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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 21:54

La récente démission de Benoît XVI est-elle l’heure que le Bon Dieu a choisie pour que la sainte Église catholique retrouve sa splendeur terrestre, et jouisse à nouveau de la présence et de l’exercice de son autorité ici-bas ? Je l’ignore.

Ce serait un extraordinaire miracle, non seulement parce que Dieu renverserait la malice des hommes si puissamment installée, mais plus encore parce que ce renversement s’effectuera d’une manière parfaitement conforme à la Constitution de la sainte Église. Notre-Seigneur Jésus-Christ s’est en effet engagé par promesse à faire perdurer l’Église dans son Apostolicité – c’est-à-dire dans une continuité ininterrompue et une identité toujours intègre – jusqu’à son retour pour juger les vivants et les morts à la fin du monde.

Puisque c’est l’heure de désirer un miracle, c’est plus que jamais l’heure de la prière. C’est pour cela que je vous invite à vous unir aux trente Messes que je célébrerai à l’intention de la sainte Église du mercredi 27 février au jeudi 28 mars (Jeudi-Saint).

Le Jeudi-Saint marque le cœur de l’Église dont l’office majeur est d’offrir le sacrifice parfait dans la sainte Messe instituée ce jour-là, et aussi le cœur de la prévarication conciliaire qui a décrété le blasphème du protestantisme en acte par le nouvel ordo missæ du Jeudi-Saint 1969.

 

Rappels de la doctrine catholique

Ainsi donc, Benoît XVI s’est démis de fonctions qu’il n’exerçait pas et dont il était totalement dépourvu. L’état réel de l’Église catholique – celui qui apparaît aux yeux de Dieu et au regard de la foi catholique en exercice – n’a donc pas changé : l’Église militante est privée de l’exercice de l’autorité pontificale et de ce qui en découle.

Mais la vacance dans laquelle se trouve l’Église n’est pas une vacance ordinaire. Elle n’est pas la pieuse attente qu’un collège de cardinaux régulièrement nommé élise un successeur au Pontife « sortant », et que Jésus-Christ investisse celui-ci de l’autorité suprême, à savoir de la plénitude des pouvoirs de magistère, d’ordre et de juridiction, plénitude qui jouit de l’universalité et de l’infaillibilité. La situation est autrement grave et préoccupante.

Car les structures de la sainte Église catholique sont depuis cinquante ans colonisées par une fausse religion, qui a mis en place sa doctrine (conciliaire), son culte (protestant) et ses hommes. Et donc, si Dieu n’intervient pas d’une manière toute spéciale, les choses continueront et l’on ose imaginer vers quel abîme – le grand mystère d’iniquité – on se dirige.

Cette vacance n’est pas ordinaire non plus en ce sens que le collège des électeurs – les cardinaux – est composé d’hommes qui ont tous publiquement accepté la religion conciliaire et qui ont été nommés par des « papes » dépourvus de toute juridiction.

Cette situation a-t-elle donc une issue ? Avant même de savoir quand et comment le Bon Dieu s’y prendra – car il est certain qu’un jour (un jour mille fois attendu et béni, et qui sera divinement surprenant !) il restaurera l’ordre au sein de l’Église – il est possible de répondre oui à cette question.

La nullité juridique devant laquelle nous nous trouvons n’est pas insurmontable, et si le Bon Dieu nous accorde un élu catholique – vraiment catholique – ces questions se résoudront d’elles-mêmes en ce sens qu’il y aura une sanatio in radice par la vertu de l’adhésion de l’Église (même si un groupement majoritaire fait sécession).

« Peu importe que dans les siècles passés quelque Pontife ait été élu de façon illégitime ou ait pris possession du pontificat par fraude ; il suffit qu’il ait été accepté ensuite comme Pape par toute l’Église, car de ce fait il est devenu le vrai Pontife. Mais si pendant un certain temps il n’avait pas été accepté vraiment et universellement par l’Église, pendant ce temps alors le Siège pontifical aurait été vacant, comme il est vacant à la mort du Pape [1] » (saint Alphonse de Liguori, Verità della fede, troisième partie, c. 8).

C’est le Bon Dieu qui décide de tout cela. Il faut cependant nous rappeler que, selon sa Providence ordinaire, il accorde la grâce à la prière, et les grandes grâces aux prières ferventes, persévérantes, multipliées.

Ce successeur catholique que nous appelons de tous nos vœux trouvera une situation effrayante, tant les problèmes sont nombreux et graves.

Il y a la réforme liturgique à abroger et les erreurs conciliaires à répudier…

Il y a la validité des nouveaux sacrements, et en particulier celle du sacrement de l’ordre… Tout est à étudier, à mettre à plat, pour guérir ou éliminer ce qui est douteux ou invalide…

Il y a la corruption de la foi qui est très profonde dans un monde où l’on n’attend de l’Église que d’être le masdu, selon l’heureuse expression de feu l’Abbé de Nantes (mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle)…

Il y a la perte du sens de l’Église, l’oubli des notions d’autorité et de juridiction chez ceux qui, à bon droit, ont combattu le déferlement des nouveautés conciliaires, mais bien souvent se sont installés dans des théories réductrices de l’Église pour justifier leur refus.

Le chantier est immense, humainement impossible. Mais Dieu peut tout. Comme il le veut, quand il le veut. Mais Notre-Dame intercède, et tant de saintes âmes inconnues.

 

La doctrine classique

Dans les heures graves, il est catastrophique de se contenter de flou ou d’à-peu-près : il faut s’attacher à scruter la doctrine classique, reçue, approuvée, dont l’Église est en possession vitale et pacifique.

Voilà pourquoi il est opportun d’exposer quelques éléments de cette doctrine classique puisée à des sources non suspectes : que chacun y trouve matière à réflexion et soit éclairé en vue du discernement de foi dont nous aurons, à un moment ou à l’autre, un besoin crucial.

 

Un texte de Pie XII

« Si un laïc était élu Pape, il ne pourrait accepter l’élection qu’à la condition d’être apte à recevoir l’ordination et disposé à se faire ordonner ; le pouvoir d’enseigner et de gouverner, ainsi que le charisme de l’infaillibilité, lui seraient accordés dès l’instant de son acceptation, même avant son ordination. » Pie XII, Discours aux participants du deuxième congrès mondial pour l’apostolat des laïcs, 5 octobre 1957.

