Morale

Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 13:38

Vous trouverez sous ce lien une étude non seulement abordable et intéressante, mais très éclairante. Saint Thomas d’Aquin affirme en même temps la nécessité de la contrition pour être en état de grâce, et la suffisance de l’attrition pour recouvrer l’état de grâce dans le sacrement de Pénitence. Comment résoudre cette aporie ?

La lumière qu’apporte saint Thomas rend éclatante – et consolante – l’unité entre d’un côté la grande exigence de la sainteté Dieu, et de l’autre la miséricorde de la Rédemption tout aussi grande sinon davantage.

Je me permets d’y ajouter un petit résumé-complément, qui ne prendra tout son sens qu’après la lecture de « Attrition et contrition chez saint Thomas d’Aquin ».

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D’une part, seule la charité [théologale] détruit le péché ; d’autre part, l’absence de péché [mortel] est nécessaire pour la présence de la charité dans l’âme [1]. Tout le mystère de la justification gît dans cette double précession qui, on le voit, est humainement insoluble. Cela manifeste combien le salut est une grâce de Dieu purement gratuite, qui ne se peut mériter (mais qui s’obtient de sa miséricorde par une prière assidue – laquelle est aussi une grâce).

Il y a une vérité corrélative : une âme est soit en état de grâce, soit en état de péché mortel [originel ou personnel] ; il n’y a pas de troisième terme possible, en raison de notre élévation à l’ordre surnaturel : charité et péché sont deux contradictoires dans l’âme humaine.

Un acte de contrition parfaite n’est autre chose qu’un acte de charité parfaite. Chez le pécheur (celui qui est tombé en péché mortel), il est la forme nécessaire de la charité, et en tant que tel il détruit le péché. Cette contrition parfaite s’identifie doublement à l’amour de Dieu : par son objet (détester ce qui offense Dieu, ce qui sépare de lui) et par son motif.

L’attrition, elle, est relative à l’amour de Dieu par son objet, puisqu’elle fait détester le péché en tant qu’offense à Dieu, mais non par son motif (la crainte des châtiments promis par Dieu au pécheur – qui est tout de même un motif surnaturel, objet de foi). C’est pourquoi elle n’est que contrition imparfaite, elle n’est pas charité, elle est impuissante à détruire le péché.

L’attrition est donc un certain amour de Dieu : elle est une grâce surnaturelle, mais elle est un amour intéressé, un amour qui revient sur soi, un amour insuffisant pour détruire le péché, un amour indigne de Dieu (non parce qu’il serait mauvais, mais il est insuffisant). En cela, l’attrition est analogue à l’espérance.

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Per sacramentum, attritus fit contritus. Un sacrement reçu avec les dispositions nécessaires donne la charité ; et donc, si l’on était en état de péché mortel, il donne la grâce de la contrition parfaite qui détruit le péché. Cela se produit au moment où la grâce sanctifiante est infusée, dans le même acte, c’est-à-dire à l’instant où le sacrement est conféré.

Avec les dispositions nécessaires… L’attrition est une disposition suffisante uniquement pour les sacrements dits « des morts », le Baptême et la Pénitence. Pour les cinq sacrements des vivants, être en état de péché mortel et simplement attrit rend sacrilège leur réception. Ce n’est que per accidens que l’attrition pourrait être une disposition suffisante : au cas où, de bonne foi, on est persuadé d’y apporter les dispositions nécessaires (de véritable bonne foi, avec une raison objectivement fondée à cette persuasion). Alors, attritus fit contritus, et le sacrement des vivants détruit le péché et confère la grâce sanctifiante. [2]

À plus forte raison, pour tout sacrement, si celui qui est en état de péché mortel n’a même pas l’attrition, l’effet de grâce du sacrement ne peut exister, et il y sacrilège.

Sous l'Ancien Testament – entre le péché originel et l'Incarnation rédemptrice – les grâces étaient données aux hommes en prévision des mérites de Jésus-Christ. Dans l’économie de la Loi nouvelle, la grâce sanctifiante est en plus donnée par l'instrument de sa sainte humanité ; elle est donc nécessairement incorporante à son Corps mystique. Aussi, les sacrements sont-ils les moyens institutionnels de l’octroi de la grâce divine ;  il y a donc une nouvelle obligation qui vient de la nature même des choses : pour être en état de grâce et pour le salut éternel, il y a une nécessité de nature de réception de l’effet des sacrements (quant à la grâce sanctifiante et incorporante) et il y a une nécessité de précepte de réception effective du Baptême (pour tous) et de la Pénitence (pour les pécheurs). En conséquence il y a obligation de recevoir le sacrement in re (normalement), ou in voto explicite vel saltem implicite (dans des cas extra-ordinaires). 

 

Notes

[1]   Une opposition analogue existe entre ferveur de la charité et péché véniel.

[2]   Il faudrait aussi évoquer, à ce propos, le cas de l’Extrême-Onction reçue par un sujet inconscient, mais cela demanderait des développements hors de propos.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 11:42
Vous trouverez sous ce lien une étude du R.P. Labourdette o.p. parue dans la Revue Thomiste en 1957. Elle est une « mise en perspective », un résumé et un commentaire des deux questions de la Somme théologique que saint Thomas consacre à cette vertu.

