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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 14:05


Qu’il s’agisse de l’Église catholique, de la société civile ou des familles, l’un des pires maux qui puisse survenir est la défaillance de l’autorité : disparition, infidélité ou absence. Et nous sommes confrontés à ce pire des maux dans tous les domaines : notre malheur est grand. Mais il ne suffit pas de pleurer.

Nous devons porter le témoignage de la foi, et donc redoubler de docilité, de délicatesse, d’esprit filial envers la sainte Église catholique : connaissance et amour de sa doctrine, dévotion à la sainte Messe, multiplication des prières et sacrifices pour sa splendeur.

Pour ce qui est de la cité, il faut travailler au bien commun à la place que le Bon Dieu nous a assignée et prier pour que Jésus-Christ règne sans entrave : l’honneur de notre Sauveur et le salut de tant d’âmes sont intéressés à l’affaire.

Pour ce qui est des familles … il y aurait tant à dire. Si nous savions la puissance de la grâce du sacrement de mariage, si nous avions recours à la prière – non pas une prière vague et distraite, mais une prière suppliante, issue de l’examen de conscience – il n’y aurait pas tant de maux qui déchireraient les familles. Nous verrions la fermeté douce d’un père en parfaite harmonie avec la douceur ferme d’une mère, le bon exemple prévenir le commandement, la justice et non l’impatience exercer les nécessaires châtiments.

Nous avons déjà eu l’occasion de nous entretenir de ce fléau qu’est l’absence du père : qu’il soit captif de son ordinateur, englué dans
internet, paralysé par le respect humain, anéanti par le laisser-aller personnel ou le laxisme éducatif, immergé dans les projets terrestres, noyé dans les ambitions humaines, absorbé par les affaires (les enfantillages des grandes personnes) ou pilier de cabaret, le père absent est un grand coupable ; il prive ses enfants d’un des grands dons de Dieu ici-bas, un don dont Dieu lui-même a voulu prendre le nom, un père : un père à aimer, à craindre et à admirer.

Mon propos d’aujourd’hui est de rappeler un aspect de l’autorité auquel nous ne prêtons pas attention. Nous vivons dans un monde d’anarchie, nous n’avons plus à qui obéir : et qu’il est difficile de commander lorsqu’on n’a pas soi-même à obéir ! C’est l’
Imitation de Jésus-Christ qui nous l’'enseigne : « Nul ne commande sans danger s'il n'a pas appris à bien obéir. » (Livre I, chapitre 20)

Et donc, dans l’exercice de l’autorité que nous pouvons exercer, nous sommes toujours fluctuant entre dictature et lâcheté : tyranniques à l’égard de telle personne et faibles à l’égard de telle autre ; rigides dans tel domaine de peu d’'importance et libéraux en d’'autres circonstances plus graves… Ce va-et-vient perpétuel blesse l’autorité, la rend odieuse, décourage les âmes.

Un autre phénomène naît aussi de notre nature blessée : de même que de nombreuses gens croient s’élever en rabaissant leur prochain, de même une autorité vacillante, de titre incertain, de légitimité douteuse, ou naviguant hors de son domaine, ou encore plus ou moins consciente de sa négligence antérieure, trouve une sorte de compensation dans la dureté et l’âpreté de son exercice. La brutalité (verbale ou physique) est toujours une marque de faiblesse.

Pour nous prémunir contre de tels défauts, recourons aux lettres de l’Abbé Berto (1900-1968), modèle de cœur sacerdotal, père de religieuses et d’'orphelins, débordant de doctrine et de romanité. Elles sont tirées du recueil de sa correspondance,
Notre-Dame de Joie (N.E.L. Paris 1974).

« On est supérieure pour dilater, pour épanouir, pour contenter ceux qui nous sont confiés. C’est à l’égard de tous ceux qui sont placés sous notre autorité que nous devons avoir, outre la charité théologale qui est due à tous, une indulgence inépuisable qui rend vraiment notre cœur semblable au cœur de Notre-Seigneur. Cette indulgence assurément n'exclut pas la fermeté, mais d’abord la fermeté n’est pas l’impatience, et ensuite, comme le parfait équilibre de la fermeté et de l’indulgence est bien difficile à notre imperfection, mieux vaut pécher par excès d’indulgence que de fermeté. » (12 octobre 1945, p. 169)

« Souvenez-vous que vous êtes établie
pour édifier et non pour démolir, pour réchauffer et non pour glacer, pour relever et non pour abattre, pour dilater et non pour resserrer, pour ouvrir les cœurs et non pour les fermer. Usez de votre autorité volontiers pour accorder, à regret pour refuser. À l’exemple de Jésus doux et humble de cœœur, rendez votre joug doux et léger ; diminuez le fardeau de l’obéissance, rendez-la aisée et douce. » (30 novembre 1946, p. 175)

« La patience, la douceur, la persévérance dénouent des difficultés que la précipitation ou la violence ne feraient que rendre plus graves. Nous ne pouvons pas briser les âmes ; quand elles ne sont pas à la hauteur où ne le voudrions, il ne reste qu'à les y élever maternellement. J’excepte le cas d’une incapacité manifeste et qui peut être irrémédiable. Mais cette incapacité est surtout grave dans le supérieur lui-même, quand c’est de gouverner qu’il est incapable. » (6 novembre 1947, p. 180)

On peut d’ailleurs remarquer que les conseils que donnent l’Abbé Berto sont réversibles : il est charité pour un subordonné de rendre doux et léger le fardeau de l’autorité (car c’en est un) en allant au devant d’elle et en lui manifestant la docilité qu’elle requiert. Cependant, l’'autorité ayant un grave devoir d’exemple, c’est à elle qu’incombe en priorité l’établissement de l’allègement mutuel si souhaitable et sans lequel tout est inhumainement pesant.