Outre le rappel de la relation nécessaire qui existe entre le souverain Pontificat et l’épiscopat (parce que le Pape est identiquement l’évêque de Rome), voici deux choses à retenir de cet extrait de discours :

–  une quelque peu anecdotique. Si celui qui est élu est un homme marié, il ne peut être ordonné sans se séparer de son épouse, ce qu’il ne peut faire sans le consentement de celle-ci. Le sort du Siège apostolique dépend dès lors de Madame…

–  une plus sérieuse, et qui donne à penser. Pie XII ne laisse-t-il pas place à la possibilité d’un consentement apparent qui serait très vite démenti par les faits ? Il admet implicitement un consentement qui ne serait pas vrai (pas réel) à cause d’une intention contraire : si l’élu répond oui tout en n’étant pas disposé à se faire ordonner.

 

L’élection du pape

Voici un extrait de L’Église du Verbe Incarné de Charles Journet, tome I pp. 622-624 (2e éd. DDB 1955). C’est un ouvrage sans fantaisie, sauf quand il aborde les questions des rapports entre l’Église et la société : là, l’influence de Maritainest désastreuse. Son intérêt est en l’occurrence d’exposer l’enseignement de deux grands commentateurs de saint Thomas d’Aquin, qui montre que même en cas de doute ou de confusion, la situation n’est pas sans issue. Des lignes latérales attirent l’attention sur les passages qui y font allusion : elles sont ajoutées par votre serviteur, tout comme les notes de bas de page.

Durant la vacance du siège apostolique, l’Église ne possède, sur le chapitre de la juridiction suprême, que le pouvoir de procéder, par la voie des cardinaux ou, à défaut, par d’autres voies, à l’élection d’un pape : « Papatus, secluso papa, non est in Ecclesia nisi in potentia ministerialiter electiva, quia scilicet potest, sede vacante, papam eligere, per cardinales, vel per seipsam in casu. » Cajetan [2], De comparatione auctoritatis papæ et concilii, cap. XIV, n. 210. Cajetan s’étonne ici des graves erreurs de Gerson.

I.   Le sens de l’élection. — Tout ce que peut alors l’Église, par rapport à la juridiction suprême, c’est de désigner celui sur lequel, en vertu des promesses évangéliques, Dieu la fera descendre immédiatement. « Le pouvoir de conférer le pontificat relève du Christ seul, non de l’Église, qui ne fait que désigner un sujet déterminé. » Jean de Saint-Thomas [3], in IIa-IIæ, q. 1 a. 7 ; disp. 2, a. 1, n. 9, t. VII, p. 128.

II.   Le pape peut-il désigner immédiatement son successeur ? […]

III.   En qui réside le pouvoir d’élire le pape ? — Si le pape n’a pas à s’occuper de désigner directement son successeur, il lui appartient en revanche d’établir ou de modifier les conditions qui rendront l’élection valide : « Le pape, dit Cajetan, peut décréter quels seront les électeurs, changer et limiter ainsi le mode de l’élection, au point d’invalider ce qui passerait outre à de telles dispositions. » De comparatione auctoritatis papæ et concilii, cap. xiii, n. 201. C’est ainsi que, reprenant un usage introduit par Jules  II, Pie  IX a promulgué que, s’il arrivait qu’un pape mourût pendant la célébration d’un concile œcuménique, l’élection du successeur serait faite non par le concile, lequel est aussitôt interrompu ipso jure [4], mais par le collège seul des cardinaux (Acta et decreta sacrosancti œcumenici concilii Vaticani, Romæ, 1872, pp. 104 sqq.). Cette même disposition est rappelée dans la constitution Vacante sede apostolica, de Pie X, 25 décembre 1904, au n. 28.

Au cas où les conditions prévues seraient devenues inapplicables, le soin d’en déterminer de nouvelles échoirait à l’Église par dévolution, ce mot étant pris, comme le note Cajetan (Apologia de comparatione auctoritatis papæ et concilii, cap. XIII, n. 745), non pas au sens strict (c’est à l’autorité supérieure qu’il y a, au sens strict, dévolution en cas d’incurie de l’inférieur), mais au sens large, pour signifier toute transmission, même faite à un inférieur.

C’est au cours des disputes sur l’autorité respective du pape et du concile que s’est posée, au XVe et au XVIe siècles, la question du pouvoir d’élire le pape. Voici sur ce point la pensée de Cajetan.

Il explique d’abord que le pouvoir d’élire le pape réside dans ses prédécesseurs éminemment, régulièrement, principalement. Éminemment, comme les « formes » des êtres inférieurs sont dans les anges, lesquels sont incapables pourtant d’exercer par eux-mêmes les activités des corps (Apologia, cap. XIII, n. 736). Régulièrement, c’est-à-dire par un droit ordinaire, à la différence de l’Église dans sa viduité, qui ne pourrait déterminer elle-même un nouveau mode d’élection que « in casu » si la nécessité l’y contraignait. Principalement, à la différence de l’Église veuve, en qui ce pouvoir ne réside que secondairement (n. 737). Pendant la vacance du siège apostolique, ni l’Église ni le concile ne sauraient contrevenir aux dispositions prises pour déterminer le mode valide de l’élection (De comparatione auctoritatis papæ et concilii, cap. XIII, n. 202). Cependant, en cas de permission, par exemple si le pape n’a rien prévu qui s’y oppose, ou en cas d’ambiguïté, par exemple si l’on ignore quels sont les vrais cardinaux, ou qui est vrai pape, comme cela s’est vu au temps du grand schisme, le pouvoir « d’appliquer la papauté à telle personne » est dévolu à l’Église universelle, à l’Église de Dieu (Ibid., n. 204).

Cajetan affirme ensuite que le pouvoir d’élire le pape réside formellement – c’est-à-dire, au sens aristotélicien, comme apte à procéder immédiatement à l’acte d’élection – dans l’Église romaine [5], en comprenant dans l’Église romaine les cardinaux-évêques [6] qui sont en quelque sorte les suffragants de l’évêque de Rome. C’est pourquoi, selon l’ordre canonique prévu, le droit d’élire le pape appartiendra de fait aux cardinaux seuls (Apologia, cap. XIII, n. 742). C’est pourquoi encore, quand les dispositions du droit canonique seraient irréalisables, ce serait aux membres certains de l’Église de Rome qu’il appartiendrait d’élire le pape. À défaut du clergé de Rome, ce serait à l’Église universelle, dont le pape doit être l’évêque (Ibid., nn. 741 et 746).

IV.   Les modes historiques de l’élection. — Si le pouvoir d’élire le pape appartient, de par la nature des choses, et donc de par le droit divin, à l’Église prise avec son chef, le mode concret dont se fera l’élection, dit Jean de Saint-Thomas, n’a nulle part été marqué dans l’Écriture : c’est le simple droit ecclésiastique qui déterminera quelles personnes dans l’Église pourront validement procéder à l’élection.

