Morale

Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /2010 20:18

Peut-on admettre, en fait, une exceptionnelle licéité de cette demande ?

C’est à cette question d’une grande gravité que répond l’article que le chanoine René Le Picard, docteur ès droits canonique et civil, a publié dans l’Ami du Clergé en 1947, et dont vous trouverez la transcription intégrale sous ce lien (étant excepté un post-scriptum hors sujet).

Cette gravité est tout d’abord objective ; elle tient à l’objet lui-même, puisque la loi civile sur le divorce, prolongeant l’œuvre impie des lois instaurant le « mariage civil », a été et demeure un des grands fers de lance de la secte tant contre la civilisation chrétienne – dont l’un des principaux fondements est la sainteté du mariage – que directement contre le salut éternel des âmes que ces lois entraînent dans des situations propres à engendrer le désespoir.

Mais la gravité de la question est aussi subjective, en ce sens que l’esprit de nombreux catholiques – je n’excepte pas ceux qui font profession d’être intégralement fidèles à la tradition de l’Église – est affecté par deux faiblesses.

En premier lieu, il faut placer l’ignorance : non pas la simple nescience, ni l’ignorance des caractéristiques et des devoirs essentiels de l’état de mariage, mais l’ignorance du droit public du mariage. Certes, nul n’est obligé d’avoir une connaissance approfondie du droit de l’Église et de ses rapports au droit civil, à moins que son devoir d’état ne le requière. Cette ignorance est donc d’ordinaire de peu de conséquence ; mais il en va tout autrement quand les ignorants se mêlent des donner de conseils, d’inciter des proches en situation conflictuelle à demander le divorce, ou de trancher des cas pour lesquels ils devraient se savoir incompétents : malgré qu’ils en aient, leur responsabilité est gravement engagée.

En second lieu, il faut regretter l’incapacité à envisager un problème dans la perspective du bien commun. L’anarchie dont nous souffrons n’est pas simplement un péril extérieur pour la foi et pour la pratique catholique, elle est un péril intérieur par la disparition progressive de la justice générale, partie de la vertu de justice qui nous ordonne au bien commun et nous y fait travailler. On a perdu de vue non seulement que le bien commun l’emporte sur le bien personnel, mais encore que le bien commun est, pour chacun des membres de la société, sa propre perfection : tant par les conditions extérieures qu’il assure que parce que – en raison de la nature foncièrement sociale de l’homme – il est objet de la vertu de chacun et la fin des membres.

Cette méconnaissance de la primauté du bien commun et cet individualisme ravageur ne datent pas d’aujourd’hui, nous en avons le témoignage de l’auteur de l’article présenté qui le déplore à plusieurs reprises et qui y voit l’une des causes principales du laxisme qu’il combat de façon très argumentée et très concrète.

En particulier, il y a grand dommage au bien commun, scandale pour la société et pour le prochain, et grand péril pour les protagonistes, de demander la suppression du lien civil (et des obligations conséquentes) d’un vrai mariage : cela n’est donc jamais permis, tout au moins dans les pays où existe le statut de « séparation de corps » (qui est déjà par elle-même un acte bien grave, sur lequel l’Église a légiféré avec beaucoup de sévérité — canons 1128-1132 — mais ce n’est pas notre propos d’aujourd’hui).

Il faut dire que les prétentions de l’État antichrétien ont tout embrouillé.

Le mariage est une institution divine naturelle, un contrat sacré parce que Dieu lui-même, en créant la nature humaine, en a marqué les propriétés essentielles : unité, indissolubilité, fécondité.

Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a en rien supprimé le mariage naturel ni ses propriétés : il les a restaurés dans leur plénitude et leur a donné une fermeté plus grande. Surtout, il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, c’est-à-dire qu’il en a fait l’instrument de sa grâce et le canal des mérites de sa Passion.

C’est ainsi que tout mariage valide entre deux baptisés est nécessairement un sacrement ; c’est ainsi que la juridiction sur le mariage des baptisés appartient à l’Église catholique, et à elle exclusivement.

