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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 20:14

La collection Magnificat (mallette contenant des fiches consacrées à la doctrine et à la culture catholique – vous pouvez toujours souscrire, cliquez ici) poursuit son bonhomme de chemin ; elle aborde parfois des sujets qui revêtent une importance particulière en ceci qu’ils concernent des erreurs qui couvent plus ou moins sous la cendre de gens désireux de conserver la foi catholique, mais peu éclairés sur l’enseignement précis de l’Église catholique.

En voici un bon exemple dans la fiche consacrée au Millénarisme dont voici, en avant première, le texte.

I.  Le millénarisme « dur »

Le millénarisme est une transposition « baptisée » du messianisme temporel que les Juifs se sont mis à professer à partir de l’exil de Babylone : messianisme qui a empêché la majorité d’entre eux de reconnaître en Jésus-Christ le Messie et le Fils de Dieu. Le millénarisme est la même erreur, rapportée au deuxième avènement de Jésus-Christ — celui où il doit revenir en puissance et majesté pour juger les vivants et les morts.

Voici un extrait très instructif du Sens mystique de l’Apocalypse de Dom Jean de Monléon (pp. 324-327) à propos du chapitre XX du livre de saint Jean.

« Tous ces serviteurs restés fidèles à Dieu malgré les persécutions [au temps de l’Antéchrist] sont morts, il est vrai, aux yeux des hommes : mais, en réalité, aussitôt franchies les portes de l’autre monde, ils ont trouvé, dans l’union de leur âme avec leur Créateur, une vie nouvelle bien plus parfaite que celle d’ici-bas. Et ils ont régné mille ans avec le Christ.

« Ces derniers mots demandent quelques explications, car c’est sur eux que s’est greffée la doctrine dite du millénarisme ; doctrine rejetée par l’Église depuis des siècles, et qui voit cependant de temps à autre, de nouveaux champions se lever en sa faveur, sous le fallacieux prétexte qu’elle a pour elle l’opinion de plusieurs Pères authentiquement orthodoxes. Ses tenants, les millénaristes, appelés aussi chiliastes, soutiennent que bien avant le jour de la résurrection générale, les justes reprendront leurs corps, et ainsi ressuscités, régneront mille ans sur cette terre, dans Jérusalem restaurée, avec le Christ. Ensuite viendra la dernière révolte de Satan, le combat suprême mené contre l’Église par Gog et Magog, l’écrasement des rebelles par Dieu, enfin la résurrection universelle suivie du Jugement dernier. Il y aurait ainsi deux résurrections successives, séparées par un intervalle de mille ans : celle des martyrs d’abord, celle ensuite du reste de l’humanité.

« La théorie du millénarisme avait des racines dans la littérature juive, hantée toujours par l’idée d’un Messie régnant glorieusement sur la terre. Reprise, au temps de saint Jean, par l’hérésiarque Cérinthe, il est exact qu’aux IIe et IIIe siècles de l’ère chrétienne, quelques Pères, et non des moindres, l’adoptèrent, sous des formes diverses et plus ou moins atténuées. On peut citer parmi eux saint Justin, saint Irénée, Tertullien et alii

« Mais le sentiment de ces écrivains ne peut en aucune façon être regardé comme représentant la croyance de l’Église : pour qu’en effet le témoignage de plusieurs Pères puisse être considéré comme l’expression de la Tradition catholique, il faut, disent les théologiens, “qu’il ne soit pas contesté par d’autres”. Or, cette condition n’existe nullement en l’occurrence : déjà saint Justin reconnaissait que la théorie millénariste était loin d’être admise par tous ; Origène la réprouvait et la traitait d’ineptie judaïque. Saint Jérôme rompt délibérément avec elle : “Nous n’attendons pas, nous, écrit-il, d’après les fables que les Juifs décorent du nom de traditions, qu’une Jérusalem de perles et d’or descende du ciel […]. Il n’y a que trop des nôtres qui ont pris au sérieux ces promesses […] ”

« Saint Augustin se prononce dans le même sens : s’il marque d’abord quelques hésitations, on le voit ensuite, dans La Cité de Dieu, condamner nettement le chiliasme, et cette opinion est celle qui prévaut désormais, aussi bien en Orient qu’en Occident, dans l’Église. À partir du IVe siècle, on ne trouve plus un écrivain catholique digne de considération qui défende le millénarisme, et le sentiment unanime des théologiens, au premier plan desquels il faut citer saint Thomas et saint Bonaventure, l’écarte résolument. […]

« L’expression : Et ils ont régné mille ans avec le Christ doit donc, comme nous l’avons indiqué déjà, s’entendre dans un sens mystique. Les mille ans désignent toute la période qui s’étend entre le jour où le Christ a, par sa Résurrection, rouvert le royaume des cieux, en en franchissant les portes avec sa Très Sainte Humanité, et celui où, grâce à la résurrection générale, les corps des élus y entreront à leur tour. Mais les âmes des bienheureux, elles, y sont déjà, étroitement unies à Celui qui est leur vraie vie ; elles participent à la gloire du Christ, elles constituent sa cour, elles règnent avec Lui. »

L’étude et la réfutation du millénarisme sont l’objet d’une thèse du classique ouvrage du Cardinal Jean-Baptiste Franzelin, Tractatus de divina Traditione et scriptura, S. C. de Propaganda fide, Rome 1882, thèse XVI, pp. 186-201.