Au cours du temps ont pris part à l’élection, à des titres divers : le clergé romain (par un titre qui semble premier et direct), le peuple (mais pour autant qu’il donnait son consentement et son approbation à l’élection faite par le clergé), les princes séculiers (soit d’une manière licite en donnant simplement leur consentement et leur appui à l’élu ; soit d’une manière abusive en interdisant, comme fit Justinien, que l’élu fût consacré avant l’approbation de l’empereur), enfin les cardinaux, qui sont les premiers des clercs romains, en sorte que c’est au clergé romain qu’aujourd’hui l’élection du pape est de nouveau confiée. Cf. Jean de Saint-Thomas, in IIa-IIæ, q. 1 art. 7 ; disp. 2, a. 1, nn. 21 sqq., t. VII, pp. 223 sqq. On trouvera dans le Dictionnaire de théologie catholique, article Élection des papes, un exposé historique des diverses conditions dans lesquelles les papes ont été élus.

La constitution Vacante sede apostolica, de Pie X [7], du 25 décembre 1904, prévoit trois modes d’élection : a)  par inspiration, quand les cardinaux, sous le souffle de l’esprit [8], proclament unanimement le souverain pontife ; b)  par compromis, quand les cardinaux conviennent d’abandonner l’élection à trois, ou cinq, ou sept d’entre eux ; c)  par scrutin, quand les deux tiers des voix sont obtenus, sans que l’élu puisse jamais voter pour lui (nn. 55 à 57) [9].

V.   Validité et certitude de l’élection. — L’élection, fait remarquer Jean de Saint-Thomas, peut être invalide lorsqu’elle est faite par des personnes non qualifiées, ou lorsque, faite par des personnes qualifiées, elle pécherait par vice de forme ou porterait sur un sujet inapte, par exemple un dément ou un non baptisé.

Mais l’acceptation pacifique de l’Église universelle s’unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l’Église engage sa destinée. C’est donc un acte de soi infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. (Conséquemment et médiatement, il apparaîtra que toutes les conditions prérequises à la validité de l’élection ont été réalisées.)

L’acceptation de l’Église s’opère soit négativement, lorsque l’élection n’est pas aussitôt combattue ; soit positivement, lorsque l’élection est d’abord acceptée par ceux qui sont présents et progressivement par les autres. Cf. Jean de Saint-Thomas, in IIa-IIæ, q. 1 art. 7 ; disp. 2, a. 2, nn. 1, 15, 28, 34, 40 ; t. VII, pp. 228 sqq.

L’Église possède le droit d’élire le pape, et donc le droit de connaître avec certitude l’élu. Tant que persiste le doute sur l’élection et que le consentement tacite de l’Église universelle n’est pas venu remédier aux vices possibles de l’élection, il n’y a pas de pape, papa dubius, papa nullus. En effet, fait remarquer Jean de Saint-Thomas, tant que l’élection pacifique et certaine n’est pas manifeste, l’élection est censée durer encore. Et comme l’Église a un plein droit non point sur le pape certainement élu, mais sur l’élection elle-même, elle peut prendre toutes les mesures nécessaires pour la faire aboutir. L’Église peut donc juger du pape douteux. C’est ainsi, continue Jean de Saint-Thomas, que le concile de Constance a jugé des trois papes douteux d’alors, dont deux furent déposés et dont le troisième renonça au pontificat. Loc. cit., a. 3, nn. 10 & 11 ; t. VII, p. 254.

Pour parer à toutes les incertitudes pouvant affecter l’élection, la constitution Vacante sede apostolica conseille à l’élu de ne pas refuser une charge que le Seigneur l’aidera à porter (n. 86) ; et elle stipule qu’aussitôt après l’élection accomplie canoniquement, le cardinal doyen doit demander au nom de tout le sacré collège le consentement de l’élu (n. 87). « Ce consentement donné, – s’il en était besoin, dans un délai fixé par la prudence des cardinaux et à la majorité des voix – l’élu, sur-le-champ, est vrai pape, possède en acte et peut exercer la juridiction pleine et absolue sur tout l’univers » (n. 88).

VI.   Sainteté de l’élection. — On ne veut pas dire par ces mots que l’élection du pape se fait toujours par une infaillible assistance, puisqu’il est des cas où l’élection est invalide, où elle demeure douteuse, où elle reste donc en suspens. On ne veut pas dire non plus que le meilleur sujet soit nécessairement choisi.

On veut dire que, si l’élection est faite validement (ce qui, en soi, est toujours un bienfait), même quand elle résulterait d’intrigues et d’interventions regrettables (mais alors ce qui est péché restera péché devant Dieu), on est certain que l’Esprit-Saint, qui, par-delà les papes, veille d’une manière spéciale sur son Église, utilisant non seulement le bien, mais encore le mal qu’ils peuvent faire, n’a pu vouloir, ou du moins permettre cette élection que pour des fins spirituelles, dont la bonté ou bien se manifestera parfois sans tarder dans le cours de l’histoire, ou bien sera gardée secrète jusqu’à la révélation du dernier jour. Mais ce sont là des mystères dans lesquels la foi seule peut pénétrer.

Signalons ce passage de la constitution Vacante sede apostolica, au n. 79 : « Il est manifeste que le crime de simonie, odieux à la fois selon le droit divin et humain, a été absolument condamné dans l’élection du pontife romain. Nous le réprouvons et le condamnons de nouveau, et nous frappons les coupables d’une peine d’excommunication encourue ipso facto. Toutefois, nous annulons la mesure par laquelle Jules II et ses successeurs ont invalidé les élections qui seraient simoniaques (ce dont Dieu nous préserve !), afin d’écarter tout prétexte de contester la validité de l’élection du pontife romain. »

 

Reconnaissance par l’Église

La reconnaissance d’un pape par l’Église, l’acceptation pacifique de l’Église universelle, est donc décisive pour le discernement de cette vérité qui importe beaucoup à la foi : X est-il vraiment pape ? Grâce à elle, une extrême confusion ou une succession douteuse ne sont pas des situations sans issue. Cette reconnaissance n’est cependant pas la panacée, et il faut préciser quel est son effet.

1.   Il faut d’abord que le fait soit avéré, que cette reconnaissance soit réelle ; une reconnaissance purement extérieure ou mondaine ne saurait avoir cet effet.

Pour illustrer cela, observons le cas de Benoît XVI. Sa reconnaissance planétaire n’entraîne-t-elle pas automatiquement (à titre de cause – nous verrons en quel sens il faut l’entendre – ou à celui de signe) la réalité de son autorité pontificale ?

