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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:16

 

Les blasphèmes publics, caractérisés, intentionnels, se multiplient. Face à ce déchaînement de haine – car il faut l’appeler par son nom – les catholiques sont souvent désarmés et ne savent comment réagir. Voici quelques réflexions, ni infaillibles ni définitives, qui peuvent aider à y voir clair. 

* 

Le blasphème est une parole (des lèvres ou du cœur, ou bien un acte éloquent) qui constitue une injure à Dieu, spécialement par la négation de la foi ou par la profération d’un mensonge à son égard.

 Saint Augustin, dans son Contra mendacium, définit ainsi : « Blasphemia est per quam de Deo falsa dicuntur — le blasphème est ce par quoi des choses fausses sont dites à propos de Dieu. »

 Et saint Thomas d’Aquin (IIa-IIæ q. 13 a. 1), d’expliquer que le blasphème est une atteinte à la confession de la foi, parce qu’il nie la bonté de Dieu : 

« Le mot blasphème implique, semble-t-il, une certaine dérogation à une bonté éminente et surtout à la bonté divine. Or, dit saint Denys l’Aréopagite, Dieu “est l’essence même de la vraie bonté”. Par suite, tout ce qui convient à Dieu appartient à sa bonté, et tout ce qui ne lui appartient pas est loin de cette raison de parfaite bonté, qui est son essence. Donc celui qui ou bien nie de Dieu quelque chose qui lui convient, ou bien affirme de lui ce qui ne lui convient pas, porte atteinte à la bonté divine. Une telle atteinte peut avoir lieu de deux façons : tantôt elle a lieu seulement suivant l’opinion de l’intelligence, tantôt il s’y joint une certaine détestation de sentiment. Ce qui fait que cette sorte d’atteinte à la bonté divine est soit dans la pensée seulement, soit aussi dans l’affectivité. Si elle se concentre uniquement dans le cœur, c’est le blasphème du cœur ; mais si elle se produit au-dehors par des paroles, c’est le blasphème de la bouche. Et en cela le blasphème s’oppose à la confession de la foi. » 

* 

Il est important de le noter : nier l’existence de Dieu ou sa Providence, nier le mystère de la sainte Trinité ou de l’Incarnation rédemptrice, sont des blasphèmes ; et ils le sont autant et davantage encore qu’injurier Dieu, l’insulter ou le déshonorer. 

Le judaïsme qui refuse de reconnaître en Jésus-Christ le Messie Fils de Dieu, l’islam qui nie que celui-ci est Dieu le Fils un avec son Père, l’athéisme et le déisme, ces négations fondamentales de la foi sont des blasphèmes contre Dieu : ils l’injurient par nature. 

Il ne faut donc pas restreindre la caractérisation du blasphème à la sonorité des paroles ou aux gesticulations extérieures ; les contre-vérités sur Dieu sont des blasphèmes, même si elles prennent l’apparence de la modération, de la sagesse. 

Il faut noter aussi ceci : nous sommes dans une société dans laquelle le blasphème est devenu institutionnel (en France, il est même constitutionnel) ; il est permanent, il contamine toute la vie publique et devient pour chacun des membres de la société un redoutable péril qui s’insinue dans les cœurs comme à leur insu. L’ordre social apostat est donc une forme particulièrement grave de blasphème. Là aussi, il ne faut pas s’arrêter à l’éclat extérieur : le blasphème larvé est plus grave et plus périlleux. 

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 Cela étant établi – il sera important de s’en souvenir quand nous réfléchirons sur le problème de la collaboration – venons-en au fait des « œuvres artistiques » blasphématoires : théâtre, cinéma, sculptures, peintures etc. 

Les blasphèmes sont une abomination qui outrage le Bon Dieu et ils sont la plus noire ingratitude à son égard. Les blasphèmes publics attirent la colère de Dieu et sont la plus grande atteinte au bien commun. Voilà la donnée fondamentale. 

Si l’on possède une quelconque autorité publique, il faut réagir en faisant usage de cette autorité publique. Toute autre attitude est la négation même de l’autorité. 

Si l’on ne possède aucune autorité, on se trouve devant une éventuelle double obligation : 1/ de correction fraternelle ; 2/ de réparation du scandale et de la prévention contre ses ravages. C’est ce qu’il faut examiner. 

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Ces deux obligations relèvent des mêmes principes, et on peut donc les traiter de façon commune. Il faut considérer deux éléments : l’efficacité de la réaction et les moyens employés.

 La réaction surnaturelle, celle qui consiste à « consoler » Dieu par une charité accrue et à réparer l’outrage par un surcroît de prières et de pénitences, cette réaction est toujours droite et efficace. La sainte Vierge Marie était debout au pied de la Croix dans le silence ; elle n’était pas en train de défiler à Jérusalem. Le défilé était organisé par ceux qui avaient crié Barrabas, effaçant le souvenir du défilé des Rameaux qui n’a pas porté de fruits à long terme… 

* 

On peut, voire on doit, envisager une réaction publique. Mais il faut qu’elle soit efficace, et plus encore qu’elle n’utilise pas de moyens qui vont se retourner contre la finalité initiale. C’est là qu’il faut se souvenir qu’il y a une logique des moyens, une logique plus forte que l’intention qu’on y a mise, plus forte que l’attention qu’on y porte ou qu’on y prétend porter. Utiliser des moyens inadéquats ou des moyens mauvais, c’est à coup sûr se trouver en sens inverse de la direction de départ. 

