Sa principale raison d’être est de (re)mettre sous les yeux des catholiques l’instruction de Pie XII sur la nature, la valeur et l’importance du saint Sacrifice de la Messe. Une des causes directes de la crise de l’Église est le désamour de la Messe, et c’est peut-être aussi la cause déméritoire qui a fait que le Bon Dieu nous en a privés. Si donc nous ne retrouvons pas l’amour de la sainte Messe, nous ne sortirons pas de la présente tourmente.

La lettre qui fait suite essaie d’examiner à la lumière des principes de la sainte Église le problème de l’assistance à la sainte Messe : c’est là chose fort délicate, où l’on est sans cesse à craindre de se laisser aller à quelque laxisme, pharisaïsme ou indifférentisme. Fasse Dieu que de ce texte on puisse dire : Misericordia et veritas obviaverunt sibi ; justitia et pax osculatæ sunt (Psaume LXXXIV, 11).


En pleine guerre !

En 1941, alors que la guerre devenait mondiale et répandait partout la mort, la souffrance, la haine et la désolation, le Pape Pie XII fit envoyer à tous les évêques du monde une instruction leur rappelant un de leurs devoirs les plus sacrés : exhorter les fidèles à assister fréquemment et avec dévotion au saint Sacrifice de la Messe.


Sacrée Congrégation du Concile

Instruction du 14 juillet 1941

Plusieurs fois, au milieu des si nombreuses calamités qui nous accablent de toutes parts, notre très saint Père le Pape Pie XII, mû par une vive charité, a exhorté les chrétiens du monde entier à offrir à Dieu des prières publiques et privées pour les nécessités actuelles de l’humanité et spécialement pour obtenir la paix entre les peuples, en rappelant les promesses du divin Maître : « Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira » (Matth. vii, 7 ; Luc. xi, 9).

Dans ce même but, notre très Saint-Père, par le Motu proprio Norunt profecto, du 27 octobre 1940, a prescrit que fussent offertes dans toutes les parties du monde des messes puisque rien n’est plus capable « d’apaiser et de rendre propice la divine Majesté que le sacrifice eucharistique par lequel le Rédempteur du genre humain est en tout lieu sacrifié et offert en oblation pure ». De fait, le divin sacrifice qui est réalisé dans la messe et dans lequel, suivant l’enseignement du concile de Trente, « est présent et immolé d’une manière non sanglante le même Christ qui s’offrit une fois lui-même d’une manière sanglante sur l’autel de la croix » (session xxii, can. 2), n’est pas seulement un sacrifice de louange et d’action de grâces, mais aussi de propitiation, tant pour les vivants que pour les défunts.

C’est pourquoi les peuples chrétiens n’ont jamais cessé, au cours des siècles, de faire en sorte que du lever du soleil à son couchant, cette oblation pure soit offerte tant pour leurs propres nécessités que pour les fidèles défunts non encore pleinement purifiés, et ils étaient accoutumés à y assister fréquemment et avec dévotion.

Mais la foi et la ferveur de la piété s’affaiblissant, cette excellente habitude, on le sait, fut interrompue, et beaucoup de fidèles n’ayant plus l’estime et l’amour des choses divines ne témoignent plus au sacrifice de la messe le culte qui lui est dû, ne s’emploient plus avec soin et zèle, comme auparavant, à le faire célébrer pour leurs nécessités et en faveur des défunts, alors que, souvent, ils n’hésitent pas à recourir à d’autres pratiques moins salutaires.

C’est pourquoi la Sacrée Congrégation du Concile, par mandat spécial de notre très Saint-Père le pape Pie XII, exhorte vivement les Ordinaires du monde entier à instruire soit par eux-mêmes, soit par les prêtres ayant charge d’âmes, soit par d’autres prêtres de l’un et l’autre clergés, les fidèles sur les points suivants :

1°/  Sur la nature et l’excellence du sacrifice de la messe, de ses fins et de ses fruits salutaires pour la vie du monde, ainsi que sur les rites et cérémonies qui l’accompagnent, afin que les fidèles n’y assistent pas seulement d’une façon passive, mais qu’ils s’unissent d’esprit et de cœur dans la foi et la charité, aux prêtres qui célèbrent le saint sacrifice.

2°/  Sur l’obligation grave qui incombe aux fidèles qui ont l’usage de raison, d’entendre la messe les dimanches et les autres fêtes de précepte (can. 1248), étant donné qu’il s’agit du principal acte du culte extérieur et public dû à Dieu, par lequel nous reconnaissons le souverain domaine sur nous de Dieu créateur, rédempteur et conservateur.

3°/  Sur la valeur impétratoire et propitiatoire du sacrifice de la messe. Bien comprise et connue, elle porte les fidèles à assister fréquemment et même chaque jour, si possible, à ce sacrifice, afin de remercier Dieu, d’obtenir ses bienfaits, de réparer, tant pour leurs propres péchés que pour ceux des fidèles défunts ; qu’ils se souviennent de l’avertissement de saint Augustin : « J’ose dire que Dieu, tout en étant tout-puissant, n’a pu donner davantage ; tout en étant la Sagesse infinie, il n’a pas su donner davantage ; tout en étant le plus riche, il n’a pas eu à donner plus ».

4°/  Sur la très salutaire participation des fidèles au céleste banquet, chaque fois qu’ils assistent à la messe, pour s’unir plus étroitement au Christ, comme cela est indiqué dans le décret De quotidiana SS. Eucharistiæ sumptione (20 décembre 1905) de cette Congrégation et conformément à la pensée du même concile de Trente : « Le très saint concile souhaiterait que les fidèles assistant à chaque messe fissent la communion, non seulement spirituellement, mais aussi sacramentellement, pour retirer un fruit plus abondant de ce très saint sacrifice » (session xxii, c. 6), et cela en vertu des paroles de Jésus-Christ lui-même : « C’est moi qui suis le Pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce Pain il vivra éternellement. Celui qui me mange vivra par moi » (Jo. vi).