Il me semble clair que rares sont les personnes qui reconnaissent Benoît XVI : les modernistes ne le reconnaissent pas parce qu’ils ne savent pas ce qu’est un Pape ni ce qu’est la vie théologale ; les tradis de tout poil parce qu’ils ont de l’autorité une conception profondément gauchie ; les saint-pierre parce qu’ils adhèrent comme couverture canonique à leur Benoît XVI soigneusement sélectionné, tout comme les conciliaires pieux (mais ce n’est pas la même sélection). Benoît XVI ? c’est chacun le sien ! Chacun fait abstraction de la partie gênante (à son point de vue) : c’est bien pratique (sauf pour demeurer catholique). Car, en vérité, qui reconnaît en Benoît XVI la règle vivante de la foi, la source de toute juridiction, le principe de l’unité catholique ? Bien peu de monde a, à l’égard de Benoît XVI, l’attitude théologale que les catholiques doivent avoir, et avaient en leur temps à l’égard de Pie XII ou de Grégoire XVI.

L’argument : Benoît XVI ne peut pas ne pas être le vrai Pape, parce que l’Église le reconnaît comme tel est sans portée, non à cause du principe invoqué, mais de l’évanescence du fait allégué.

2.   Une avérée reconnaissance pacifique par l’Église universelle peut, de l’élection, guérir les défauts d’ordre juridique ; elle opère la sanatio in radice [10] d’une élection qui pourrait demeurer entachée de tel vice.

Mais une telle reconnaissance ne peut rien pour guérir les défauts qui s’opposent par la nature des choses (et non par une simple carence juridique) à la possession de l’autorité de Jésus-Christ : mort, démission, folie, appartenance à la gent féminine ; tout particulièrement les défauts qui ressortissent à l’ordre théologal : hérésie, schisme, ou encore défaut d’intention habituelle de procurer le bien de l’Église (qui se manifeste par un ensemble d’actes incompatible [au regard de la foi] avec l’assistance habituelle du Saint-Esprit, ou par des actes ponctuels incompatibles avec l’infaillibilité).

Cela se déduit de l’enseignement de Paul IV dans sa bulle Cum ex Apostolatus du 15 février 1559. Les dispositions canoniques de cette bulle qui n’ont pas été reprises par Benoît XV dans le Droit Canon n’ont plus force de loi ; il semble bien difficile, dans l’état actuel des choses (absence de proclamation de la foi catholique par le Magistère) d’en faire une application concrète ; mais le substrat dogmatique demeure : Paul IV admet positivement la possibilité qu’un Pape soit universellement reconnu comme tel, et qu’il ne le soit pas en réalité.

Ainsi saint Alphonse de Liguori, dans le texte cité au début de cette étude, envisage une adhésion universelle qui n’est pas vraie : « Si pendant un certain temps il n’avait pas été accepté vraiment et universellement par l’Église, pendant ce temps alors le Siège pontifical aurait été vacant, comme il est vacant à la mort du Pape. »

Ainsi de même Mgr Lefebvre [11] déclarait le 6 octobre 1978, entre Jean-Paul Ier et Jean-Paul II : « Un Pape digne de ce nom et vrai successeur de Pierre ne peut pas déclarer qu’il se donnera à l’application du Concile et de ses Réformes. Il se met, par le fait même, en rupture avec tous ses prédécesseurs et avec le Concile de Trente en particulier » (Itinéraires n. 233 p. 130).

 

Une perspective théologale

Dans la situation où nous nous trouvons, c’est donc le point de vue de la foi qui est primordial et décisif. Si celui-ci est satisfait, si notre foi exercée peut reconnaître – avec certitude et stabilité – en celui qui se trouvera de fait sur le Siège apostolique le Vicaire de Jésus-Christ, alors il ne faudra pas s’arrêter aux aspects juridiques qu’on pourrait lui opposer : ceux-ci sont secondaires et guérissables par la reconnaissance de l’Église universelle.

Qu’est-ce qui pourra satisfaire la vertu de foi ? Quelle crédibilité théologale devra apporter un élu pour qu’on puisse adhérer surnaturellement à son autorité ? Voici quelques éléments.

En Benoît XVI, deux séries d’actes offensent la foi au point de rendre impossible la reconnaissance de l’autorité en lui : des actes personnels (visites de mosquées et synagogues etc.) et des actes (ou maintien d’actes) ayant valeur permanente (enseignements de Vatican II, réforme liturgique, etc.). Si les premiers pourraient être oubliés sans être explicitement désavoués, il ne peut pas en être de même des seconds, dont l’Église doit être débarrassée – tout de suite, pour ceux qui sont directement incompatibles avec la foi (avec l’autorité pontificale) ; en sérieux commencement d’exécution pour tout le fatras qui amollit, détourne, édulcore la vie chrétienne. C’est bien là un minimum.

—   Mais il y a un préjugé favorable à l’autorité ! Ne faut-il pas la reconnaître tout de suite, quitte à revenir en arrière par la suite ?

—   Qu’il doive y avoir un préjugé favorable à l’autorité, que tout doute lui profite, c’est une chose bien vraie, sans laquelle l’exercice de n’importe quelle autorité serait impossible. Mais il s’agit de l’autorité déjà constituée, déjà en possession certaine de sa légitimité.

Nous sommes dans un cas tout différent. Nous sommes dans un cas où l’on doit présumer de la continuité, d’abord parce que c’est là chose naturelle en toute succession ; ensuite puisqu’une rupture avec l’antérieur récent – une rupture avec la rupture – est nécessaire : et pour la possession de l’autorité, et pour la guérison de l’élection. En attendant la certitude de cette rupture, nous serons dans le cas envisagé par les théologiens et canonistes, dont voici l’expression.

« Tertio neque erit schismaticus, qui negat pontifici subjectionem, quia probabiliter dubitat de ejus electione legitima vel de ejus potestate… » Celui qui refuse d’être soumis au Pontife [romain] ne sera pas schismatique, si c’est parce qu’il doute sérieusement de la légitimité de son élection ou de son pouvoir (Lugo [12], Disputationes de virtute fidei divinæ, disp. XXV, sect. III, nn. 35-38).