Dans son opuscule sur la direction spirituelle, le même Abbé Berto énumère trois défauts contre l’obéissance, dont le second est « la servilité, l’esprit de louange, plus contraire à l’obéissance que la raideur, en ce qu’il peut tromper les Supérieurs sur eux-mêmes ». Le troisième est plus grave : « le défaut le plus dangereux de tous est la complaisance d’esprit, qui tend à faire de l’autorité, dans des matières de soi soumises à la raison et à la conscience, la règle de la vérité (IIa IIæ q. 104 a.5, ad 2m). » (
Principes de la direction spirituelle p. 86)

Ce dernier défaut est, lui aussi, réversible : le plus dangereux défaut de l’'autorité est d’agir comme si elle était la règle de la vérité. On excepte bien sûr l’'autorité du souverain Pontife : et même là, le Pape n’est pas règle vivante de la foi en tant qu'il
commande, mais en tant qu’il atteste et enseigne (sous l’assistance du Saint-Esprit) que telle vérité est révélée par Dieu, que telle doctrine est connexe à la Révélation, que telle proposition est directement ou indirectement contraire à la foi.

Car obéir consiste à conformer son jugement pratique à celui du supérieur :
le bien est pour moi de faire ce que me dit mon supérieur ; non pas à conformer son jugement spéculatif à celui du supérieur : ce que dit le supérieur est ce qui est vrai, ce qui est juste, ce qui est le plus approprié. Certes, il est souhaitable d’avoir le même jugement spéculatif, il est normal de chercher à comprendre les raisons d’agir du supérieur, mais cela n’est pas requis par l’obéissance ; l’intelligence n’est liée que par l’évidence de la vérité (évidence de la chose ou de sa crédibilité, évidence directe ou évidence démonstrative), et non par la volonté d’autrui.

Il reste à noter que l’autorité est une notion analogique : si toute autorité vient de Dieu, il y a cependant une différence d’ordre entre l’autorité naturelle (dans la famille, dans l’'entreprise, dans la cité) et l’autorité surnaturelle de l’Église ; il y a une différence de nature entre l’autorité habituelle qui est directement ordonnée au seul bien commun de la société, et celle du père ou du supérieur religieux (au sens strict) qui est aussi ordonnée au bien propre de leurs sujets.


P.S. Extrait de la lettre adressée à des parents d'élèves pour Noël (1995) :

« Un des grands drames de cet âge-charnière qu’est l’adolescence est l‘absence du père. Parfois ou souvent, il ne faut pas chercher plus loin l’explication de nombreux dérèglements ou de sensibilités déviées.
« Tout enfant a besoin d'un père, mais les adolescents ont particulièrement besoin d’un père à
admirer, à aimer et à craindre. Et trop souvent, le père est absent : père absorbé par les affaire ou un quelconque « hobby », père étouffé par une épouse autoritaire qui prive ainsi ses enfants d’un grand bien (ou pire, qui leur donne l’épouvantable exemple du mépris de leur père), ou père absent du foyer pour cause de séparation – mal sans guère de remède.
« Lorsqu’un père est absent parce que le bon Dieu l’a rappelé à Lui, ou parce qu’il sert au loin – comme le font les militaires – on ne constate pas du tout les fruits de mollesse qu’on remarque dans les cas où l’absence du père n’est pas normale. Aussi, il ne faut pas hésiter à le dire : malheur au père qui n’est pas présent pour voir grandir, pour enseigner et entraîner son fils ; malheur à la mère qui prive ses enfants de la présence, de l’autorité ou de l’estime de leur père : ces enfants entrent amputés dans la vie. »

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Quicumque
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commentaires

Albert L 18/12/2006 10:50

Bonjour m. l'Abbé, merci de mettre en ligne des documents précieux : je viens de lire Satis Cognitum et les deux lettres de Léon XIII sur le "ralliement" et je constate que le traditionnalisme eût fait meilleur chemin s'il eût compris plus tôt que c'est dans la soumission totale à la papauté que les catholiques peuvent avancer...
Je suis ainsi surpris de voir combien la position sédévacantiste est totalement incompatible avec le contenu de Satis Cognitum qui promet la pérennité de l'Eglise jusqu'à la consommation des siècles, à travers la présence du Pape et des évêques, d'une Eglise enseignante concrête, physique, et pas seulement morale, abstraite, car l'Eglise est promise aux hommes sur terre...
De même, il est étonnant d'entendre encore autant de "catholiques ultra" conspuer la république et de constater combien l'ultramontanisme devient en réalité un ultrapapisme, qui permet d'aller plus loin que le Pape, de juger ses jugements, sous prétexte qu'en matière politique, il ne bénéficierait pas de l'infaillibilité. Eh bien je préfère Léon XIII à Louis Veuillot, et Pie XI à Ch. Maurras...
Et j'ai bien peur que cette façon de ne prendre dans l'Eglise que ce qu'on a soi-même admis comme "conforme à la Tradition" en matière religieuse comme en politique, ne soit en réalité le fondement de la crise actuelle et qu'en définitive, les tradis sédévacs ou non, ne soient tout simplement des modernistes dans leur comportement...
Quoi qu'il en soit, merci de publier ces textes qui ruinent, à mon avis, les positions que l'on peut lire sur de nombreux fora !