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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 12:20

Lorsque quelqu’un veut publiquement agir pour soutenir une cause juste, pour combattre un mal collectif, pour bâtir quelque projet qui contribue au bien commun – temporel ou surnaturel – il est facilement suspecté d’activisme par ceux qui estiment que son activité est trop prenante ou trop voyante.

Cette appréciation, même si elle est parfois entachée d’ignorance, est l’occasion providentielle pour s’interroger, pour examiner la rectitude de sa propre démarche : cette action entreprise ou à entreprendre est-elle de l’activisme ? — de ce déplorable activisme qui produit un vide intérieur et une inefficacité extérieure (ou pis : une efficacité inverse).

Voici l’énumération de trois formes d’activisme (se recoupant çà ou là) qui guide vers la réponse. Si l’on ne se situe dans aucune des catégories, il faut ne pas hésiter à agir ; car il existe pis que l’activisme : l’immobilisme.

Cet immobilisme est parfois justifié comme étant une forme de sagesse, voire de contemplation. C’est oublier que la contemplation est une activité ; elle est même, de soi, la plus haute activité humaine. La sagesse commande et gouverne la prudence, qui est une vertu éminemment active puisqu’elle s’achève dans l’imperium, dans la mise en œuvre effective de ce qui a été jugé opportun ou nécessaire dans les circonstances concrètes dans lesquelles on se trouve.

Il est vrai que plus une action est immanente, plus elle est perfectionnante (toutes choses égales d’ailleurs). C’est cela qui fonde cette vérité qui a fait  et qui fait la civilisation : la primauté de la contemplation. Mais il ne faut pas oublier que c’est le propre de la charité (selon l’ordre surnaturel) et du bien commun (selon l’ordre naturel) de rendre les actions supra-immanentes puisqu’elles insèrent l’agent dans un ordre qui le dépasse et qui l’achève (au sens de pourvoir à la fin dernière et non au sens de donner la mort ).

Revenons à nos trois formes, dont le discernement permet de connaître la nature de l’activisme, et des points à surveiller si l’on veut n’y point tomber.

1.  Il est un activisme qui consiste à agir pour agir, sans connaître le but à atteindre ni étudier la doctrine qui le désigne et le définit. C’est un activisme d’ignorance, de paresse d’esprit, de cécité. Plus l’action est vigoureuse et prenante, plus il faut avoir une vue dominante de l’action, dans ses principes et dans ses buts. Plus donc il faut la fonder en doctrine, en étude et en réflexion.

2.  Il est un activisme qui consiste en l’emploi de moyens mauvais : soit de moyens mauvais en eux-mêmes – et c’est le pire des activismes – soit de moyens mauvais eu égard au but et aux circonstances. On ne combat pas pour la vérité en usant de mensonges ; on ne combat pas pour le bien commun par le recours au terrorisme (menace ou assassinat d’innocents) ; on ne combat pas pour un but surnaturel en donnant la primauté aux moyens naturels, ou en se contentant de ceux-ci ; on ne combat pas le péché en s’établissant dans l’occasion qui y conduit. Il y a une logique des moyens qui est beaucoup plus puissante que les bonnes intentions qu’on a pu apporter au départ, et qui dévoie l’action.

3.  Il est enfin un activisme de désordre ou de disproportion. En règle générale, il est imprudent que l’action dont il est question soit accomplie au détriment du devoir d’état spirituel, familial ou professionnel. Il peut y avoir des cas d’urgence ou de nécessité commune, certes, mais l’observation de la manière dont ces devoirs d’état sont préservés et soutenus est un nécessaire critère de discernement pour savoir si l’on est tombé dans l’activisme.

La perfection de l’homme est morale ; elle consiste dans son activité : mais ce doit être une activité vraie, bonne, ordonnée et proportionnée ; autrement dit, une activité vertueuse. Alors le danger d’être un activiste est écarté.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Doctrine sociale de l'Église
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