Le très réputé traité de droit canonique Wernz-Vidal, après avoir rappelé que toute juridiction est nécessairement une relation entre le supérieur (ayant droit à l’obéissance) et le sujet (ayant le devoir d’obéir), et que la loi de l’obéissance, comme toute autre loi, n’oblige que si elle est certaine, en tire la conséquence qu’il ne peut y avoir d’obligation d’obéir à un pape dont l’élection serait, pour quelque cause sérieuse, douteuse : « Si le fait de l’élection du successeur de saint Pierre est douteux, la promulgation [de la loi générale disant qu’il faut lui obéir] est douteuse At si factum legitimæelectionis successoris S. Petri dubie est probatum, dubia est promulgatio. » Il ajoute : « Bien plus, il serait téméraire d’obéir à un tel homme qui n’a pas prouvé le titre de son droit. On ne peut pas invoquer le principe de possession, car il s’agit d’un Pontife romain qui n’est pas encore en possession pacifique. En conséquence, le droit de commander n’existe pas en cet homme, c’est-à-dire qu’il n’a pas la juridiction pontificale — Imo temerarium esset tali viro obedire, qui titulum sui juris non probavit. Neque ad principium possessionis provocari potest ; agitur enim de Romano Pontifice, qui nondum est in pacifica possessione. Consequenter in illo viro non existit jus præcipiendi, i.e. caret jurisdictione papali. » (Wernz-Vidal, ed. 1928, tome ii, n. 454)

 

Très douce Vierge Marie,

en cette heure grave du pèlerinage terrestre de la sainte Église catholique, vos enfants se tournent vers vous avec confiance. Après avoir imploré le Saint-Esprit, ils vous demandent d’intercéder pour que soit rendue à l’Église bien-aimée sa splendeur : que tous trouvent en elle la vraie foi, la sainte loi de votre divin Fils, et les sacrements qui donnent la grâce de les accomplir.

Notre-Seigneur a promis l’immortalité à son Église : ce n’est pas pour elle que notre cœur est dans l’angoisse, mais pour nous-mêmes, pauvres pécheurs. Accordez-nous la grâce d’un juste discernement, d’une parfaite fidélité, d’une volonté sans faille de vivre de la foi, de l’espérance et de la charité, afin que sur terre nous puissions travailler pour l’honneur de Dieu, et qu’au ciel nous puissions vous contempler dans sa gloire. Ainsi soit-il.


Ne pas se soustraire à la volonté de Dieu

La volonté de Dieu est infiniment sainte, et elle est toujours réalisée parce qu’aucune puissance créée ne peut s’opposer à son accomplissement. Cette volonté arrivera avec nous, et ce sera pour notre salut ; ou elle arrivera malgré nous, et ce sera pour notre perte.

Cependant, cette volonté divine est souvent conditionnelle : Dieu en subordonne l’exécution à des conditions que nous devons remplir. C’est ce qui rend raison de l’efficacité de la prière. Par une miséricorde infiniment gratuite, de toute éternité et de façon immuable, Dieu a décidé d’accorder sa grâce à qui la lui demanderait dans une prière humble, confiante et persévérante. Cela est d’autant plus remarquable que le fait de prier est lui-même déjà une grâce (et non pas, comme nous avons une fâcheuse tendance à le croire, une faveur que généreusement nous concédons à Dieu !). En fait, Dieu répand avec une largesse admirable la grâce de la prière, et à celui qui prie il accorde les autres grâces nécessaires au salut, ainsi que d’autres bienfaits selon son bon plaisir. Il arrive aussi que Dieu donne sa grâce à qui n’en avait cure (comme dans la conversion de saint Paul), mais cela ressortit à l’ordre du miracle puisque Dieu agit alors en dehors de sa disposition providentielle générale.

Nous devons donc prier et nous efforcer d’ôter tous les obstacles que notre malice ou notre négligence opposent à la volonté de Dieu et, si celle-ci est conditionnelle, en empêchent la réalisation. Pour la restauration de l’ordre que nous désirons plus que tout au monde…

I.  Le premier obstacle est la faiblesse de notre prière. Nous prions peu, trop peu ; nous sommes vite satisfaits, ou fatigués, ou négligents, malgré le commandement de Notre-Seigneur : Il faut toujours prier et ne jamais se lasser [Luc. XVIII, 1].

Nous prions sans foi, sans conviction, sans véritable désir de la grâce de Dieu (parce que nous pressentons qu’elle sera copieusement exigeante à notre égard), et là encore nous oublions la parole infaillible de Jésus-Christ :

C’est pourquoi je vous dis : Quoi que ce soit que vous demandiez en priant, croyez que vous le recevrez, et cela vous arrivera [Marc. XI, 24].

En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite [Jo. XVI, 23-24].

Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : Pourquoi n’avons-nous pas pu le chasser ? Jésus leur dit : À cause de votre incrédulité. Car en vérité, je vous le dis, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici à là, et elle s’y transporterait ; et rien ne vous serait impossible [Matth. XVII, 18-19].

II.  Le second obstacle est la diminution de la vérité. C’est déjà la plainte du psalmiste : Sauvez-moi, Seigneur, car il n’y a plus de saint, car les vérités ont été diminuées par les enfants des hommes [Ps. XI, 2].

Cette diminution est double. D’abord, nous ne croyons pas à la puissance de la vérité. Nous imaginons toujours que les habiletés de langage, les silences calculés, affirmations téméraires et les exagérations produiront un effet salutaire, et il n’en est évidemment rien : c’est notre lâcheté qui nous aveugle, c’est notre paresse à étudier la doctrine qui nous flatte.

Dom Guéranger note avec un merveilleux à-propos : « Il y a une grâce attachée à la confession pleine et entière de la foi. Cette confession, nous dit l’Apôtre, est le salut de ceux qui la font, et l’expérience démontre qu’elle est aussi le salut de ceux qui l’entendent. Soyons catholiques, et rien autre chose que catholiques » (Jésus-Christ Roi de l’histoire).

La seconde diminution consiste en un très fréquent mélange de la vérité et de l’erreur : on veut s’opposer à la révolution conciliaire, et on fait bien. Mais on fait feu de tout bois, sans auparavant faire le tri entre le vrai et le faux, entre le douteux et le certain, entre le doctrinal et le ad hominem. Et surtout on ne veut pas faire ce tri selon le seul critère adéquat : l’enseignement de l’Église dans son magistère et dans sa pratique.

La génération de ceux qui ont commencé à refuser les réformes conciliaires et à organiser la résistance aux erreurs modernistes a hâtivement bâti des digues pour s’opposer au déferlement des nouveautés qui menaçaient la foi et la vie chrétienne, et elle a eu beaucoup de mérite à le faire. Comme il était presque inévitable, parmi les matériaux dont étaient composées ces digues se trouvaient quelques arguments approximatifs, partiels, bancals, fautifs. On n’y prenait pas garde : l’important était l’efficacité immédiate ; il ne fallait pas se laisser submerger ni emporter.