5°/  Sur le dogme de la Communion des saints, en vertu duquel le sacrifice de la messe est appliqué de façon très fructueuse non seulement pour les fidèles défunts expiant dans les flammes du Purgatoire les fautes humaines, mais aussi pour les vivants qui, accablés de tous côtés par tant et de telles difficultés et calamités, surtout dans le temps présent, ont besoin de trouver miséricorde auprès de Dieu et d’obtenir son secours.

Afin que les Ordinaires des lieux et tous ceux qui ont charge d’âmes mettent plus facilement en pratique ces prescriptions, qu’ils exhortent plus souvent les fidèles à mener une vie conforme aux préceptes du Christ et à éviter dans leur conduite tout ce qui ne s’accorde pas avec la foi et les mœurs chrétiennes. C’est pourquoi qu’ils ne se lassent pas de réprouver les dépenses excessives que font parfois, dans diverses circonstances de leur vie, les fidèles attirés par la vanité, tandis qu’ils oublient parfois le sacrifice de la messe qui est le secours le plus puissant en suffrages et en grâces, en même temps que le trésor infini des richesses divines.

Enfin, pour réaliser toutes ces choses, que ceux qui ont charge d’âmes demandent l’aide active des confréries ou associations du Très Saint Sacrement qui, aux termes du canon 711, § 2, du Code de Droit canonique, sont établies dans chaque paroisse, principalement pour servir d’exemple et d’aide à tous les fidèles dans la pratique et le développement du culte eucharistique.

Si, avec l’aide de Dieu, le peuple chrétien répond avec élan et générosité aux exhortations des Ordinaires et des prêtres qui ont charge d’âmes, le sacrifice eucharistique qui, plus que toute autre chose, honore Dieu et lui est agréable, deviendra réellement une source de vie et de sainteté pour le salut du monde entier.


La guerre s’est prolongée et appesantie

La seconde guerre mondiale a été un immense fléau, tant en elle-même que par ses suites, puisque le monde est entré dans une ère de haine, de mensonge, d’injustice à l’échelle planétaire. C’est un grand châtiment qui nous manifeste la gravité de l’apostasie d’un monde qui nie son Créateur et qui renie son Sauveur.

Et pourtant, la cruauté de ce fléau demeure en-deçà de la gravité de la crise qui de nos jours affecte la sainte Église de Jésus-Christ : une fausse religion colonise les structures de l’Église catholique, elle singe l’autorité, elle trompe les âmes et les entraîne dans une perdition faite d’hérésies, de sacrilèges, d’alignement sur le monde apostat, de vide sacramentel et de colossale indifférence.

C’est dire que l’exhortation de Pie XII est encore plus vraie, plus urgente, plus indispensable qu’au moment où le Pape l’a fait envoyer aux évêques — et cela d’autant plus encore que la sainte Messe, son existence, son intégrité et sa sainteté sont la cible principale (mais non unique) de cette guerre gigantesque que la sainte Église affronte.

Certes, l’assistance fréquente voire quotidienne à la sainte Messe et la réception fréquente de la sainte Eucharistie, auxquelles Pie XII exhorte, sont rendues plus difficiles parce que les Messes vraiment catholiques sont devenues bien rares, parce que les confesseurs sont en petit nombre, parce que les fidèles sont dispersés, parce que la folie trépidante de la vie moderne dévore le temps et l’énergie.

C’est pourquoi il est à pleurer de constater que beaucoup de gens qui pourraient faire un effort ne le font pas, préférant leur lit ou leur train-train, se laissant arrêter par la seule idée de la fatigue, méconnaissant la grandeur et la nécessité de la sainte Messe et négligeant la grâce de Dieu. Cela fait penser à des enfants gâtés gâchant et gaspillant la nourriture quand tant d’autres seraient prêts à des efforts beaucoup plus grands et pourtant meurent de faim.


En juillet 2004 (n. 172), j’avais cité un passage de la vie de Madame Martin, mère de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, montrant comment son amour pour la sainte Messe lui inspira un courage héroïque.

Le cou rongé par un cancer, ne dormant plus, souffrant sans cesse, torturée par le moindre mouvement, « il lui a fallu un courage et des efforts inouïs pour arriver jusqu’à l’église, écrit sa fille Marie. Chaque pas qu’elle faisait lui retentissait dans le cou ; quelquefois elle était obligée de s’arrêter pour reprendre quelque force. Lorsque je l’ai vue si affaiblie, je l’ai suppliée de rentrer à la maison, mais elle a voulu aller jusqu’au bout […] ne se trouvant pas assez mal pour manquer la Messe un dimanche. »

Le trois août, il faut à tout prix qu’elle se rende pour la dernière fois à Notre-Dame. C’est presque une folie. La descente du trottoir, le heurt d’une pierre en saillie ébranlent, à la faire crier, tout son organisme. Elle doit feindre à plusieurs reprises de s’intéresser à un étalage, pour achever sans chute cette montée au calvaire. Marie écrit à sa tante : « Vendredi, elle est allée à la messe de sept heures, parce que c’était le premier vendredi du mois. Papa l’a conduite, car, sans lui, elle n’aurait pu y aller. Elle nous a dit qu’en arrivant à la messe, si elle n’avait pas eu quelqu’un pour lui pousser les portes de l’église, elle n’aurait jamais pu y entrer. » [R.P. Piat, Histoire d’une famille, Lisieux 1965, pp. 223-224].

Étonnez-vous ensuite que les enfants soient des saints ! [Et nous ?]


—  Oui, mais…

—  Oui mais quoi ?

—  Même si nous sommes « en pleine guerre » et que la nécessité d’assister à la sainte Messe se fait plus pressante, il ne faut pas oublier que pour la plupart d’entre nous, la sainte Messe vraiment catholique est inaccessible.

—  Oh ! je ne l’oublie pas, et le problème reste crucifiant pour de nombreuses personnes ou familles qui n’ont guère de choix ; parmi elles, on en trouve qui sont prêtes à tous les sacrifices (honneur à elles !), on en trouve qui ne savent à quel saint se vouer, on en trouve qui croient de leur devoir de se résigner à supporter quelque blessure à la catholicité de la sainte Messe.

Voici l’extrait d’une lettre adressée à l’une de ces personnes prises entre deux feux, qui, ne comprennent pas que certains accordent tant d’importance à cette catholicité intégrale de la Messe, pendant que d’autres, qu’elles estiment tout autant, acceptent ou supportent lesdites blessures.


