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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 06:05

Dans la revue pour les familles La Cigale de Saint-François, l'Oncle Armand signe une chronique qui traite de la sainte Communion : il est toujours bon de se remettre devant les yeux la grandeur et l'exigence de ce Sacrement.

Mais aussi, il met en lumière que certaines théories qui circulent à propos de l'infaillibilité du Magistère ne sont rien d'autre que l'analogue du jansénisme... C'est pourquoi, avec son consentement, je la publie aujourd'hui.


La Fête-Dieu approche ; c’est une grande journée d’adoration et d’action de grâces pour Notre-Seigneur Jésus-Christ notre Dieu et notre Sauveur, lui qui a institué le grand mystère du Sacrement de la sainte Eucharistie afin de perpétuer son Sacrifice, afin de se donner à nous dans la Communion en gage de vie éternelle et afin de demeurer avec nous sur notre terre d’indigence.

C’est pourquoi, mes très chers, je consacre la présente chronique à la sainte Eucharistie : et plus précisément à la Communion, comme je le fis naguère au saint Sacrifice de la Messe.

Quand on évoque la réception de Jésus-Christ dans la communion Eucharistique, on accorde une grande importance aux conditions nécessaires, et on a raison de le faire parce que l’Apôtre saint Paul dit que celui qui s’approche indignement de la sainte Table mange et boit sa propre condamnation : il est difficile d’être plus sévère que cela et de mentionner une perspective plus terrible. Je voudrais pourtant vous montrer que ce n’est pas la seule chose à considérer.

*

Quatre conditions sont requises pour communier, vous le savez aussi bien que moi. Parmi elles, les trois premières tiennent à la nature des choses telles que Dieu l’a instituée, et aucune puissance au monde ne les peut changer : il faut être baptisé, il faut être en état de grâce, il faut avoir une intention droite.

Le Baptême est nécessaire parce que lui seul donne le pouvoir de recevoir les autres sacrements. Plus exactement, c’est le caractère que le sacrement de Baptême imprime dans nos âmes qui nous confère cette aptitude. C’est pour cela que le Baptême de désir et celui de sang ne suffisent pas : ils suppléent bien l’effet de grâce du Baptême mais ils n’impriment pas le caractère indélébile qui, en nous déléguant pour le culte de Dieu, nous donne la capacité réceptrice. Si un non-baptisé recevait la sainte Communion, il recevrait bien Jésus-Christ qui est présent dans l’hostie indépendamment de nous, mais il ne recevrait pas la grâce sacramentelle qui nous unit à Jésus-Christ et nous transforme en lui.

L’intention droite est elle aussi nécessaire. À vrai dire, elle est nécessaire à toutes nos actions, mais plus l’action est sainte, plus cette rectitude de l’intention est requise. Aussi, c’est bien pour l’amour de Dieu que nous devons aller à la sainte Table, et non pas pour quelque motif humain, comme le serait « faire comme tout le monde » ou « faire plaisir à sa marraine ».

L’état de grâce n’est pas acquis une fois pour toutes : il doit donc être l’objet de notre soin principal. Pour répondre à l’amour de Dieu, pour être prêt à chaque instant à paraître devant lui, pour ne pas manquer une occasion de le recevoir dans la communion, nous devons veiller sur cet état de grâce plus que sur la prunelle de nos yeux. Cette sollicitude est d’autant plus nécessaire que nous n’avons pas l’évidence d’être en grâce avec Dieu : nous en sommes réduits à nous rendre le témoignage sincère que nous n’avons pas mortellement péché depuis notre dernière bonne confession. Notez au passage que cela confirme qu’une sérieuse connaissance du catéchisme est indispensable à la vie chrétienne. Le nécessaire corrélatif de la présence eucharistique est la présence personnelle de Dieu en nous : sans elle, la communion n’apporte pas la vie divine, mais la mort à l’âme : Mors est malis, vita bonis, chantons-nous dans le Lauda Sion.

Être à jeun est la quatrième condition pour communier ; cette obligation tient de près à la nature des choses mais ne lui est pas absolument liée : voilà pourquoi on en peut être dispensé dans des cas de nécessité (la communion en viatique) ou pourquoi le Pape Pie XII a pu en adoucir la rigueur.