Là où les choses commencent à se gâter, c’est quand, après la première ligne de défense, on n’a pas pris un peu de recul ni examiné lesdits arguments, pour les étayer, pour les rectifier, pour les retirer si nécessaire ; en tout cas pour les juger à l’aune de la doctrine pérenne de l’Église – car nous ne pouvons défendre l’Église que par sa doctrine, nous ne pouvons pas lutter pas contre l’erreur par d’autres erreurs.

C’est le contraire qui est arrivé ; et voilà que des arguments ad hominem, parfois empruntés à l’ennemi, ont été érigés en vérités permanentes, en doctrines obligatoires. Une ou deux générations après, on n’a même plus l’idée qu’il puisse y avoir, au milieu ce corps de doctrine qu’on a hérité, des erreurs – et mêmes des erreurs graves qui mettent la foi en cause.

Il faut absolument en revenir, et le faire par amour de la vérité elle-même : non pas pour être le plus dur de chez dur (il n’y a guère de cause plus puissante d’aveuglement) ni pour aller dans le sens de son caractère ou pour canoniser sa propre façon de faire, mais pour se conformer au plus près à la doctrine catholique — sans s’arroger une quelconque autorité pour s’en croire le dépositaire magistral.

C’est un travail d’étude, de renoncement et de perpétuelle rectification tant de son intelligence que de sa volonté : c’est un travail de méditation priante et adorante, qui fait entrer l’esprit sous la motion du Saint-Esprit.

III.  Le troisième obstacle est malheureusement pullulaire et épidémique : il s’agit des consécrations épiscopales sans mandat apostolique. Ne croyez pas que je fais une fixation causée par je ne sais quelle résistance cachée à la grâce ou par une humeur atrabilaire. C’est un problème autrement grave parce qu’il est le fruit de ce que Pie XII a qualifié de « graves attentats contre la discipline et l’unité de l’Église » [Ad Apostolorum Principis, 29 juin 1958]. Comment imaginer travailler à cette unité, comment se disposer à reconnaître cette unité, si l’on ne répudie pas ce qui s’y attaque de façon vitale ?

Une comparaison me fera comprendre. Le chanoine Joseph-Marie Timon-David (1823-1891) [13], fondateur de l’Œuvre du Sacré-Cœur pour la jeunesse ouvrière, a écrit un Traité de la confession des enfants et des jeunes gens en trois volumes, qui est empli d’une sagesse toute surnaturelle et d’une expérience longuement méditée.

Lorsqu’il traite de ce qu’il nomme les dangers de la confession – mais cela concerne également tous les éducateurs, légitimes ou auto-proclamés – il écrit un paragraphe formidable pour ceux qui se laissent aller à des affections mal réglées (sans même parler de celles qui seraient peccamineuses).

« Dieu est jaloux, dis-je : zelotes Dominus (Ex. XXXIV,  14). La moindre affection, quand elle est trop naturelle, suffit à l’irriter contre nous, et le premier châtiment qui va nous atteindre, c’est la perte presque certaine de ces enfants que nous avons trop aimés. Dieu semble nous dire : “Cet enfant est à moi ; je te l’avais confié, mais pour moi, mais pour me le conduire par tous les moyens en ton pouvoir par tous les dons que je t’avais si abondamment prodigués. Au lieu de cela, tu l’as gardé. Eh bien, il ne sera ni pour toi ni pour moi.” Quelle terrible punition… » [7e édition, 1892, t. I, pp. 78-79].

Il y a de quoi frémir. Il y a une vraie analogie avec les sacres sans mandat. Dieu est jaloux de son Église : il s’en est réservé la constitution, l’unité hiérarchique et l’indéfectibilité ; c’est lui et lui seul qui peut les produire. Aussi il semble nous dire : « Puisque vous avez entrepris de vouloir vous-mêmes pourvoir à la pérennité de mon Église, puisque vous avez usurpé ce qui n’appartient qu’à moi, puisque vous avez attenté à l’unité du Corps mystique de mon Fils, eh bien je vous laisse vous débrouiller et vous serez dans l’indigence et dans l’aveuglement. »

Ce fut la triste aventure arrivée à Saül. En guerre contre les Philistins, il attendait impatiemment la venue de Samuel pour l’offrande du Sacrifice destiné à implorer le soutien de la puissance divine. Et Samuel ne venait pas… Alors il se décida à offrir lui-même l’holocauste, usurpant l’office sacerdotal. Juste après cette offrande sacrilège, Samuel arriva. Pour se justifier, Saül argua qu’il avait été pressé par la nécessité (qui de fait était grande : les Hébreux désertaient de l’armée et l’ennemi se faisait très pressant). Necessitate compulsus, obtuli holocaustum. La nécessité : les prétextes ne varient guère ! Samuel lui rétorqua au nom de Dieu : « Vous avez agi follement, et vous n’avez point observé les ordres que le Seigneur votre Dieu vous avait donnés. Si vous n’aviez pas fait cette faute, le Seigneur aurait maintenant affermi à jamais votre règne sur Israël ; mais votre règne ne subsistera pas à l’avenir » [I Reg. XII, 7-14].

Ce fut aussi la triste aventure du peuple hébreu tout entier dans le désert. Pour n’avoir pas fait confiance en Dieu qui leur ouvrait la terre promise que quelques explorateurs avaient visitée, et pour s’être laissés apeurer par des considérations humaines, il fut condamné à errer dans le désert jusqu’à ce que tous ceux qui étaient sortis de la terre d’Égypte fussent morts [Num. XIII, 31-xiv, 30].

« Cependant un murmure commençant à s’élever contre Moïse, Caleb fit ce qu’il put pour l’apaiser, en disant : Allons et assujettissons-nous ce pays, car nous pouvons nous en rendre maîtres. Mais les autres qui y avaient été avec lui disaient au contraire : Nous ne pouvons pas combattre ce peuple, parce qu’il est plus fort que nous. Et ils décrièrent devant les enfants d’Israël le pays qu’ils avaient vu, en disant : La terre que nous avons été considérer dévore ses habitants ; le peuple que nous y avons trouvé est d’une taille extraordinaire. Nous avons vu là des hommes qui étaient comme des monstres, des fils d’Enac de la race des géants, auprès desquels nous paraissions que comme des sauterelles.

« Tout le peuple se mit donc à crier, et pleura toute la nuit, et tous les enfants d’Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, en disant : Plût à Dieu que nous fussions morts en Égypte ! Et puissions-nous périr dans cette vaste solitude, plutôt que d’être introduits par le Seigneur dans ce pays-là, de peur que nous ne mourions par l’épée, et que nos femmes et nos enfants ne soient emmenés captifs ! Ne vaut-il pas mieux que nous retournions en Égypte ? Ils commencèrent donc à se dire l’un à l’autre : Nommons-nous un chef, et retournons en Égypte.