… J’en viens au problème pratique, car vous allez m’objecter (et avec quelque raison) que les deux graves problèmes de l’una cum Benedicto et de l’ordination sacerdotale reçue d’un évêque sacré sans mandat apostolique sont l’affaire du prêtre ; quant à vous, vous ne voyez qu’une chose : ils sont prêtres valides, ils ne sont pas séparés de l’Église catholique, ils utilisent le rite traditionnel.

Il est vrai que le problème fondamental est celui du prêtre : c’est lui qui a reçu les ordres, c’est lui qui prononce l’una cum. En ce qui le concerne, c’est clair : il n’a aucun droit d’exercer un sacerdoce reçu en contradiction avec la constitution divine de l’Église (et parfois douteux, il ne faut pas se voiler la face) ; il n’a aucun droit de faire allégeance à une pseudo-autorité, et de le faire dans la prière la plus solennelle de toute l’Église, le Canon de la Messe. C’est grave, c’est illicite et, avec la grâce de Dieu, il vaudrait mieux subir la mort que de profaner ainsi les choses les plus saintes.

Le problème du fidèle assistant est un peu différent de celui du prêtre célébrant ; il est un problème de coopération : en étant présent à la Messe dans ces circonstances, le fidèle n’agit pas lui-même selon la double illicéité que je viens d’évoquer, mais il y coopère.

Si l’on veut savoir si cela est permis au regard de la loi du Bon Dieu, il faut considérer les lois générales de la coopération :

–  la coopération formelle n’est jamais permise. On appelle coopération formelle celle qui approuve le mal, celle qui a comme objet le mal lui-même dont on se rend délibérément complice ;

–  la coopération matérielle immédiaten’est pas permise non plus : elle est le fait de celui qui, tout en désapprouvant le mal, prend une part décisive à l’acte délictueux lui-même ;

–  la coopération matérielle prochaine– qui a lieu quand, sans prendre part à l’acte délictueux, on le rend possible en agissant sur les conditions nécessaires à son existence, ou quand on assiste activement dans le cas de la Messe – demanderait des raisons très graves et rares, exceptionnelles même ;

–  la coopération matérielle éloignée (plus ou moins éloignée — il s’agit de la coopération aux conditions facilitant l’accomplissement de l’acte délictueux ; ou, dans le cas de la Messe, de l’assistance passive) ne peut être licite qu’avec une raison proportionnée (proportionnée à la gravité du mal, à la proximité de la coopération, au scandale que cela peut induire).

Appliquons cela à la Messe una cum ou célébrée par un néo-prêtre.

Toute coopération formelle est à rejeter sans hésitation. Celui qui choisit d’assister à la Messe una cum ou à celle d’un néo-prêtre coopère formellement à la grave distorsion (éventuellement double) qui a lieu par rapport à la sainteté de la Messe, à l’unité de la foi, à la constitution divine de l’Église. C’est une grave déficience dans la foi. Et l’on choisit chaque fois qu’on pourrait faire autrement, dût-on faire un effort important (distance, horaire…) ou surmonter une grande répugnance, une antipathie etc.

Il est impossible d’apporter une coopération matérielle immédiate, comme celle que serait d’accomplir l’office de diacre.

La coopération matérielle prochaine ou éloignée est elle aussi interdite, sauf si on a une raison grave de passer outre, sauf si donc on ne peut pas faire autrement. Et cette raison grave doit être proportionnée, et il faut prévenir le scandale, et il faut combattre les effets mauvais en soi-même (car il ne faut pas se faire d’illusion : l’allégeance même indirecte et détestée à Benoît XVI, l’accoutumance à l’attentat à l’unité hiérarchique de l’Église que constituent les sacres sans mandat, tout cela laisse des traces profondes dans l’âme et dans l’intégrité de la foi catholique, malgré qu’on en ait). De plus, si jamais l’on assiste à une Messe « distordue », il faut détester intérieurement la distorsion pour éviter la coopération formelle.

Plus la coopération sera prochaine et habituelle, plus il faudra que la raison soit grave. Vous comprenez qu’il peut y avoir là des divergences d’appréciation [1], et que chacun doit décider devant Dieu pour soi-même et pour ceux dont il porte la responsabilité avec beaucoup de pureté d’intention et de foi éclairée.

Plus la coopération risque d’être prochaine et habituelle, plus il faudra chercher à y échapper, au prix de sa tranquillité, de son confort ou de son porte-monnaie.

Plus la coopération sera prochaine et habituelle, plus il faudra détester intérieurement, et rendre à l’occasion le témoignage extérieur de ce désaccord.

Plus la coopération sera prochaine et habituelle, plus il faudra tout mettre en œuvre pour ne pas s’habituer (car l’habitude modifie le jugement), plus il faudra s’instruire pour ne pas se laisser entraîner dans les fausses doctrines sous-jacentes à l’una cum et aux sacres sans mandat.

Il y a un dernier point sur lequel j’attire votre attention : il ne concerne pas directement l’assistance à la Messe, mais la fréquentation des milieux una cum ou sans mandat. Ce sont souvent des gens vertueux, méritants et sympathiques : mais précisément il y a le danger d’être attiré par sympathie à leurs fausses doctrines sur le magistère, sur la juridiction et sur la nécessité de l’obéissance dans l’Église, ou tout au moins de ne plus accorder l’importance requise à ces points doctrinaux très graves. La désinvolture à l’égard de ce que l’Église considère comme des points cruciaux de l’orthodoxie catholique a souvent des effets délétères sur ceux qui ne se tiennent pas dans une garde absolue en la matière. Une certaine mentalité de « libre examen » déteint facilement sur ceux qui les fréquentent.


—  Pourquoi donc, dans la lettre qui précède, mettez-vous sur le même plan la prolation de l’ una cum Benedicto au Canon de la Messe, et le fait d’avoir été ordonné par un évêque dépourvu de mandat apostolique ?

—  Dans les deux cas, il s’agit d’une profonde atteinte à la catholicité du saint Sacrifice : soit du côté de l’unité de la hiérarchie, soit du côté de l’intégrité de la foi, et il y a de nombreuses passerelles entre.