En fait, le Père Labourdette montre bien que la doctrine de saint Thomas est beaucoup plus vaste que le contenu matériel des deux questions, parce que ces questions sont placées au terme d'un vaste ensemble théologique qui fait qu'il n'y avait plus que quelques points spécifiques à traiter : ce qui est brièvement fait. Il montre ainsi – même si ce n'est pas son intention explicite – la radicale insuffisance de la « théologie de manuel ».

La loi, le désir, l'avertissement maternel de l'Église est qu'on enseigne et pratique la théologie selon les principes, la doctrine et la méthode de saint Thomas. Selon ces trois éléments conjoints. Canon  1366, § 2 : « Philosophiæ rationalis ac theologiæ studia et alumnorum in his disciplinis institutionem professores omnino pertractent ad Angelici Doctoris rationem, doctrinam et principia, eaque sancte teneant. »

L'étude du Père Labourdette met en lumière combien cette docilité est nécessaire ; combien aussi sans une philosophie vraie, systématique et complète, la théologie est impossible, l'intelligence exposée à toutes les erreurs et illusions.

Le Père Labourdette montre combien saint Thomas d'Aquin est aux antipodes du volontarisme dans sa doctrine de l'obéissance : tout est ordonné selon l'ordre objectif, qui va de l'obéissance à l'autorité, et de l'autorité au bien commun. C'est une perspective salutaire, tant la doctrine de l'obéissance est gangrenée de points de vue parasites qui la gauchissent et occultent sa grandeur.

Voici donc quelques instants délicieux pour l'esprit, précieux pour la vérité, lumineux pour la conduite : La vertu d'obéissance selon saint Thomas.

 
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mardi 31 octobre 2006 2 31 /10 /2006 17:11

Dès la première année de son pontificat, à l’'occasion du troisième centenaire de la canonisation de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier, le Pape Pie XI voulut magnifier les Exercices spirituels de Saint-Ignace, afin d’'encourager tous les catholiques à profiter de ce don de Dieu, si efficace pour la conversion et la sanctification des âmes et la régénération de la société tout entière.

Il est difficile d’'employer des termes plus forts et plus explicites que ne le fit le Pape :

« Dans sa retraite de Manrèse, saint Ignace apprit de la Mère de Dieu elle-même comment il devait combattre les combats du Seigneur. Ce fut comme de ses mains qu’'il reçut ce code si parfait –– c’'est le nom qu'’en toute vérité nous pouvons lui donner –– dont tout bon soldat de Jésus-Christ doit faire usage. Nous voulons parler des Exercices spirituels qui, selon la tradition, furent donnés du ciel à saint Ignace. Non qu'’il ne faille estimer les autres exercices de ce genre, en usage ailleurs, mais, en ceux qui sont organisés selon la méthode ignatienne, tout est disposé avec tant de sagesse, tout est en si étroite harmonie que, si l'’on n'’oppose pas de résistance à la grâce divine, ils renouvellent l'’homme jusque dans son fond et le rendent pleinement soumis à la divine autorité. » (
Meditantibus nobis, 3 décembre 1922).

Quand on considère cette origine surnaturelle du livre des
Exercices, alors on comprend comment ils ont dressé un immense rempart devant le protestantisme, et comment ils ont durablement converti des milliers voire des millions d’âmes.

En effet, sous l’'égide de Notre-Dame, les
Exercices spirituels font revivre à l’'âme de bonne volonté l'’itinéraire par lequel le Bon Dieu a conduit Iñigo de Loyola d'’une vie dissipée à une vie de haute ferveur dans la vertu, d’'une vie d’un pécheur chevalier de la cour de Charles-Quint à celle d’un saint chevalier du Christ-Roi. Cette origine chevaleresque rend compte du fait que les Exercices sont non seulement un instrument de conversion, mais aussi un instrument de conquête.

Instrument de conversion, les Exercices le sont en plaçant l'’âme dans la lumière divine du Principe et fondement, qui force chacun à se remettre en présence de ses fins dernières. Cette claire vue, sans complaisance ni atermoiement, conduit avec force et douceur l'’âme à se dépouiller des affections désordonnées, à se défaire des péchés qui l'’enchaînent dans la voie de la tiédeur ou de la perdition, à sortir de l’'aveuglement qui lui fait oublier son éternité, et ainsi à recouvrer la grâce de Dieu et à s’'y ancrer.

Instrument de conquête, les Exercices le sont en mettant le retraitant à l’'école intégrale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Église militante, de cette Église qui depuis les Apôtres verse son sang pour répandre la doctrine céleste, pour procurer les sacrements du Salut et faire luire le rayonnement de l’'Évangile sur les hommes et les sociétés.

Pour renforcer son propos, pour lui donner un écho universel, pour mettre en lumière les fondements divins de la singulière puissance des
Exercices de Saint-Ignace, pour manifester clairement sa volonté, le Pape Pie XI a consacré toute une encyclique à ce sujet, l’'encyclique Mens nostra du 20 décembre 1929.