« Moïse et Aaron, ayant entendu cela, se prosternèrent en terre à la vue de toute la multitude des enfants d’Israël. Mais Josué, fils de Nun, et Caleb, fils de Jéphoné, qui avaient aussi eux-mêmes exploré le pays, déchirèrent leurs vêtements, et dirent à toute l’assemblée des enfants d’Israël : Le pays dont nous avons fait le tour est très bon. Si le Seigneur nous est favorable, il nous y fera entrer, et il nous donnera cette terre où coulent le lait et le miel. Ne vous rendez point rebelles contre le Seigneur ; et ne craignez pas le peuple de ce pays-là, parce que nous pouvons le dévorer comme un morceau de pain. Ils sont destitués de tout secours ; le Seigneur est avec nous, ne craignez point.

« Alors tout le peuple jetant de grands cris et voulant les lapider, la gloire du Seigneur parut à tous les enfants d’Israël sur le tabernacle de l’alliance. Et le Seigneur dit à Moïse : Jusques à quand ce peuple m’outragera-t-il par ses paroles ? Jusques à quand ne me croira-t-il point, après tous les miracles que j’ai faits devant leurs yeux ? Je les frapperai donc de peste, et je les exterminerai ; et pour vous, je vous établirai prince sur un autre peuple plus grand et plus fort que n’est celui-ci.

« Moïse répondit au Seigneur : Vous voulez donc que les Égyptiens, du milieu desquels vous avez tiré ce peuple, et que les habitants de ce pays, qui ont entendu dire, Seigneur, que vous habitiez au milieu de ce peuple, que vous y êtes vu face à face, que vous les couvrez de votre nuée, et que vous marchez devant eux pendant le jour dans une colonne de nuée, et pendant la nuit dans une colonne de feu ; vous voulez qu’ils apprennent que vous avez fait mourir une si grande multitude comme un seul homme, et qu’ils disent : Il ne pouvait faire entrer ce peuple dans le pays qu’il leur avait promis avec serment ; c’est pourquoi il les a fait tous mourir dans le désert. Que le Seigneur fasse donc éclater la grandeur de sa puissance, selon que vous l’avez juré, en disant : Le Seigneur est patient et plein de miséricorde ; il efface les iniquités et les crimes, et il ne laisse impuni aucun coupable, visitant les péchés des pères dans les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération. Pardonnez, je vous supplie, le péché de ce peuple selon la grandeur de votre miséricorde, de même que vous leur avez été favorable depuis leur sortie d’Égypte jusqu’en ce lieu.

« Le Seigneur lui répondit : Je leur ai pardonné, selon que vous me l’avez demandé. Je jure par moi-même que toute la terre sera remplie de la gloire du Seigneur. Mais tous les hommes qui ont vu l’éclat de ma majesté, et les miracles que j’ai faits en Égypte et dans le désert, et qui m’ont déjà tenté dix fois différentes, et n’ont point obéi à ma voix, ne verront pas la terre que j’ai promise à leurs pères avec serment ; et nul de ceux qui m’ont outragé par leurs paroles ne la verra.

« Quant à Caleb mon serviteur, qui, étant plein d’un autre esprit, m’a suivi, je le ferai entrer dans cette terre qu’il a parcourue, et sa race la possédera. Comme les Amalécites et les Chananéens habitent dans les vallées voisines, décampez demain, et retournez dans le désert par le chemin de la mer Rouge.

« Le Seigneur parla encore à Moïse et à Aaron, et leur dit : Jusques à quand ce peuple impie et ingrat murmurera-t-il contre moi ? J’ai entendu les plaintes des enfants d’Israël. Dites-leur donc : Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que je vous traiterai selon le souhait que je vous ai entendu faire. Vos cadavres seront étendus dans ce désert. Vous tous qui avez été dénombrés depuis l’âge de vingt ans et plus, et qui avez murmuré contre moi, vous n’entrerez point dans cette terre, dans laquelle j’avais juré que je vous ferais habiter, excepté Caleb, fils de Jéphoné, et Josué, fils de Nun. »

Y aura-t-il un Moïse pour intercéder pour tous ceux qui auront imité les Hébreux disant « Nommons-nous un chef » (les réactions ne changent guère !) pour prendre la place de l’élu de Dieu ?

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Notes

[1]  Niente ancora importa che ne’ secoli passati alcun pontefice sia stato illegittimamente eletto, o fraudolentemente siasi intruso nel pontificato ; basta che poi sia stato accettato da tutta la chiesa come papa, attesoché per tale accettazione già si è renduto legittimo e vero pontefice. Ma se per qualche tempo non fosse stato veramente accettato universalmente dalla chiesa, in tal caso per quel tempo sarebbe vacata la sede pontificia, come vaca nella morte de’ pontefici. Così neppure importa che in caso di scisma siasi stato molto tempo nel dubbio chi fosse il vero pontefice ; perché allora uno sarebbe stato il vero, benché non abbastanza conosciuto ; e se niuno degli antipapi fosse stato vero, allora il pontificato sarebbe finalmente vacato.

[2]  Thomas de Vio, cardinal Cajetan, dominicain (1468-1534), spécialement chargé par le Pape de combattre l’hérésie luthérienne.

[3]  Jean Poinsot, en religion Jean de Saint-Thomas (1589-1664), dominicain qui fut un des plus grands et des plus féconds commentateurs de saint Thomas d’Aquin.

[4]  De plein droit, et sans qu’aucune déclaration spéciale soit requise.

[5]  Désigne ici le diocèse de Rome.

[6]  Évêques des diocèses de la province de Rome, dits diocèses suburbicaires.

[7]  Saint Pie  X a été canonisé de 29 mai 1954. Journet semble l’ignorer, tout comme il semble ignorer la constitution de Pie  XII (voir note 9 ci-dessous). Ce n’est pas très sérieux !

[8]  Saint Pie  X dit plus chrétiennement : du Saint-Esprit.

[9]  Cette constitution de saint Pie  X a été remplacée le 8 décembre 1945 par la constitution apostolique Vacantis Apostolicæ Sedis. Pie  XII y a modifié la disposition mentionnée ici : il faut, pour être élu, obtenir les deux tiers des voix plus une, et on ne s’assure plus que l’élu n’a pas voté pour lui-même.

[10]  Guérison dans la racine.

[11]  Je ne le cite pas comme une auctoritas, mais parce qu’il ne faut pas oublier.