Ma théologie est un peu courte pour discerner avec certitude et précision quelle est la plus grave des deux carences, mais j’estime tout de même qu’elles sont du même ordre (du même désordre).

En passant de l’ordre de l’être à celui de la connaissance, on voit que l’Église s’est beaucoup plus souvent et plus gravement prononcé contre les sacres sans mandat qu’elle n’a légiféré sur l’una cum.

Pour l’una cum, je ne sais, outre les rubriques, que le Pape Pélage Ier (556-561) qui en énonce l’extrême gravité quand il affirme que l’omettre c’est se séparer de l’Église universelle (cité par Innocent III, de Mysteriis Missæ, P.L. CCXVIII, col. 844 ; et par Lebrun, Explication… de la Messe, tome I, Paris 1726, pp. 327-328). De plus il faut une inférence pour l’appliquer à Benoît XVI et consorts (cela n’empêche pas que ce soit grave et nécessaire).

Tandis qu’en matière de sacres, le droit et la pratique de l’Église sont explicites, tout comme l’est son enseignement permanent : de Pie VI, de Léon XIII et Pie XII pour parler des plus récents.

   [1]   Cette appréciation doit bannir toute raison mondaine, cela va de soi : mieux vaut la société de Dieu par l’intégrité de la foi, que la société des hommes, aussi aimables qu’on les suppose. Il faut noter que si l’on est la victime d’une sorte de chantage (chantage à l’école par exemple), le devoir de témoigner de la foi devient encore plus impérieux. Ainsi, pour prendre un exemple dans un tout autre domaine, j’ai le droit (et même le devoir) de manger de la viande un jour d’abstinence si cela me sauve la vie ; mais j’ai le devoir de n’en pas manger si l’on menace ma vie pour me faire manquer au précepte de l’abstinence.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 12:27

« Une erreur et un mensonge
qu’on ne prend point la peine de démasquer
acquièrent peu à peu l’autorité du vrai. »

Charles Maurras

 


Il faut toujours prier et ne jamais se lasser, nous a enseigné Notre-Seigneur Jésus-Christ (Luc. XVIII,  1).

Je t’adjure, devant Dieu et Jésus-Christ, qui doit juger les vivants et les morts, par son avènement et par son règne, prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, supplie, menace, en toute patience et toujours en instruisant. Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils amasseront autour d’eux des docteurs selon leurs désirs ; et éprouvant aux oreilles une vive démangeaison, ils détourneront l’ouïe de la vérité, et ils la tourneront vers des fables. Mais toi, sois vigilant, travaille constamment, fais l’œuvre d’un évangéliste, acquitte-toi pleinement de ton ministère ; sois sobre. Exhortation de saint Paul à Timothée (II  Tim. IV,  1-5)

Il y a des questions qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène, suivant un cycle mystérieux. Cela n’a rien d’étonnant, non seulement parce que les générations se renouvellent petit à petit, non seulement parce que les hommes s’ingénient à oublier ce qui les tourmente, mais aussi pour la bonne raison que l’esprit ne cesse jamais de s’interroger lorsque les conséquences sont graves.

Parmi ces questions récurrentes, figure en bonne place depuis presque un demi-siècle celle qui s’énonce ainsi : Le concile Vatican II est-il infaillible ?

Il ne faut pas se lasser de répondre, d’éclairer, de justifier : saint Paul a rappelé à Timothée que la charité, en l’occurrence, consiste dans la patience et la doctrine – in omni patientia et doctrina. L’union de ces deux éléments engendre la douceur [1] et un saint désir de voir le triomphe de l’Église dans la vérité qu’elle a mission d’enseigner.

Si l’on se soustrait à ce devoir (exigence diversifiée suivant le devoir d’état, la compétence et les circonstances), on laisse le devant de la scène aux ignorants qui, eux, ne s’absentent jamais : ils répètent inlassablement les mêmes erreurs et finissent par les prendre pour des vérités prouvées, intangibles, évidentes ; voire pour des critères de catholicité. Elle est bien juste l’observation de Charles Maurras placée en exergue.

La réponse qu’on peut et doit apporter à notre question – car cette question est véritable et légitime – s’énonce en deux temps et deux conséquences.

I.  Vatican II est infaillible en droit

Voici une assemblée qui se présente ainsi : le Pape a convoqué officiellement l’ensemble des évêques de l’Église à siéger avec lui pour enseigner l’Église catholique tout entière ; cette convocation est solennelle, l’assemblée est plénière, les décisions sont promulguées selon les règles, paraphées, publiées, reçues. Il n’y a aucun doute, c’est un concile œcuménique, c’est l’Église enseignante dans sa totalité, c’est l’organe du magistère universel de l’Église. Les actes en sont par nature infaillibles. Ou, pour parler plus précisément, chaque fois que dans ses actes, le concile affirme qu’une doctrine est révélée, ou connexe à la Révélation ou contraire à la Révélation, il le fait infailliblement, sans qu’il soit possible qu’une quelconque erreur ou équivoque grève cette affirmation : et tout catholique, s’il veut demeurer tel, doit adhérer à cette affirmation et la tenir fermement.

Le Révérend Père Héris résume en quelques mots la doctrine tranquillement tenue et mise en œuvre par l’Église : « Pour reconnaître les cas où l’infaillibilité de l’Église est engagée, il suffit de se rappeler que toute doctrine enseignée universellement par les pasteurs chargés de conduire le troupeau du Christ, et donnée manifestement comme appartenant directement ou indirectement à la Révélation, est infaillible » (Ch.-V. Héris, o. p. L’Église du Christ, Le Cerf 1930, pp. 44-45).

On n’en peut douter, Vatican II est infaillible de droit.

II.  Vatican II n’est pas infaillible en fait

Mais il se trouve que les actes de Vatican  II contiennent en abondance de graves erreurs, des doctrines antérieurement condamnées par l’Église : cela oblige à affirmer que de fait, et d’un fait certain et obligatoire à reconnaître, Vatican  II n’est pas infaillible.

