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8 décembre 2006 5 08 /12 /décembre /2006 04:57

La définition du dogme et le donné de la foi

Le Pape Pie IX, par la Bulle
Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854, définit solennellement l'’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, c'’est-à-dire qu'’il atteste infailliblement que cette vérité appartient au dépôt révélé :

« Après avoir offert sans relâche, dans l’'humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’'Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu’'il daignât, par la vertu du Saint-Esprit, diriger et confirmer Notre esprit ;
« après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l'’Esprit consolateur, et ainsi, par une divine inspiration,
« pour l'’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’'ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’'exaltation de la foi catholique et l’'accroissement de la religion chrétienne ;
« par l'’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial de Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel est révélée par Dieu, et par conséquent qu'’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles ;
« C'’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’'à Dieu ne plaise, de penser différemment de Notre définition, qu’'ils apprennent et en outre qu'’ils sachent que, condamnés par leur jugement propre, ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d'’appartenir à l’'unité de l'’Église,
« et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines édictées par le droit, s’'ils osent exprimer ce qu'’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soi ».

L'’apparition de Lourdes

Moins de quatre ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, Notre-Dame apparaît dix-huit fois à sainte Bernadette, dans la grotte de Lourdes. Le 25 mars, à la sainte qui lui a demandé son nom, la Sainte Vierge répond : « Je suis l’'Immaculée Conception ».

On entend parfois dire que la Sainte Vierge est venue à Lourdes pour confirmer la définition pontificale. C’est là une erreur qui, comme toutes les erreurs en ce domaine, est injurieuse à l'œ’œuvre de Dieu.

N'’est-il pas faire injure à l’'Église d'’affirmer que sa parole infaillible puisse être confirmée, c'’est-à-dire d'’affirmer que la Révélation publique –– dont elle a le dépôt et la garde –– puisse ainsi trouver une autorité et une force nouvelles dans une révélation privée.

N'’est-il pas faire injure à la très Sainte Vierge Marie de la reléguer ainsi dans un rôle subalterne. Au demeurant, si Notre-Dame avait voulu confirmer le dogme, elle n'’aurait pas dit :
Je suis l’'Immaculée Conception, mais : Je suis l’'Immaculée Conçue.

La façon dont la Sainte Vierge s'’est exprimée doit nourrir notre méditation, et nous rappeler cette disposition providentielle énoncée par le Père M.L. Guérard des Lauriers :
« Le dépôt de la foi est commis à l'’Église dans ses formules, il est commis à la Vierge dans sa lumière. »
À l'’objet de la foi défini par l’'Église, et dans l’'acte de foi accompli par le fidèle, la Sainte Vierge Marie vient apporter une lumière intérieure qui introduit l’'âme dans le mystère de son élection divine.

L’'ordre de la Très Sainte Vierge Marie

À Lourdes, Notre-Dame a mis en lumière sa place éminente et unique dans l’œ'œuvre de Dieu.
La Sainte Vierge Marie est véritablement Mère de Dieu parce qu'’elle est virginalement et vraiment Mère d’'un Fils qui est vraiment Dieu, Jésus-Christ. Cette Maternité divine est le fondement de tous ses privilèges, la clef de sa perfection :
« Mère de Dieu ! Quel titre ineffable ! La grâce de la Maternité divine est la clef qui ouvre aux faibles recherches humaines les richesses indicibles de l’'âme de Marie » [Pie XII, radio-message du 19 juin 1947 au Congrès marial du Canada].

Prédestinée à être la Mère du Fils de Dieu, la Sainte Vierge est la première de l'’ordre créé : elle est la créature parfaite, celle en qui Dieu a réuni et concentré toute la perfection qu'’il a voulu mettre en son œœuvre : elle est éternellement dans la pensée divine la
toute pure, la toujours Vierge. Notre-Dame est cette créature qui réalise parfaitement la ratio creationis : elle ne pouvait être plus pure, et c'’est en fonction d’'elle que tout le reste a été créé :
« Lorsqu'’il préparait les cieux, j’'étais présente ; (...) lorsqu'’il posait les fondements de la terre, j'’étais avec lui, disposant toutes choses » [Prov. VIII, 27-30].