Si l’une des conditions énumérées est absente, on est indigne de la sainte Communion. Si toutes sont remplies, on n’en est pas indigne. Mais en est-on digne ? Voilà une difficulté qu’il importe d’élucider.

*

Une créature n’est jamais digne de recevoir son Créateur ; pis, un pécheur même repenti n’est pas digne de recevoir celui qui est la sainteté infinie, qui n’a rien de commun avec le péché. On n’est donc jamais digne de communier… Et pourtant c’est Notre-Seigneur lui-même qui nous appelle à la sainte Table : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon Sang, vous n’aurez pas la vie éternelle… Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et je vous soulagerai… Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir… »

Comment résoudre cette aporie ? En observant ceci, qui est une vérité salutaire : être digne de recevoir son Dieu n’est pas une condition pour recevoir la sainte communion, c’en est le résultat. Nous n’allons pas communier parce que nous nous en estimons dignes, nous allons communier parce que Jésus-Christ nous y invite, parce qu’il nous y appelle tous (moyennant les quatre conditions). Et c’est la sainte Communion qui comble elle-même l’indigence de notre âme.

Une des facettes de l’hérésie janséniste fut de confondre la condition et le résultat. Les ennemis de Jésus-Christ et de son Église prétendaient qu’il faut être saint pour communier, alors que la sainteté est le fruit de la sainte communion : elle est produite non pas par notre effort (même si celui-ci est requis !), mais par l’action de Jésus-Christ infiniment saint présent dans le Sacrement.

Une erreur similaire et tout aussi néfaste circule aujourd’hui dans les milieux qu’on dit traditionnels : elle consiste affirmer que la conformité à la Tradition de l’Église une condition préalable de l’infaillibilité du Magistère, alors que cette conformité est le résultat de l’infaillibilité. Cette erreur forgée pour échapper à la logique de la foi est bien plus grave qu’une simple méprise : elle rend vain le Magistère de l’Église, elle rend impossible la connaissance certaine de la Révélation divine, elle détruit la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu.

*

Loin de ces deux erreurs dévastatrices, attachons-nous à Jésus-Christ Fils de Dieu fait homme. Dans la sainte Église et par elle, il nous accorde ces deux présents qui manifestent son infinie bonté : la vertu de foi, par laquelle il nous illumine de l’éternelle Vérité ; la sainte Communion, par laquelle il anticipe dans notre âme la Vie éternelle, et nous donne les moyens d’y persévérer.

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Published by Abbé Hervé Belmont
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Mme GUILLEMOT Liliane 06/06/2011 13:29



Dans son "Traité du Ministère Ecclésiastique", le Père Emmanuel dit que : "Les sacrements qui donnent tant de grâces, ne donnent pas les dispositions nécessaires pour les recevoir. Voilà un
point capital dans la doctrine chrétienne : et cela montre combien se trompent ceux qui croient que tout est sauvé quand on a reçu les sacrements" Fin de citation. C'est au Chapitre VII Troisième
fonction du ministère : les sacrements.



Abbé Hervé Belmont 07/06/2011 22:13



Tout le Traité du ministère ecclésiastique du Père Emmanuel est une merveille, Madame, et en particulier le passage que vous citez. 


Il énonce une vérité bien oubliée, et met ainsi le doigt sur une des plus grandes causes du peu de résultat de la réception des sacrements.


Le Père Emmanuel insistait beaucoup, et à combien juste titre, sur l'ordre des choses. Et s'il disait que le ministère du prêtre doit se dérouler dans cette succession : prière – prédication –
sacrements, il aurait pu dire que la vie chrétienne nécessite en écho la prière, la connaissance de la sainte doctrine, et puis les sacrements.


Il ne voulait pas détourner les âmes des sacrements, mais bien au contraire les préparer à en recevoir dignement les fruits : ce fut d'une efficacité remarquable qui est une leçon pour nous tous.


Les sacrements sont les sacrements de la Foi, la foine peut exister qu'intégrale, cette intégrité est le fruit de la prière.