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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 10:11

Extrait du bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance n. 279 (avril 2013)

Voici la transcription (corrigée) d’une lettre envoyée à une personne qui s’étonne du refus des sacres épiscopaux sans mandat apostolique alors que (dit-elle) le problème n’est pas que Mgr Lefebvre serait allé trop loin(en sacrant) mais plutôt pas assez loin(en ne récusant pas Paul  VI ni Jean-Paul  II). En fait, la cause des égarements et des équivoques qui gangrènent le monde « tradi » est une erreur de cible. Tentons de prendre la mesure des erreurs qui circulent parmi nous et de leurs conséquences.

Vous me dites que vous estimez que Mgr Lefebvre n’est pas allé « assez loin », et que la conséquence en est une immense équivoque.

Tout comme vous, et davantage encore, je déplore que Mgr Lefebvre n’ait pas clairement énoncé l’impossibilité que Paul  VI et Jean-Paul  II, en raison de leurs actes destructeurs, aient été des vrais papes de l’Église catholique, revêtus de l’autorité de Jésus-Christ, tenant sa place à la tête de l’Église militante.

Mais je crois que le vice de cette position est plus profond que le simple fait qu’elle est incomplète. Ce n’est pas pour jeter la pierre à Mgr Lefebvre ni à quiconque que je le dis. Nous savons combien le modernisme résurgent de Vatican  II a été habile ; combien il était difficile à des hommes d’Église formés au temps de l’ordre, de réagir à l’encontre de tout ce qu’ils avaient appris quant à la soumission et à l’obéissance dues au Pape. Nous devons tous – et moi en particulier – beaucoup trop à Mgr Lefebvre pour lui faire grief de carences qui auraient été beaucoup plus graves si nous avions été à sa place.

Le vice que j’évoque tient en ceci : on s’en est pris au Pape, alors qu’il fallait s’en prendre à Paul  VI et à ses successeurs ; on a « dépouillé » le Pape au lieu de « dépouiller » Paul  VI.

Pour expliquer (ce qui était salutaire) les erreurs dans la foi et les réformes protestantes qui ont foisonné à Vatican  II et dans ce qui en est issu, pour justifier de les combattre et de les refuser (ce qui était nécessaire), au lieu de récuser Paul  VI (et consorts) et de dire qu’il n’était pas un vrai Pape, on a récusé le souverain pontificat.

On a donc diminué – ou carrément nié – les prérogatives que Jésus-Christ communique à son Vicaire, et par lui à son Église. Ainsi on a commencé à prétendre que le Pape n’est pas infaillible (hormis la locution ex cathedra, qu’on travestit d’ailleurs en magistère extraordinaire – appellation inconnue de l’Église – pour n’avoir à la reconnaître que plus rarement encore). Fort de cela, on a ensuite prétendu que l’obligation d’obéissance est liée à l’infaillibilité, ce qui « justifie » une désobéissance généralisée à une autorité qu’on reconnaît pourtant comme vraie et surnaturelle.

Ainsi encore, pendant des décennies, on a passé sous silence l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel (dont le Pape est le principe), et on a fini par la reconnaître du bout des lèvres en modifiant le sens du mot universel (lequel, selon l’enseignement de l’Église, ne désigne pas ici l’universalité dans le temps, mais l’universalité du corps épiscopal à un moment donné).

Ainsi, on a nié l’infaillibilité de l’Église et du Pape dans la promulgation des lois générales, et dans la constitution des rites liturgiques, au rebours de l’enseignement du concile de Trente et de celui du pape Pie  VI (entre autres). Dans la même ligne, on a nié l’infaillibilité des canonisations.

Ainsi, on a nié que le Pape est la source de toute la juridiction ecclésiastique, en inventant une juridiction de suppléance [1] dont « nous et nos amis » seraient revêtus de façon permanente, universelle, et bien plus étendue que celle qu’on aurait en situation normale (finalement, c’est bien confortable la crise de l’Église…). Pis encore, on a inventé la notion de juridiction dégoulinante (l’appellation est de moi) que le censé vrai Pape donnerait à son insu et malgré lui à la fraternité Saint-Pie-X.

Ainsi encore, on a nié que le Pape est le principe de l’ordre judiciaire dans l’Église, en organisant des tribunaux qui dispensent et dissolvent, par le simple fait qu’on a décidé que ce devait être, alors qu’ils n’ont aucun titre à le faire.