En enseignant la liberté religieuse, c’est-à-dire en prétendant que la doctrine qui prétend que tout homme a droit à la liberté civile en matière religieuse est fondée sur la Révélation divine, Vatican  II soutient une doctrine antérieurement condamnée dans un acte infaillible de Pie  IX, contraire à la pratique immémoriale et universelle de l’Église et sapant tous les fondements de la société chrétienne.

C’est la doctrine catholique elle-même qui nous oblige à tenir que le prétendu droit à la liberté religieuse est une infamie, une manière d’apostasie. Outre la condamnation par Pie IX, il a été réprouvé par les Papes Pie VII, Grégoire XVI et Léon XIII ; il s’oppose à la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; il est contraire à une juste notion de la société politique. Cette même doctrine nous dit que Vatican  II enseigne une fausse conception de l’Incarnation de Notre-Seigneur : conception selon laquelle par la seule incarnation Jésus-Christ serait uni à tout homme. Voilà qui évacue la nécessité de la Rédemption, voilà qui est à l’origine d’une fausse conception de l’Église et de la folie de l’œcuménisme galopant qui dissout les restes de la foi catholique.

Un autre témoin de la faillibilité de Vatican  II est le fameux subsistit in. Venant après l’affirmation solennelle de Pie  XII (et de saint Paul) qu’il y a identité parfaite – est – entre l’Église catholique et le Corps mystique de Jésus-Christ, Vatican  II affirme que l’Église de Jésus-Christ subsiste dans l’Église catholique comme dans une société organisée – ce qui n’exclut pas qu’elle puisse subsister ailleurs sous une forme moins organisée, ou même sans organisation particulière. On est donc passé de l’affirmation d’une identité à celle d’une inclusion, ce qui est une notable régression dans la signification, ce qui a une réelle valeur de négation.

On raconte, à titre de demi-boutade, que si l’on passe un coureur cycliste à la centrifugeuse, il en sort un laboratoire pharmaceutique. Je ne sais si c’est vrai. Mais ce qui est certain est que si l’on passe Vatican  II à la centrifugeuse, il en sort un jus bien sombre imprégné de naturalisme, de panthéisme et de gnosticisme.

C’est ce que montre de façon abondante et fort bien documentée un ouvrage récent, écrit avec ordre et intelligence : Le Crucifiement de saint Pierre, de Pascal Bernardin (éditions Notre-Dame de Grâces, 2009). L’auteur est malheureusement prisonnier – c’est le mot qui convient – de la pseudo-théologie qui a cours dans la fraternité Saint-Pie-X, mais sa démonstration n’en souffre pas : d’elle-même elle ressort de la documentation qu’il apporte et met en œuvre.

Il est un point qu’il faut fortement souligner, même s’il n’entre qu’indirectement dans notre propos : Vatican II n’est pas seulement une collection de textes ; il est un événement qui a provoqué dans la sainte Église de Dieu un immense champ de ruine : de fait, ce concile a été une effrayante machine à détruire, qui en quelques années a envoyé à la casse des dizaines de milliers de prêtres, des centaines de milliers de foyers, des millions d’âmes.

La vie religieuse a été foudroyée, la vie chrétienne empoisonnée ; les catéchismes ont été minés par l’hérésie, les églises désertifiées, la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ niée et évacuée.

C’est aussi le point de départ d’une réforme liturgique protestante : définition hérétique de la Messe au principe de son bouleversement, accord avec les protestants en la matière (et ce n’est pas parce qu’ils se seraient convertis !), désacralisation universelle, acceptation (par Paul VI, il ne s’agit pas d’abus) de la communion sacramentelle pour des hérétiques etc. 

Cette destruction universelle a été voulue. L’abbé Victor-Alain Berto, on ne peut plus romain, on ne peut plus soumis, écrivait quelque part : quand on réforme les séminaires et que cela les vide [numériquement, intellectuellement et spirituellement], et que malgré cela on maintient et même on aggrave cette réforme, c’est qu’on avait bien dessein de les vider. C’est le bon sens. Et ce qui est vrai des séminaires est vrai du reste. Tout a été vidé, ruiné. Le 24 mai 1976, Paul VI en a revendiqué la responsabilité : il n’a parlé que de la réforme liturgique, mais comme celle-ci est vraiment au cœur de la chute vertigineuse engendrée par Vatican II. 

On peut prendre l’exemple de la morale conjugale. Pie XI et Pie XII avaient sans la moindre hésitation solennellement et définitivement condamné toute profanation du saint mariage. Voici que durant Vatican  II on annonce une commission d’étude sur la question : effet d’annonce qui sème le doute et qui le laisse planer pendant quatre ans. Une bonne part des catholiques s’engouffre dans la brèche et sombre dans le péché. Au bout de quatre ans, Paul VI (Humanæ Vitæ) affirme timidement la doctrine catholique, et laisse des conférences épiscopales (celle de France, par exemple) dire ouvertement le contraire. Tout cela n’est que duplicité, et de toutes les façons, pour beaucoup, pour l’immense majorité, il est trop tard, ils ne reviendront plus. Effet voulu, qui pourrait le nier ?

Les âmes se perdent, les âmes se perdent, les âmes se perdent : voilà Vatican II ! Je sais bien qu’aucune âme ne se perd si ce n’est de sa propre faute ; mais cette propre faute arrive mille fois plus facilement quand l’hérésie circule librement et s’enseigne dans les catéchismes, quand les sacrements sont sabotés, quand les pays ne reconnaissent plus en Jésus-Christ leur roi, quand le climat ecclésiastique est un climat de non-résistance à l’erreur et au péché, quand les sacrements ont disparu, quand, en un mot, on a oublié la sainte religion catholique.

Non, on n’en peut douter, Vatican II n’est pas infaillible en fait.

III.  Là gît le drame

Tout le drame de l’Église, la nuit mystérieuse qui s’étend sur elle, s’origine ou se manifeste dans cette distorsion gravissime, dans cette aporie : Vatican II est infaillible en droit, il ne l’est pas en fait.

Et la foi – l’exercice et le témoignage de la foi catholique – ne peut rester coite devant ce véritable dilemme, devant cette double menace : ou nier l’infaillibilité de Vatican  II et contredire l’enseignement pérenne que l’Église donne sur elle-même, ou affirmer cette infaillibilité et adhérer à des erreurs qu’elle condamne et réprouve parce que ces erreurs damnent et réprouvent les âmes.

