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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 22:00

 

Nous sommes les victimes du monde qui combat Jésus-Christ et du modernisme son complice : ils prétendent exercer une charité sans foi, sans vérité, sans justice ni bien commun, et cette charité ne peut qu'être illusoire et destructrice… — et nous, par une réaction insensée, nous en venons à considérer que la charité n’est qu’une annexe de la vie chrétienne, plus ou moins généreuse mais facultative. Et c’est là une erreur destructrice, rendant la vie chrétienne illusoire.

Nous sommes les victimes des doctrines américanistes et des pratiques activistes, qui réduisent la charité à l’amour du prochain, et bien souvent à l’amour du lointain — et nous, par une réaction insensée, nous prétendons nous cantonner dans l’amour de Dieu, faisant semblant d’estimer que l’amour du prochain pourrait être dangereux ou dissipant.

Tout le mystère du Jeudi-Saint, toute la liturgie de l’Église catholique viennent protester contre cette dénaturation de la charité que nous accomplissons, en commençant par professer cette vérité absolue et éternelle : la charité est la vie chrétienne ; la vie chrétienne est la charité.

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Trompés, délibérément trompés par ces erreurs, nous traînons une vie faite de rancunes, d’inimitiés et de froideurs ; nous multiplions les paroles dures, les pensées méprisantes, les attitudes blessantes — refusant de pardonner et de rendre service, ou nous laissant aller sans vergogne au sans-gêne.

Et pour « justifier » cela, nous inventons mille prétextes, tous plus « convaincants » les uns que les autres…

Mais ces prétextes que nous estimons convaincants, ils sont insupportables aux yeux de Dieu et incompatibles avec l’amour du Sacré-Cœur de Jésus : car aujourd’hui Notre-Seigneur Jésus-Christ nous enseigne le contraire et nous donne l’exemple inverse.

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À la lumière de cet enseignement et de cet exemple, examinons quelques-uns des prétextes qui nous aveuglent et nous empêchent d’être disciples de Jésus-Christ.

–  C’est à lui de faire le premier pas… Comme si nous étions quelqu’un de vraiment supérieur voire d’extraordinaire. Et si Notre-Seigneur n’avait pas fait le premier pas pour nous sauver (et le second et le troisième), nous serions irrémédiablement voués à l’Enfer.

–  Si je pardonne, cela va apparaître comme une faiblesse… Se renoncer à soi-même, suivre l’exemple de Jésus-Christ, est-ce vraiment une faiblesse ? Abandonner la vérité, battre la coulpe des autres, renoncer au droit d’autrui, oui cela est faiblesse. Mais ouvrir son cœur pour le rendre semblable au Sacré-Cœur de Jésus, c’est la plus grande force du monde.

–  Si je me réconcilie comme ça, je vais avoir l’air ridicule… Et alors ? Ce ne serait rien d’autre que le ridicule de Jésus-Christ moqué par les Juifs et les soldats. D’ailleurs, il est très probable que ce ne sera pas le cas, mais le démon et l’amour-propre stimulent l’imagination pour faire craindre ce qui n’arrivera pas, et qui n’est pas à craindre.

–  Je pardonne, mais je n’oublie pas… Ce qu’il faut surtout ne pas oublier, c’est que nous serons traités par Dieu comme nous aurons traité notre prochain : empressons-nous d’oublier, non pas pour devenir naïf, mais pour attirer la miséricorde de Dieu sans laquelle nous sommes perdus.

–  Si je suis charitable, on va en abuser, on va me prendre pour une « bonne poire »… Mais oui, c’est cela la mesure de la charité : être poire. C’est la mesure qu’a choisie Jésus-Christ à notre égard, et nous en avons abusé outre mesure. Dès lors comment le reprocher à notre prochain ?

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Car le Jeudi-Saint est le jour du Commandement nouveau, de la quintessence de l’Évangile, du cœur de la vie chrétienne : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Il est donc urgent, indispensable, de nous méditer le comment de l’amour que Notre-Seigneur nous a manifesté et qu’il nous porte, afin que nous puissions nous livrer à l’imitation de Jésus-Christ, puisque c’est cela qui nous est commandé.

L’Évangile nous a enseigné tout à l’heure que Notre-Seigneur nous a aimés jusqu’à la fin : il n’a pas laissé la volonté de son Père en plan, il a achevé notre salut. L’amour du prochain est persévérant.

Jésus-Christ lave les pieds de ses Apôtres, lui qui est Maître et Seigneur (et qui n’abandonne pas ces titres par lâcheté ou par démagogie). Se faisant le dernier, s’agenouillant devant tous, il nous donne l’exemple de l’humble service qu’il rend avec simplicité. Même à Judas dont il connaît la forfaiture. Il souffre de cette prévarication dont l’issue lui est connue, mais cela ne l’empêche pas de proposer à Judas sa Miséricorde et de l’appeler « mon ami » au jardin des Oliviers.

Notre Seigneur institue la sainte Eucharistie et nous laisse son Sacrifice (« faires ceci en mémoire de moi ») ; ainsi, il ne nous quitte pas, mais demeure avec nous et en nous pour que nous soyons sauvés en lui. Aimer le prochain, c’est l’attirer au saint Sacrifice de la Messe, c’est y prier pour lui, c’est le lui faire aimer.

Le pardon total et immédiat donné au Bon Larron, en récompense de son acte extraordinaire de foi et de sa contrition manifeste le dessein de gloire et de miséricorde que Jésus-Christ a pour nous. Aimer, c’est pardonner, sans retour, sans condition, sans « chichi ».

Enfin, Notre-Seigneur se dépouille de tout, de ce qu’il a de plus cher, de plus précieux, de plus aimable : la très sainte Vierge Marie qu’il institue notre mère sur la Croix. C’est l’ultime marque de son amour ; c’est un appel à ce délicat amour du prochain qui passe par Notre-Dame, qui la fait connaître et aimer, qui se place sous sa protection maternelle.

Voilà comment Jésus-Christ nous a aimés, voilà comment il nous appelle à vivre. Il y tient tellement qu’il précise à ses Apôtres : c’est à ce signe qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, que vous vous aimez les uns les autres.

En ce Jeudi-Saint, demandons la grâce d’être (enfin ?) de vrais disciples de Jésus-Christ, pour que cette charité à laquelle il nous appelle produise une éternité de Gloire.

 

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Morale
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