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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 10:02

 

Extrait du bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance n. 279 (avril 2013)

Pour cacher l’immense misère conciliaire, on nous enfume par ces belles paroles : « Nous sommes l’Église des pauvres ». Non seulement cette fumée ne cache rien, mais, de plus, elle est toxique.

L’Évangile de Jésus-Christ enseigne à toutes les pages l’amour de la pauvreté et l’amour des pauvres ; il enseigne la nécessité et la valeur de l’aumône ; il maudit les riches attachés à leur bien et durs aux pauvres ; il présente l’exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ né pauvre, ayant vécu pauvre, mort pauvre parmi les pauvres.

Ce même saint Évangile a inspiré, tout au long de la vie de l’Église catholique, une éminente sainteté et d’admirables œuvres vouées aux pauvres : au salut de leur âme, à la sanctification de leur état, au soulagement de leur dénuement. S’il fallait en citer, on n’aurait que l’embarras du choix.

Mais c’est dans cet Évangile aussi que Notre-Seigneur dit à ses Apôtres, et par eux à toute l’Église jusqu’à la fin des siècles : « Vous avez toujours des pauvres avec vous ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours » (Jo. XII,  8).

L’Église, la sainte Église catholique, est riche parce qu’elle est Jésus-Christ « plein de grâce et de vérité ». L’Église possède le trésor inestimable de la vérité divine, du Sacrifice de Jésus-Christ et de toutes les grâces qui en découlent. Et elle est la seule à les posséder et à les pouvoir donner. Ce qu’elle donne n’est pas un don passager pour la vie d’ici-bas, mais la vie éternelle dans le sein de Dieu, dont elle indique et balise le chemin, pour laquelle elle fournit tous les moyens nécessaires et surabondants.

L’amour des pauvres consiste à donner avec libéralité ce qu’on possède, à donner ce dont les malheureux manquent. Si l’Église ne remplissait pas sa mission, l’humanité serait plus pauvre qu’elle n’a jamais été, elle serait soumise aux ténèbres de l’ignorance, à la misère du péché, à l’esclavage de la damnation sans en pouvoir sortir.

On voit donc comment se proclamer « l’Église des pauvres » pour cacher qu’on ne répand plus la grâce ni la vérité, pour flatter le monde qui s’enivre de paroles sentimentales, pour enfoncer l’humanité dans les vices que la « lutte contre la pauvreté » traîne avec elle (car le monde ne peut s’empêcher d’agir contre la Royauté de Jésus-Christ et contre le salut des âmes), c’est infâme hypocrisie.

Un cœur de prêtre rugit un jour contre cette hypocrisie, avec les accents d’un amour ardent et vrai pour les pauvres. Il est roboratif de le (re)lire :

« Ils nous reprochent notre “triomphalisme”, comme ils ont inventé de dire. Et ils disent qu’ils veulent faire “l’Église des pauvres” ! Que savent-ils des pauvres, que savent-ils si les pauvres n’ont pas besoin de ce qu’ils appellent notre “triomphalisme” ? (…) Ils ont donc décidé que l’Église sera “l’Église des pauvres” quand le pape ne paraîtra plus porté sur la sedia, quand les évêques ne revêtiront plus d’ornements précieux, quand la messe sera célébrée en langue vulgaire, quand le chant grégorien sera relégué au musée des discothèques, et choses de ce genre, – c’est-à-dire quand les pauvres seront privés de la seule beauté qui leur soit gratuitement accessible, qui sache leur être accessible, qui sache leur être amie sans rien perdre de sa transcendance, qui est la beauté liturgique ; quand les cérémonies de l’Église, vulgarisées, trivialisées, ne leur évoqueront plus rien de la gloire du ciel, ne les transporteront plus dans un monde plus haut, ne les élèveront plus au-dessus d’eux-mêmes ; quand l’Église enfin n’aura plus que du pain à leur donner, – et Jésus dit que l’homme ne vit pas seulement de pain.

« Qui leur a dit que les pauvres n’ont que faire de beauté ? Qui leur a dit que le respect des pauvres ne demande pas qu’on leur propose une religion belle, comme on leur propose une religion vraie ? Qui les rend si insolents envers les pauvres que de leur refuser le sens du sacré ? Qui leur a dit que les pauvres trouvent mauvais de voir un Évêque présider une procession, crosse en main et mitre en tête, et s’approcher d’eux pour bénir leurs petits enfants ? Sont-ce les pauvres qui ont crié au gaspillage quand Marie-Magdeleine a répandu le nard sur la tête de Jésus, jusqu’à briser le vase pour ne rien épargner du parfum ? Qui leur a dit surtout que les évêques dépouillés des marques liturgiques de leur autorité, les prêtres en seront plus évangéliquement dévoués aux pauvres ? Qui leur a dit que les honneurs extérieurs rendus aux évêques ne sont pas une garantie faute de laquelle l’évangélisation des pauvres n’aurait plus, aux yeux des pauvres mêmes, aucune marque d’authenticité, sans laquelle l’évangélisation des humbles ne serait plus assez humble elle-même, n’ayant plus le caractère d’une mission reçue d’une autorité visiblement supérieure, mais tous les dehors de l’entreprise d’un prédicant particulier ?