C’est ici qu’interviennent l’équivoque et l’usurpation du « mariage civil ». Il est la mainmise outrageante sur le mariage chrétien, et il n’est même pas le mariage naturel (bien qu’il puisse l’être, entre des non-baptisés).

Mais la malice du prétendu « mariage civil » ne doit pas cacher que le mariage a une nature et des effets civils et doit en avoir, et qu’il est du rôle de l’État de les organiser et de les garantir : c’est là une exigence du bien commun due au fait que le mariage est par nature social et public.

La loi du divorce est abominable, non seulement parce qu’elle est la négation de l’indissolubilité du Mariage et l’organisation « légale » de l’adultère, mais aussi parce qu’elle prétend supprimer les effets civils des vrais mariages. C’est pour cela qu’imaginer qu’on y peut recourir à condition de proclamer l’indissolubilité du mariage et d’être résolu à ne pas « se remarier », comme on l’affirme bien souvent, c’est oublier non seulement le scandale et la tentation, mais aussi le dommage au bien commun qu’est la destruction de l’existence civile du mariage et de ses effets.

Une dernière chose. L’article du chanoine Le Picard (et le livre dont il est un résumé) commencent à être anciens (1946-1947), et l’on pourrait craindre que les arguments et conclusions n’en soient caduques. Il n’en est rien. Certes, la législation a évolué dans le sens du laxisme et de l’égalitarisme, mais si cette évolution a un impact sur la question qui nous occupe, c’est dans le sens du renforcement des arguments et conclusions de l’auteur.

La moralité de la demande en divorce

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 13:38

Vous trouverez sous ce lien une étude non seulement abordable et intéressante, mais très éclairante. Saint Thomas d’Aquin affirme en même temps la nécessité de la contrition pour être en état de grâce, et la suffisance de l’attrition pour recouvrer l’état de grâce dans le sacrement de Pénitence. Comment résoudre cette aporie ?

La lumière qu’apporte saint Thomas rend éclatante – et consolante – l’unité entre d’un côté la grande exigence de la sainteté Dieu, et de l’autre la miséricorde de la Rédemption tout aussi grande sinon davantage.

Je me permets d’y ajouter un petit résumé-complément, qui ne prendra tout son sens qu’après la lecture de « Attrition et contrition chez saint Thomas d’Aquin ».

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D’une part, seule la charité [théologale] détruit le péché ; d’autre part, l’absence de péché [mortel] est nécessaire pour la présence de la charité dans l’âme [1]. Tout le mystère de la justification gît dans cette double précession qui, on le voit, est humainement insoluble. Cela manifeste combien le salut est une grâce de Dieu purement gratuite, qui ne se peut mériter (mais qui s’obtient de sa miséricorde par une prière assidue – laquelle est aussi une grâce).

Il y a une vérité corrélative : une âme est soit en état de grâce, soit en état de péché mortel [originel ou personnel] ; il n’y a pas de troisième terme possible, en raison de notre élévation à l’ordre surnaturel : charité et péché sont deux contradictoires dans l’âme humaine.

Un acte de contrition parfaite n’est autre chose qu’un acte de charité parfaite. Chez le pécheur (celui qui est tombé en péché mortel), il est la forme nécessaire de la charité, et en tant que tel il détruit le péché. Cette contrition parfaite s’identifie doublement à l’amour de Dieu : par son objet (détester ce qui offense Dieu, ce qui sépare de lui) et par son motif.

L’attrition, elle, est relative à l’amour de Dieu par son objet, puisqu’elle fait détester le péché en tant qu’offense à Dieu, mais non par son motif (la crainte des châtiments promis par Dieu au pécheur – qui est tout de même un motif surnaturel, objet de foi). C’est pourquoi elle n’est que contrition imparfaite, elle n’est pas charité, elle est impuissante à détruire le péché.

L’attrition est donc un certain amour de Dieu : elle est une grâce surnaturelle, mais elle est un amour intéressé, un amour qui revient sur soi, un amour insuffisant pour détruire le péché, un amour indigne de Dieu (non parce qu’il serait mauvais, mais il est insuffisant). En cela, l’attrition est analogue à l’espérance.