En voici donc le texte de l’'
encyclique Mens Nostra, pour la première fois disponible en version « électronique ».

Si par ailleurs on veut voir les
Exercices à l'œ’œuvre et admirer leur vigueur, il suffit de lire la Vie du Père Vallet qui en fut l’'apôtre infatigable et inspiré.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mardi 12 septembre 2006 2 12 /09 /2006 17:59
Ressentez-vous de la déprime, de l'’apathie, de la tristesse, du découragement, de la mollesse, de la paresse d'’âme et d’'esprit ? Voici un diagnostic psychologique gratuit et de précieuses indications thérapeutiques.

L'’Acédie
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Jeudi 11 mai 2006 4 11 /05 /2006 09:35
Les vrais chrétiens, disciples de Jésus-Christ, ne sont pas du monde : ils appartiennent au royaume céleste et ne sont ici-bas que dans une terre d’'exil, une vallée de larmes, un séjour provisoire empli de la tristesse du péché et de la joie de l’'espérance : un séjour qu'il faut mettre à profit pour vivre de la foi et croître dans la charité, puisque l’'éternité entière en dépend.

Mais les chrétiens sont
dans le monde ; ils doivent vivre avec les soucis d’'ici-bas, et parmi les ennemis de Jésus-Christ (que malheureusement nous sommes tous plus ou moins, à nos heures).

Quant aux soucis du monde, Notre-Seigneur nous a donné le commandement qui résout tout : « Cherchez d’'abord le Royaume de Dieu et sa Justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît » — sans oublier que ce surcroît est précisément ce que nous devons conquérir à la sueur de notre front.

Mais comment vivre au milieu des ennemis de Jésus-Christ ? Les chrétiens sont le plus souvent désemparés ou illusionnés. Ils songent bien à préserver leurs jeunes enfants (ah ! ils n'’y songent pas assez) mais ils sont présomptueux pour les jeunes gens et pour eux-mêmes.

Ils n’'y songent pas assez pour leurs jeunes enfants, dis-je, oubliant les ravages que font l’'hypertrophie de l'’imagination (télévision, jeux vidéo, indigestion de bandes dessinées) ou les meurtrissures de la sensibilité : les enfants qui manquent d’'affection, ou qu'’on laisse être traités comme des
mascottes, ou qu'’on élève sans énergie, ou dont on ne forme ni l'’intelligence ni le goût, en sont marqués pour la vie.

Et puis, à peine sont-ils sortis de l’'enfance qu’'on les plonge cruellement dans la tourmente. La fréquentation de l'’erreur, du vice, du matérialisme, des fausses doctrines, de l'’indifférence, devient quotidienne. Comment ne pas sombrer, comment ne pas se laisser corrompre ou gauchir ? Et cela ne concerne pas que les jeunes adultes, mais nous tous, sans exception. Quelle doit donc être la ligne de conduite du chrétien dans la fréquentation du monde ?

C'’est l'’objet du sermon qu’'on trouvera en lien ci-dessous : sermon de doctrine, de sagesse, d'’expérience. Une merveille. Les oreilles pies seront confortées et charmées. Quant aux autres…...

La société des justes et des pécheurs


Louis Bourdaloue est né à Bourges en 1632 où il est baptisé le 29 août, et il meurt à Paris le 13 mai 1704. Il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus en 1648. Professeur à Amiens, à Orléans et à Rouen, il fait à Nancy sa troisième année de probation. Préfet au collège d'Eu, il y prononce ses grands vœœux le 2 février 1666. Après quelques années de ministère en province, à Amiens, à Lionnes et à Rouen, il arrive à Paris, en 1669, et débute comme prédicateur en l'église de la maison professe des jésuites, rue Saint-Antoine. Ses succès oratoires sont désormais ininterrompus. Il prêche devant la cour de Louis XIV cinq
carêmes et sept avents avec un succès toujours croissant, ce qui lui vaut le surnom de « roi des orateurs et orateur des rois ». Sa vie, comme on l’'a dit, peut se résumer en trois mots : « Il prêche, il confesse, il console. » Son ministère auprès des mourants est très apprécié. Même devenu illustre, le père Bourdaloue ne cesse de donner l'’exemple des vertus religieuses les plus régulières, et d’'être ainsi estimé pour la dignité de sa vie non moins que pour son caractère et son talent.

Si on le compare à Bossuet, tout est à l’'avantage de Bourdaloue : sa doctrine est plus sûre (jamais ombre de gallicanisme n’'y entra) ; sa logique plus rigoureuse ; sa psychologie est plus fine ; son zèle plus ardent ; sa langue plus sobre, et remarquable par sa pureté et son élégante précision.
Le jugement ci-dessus exprimé m'’est personnel, et probablement influencé par la répulsion que j’'éprouve pour le gallicanisme haineux de Bossuet.
Mais il est un fait qu'’on ne se lasse pas de Bourdaloue...
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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