Ce qui permet d’éliminer tout de suite manifestations et pétitions : ce sont là moyens fondés sur la « souveraineté populaire » dont l’argumentation fondamentale est : nous sommes nombreux à défaut de nous sommes les plus nombreux. Ni vérité, ni ordre, ni vertu, ni Dieu dans ces moyens : ils s’accordent au blasphème institutionnel dont il a été question plus haut, il est à craindre qu’ils ne le fassent rejoindre. 

Il reste donc l’intervention directe et les cérémonies réparatrices publiques. Il n’y a aucune objection, bien évidemment, pour les secondes si elles ne sont pas des manifestations déguisées. 

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Une première forme d’intervention directe est la prière publique sur le lieu du blasphème. J’applaudis des deux mains.

J’ai été très impressionné par les jeunes gens qui se sont mis à genoux sur la scène du théâtre blasphémateur de Paris et qui ont récité le chapelet. C’est divinement efficace : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » — « Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les Cieux. »C’était aussi humainement efficace : paralysant et ridiculisant pour les organisateurs soixante-huitards qui ont fait appeler les CRS ! Honneur au courage de ces jeunes gens, et à leur prière édifiante ! 

L’autre type est l’intervention physique. Il ne faut pas l’exclure, loin de là. Les ennemis de Jésus-Christ comptent trop sur notre lâcheté. Mais il faut qu’elle soit guidée par la prudence (la prudence qui est la vertu des martyrs, et non la fausse prudence qui est le vice des couards) : quant à l’effet, quant au bilan global. Ainsi honneur à Avignon à ceux (à celui ?) qui ont fracassé la prétendue « œuvre artistique » blasphémant le crucifix : et parce qu’ils ont cassé l’objet et parce qu’ils ont agi de telle manière qu’ils ne se sont pas fait prendre. 

* 

Quelle collaboration solliciter ou accepter pour ce genre d’action ? De quel soutien spontané faut-il se réjouir ? S’il n’y a pas de grille universelle à appliquer, il faut cependant tenir le plus grand compte de ce qui est rappelé supra : les négations de Jésus-Christ (même silencieuses) sont elles aussi des blasphèmes, et des blasphèmes fondamentaux. On ne combat pas un blasphème par la complaisance pour d’autres blasphèmes. 

C’est peut-être le lieu de rappeler la comparaison toujours éclairante que prend le Père Pedro Descoqs s.j. (1877-1946) : « Supposons que deux groupes d’hommes, l’un de croyants et l’autre de non-croyants, se mettent d’accord pour porter les éléments lourds d’un échafaudage sur le parvis de Notre-Dame. Le premier groupe a l’intention de construire l’échafaudage pour la restauration de la façade. Le second veut construire l’échafaudage, mais l’utiliser pour mettre le feu à l’église. Les deux groupes sembleraient d’accord sur le résultat immédiat : apporter les morceaux de bois devant la cathédrale. Mais les intentions et les buts des uns et des autres sont contradictoires. Leur connubium est donc tout simplement immoral et doit donc être condamné sans réserve. Mais supposons au contraire que ces deux groupes aient prévu de transporter les éléments de l’échafaudage, et veuillent tous les deux s’en servir pour restaurer la façade de l’église. Le premier, c’est vrai, par esprit de foi et pour honorer Dieu, tandis que le second veut simplement préserver une merveille artistique et un héritage de la vieille France. Bien qu’elle soit moins élevée, cette deuxième intention n’est en rien immorale. On ne voit donc pas où seraient l’injustice et l’immoralité chez les catholiques qui collaboreraient avec le second groupe en vue du même résultat pratique à obtenir, transporter les éléments sur la place de Notre-Dame, puisque les uns et les autres cherchent à coopérer dans la même bonne action. » 

Quelle est la fin véritable de ceux qui proposent de se joindre à nous ? telle est la question qu’il faut résoudre : la fin qu’ils poursuivent, la fin des moyens qu’ils emploient. 

* 

Il est vrai que ce que je dis ne semblera pas assez concret. Mais il faut voir dans chaque cas, il faut purifier son intention, il faut orare et laborare pour savoir ce qu’il convient de faire. 

Mais je répète les deux choses qui me paraissent les plus concrètes et les plus impératives.

1. La première réaction doit être de « consolation » (si quelqu’un outrage ma mère, je vais d’abord la consoler et la soutenir avant de songer à me retourner contre celui qui l’a offensée).

2. Il y a une logique des moyens, et c’est la plus tenace. Il ne faut donc céder en rien aux moyens fondés sur les principes des ennemis qu’on veut combattre : sinon le résultat n’est que publicité faite aux œuvres blasphématoires, sans compter la dilution voire l’inversion des principes sains et saints qu’on professait au départ. 

Comme je le disais en commençant, ces quelques notes sont plus un défrichage qu’une conclusion fermement mûrie : mais elles peuvent être utiles à la réflexion.

 

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Morale
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