*

*     *

Per sacramentum, attritus fit contritus. Un sacrement reçu avec les dispositions nécessaires donne la charité ; et donc, si l’on était en état de péché mortel, il donne la grâce de la contrition parfaite qui détruit le péché. Cela se produit au moment où la grâce sanctifiante est infusée, dans le même acte, c’est-à-dire à l’instant où le sacrement est conféré.

Avec les dispositions nécessaires… L’attrition est une disposition suffisante uniquement pour les sacrements dits « des morts », le Baptême et la Pénitence. Pour les cinq sacrements des vivants, être en état de péché mortel et simplement attrit rend sacrilège leur réception. Ce n’est que per accidens que l’attrition pourrait être une disposition suffisante : au cas où, de bonne foi, on est persuadé d’y apporter les dispositions nécessaires (de véritable bonne foi, avec une raison objectivement fondée à cette persuasion). Alors, attritus fit contritus, et le sacrement des vivants détruit le péché et confère la grâce sanctifiante. [2]

À plus forte raison, pour tout sacrement, si celui qui est en état de péché mortel n’a même pas l’attrition, l’effet de grâce du sacrement ne peut exister, et il y sacrilège.

Sous l'Ancien Testament – entre le péché originel et l'Incarnation rédemptrice – les grâces étaient données aux hommes en prévision des mérites de Jésus-Christ. Dans l’économie de la Loi nouvelle, la grâce sanctifiante est en plus donnée par l'instrument de sa sainte humanité ; elle est donc nécessairement incorporante à son Corps mystique. Aussi, les sacrements sont-ils les moyens institutionnels de l’octroi de la grâce divine ;  il y a donc une nouvelle obligation qui vient de la nature même des choses : pour être en état de grâce et pour le salut éternel, il y a une nécessité de nature de réception de l’effet des sacrements (quant à la grâce sanctifiante et incorporante) et il y a une nécessité de précepte de réception effective du Baptême (pour tous) et de la Pénitence (pour les pécheurs). En conséquence il y a obligation de recevoir le sacrement in re (normalement), ou in voto explicite vel saltem implicite (dans des cas extra-ordinaires). 

 

Notes

[1]   Une opposition analogue existe entre ferveur de la charité et péché véniel.

[2]   Il faudrait aussi évoquer, à ce propos, le cas de l’Extrême-Onction reçue par un sujet inconscient, mais cela demanderait des développements hors de propos.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 11:42
Vous trouverez sous ce lien une étude du R.P. Labourdette o.p. parue dans la Revue Thomiste en 1957. Elle est une « mise en perspective », un résumé et un commentaire des deux questions de la Somme théologique que saint Thomas consacre à cette vertu.

En fait, le Père Labourdette montre bien que la doctrine de saint Thomas est beaucoup plus vaste que le contenu matériel des deux questions, parce que ces questions sont placées au terme d'un vaste ensemble théologique qui fait qu'il n'y avait plus que quelques points spécifiques à traiter : ce qui est brièvement fait. Il montre ainsi – même si ce n'est pas son intention explicite – la radicale insuffisance de la « théologie de manuel ».

La loi, le désir, l'avertissement maternel de l'Église est qu'on enseigne et pratique la théologie selon les principes, la doctrine et la méthode de saint Thomas. Selon ces trois éléments conjoints. Canon  1366, § 2 : « Philosophiæ rationalis ac theologiæ studia et alumnorum in his disciplinis institutionem professores omnino pertractent ad Angelici Doctoris rationem, doctrinam et principia, eaque sancte teneant. »

L'étude du Père Labourdette met en lumière combien cette docilité est nécessaire ; combien aussi sans une philosophie vraie, systématique et complète, la théologie est impossible, l'intelligence exposée à toutes les erreurs et illusions.

Le Père Labourdette montre combien saint Thomas d'Aquin est aux antipodes du volontarisme dans sa doctrine de l'obéissance : tout est ordonné selon l'ordre objectif, qui va de l'obéissance à l'autorité, et de l'autorité au bien commun. C'est une perspective salutaire, tant la doctrine de l'obéissance est gangrenée de points de vue parasites qui la gauchissent et occultent sa grandeur.