[12]  Juan Cardinal de Lugo (1583-1660). Saint Alphonse de Liguori le tient pour « le plus grand savant en théologie scolastique et morale qui ait paru depuis saint Thomas d’Aquin ».

[13]  Il écrivait dans son Testament spirituel du 19 mars 1885 : « Soyez toujours catholiques sans aucune épithète, catholiques avec le Pape et comme le Pape. »

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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Bernard R 11/03/2013 13:10


Monsieur l`Abbe,


Merci de votre forum toujours passionnant et que l`actualite de la papaute
romaine fait vivre. Je voudrais revenir en particulier sur cette citation que vous faites de St Alphonse de Ligori : "il suffit qu’il ait été accepté ensuite comme Pape par toute l’Église,
car de ce fait il est devenu le vrai Pontife. Mais si pendant un certain temps il n’avait pas été accepté vraiment et universellement par l’Église, pendant ce temps alors le Siège pontifical
aurait été vacant, comme il est vacant à la mort du Pape".


(saint Alphonse de Liguori, Verità della fede, troisième partie, c.
8.)


 


Cette citation ouvre dangereusement la porte au doute (en ce qui me concerne en
tous les cas)... elle se replace egalement sans doute dans un contexte bien different du notre.


"accepte comme Pape par toute l`Eglise ...devenu de ce fait le vrai Pontife."
j`observe que malgre le concile et la possible illegitimite des derniers Papes, ils ont cependant ete acceptes par l`Eglise (voire meme plus que l`Eglise !) et sont donc de ce fait devenus
Papes ? Ils sont donc devenus legitimes ?


 


"Mais si pendant un certain temps il n`avait pas ete accepte ..." - qu`entend
t`-on par "certain temps" ? N`est ce pas un peu vague ? Comme vous l`ecrivez plus bas, n`est t-il pas dangereux de se contenter du flou ? Un «certain temps» correspond-t-il a quelques jours,
quelques mois ou quelques siecles ?


Certaines periodes de l`histoire de l`Eglise demeurent un peu floues et la
legitimite de certains conciles reste (reconnaissons-le) discutable. La position de St Alphonse de L. ne permet-elle pas un peu rapidement (c`est mon avis) de clore un sujet
delicat ?


Sommes-nous si surs, Eglise catholique romaine en 2013, que les precedents
conciles aient ete plus legitimes que le dernier ou que les derniers papes soient plus illegitimes que la descendance romaine depuis le Concile de Constance ?


 


Le debat est vaste, j`en suis consciens, merci de m`eclairer a ce
sujet.


Bernard Rouault

Abbé Hervé Belmont 12/03/2013 13:21



Cher Bernard,


ce que veut dire saint Alphonse, et ce qui est la raison pour laquelle je le cite, c'est que c'est la foi qui prime : l'adhésion de l'Eglise universelle à tel Pape
est de l'ordre de la foi, et cela peut réparer les accrocs ou les insuffisances juridiques qu'ont pourrait discerner dans le processus de l'élection.


Saint Bernard avait entrepris une « tournée des popottes » pour faire reconnaîtres Eugène III comme Pape à un moment où ls étaient deux à revendiquer le Siège
apostolique ; et saint Bernard de fondait principalement sur le fait que son poulain était vertueux, à la différence de l'autre. Il n'argumentait pas de façon juridique et a posteriori (le cas
était ardu voire insoluble), il agissait pour faire adhérer l'Eglise à un candidat en situation d'être reconnu. Ett il a réussi, ce qui a fait d'Eugène III un vrai Pape.


Dans la situation où nous nous trouvons, s'il nous est donné un Pape qui professe la foi catholique, condamne les erreurs de Vatican II (etc.), il sera inutile,
néfaste (et pis encore) d'examiner la validité de l'élection et des cardinaux qui l'auront accomplie : cela sera ipso facto réparé.


Lorsque les catholiques adhèreront dans la foi à tel élu, l'élu en question sera le Pape parce qu'il est impossible que l'Eglise adhère à une fausse règle de foi.
Mais, précisément, ilfaut que les catholiques adhèrent à lui en tant qu'il est règle vivante de la foi catholique – ce que personne ne faisait plus depuis Vatican II. 


C'est cela qui nous importe et que nous ne devons pas perdre de vue : la foi prime, la foi répare, la foi assure la continuité. Il faut beaucoup prier.



François 01/03/2013 23:48


 


Monsieur l'Abbé,


 


Vous écrivez ci-dessus : "La nullité juridique devant laquelle nous nous trouvons n’est pas insurmontable, et si
le Bon Dieu nous accorde un élu catholique – vraiment catholique – ces questions se résoudront d’elles-mêmes en ce sens qu’il y aura une sanatio in radice par la vertu de l’adhésion de
l’Église (même si un groupement majoritaire fait sécession)."


 


Cette réflexion est intéressante. Mais la situation n'est-elle pas plus simple ? J'ai tendance à
penser qu'en vertu de la suppléance de juridiction prévue par le Code de droit canon (can. 209), les "papes" qui se sont succédés depuis Vatican II, bien que dépourvus de tout pouvoir de
juridiction, ont néanmoins nommé de vrais électeurs du pape (les "cardinaux"), et qu'ainsi toutes les élections pontificales que nous avons connues depuis, sont valides.


 


Je serais intéressé de connaitre votre avis à ce sujet.


 


Avec mes sentiments respectueux.

Abbé Hervé Belmont 02/03/2013 09:52



Cher François,


Je vous remercie de vouloir bien intervenir pour donner votre sentiment.


Il me semble cependant que le problème est plus complexe que vous ne l'imaginez.


Tout d'abord l'élection d'un pape n'est pas un acte de juridiction : la suppléance induite par l'erreur commune ou par le doute ne saurait donc s'exercer en l'occurrence. Ce n'est pas ce que vous
affirmez, d'ailleurs, mais il convient de le noter.


Ensuite, l'Église supplée pour remédier à un défaut de juridiction dans un acte sacramentel ou dans des cas particuliers. Le fait-elle lorsqu'il s'agit de tout un ordre (celui des cardinaux) dans
des cas où la foi catholique manifeste qu'on se trouve devant une imposture non pas particulière mais universelle ? Pour répondre affirmativement, il faudrait étudier de près la question, car le
code ne manifeste rien de ce genre, et les commentateurs n'envisagent pas du tout le cas (ce qui est bien compréhensible).


Cela me semble trop aléatoire pour être pris en considération, mais il est vrai que je ne me suis pas spécialement penché sur  la question (et je suis loin
d'être certain d'avoir la compétence pour le faire). Pourquoi ne vous lanceriez-vous pas ?


Que le Bon Dieu vous bénisse.