Ainsi on a nié que le Pape a l’exclusivité de la constitution de la hiérarchie ecclésiastique, en prétendant qu’on peut sacrer des évêques sans mandat apostolique, moyennant l’entourloupette de dire qu’ils sont dépourvus de juridiction (alors qu’en fait ils agissent comme s’ils avaient une juridiction quasi-papale) et le stratagème de raconter qu’ils ne font pas partie de la hiérarchie (sans se rendre compte que c’est les vouer soit au néant soit au schisme).

Il faut dire, pour être juste, que beaucoup de ceux qu’on nomme sédévacantistes ont prêté main-forte à ce forfait de dépouillement du pape et de la papauté par le recours aux sacres sans mandat apostolique, et par l’acceptation des sentences des tribunaux soit conciliaires soit fraternitaires.

Au bout du compte, il ne reste plus rien du Pape, sinon une référence historique et mondaine. Mais reconnaître dans le Pape la règle vivante de la foi et la source de la hiérarchie (tant selon l’ordre que selon la juridiction), plus personne n’y songe. Les « tradis » ont rejoint voire dépassé les modernistes dans cette entreprise de démolition ; et c’est la démolition d’une réalité proprement fondamentale de l’Église : Tu es Petrus et super hanc petram

Vous comprendrez que je ne veux ni participer à cette entreprise, ni l’encourager ni en tirer quelque profit. En aucune façon, dans aucun des domaines que j’ai évoqués ci-dessus, je ne veux saper la doctrine catholique, ni diminuer la vérité, ni favoriser un esprit d’anarchie qui m’inquiète autant que les innovations conciliaires (et Dieu sait si celles-ci me semblent exécrables).

Je ne méconnais pas pour autant le bien que la fraternité Saint-
Pie-X a pu faire et fait encore : ce serait injuste ; je ne méconnais pas pour autant l’état de nécessité dans lequel nous nous débattons ; je ne méconnais pas pour autant l’immense besoin des âmes. Mais j’affirme que la solution de nos maux n’est pas dans la déformation de la doctrine catholique, qu’elle n’est pas dans l’usurpation de pouvoirs que l’Église ne nous attribue pas, ni dans l’opposition à la constitution de la sainte Église catholique.

Je joins à cette lettre quelques documents pour expliciter et étayer cela (je veux dire : le refus des sacres épiscopaux sans mandat apostolique). En attendant, voici deux petites illustrations.

Tout d’abord, Pie  IX dit que la constitution de l’épiscopat est la tâche principale du pape ; sa première responsabilité devant le Bon Dieu est la nomination des évêques. Personne d’autre ne peut le remplacer dans cet office qu’il tient directement de Jésus-Christ. C’est la constitution même de l’Église catholique que Jésus-Christ fait le Pape, que le Pape légitime fait les évêques, et que l’évêque légitime fait les prêtres et les soldats de l’Église.

Pendant la révolution française, le 12 juillet 1797, l’archevêque de Lyon en exil, Mgr de Marbeuf, supplie le Pape Pie  VI de lui donner un auxiliaire parce que des évêques intrus « se sont répandus dans son diocèse et y ont attiré de nombreux fidèles, notamment “par l’appât du sacrement de Confirmation qu’ils s’empressaient de leur offrir et de leur conférer en l’absence de leur légitime évêque” » (Charles Ledré, Le culte caché sous la révolution, Bonne-Presse, Paris 1949, p. 125). Rien n’a donc changé ; les prétextes d’hier ressortent aujourd’hui et paraissent inusables.

C’est avec une grande circonspection, en se référant sans cesse à l’enseignement que l’Église dispense sur elle-même, sur son autorité, son apostolicité, son infaillibilité, sa constitution et son épiscopat, qu’il faut parler et agir. La justesse du combat est à ce prix. 

Note

[1]   Je ne vise pas du tout la possibilité (réelle) de la suppléance par l’Église, au goutte-à-goutte, d’une juridiction sacramentelle inexistante. Je veux parler de l’affirmation (explicite ou implicite) que, « par suppléance », les prêtres de la fraternité Saint-Pie-X jouissent d’une juridiction permanente, s’étendant même à l’ordre non-sacramentel.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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