La doctrine catholique a profondément disparu des intelligences et des cœurs : ceux qui la veulent maintenir ou restaurer sont eux aussi contaminés par l’erreur. Ici, on avancera des théories qui sont négation du magistère et de l’unité de l’Église ; là, on acceptera d’hériter de Vatican  II des doctrines suspectes et une succession sacramentelle douteuse ; ailleurs paraderont des esprits ignorants qui prennent leur courte vue pour la sagesse, leur science infirme pour de la théologie. C’est dire la profondeur des ravages. Il nous faudra en prendre la mesure et nous en garder.

*

*     *

Voilà donc la res horribilis qu’a été Vatican II, tant du point de vue de l’enseignement que de celui de la recherche de la gloire de Dieu et du salut éternel des âmes ; cela se traduit par le fait que ce concile présente une contradiction avec lui-même, en ce qu’il est infaillible en droit et qu’il ne l’est pas en fait.

Évidemment les choses de Dieu, placées sous sa Puissance, garanties par son Assistance quotidienne, ne peuvent être ainsi divisées contre elles-mêmes. Il est donc nécessaire d’apporter une modification à la distinction de départ (ce qu’on ne pouvait faire a priori, ç’aurait été considérer le problème comme résolu avant même de l’avoir examiné).

Il vaudrait donc mieux dire que c’est un concile œcuménique qui est infaillible en droit – c’est-à-dire, je l’ai rappelé, chaque fois que dans ses actes, un concile affirme qu’une doctrine est révélée, ou connexe à la Révélation ou contraire à la Révélation, il le fait infailliblement, sans qu’il soit possible qu’une quelconque erreur ou équivoque grève cette affirmation : et tout catholique, s’il veut demeurer tel, doit adhérer à cette affirmation et la tenir fermement.

Or Vatican II, n’étant pas infaillible en fait, ne saurait être un vrai concile œcuménique de la sainte Église catholique.

Parler de droit et de fait ne signifie pas qu’on se place au point de vue juridique, mais de celui de la nature des choses. L’ordre juridique dépend de la nature des choses ; il le manifeste et le prolonge mais il en est distinct.

C’est dans sa nature même que Vatican II n’est pas un véritable concile de l’Église ; ce qui lui manque n’est pas une condition ou une détermination juridique (voilà aussi pourquoi on parle de droit) ; ce qui lui manque n’est pas une légitime convocation ; ce qui lui manque n’est pas la présence physique des évêques de l’Église universelle… Ce qui lui manque, c’est ce qui lui est le plus nécessaire, le plus formel : l’autorité pontificale. À Vatican II, dans la promulgation des actes (et aussi dans la conduite de l’assemblée) il manque un Pape, un vrai Pape.

Car s’il y avait un vrai Pape promulguant les actes, Vatican II serait un vrai Concile et ses actes seraient infaillibles ; il n’aurait donc pu ni affirmer comme fondées sur la Révélation des doctrines condamnées par l’Église, ni mettre en place dans les structures de l’Église une nouvelle religion qui diffère de la religion catholique par sa doctrine, sa liturgie, sa pratique etc.

Cette conclusion ne fait aucun doute : elle n’est pas de l’ordre de l’opinion, ni du jugement sur les personnes, ni d’un esprit de révolte : elle est une nécessité de foi, de la sainte foi catholique telle que l’Église l’enseigne et la pratique.

Malgré cela, on lui a opposé deux objections – l’une générale et l’autre particulière – et il convient de les examiner.

*

*     *

  Vous n’y êtes pas du tout ! Vatican II s’est voulu pastoral, pas-to-ral ! il n’est donc pas infaillible, et a pu enseigner autant d’erreurs sans cesser d’être un vrai concile œcuménique de l’Église catholique.

  Comment pouvez-vous admettre que ce qui « enseigne autant d’erreurs » puisse être de l’Église catholique ? C’est absurde. Quant au pas-to-ral, cet argument éculé et rebattu, véritable tarte-à-la-crème, est le fruit d’une confusion.

La réponse avait déjà été donnée dans le supplément au n.2 des Cahiers de Cassiciacum (novembre 1979, p. 7) :

« Répondons par avance à l’ “objection” que certains croiront sans doute pouvoir nous faire : “Ce concile était pastoral, et donc il n’était pas infaillible.”

« Cette apparente objection vient de la confusion entre deux ordres de causalité, entre la “forme” et la “fin”.

« Que l’intention du concile, considéré comme personne morale, ait été une intention “pastorale”, on l’a dit et redit, sans d’ailleurs préciser le sens de cette affirmation.

« Mais cette intention ne change évidemment pas, de soi, la nature du concile, bien qu’elle influe sur le choix des sujets et la manière de les traiter. Il reste qu’il faut étudier la nature de chaque acte promulgué pour en discerner la note théologique… »

L’objection est donc sans valeur : c’est la nature des actes qui en fait l’infaillibilité, non l’intention des acteurs. Et heureusement : l’Église est une société qui vit d’actes publics, non d’intentions interprétables voire impénétrables.

D’ailleurs tout concile est pastoral, puisqu’il est la réunion des pasteurs de l’Église universelle en vue de paître le troupeau. Et la première nourriture que les pasteurs de l’Église donnent aux fidèles est celle de la vérité divine, celle de la transmission de la vérité révélée qu’ils garantissent par la simple affirmation que telle assertion est formellement révélée ou immédiatement connexe à la Révélation. Et en cela ils sont doctrinalement infaillibles. Tout concile est pastoral et infaillible. Prenons l’exemple du concile de Trente, dont personne ne niera l’infaillibilité doctrinale. Eh bien, il est plus pastoral que doctrinal, si l’on en croit mon édition (Propaganda fidei, Rome, 1872) dans laquelle les décrets doctrinaux (qui de toute façon sont aussi pastoraux) occupent 91 pages et les décrets pastoraux (de Reformatione) 125 pages.

Si donc Vatican II n’est pas de fait infaillible, ce n’est pas en raison des déclarations de vouloir faire un concile pastoral.