Au cours d’une discussion serrée, il invoque spécialement le témoignage de saint Thomas d’Aquin (in IV Sent. dist. XLIII q. 1 a. 3 sol. 1 ad  4) : « À l’occasion des paroles de l’Apocalypse (c. xx), comme le raconte saint Augustin (La Cité de Dieu, l. XX), certains hérétiques ont affirmé que les morts ressusciteraient une première fois afin qu’ils règnent avec le Christ sur la terre pendant mille ans : d’où ils sont appelés chiliastes ou millénaristes. Saint Augustin montre qu’il faut entendre les paroles de l’Apocalypse de la résurrection spirituelle par laquelle les hommes ressuscitent du péché par le don de la grâce. La seconde résurrection est celle des corps. C’est l’Église qui est appelée le Règne du Christ… »

Le millénarisme est l’exemple même d’une théorie explorée par certains Pères, mais qui n’est pas traditionnelle parce qu’elle n’a pas été transmise. Bien au contraire, il a subi un définitif coup d’arrêt de la part de Pères majeurs de l’Église (saint Jérôme, saint Augustin) et il a été rejeté du corps de la doctrine catholique. Il a bien resurgi de temps à autre, mais ce fut dans les milieux hétérodoxes et dans les sectes protestantes.

II.  Le millénarisme « mitigé »

À côté du millénarisme franchement  hétérodoxe et multiforme (et ridicule, dit saint Augustin), est parfois professé un millénarisme adouci (c’est cela le vrai sens de mitigé ) qui s’efforce d’éviter les oppositions trop criantes avec la doctrine de l’Église.

Le Pape Pie XII, le 21 juillet 1944, a fait porter par le Saint-Office un décret ainsi libellé :

« Ces derniers temps, on a plus d’une fois demandé à cette Suprême Congrégation du Saint-Office ce qu’il faut penser du système du millénarisme mitigé qui enseigne qu’avant le jugement dernier, précédé ou non de la résurrection de plusieurs justes, le Christ notre Seigneur viendra visiblement sur notre terre pour y régner.

« Réponse : Le système du millénarisme mitigé ne peut pas être enseigné de façon sûre. »

La sentence portée par le Saint-Office est l’extension à l’Église universelle d’une condamnation notifiée trois ans auparavant (11 juillet 1941) dans une réponse adressée à l’Archevêque de Santiago du Chili. Cette lettre, qui est libellée dans les mêmes termes que ceux rapportés ci-dessus, précise en outre deux choses qui permettent de bien saisir la portée de l’acte.

1.  Ce qui est visé par la condamnation, c’est le millénarisme tel qu’il est professé dans le livre d’Emmanuel Lacunza (publication posthume sous le pseudonyme de Ben Ezra) La Venida del Mesías en gloria y majestad, ouvrage déjà condamné (Index du 6 septembre 1824).

2.  Le devoir de l’Archevêque est de veiller – par des moyens efficaces – que cette fausse doctrine ne soit, sous quelque prétexte que ce soit, ni enseignée, ni propagée, ni justifiée ni recommandée, que ce soit de vive voix ou par des écrits.

Nous savons ainsi de quelle doctrine il s’agit : celle propagée par Ben Ezra ; et ce qu’il faut entendre par tuto doceri non posse — ne peut être enseigné de façon sûre : ni enseignement, ni apologie.

En outre, l’ouvrage de Ben Ezra étant inscrit au catalogue de l’Index (et encore présent dans l’ultime édition), il ne peut être ni détenu, ni lu, ni acheté, ni vendu. Le choix est entre le feu et la poubelle !

Si l’on traduit en langage courant la réponse du Saint-Office, cela donne : il faut se méfier du millénarisme mitigé ; et si l’on ajoute les précisions apportées par la lettre, on complète : comme de la peste.

L’Église nous enjoint donc fermement de nous méfier du millénarisme mitigé comme de la peste. Mais pourquoi donc ?

—  Du point de vue de la vérité (point de vue fondamental du Saint-Office), ce millénarisme n’est pas enseigné par la Révélation divine publique, qui pourtant seule peut nous faire connaître un avenir qui ne dépend que de la volonté de Dieu.

—  Notre espérance a comme objet le Royaume de Gloire au Ciel : celui-là existe déjà, nous l’attendons activement et nous pouvons être appelés à tout instant.

—  Le combat pour la Royauté sociale de Jésus-Christ est un combat présent, dans la société contemporaine, pour l’Église catholique, qui est dès maintenant le Règne de Jésus-Christ sur la terre, et un règne qui est principalement spirituel.

 

—  La vie chrétienne n’est pas l’attente d’une sorte de nouvelle rédemption : c’est aujourd’hui qu’il faut vivre en état de grâce pour plaire à Dieu, dans la prière et le devoir d’état, dans l’esprit filial et l’amour du prochain. Le reste n’est que mythique et imaginaire.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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