« On détruit, on saccage, on ravage, sans nul souci de ces réalités séculairement éprouvées ; s’en soucier serait du “triomphalisme”, et ils ont décidé que le “triomphalisme” est le dernier des crimes, indiscernable qu’il est du “constantinisme”, lequel consiste à réclamer pour l’Église, à l’égard de la puissance séculière, une quelconque reconnaissance de ses droits. Comment ce qui était un devoir parfaitement clair, inlassablement inculqué, est-il devenu un crime ? Accusez l’esprit de système et dites-vous que c’est un système parfaitement lié, cohérent comme une géométrie, auquel il ne manque que d’être vrai, mais qui est en ce moment, dans Rome, pendant un Concile œcuménique, le seul qui ait droit à l’audience, le seul publiquement exposé. Nous en avons vu les commencements il y a bien vingt ans, mais vous en avez été averties dès lors, quand, par un renversement des valeurs qui n’avait pas de précédent, on a imaginé, presque secrètement d’abord, puis avec une audace fracassante, de faire aux chrétiens un devoir “apostolique” de fréquenter les bals et les spectacles, que toute la tradition de l’Église absolument unanime avait jusque-là considérés comme des manifestations de l’esprit du monde, dont l’esprit de l’Évangile devait inspirer l’aversion. Tel a été le premier murmure des clameurs qui battent aujourd’hui les portes du Concile, et qui espèrent les enfoncer.

« Qu’y gagneront les pauvres ? Hélas ! ils y perdront tout. S’il y a, pour nous qui sommes à leur service, une cruelle évidence, c’est celle du peu que nous pouvons pour eux dans un régime de “laïcité”. Quand les lois, les institutions, les mœurs publiques perdent toute référence à l’Église, quand tout se fait dans l’État sous le préalable d’une ignorance délibérée, volontaire, universelle, du christianisme, quand l’Église y est réduite à la condition d’une association privée, la première conséquence est que les pauvres ne sont plus évangélisés. Nul besoin pour cela que l’État soit d’un laïcisme hostile et agressif, il suffit qu’il soit laïque. Les classes aisées peuvent échapper, en partie du moins et notamment dans l’éducation des enfants, à la formidable pression sociale qui résulte de la simple laïcité de l’État ; les pauvres ne le peuvent pas. Ils ont besoin d’assistance, elle est laïque ; ils ont besoin d’hôpitaux, ils sont laïques ; ils ont besoin d’écoles pour leurs enfants, elles sont laïques ; et s’ils sont pauvres à ce point de ne pouvoir enterrer leurs morts, ils obtiendront des obsèques gratuites, mais laïques, car l’État qui paiera le cercueil et le fossoyeur, ne paiera pas les frais d’une absoute. Les pauvres, et eux seuls, sont emprisonnés sans remède dans la laïcité de l’État ; seuls ils sont condamnés sans remède à ne respirer que dans le climat d’indifférence religieuse engendré par la laïcité de l’État. Nous arrachons un enfant à cette asphyxie de l’âme ; nous en laissons cent qui ne seront jamais évangélisés, qui passeront d’une école laïque à un centre d’apprentissage laïque, d’un centre d’apprentissage laïque à un mouvement de jeunesse laïque, dont toute la vie enfin sera par l’État laïque si inexorablement tenue à l’écart de toute influence chrétienne, que ce sera un miracle de la grâce si l’un ou l’autre, forçant les barreaux de sa cage, ouvre les ailes de son baptême pour retrouver le climat de sa deuxième naissance et rejoindre l’Église sa mère qui lui tend les bras.

« Il y a longtemps que tel est le sort des pauvres en régime de laïcité, mais jusqu’aujourd’hui, la théologie catholique enseignait que c’était un mal, une iniquité, un désordre atroce dont les petits de ce monde étaient la proie sans défense, un désordre auquel il fallait travailler sans relâche à substituer l’ordre chrétien. Maintenant elle enseigne, du moins celle qui a le privilège exclusif de la parole, que ce désordre est l’ordre, que la société civile a le devoir d’être laïque. Si l’évangélisation des pauvres en est rendue plus difficile encore, ce sera tant pis pour les pauvres, le système n’en conviendra pas, car il ne saurait avoir tort. » (Abbé V.-A. Berto, lettre aux religieuses dominicaines du Saint-Esprit, 31 octobre 1963, Notre Dame de Joie pp. 274-277.)

Très douce Vierge Marie, donnez-nous la grâce de ne jamais confondre la pauvreté selon l’Évangile avec ses contrefaçons qui empoisonnent les âmes, détruisent la société chrétienne et volent les pauvres.

 

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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