*

*     *

  J’ai une autre flèche dans mon carquois, et celle-là, vous ne pourrez pas la récuser. Un Concile œcuménique n’est pas infaillible, et j’en tiens pour preuve que le Concile de Florence (1438-1445) a enseigné, en matière dogmatique, le contraire de ce que définira Pie  XII par la suite.

En effet, ce Concile décrète que la matière du sacrement de l’Ordre est la porrection des instruments (décret pro Arménis, Denzinger   701), tandis que Pie XII décide que cette matière est l’imposition des mains (constitution apostolique Sacramentum Ordinis, Denzinger 2301). Vous voyez bien !

Là aussi, l’argument n’est pas nouveau : déjà lorsque j’étais au séminaire, le professeur de théologie (le Chanoine René Berthod) prétendait détenir en cela la preuve de la faillibilité des conciles, tout universels qu’ils soient. Et je me souviens que le Père André d’Angers, dans un échange de correspondance que j’eus avec lui aux alentours de 1980, n’avait pas apprécié (mais pas du tout !) qu’à l’allégation de cet argument je lui fasse remarquer qu’il était plus prompt à avancer que l’Église s’est trompée qu’à envisager que ce soit lui-même.

Car il existe à ce dubium une explication très simple et parfaitement catholique.

Jésus-Christ a institué directement les sept sacrements et les a confiés à la sainte Église pour que celle-ci les garde, les garantisse et les distribue. L’Église a donc grand pouvoir sur les sacrements. Mais elle n’a pas de pouvoir sur leur substance, comme dit le concile de Trente : elle ne peut modifier ni leur nombre, ni leur nature, ni leurs effets, ni leur signification.

Un sacrement est un signe sensible et efficace de la grâce : un signe qui produit la grâce en la signifiant, qui produit la grâce parce qu’il la signifie. C’est par sa signification et non pas par la pure matérialité du signe que le sacrement est producteur de la grâce, en vertu de l’institution divine. C’est ainsi qu’une altération accidentelle qui ne modifie pas la signification du rite ne rend pas le sacrement invalide ; c’est ainsi encore que la langue utilisée dans la forme n’a de soi aucune incidence sur la validité du rite.

Ce qui est donc l’objet premier de l’institution divine, c’est la signification du signe sacramentel ; c’est elle qui est la substance intangible, qui est l’instrument de la puissance divine.

Pour deux sacrements (le Baptême et la sainte Eucharistie), l’institution divine inclut la détermination précise de la matière et de la forme : c’est révélé dans l’Évangile. Pour les cinq autres, l’institution divine n’est pas aussi détaillée, et porte donc sur la substance, la signification élevée à l’efficience d’un instrument.

Le sacrement de l’ordre a été institué le Jeudi-Saint lorsque Notre-Seigneur a dit à ses Apôtres, juste après l’institution de la sainte Eucharistie : Faites ceci en mémoire de moi. En donnant cet ordre, Notre-Seigneur en crée le pouvoir dans l’âme des Apôtres, pouvoir que les Apôtres ont mission de transmettre. Le sacrement de l’Ordre va donc se conférer par mode de transmission du pouvoir existant dans le ministre. Le signe sacramentel devra signifier avec précision et univocité cette transmission.

Le concile de Florence (Eugène IV) nous enseigne infailliblement que la matière du rite est la porrection des instruments ; Pie XII nous enseigne infailliblement que la matière du rite est l’imposition des mains. C’est donc qu’il y a eu entre les deux changement objectif : changement non pas de la substance, car d’une part l’Église n’a pas pouvoir sur elle, et d’autre part la signification (transmission du pouvoir sacerdotal) est identique, mais changement dans la matérialité du rite – ce qui est au pouvoir de l’Église puisque l’institution divine n’a pas été faite in specie.

Voilà pour l’essentiel. Se posent de nombreuses questions : est-ce l’acte de Pie XII qui produit le changement de la matérialité du rite ? était-ce antérieur ? Quoi qu’il en soit, le magistère ne s’est nulle part trompé, la substance du sacrement est demeurée inchangée, la continuité du pouvoir sacerdotal est divinement garantie. Votre argument ne porte donc pas.

*

*     *

  Mais… si la doctrine est si claire que vous l’affirmez, pourquoi donc tout le monde n’acquiesce-t-il pas ? Est-ce si difficile à comprendre ?

  Cette absence d’acquiescement ne provient pas de la difficulté de la question. Au contraire, c’est parce qu’il est facile d’en comprendre les conséquences qu’on se refuse à assentir : et c’est cela qui rend ce refus illégitime.

Il est possible, et même normal, qu’en théologie on tienne compte de la conclusion pour valider un raisonnement, car il faut que cette conclusion soit en harmonie avec l’ensemble du donné révélé et de la pratique de l’Église [2].

Mais nous sommes ici dans le domaine de la lumière de la foi et de son témoignage, et non pas du simple raisonnement théologique : il faut braver les conséquences si cela est nécessaire.

D’ailleurs ces conséquences (l’absence d’autorité pontificale au moment de la promulgation des actes de Vatican  II et tant que ceux-ci sont maintenus) n’ont rien qui puisse heurter la doctrine catholique. L’histoire du schisme d’Occident (1378-1417), la liberté que laisse l’Église aux théologiens pour débattre de la question du pape hérétique, et l’annonce faite par Notre-Seigneur de la grande apostasie qui marquera la fin des temps, sont autant d’éléments qui nous montrent que la situation actuelle, si elle n’est pas normale, n’est pas impossible.

Cette crainte des conséquences n’est donc pas théologique mais mondaine : que vont dire les gens si… ? Vont-ils encore nous suivre ? Que deviendrons-nous si tout le monde nous quitte ? Ce ne sont pas les conséquences qu’il faut craindre, mais l’esprit propre, l’aveuglement, l’infidélité ou la routine.