Voici donc quelques instants délicieux pour l'esprit, précieux pour la vérité, lumineux pour la conduite : La vertu d'obéissance selon saint Thomas.

 
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mardi 31 octobre 2006 2 31 /10 /2006 17:11

Dès la première année de son pontificat, à l’'occasion du troisième centenaire de la canonisation de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier, le Pape Pie XI voulut magnifier les Exercices spirituels de Saint-Ignace, afin d’'encourager tous les catholiques à profiter de ce don de Dieu, si efficace pour la conversion et la sanctification des âmes et la régénération de la société tout entière.

Il est difficile d’'employer des termes plus forts et plus explicites que ne le fit le Pape :

« Dans sa retraite de Manrèse, saint Ignace apprit de la Mère de Dieu elle-même comment il devait combattre les combats du Seigneur. Ce fut comme de ses mains qu’'il reçut ce code si parfait –– c’'est le nom qu'’en toute vérité nous pouvons lui donner –– dont tout bon soldat de Jésus-Christ doit faire usage. Nous voulons parler des Exercices spirituels qui, selon la tradition, furent donnés du ciel à saint Ignace. Non qu'’il ne faille estimer les autres exercices de ce genre, en usage ailleurs, mais, en ceux qui sont organisés selon la méthode ignatienne, tout est disposé avec tant de sagesse, tout est en si étroite harmonie que, si l'’on n'’oppose pas de résistance à la grâce divine, ils renouvellent l'’homme jusque dans son fond et le rendent pleinement soumis à la divine autorité. » (
Meditantibus nobis, 3 décembre 1922).

Quand on considère cette origine surnaturelle du livre des
Exercices, alors on comprend comment ils ont dressé un immense rempart devant le protestantisme, et comment ils ont durablement converti des milliers voire des millions d’âmes.

En effet, sous l’'égide de Notre-Dame, les
Exercices spirituels font revivre à l’'âme de bonne volonté l'’itinéraire par lequel le Bon Dieu a conduit Iñigo de Loyola d'’une vie dissipée à une vie de haute ferveur dans la vertu, d’'une vie d’un pécheur chevalier de la cour de Charles-Quint à celle d'’un saint chevalier du Christ-Roi. Cette origine chevaleresque rend compte du fait que les Exercices sont non seulement un instrument de conversion, mais aussi un instrument de conquête.

Instrument de conversion, les Exercices le sont en plaçant l'’âme dans la lumière divine du Principe et fondement, qui force chacun à se remettre en présence de ses fins dernières. Cette claire vue, sans complaisance ni atermoiement, conduit avec force et douceur l'’âme à se dépouiller des affections désordonnées, à se défaire des péchés qui l'’enchaînent dans la voie de la tiédeur ou de la perdition, à sortir de l’'aveuglement qui lui fait oublier son éternité, et ainsi à recouvrer la grâce de Dieu et à s’'y ancrer.

Instrument de conquête, les Exercices le sont en mettant le retraitant à l’'école intégrale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Église militante, de cette Église qui depuis les Apôtres verse son sang pour répandre la doctrine céleste, pour procurer les sacrements du Salut et faire luire le rayonnement de l’'Évangile sur les hommes et les sociétés.

Pour renforcer son propos, pour lui donner un écho universel, pour mettre en lumière les fondements divins de la singulière puissance des
Exercices de Saint-Ignace, pour manifester clairement sa volonté, le Pape Pie XI a consacré toute une encyclique à ce sujet, l’'encyclique Mens nostra du 20 décembre 1929.

En voici donc le texte de l’'
encyclique Mens Nostra, pour la première fois disponible en version « électronique ».

Si par ailleurs on veut voir les
Exercices à l'œ’œuvre et admirer leur vigueur, il suffit de lire la Vie du Père Vallet qui en fut l’'apôtre infatigable et inspiré.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mardi 12 septembre 2006 2 12 /09 /2006 17:59
Ressentez-vous de la déprime, de l'’apathie, de la tristesse, du découragement, de la mollesse, de la paresse d'’âme et d’'esprit ? Voici un diagnostic psychologique gratuit et de précieuses indications thérapeutiques.

L'’Acédie
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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