Cela est d’autant plus grave que pour éviter ces conséquences, on gauchit la doctrine. C’est pour cela qu’en me référant à l’ouvrage de Pascal Bernardin Le crucifiement de saint Pierre, j’ai dit que l’auteur est « prisonnier de la pseudo-théologie qui a cours dans la fraternité Saint-Pie-X ». Cette pseudo-théologie, qui récuse les conséquences en déformant les principes, consiste à interpréter la théologie traditionnelle à la lumière des nécessités de la praxis, et cela est passé à l’état d’habitude : on nie la nécessité que la juridiction soit conférée par injonction de l’autorité légitime ; on nie l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel ; on « fait les poubelles » de l’Église pour prétendre y trouver des monceaux de papes hérétiques, d’évêques sans mandat apostolique, de conciles prévaricateurs etc.

Pour illustrer cette pseudo-théologie, voici un souvenir qui remonte à 1980. Ayant eu l’occasion de rencontrer l’Abbé Louis Coache, haute figure du refus de la religion conciliaire en France, nous en vînmes à parler de la situation de l’Église, de ses causes et de ses conséquences.

Comme je lui citai la fameuse condamnation que le Pape Pie VI a portée contre le concile de Pistoie (Bulle Auctorem fidei, 1794), condamnation qui est une affirmation claire et solennelle de l’infaillibilité de l’Église dans les lois disciplinaires générales, le bon Abbé me dit ignorer l’existence de ce texte. Par parenthèse, il est tout de même étonnant qu’un docteur en droit canon ignore un des textes majeurs par lesquelles l’Église affirme l’infaillibilité pratique de son droit ! Mais bon, la discussion continue, au cours de laquelle mon interlocuteur affirme fortement : il faut interpréter Pie  VI à la lumière de la tradition ! La voilà bien, cette pseudo-théologie : car il s’agissait bien sûr, par une inversion effrayante, de réinterpréter la Tradition catholique (en l’occurrence le Pape Pie VI) à la lumière des nécessités du combat telles que les percevait l’Abbé Coache. À la fin de la discussion, le même Abbé m’affirma : d’ailleurs, aucun des théologiens classiques ne parle comme Pie VI ! Ce fut dit avec un tel aplomb que moi, chétif, jeune et naïf, demeurai coi devant cette affirmation péremptoire qui pourtant ne tenait pas debout : l’Abbé ignorait ce texte un quart d’heure avant ; il est invraisemblable que des théologiens (des vrais) disent le contraire d’un Pape ; et le cas échéant, c’est bien sûr le Pape qui fait autorité.

Sitôt arrivé chez moi, je me saisis des quatre premiers traités de théologie qui me tombèrent sous la main, tous plus classiques les uns que les autres : sans exception ils citaient le texte de Pie VI et abondaient en son sens. On m’avait dit n’importe quoi ! et cela m’a rendu méfiant jusqu’à la fin de mes jours. Le nombre de ceux qui parlent sans savoir, sans avoir étudié, vérifié, soupesé et confronté, est terriblement grand.

Au demeurant, il est bien grave de fonder la défense de la foi sur de telles ignorances, de tels mépris de la doctrine, de telles inversions des références, de telles attitudes.

Le devoir de tout catholique est donc clair :

  recevoir la doctrine catholique paisiblement possédée et professée par la sainte Église romaine avant la tourmente conciliaire, et cela en intégralité, sans gauchissement, sans diminution, sans considération d’habitude, sans prise en compte d’intérêts particuliers, sans crainte des conséquences ;

  rectifier sans cesse sa mentalité et sa pratique quotidienne à l’aune de cette doctrine ;

  porter le témoignage de la foi en se fondant sur cette doctrine devenue vivante et vitale en son âme, en ne faisant état que de faits avérés qui ont une portée dans la foi ;

  accomplir ce témoignage en enfants de lumière : « car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité — fructus enim lucis est in omni bonitate, et justitia, et veritate » [Eph. v,  9].

Ce devoir comporte nécessairement, pour peu qu’on mette en œuvre la doctrine catholique, l’affirmation que puisque Vatican II aurait dû être infaillible, et que de fait il est farci d’erreurs, il ne peut être qu’un pseudo-concile « vitalisé » par une pseudo-autorité.

*

*     *

  Un point encore, même s’il est tout à fait étranger à Vatican II : vous avez commencé votre étude par la mise en exergue d’une citation de Charles Maurras : seriez-vous maurrassien par hasard ?

  J’aurais préféré mettre une citation de saint Bernard, mais je n’ai trouvé (dans mes souvenirs) que celle de Maurras qui exprimât parfaitement la raison de mon propos : « Une erreur et un mensonge qu’on ne prend point la peine de démasquer acquièrent peu à peu l’autorité du vrai. » Dire que Vatican  II n’est pas infaillible pour une autre raison que celle de l’absence de l’autorité qui aurait dû fonder sa nature de vrai concile, est un mensonge qui a assez duré, ne serait-ce que parce qu’il malmène voire contredit plus d’un point de la foi catholique. Il est temps d’y mettre fin.

Quant à répondre directement à votre question, je remets cela à une autre entrée, que je posterai prochainement.

    


Notes

 

 

[1] Discite a me quia mitis sum et humilis corde, dit Notre-Seigneur. Le mot quia indiquant à la fois l’objet et la cause, cette phrase de l’Évangile [Matth. XI,  29] a deux sens simultanés : Je vous enseigne que je suis doux et humble de cœur ; mon enseignement vous instruit parce que je suis doux et humble de cœur.

   [2]  Selon les règles de la logique, cette nécessaire remontée de la conclusion vers les prémisses est illégitime car l’inférence est issue de deux prémisses placées à parité. Mais en théologie, le syllogisme exposant le raisonnement est de nature principalement inductive : les deux prémisses (l’une de foi, l’autre de raison) ne peuvent être considérées à parité. Pour que celle qui est de raison soit placée dans la lumière dominante de celle qui est de foi, il faut que le choix du medium démonstratif soit validé (quant à la vérité et quant à l’adéquation) par la mise en place de la conclusion, par l’harmonie de cette conclusion avec l’ensemble du donné révélé, par l’analogie de la foi. Ces quelques considérations ne sont qu’un maladroit résumé d’un aspect d’une étude lumineuse du R. P. Guérard des Lauriers à laquelle je renvoie le lecteur : Statut inductif de la théologie (RSPT 1941-1942, vol. 1, pp. 28-51).

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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