L'’ordre de la grâce auquel nous avons été élevés par notre Baptême est l’'ordre de la vie divine participée ; cette participation se réalise par la grâce ici-bas, par la Gloire au Ciel. En raison de sa Maternité divine, la Sainte Vierge appartient à un ordre supérieur : l’'ordre
hypostatique dans lequel Dieu, en son Verbe, s’'unit personnellement une nature humaine et ainsi — par la Rédemption — restaure par surcroît l'’ordre naturel bouleversé et blessé par ce même péché.

En raison de sa Maternité divine, la Sainte Vierge est
Corédemptrice. Nous ne pouvons nous unir au sacrifice de la Croix que dans l'’application qui nous en est faite (c’'est la raison d’'être du saint sacrifice de la Messe). Notre-Dame, elle, a offert activement l'’unique Sacrifice en s’'y unissant de façon ascendante, dans l’'offrande même.
Elle est en effet toute relative à son Fils, qui est toute sa raison d’'être ; dans le décret divin qui a présidé à l'’Incarnation rédemptrice, elle ne fait qu'’un avec lui. Parce que Jésus est quelque chose d'’elle-même, elle a un titre particulier à l’'offrir. En offrant Jésus-Christ s’'offrant lui-même, la Sainte Vierge Marie est, par lui et en lui, Corédemptrice.

En raison de cette Corédemption –– et donc de sa Maternité divine –– la Sainte Vierge est Immaculée. Elle est rachetée d’'une façon merveilleuse, non seulement parce qu'’elle l’'est par anticipation, en prévision des mérites de Jésus-Christ, mais aussi parce qu’'elle est rachetée en ne faisant qu'’un avec Jésus rachetant, dans l'’acte même du rachat : le Sacrifice de la Croix. Offrant réellement un sacrifice agréé
en droit par Dieu (le sacrifice de son Fils), Notre-Dame est absolument exempte de ce qui a détruit en l'’homme la possibilité d'’offrir un sacrifice agréé en droit par Dieu : le péché originel.

Notre-Dame est l’
'Immaculée : non seulement elle n’'a jamais été souillée par le péché originel ni commis le moindre péché personnel, mais plus encore elle est, à la face de Dieu, l’'anti-péché. Voilà ce qu'’elle a exprimé en affirmant : Je suis l'’Immaculée Conception. Elle est celle qui écrase la tête du serpent et n’'en est pas atteinte ; elle est celle en qui le Rédempteur est promis à l’'humanité pécheresse ; dans la pensée divine, elle est le contraire du péché, la toute Belle.

Le couronnement des privilèges de Notre-Dame est son Assomption : à la fin de sa vie terrestre, elle a été élevée avec son corps et son âme dans la Gloire céleste, sans connaître la corruption du tombeau. Là, couronnée Reine des Anges et des saints, elle est constituée Médiatrice de toutes les grâces : dans la Gloire, elle conserve ses prérogatives maternelles.


Note complémentaire.

Dans l’œ'œuvre de Dieu sur la terre, il y a trois ordres :
–– l'’ordre naturel, dans lequel Dieu communique à ses créatures l’'être et dans lequel il est la loi éternelle et la fin de l’'univers entier ;
–– l'’ordre de la grâce, dans lequel Dieu communique à la créature spirituelle sa vie intime et la rend participante de sa propre nature ; ainsi par nature l’'homme est fait pour Dieu, par grâce il est fait pour l'’intimité de Dieu ;
–– l’'ordre hypostatique, dans lequel le Verbe de Dieu s’'unit personnellement à une nature humaine, dans le sein de la très sainte Vierge Marie et sous la protection de saint Joseph.

L'’ordre surnaturel est constitué par la réunion de l'’ordre de la grâce et de l’'ordre hypostatique.
Par l'’ordre hypostatique, par la Rédemption qui en est le sommet et la raison d’'être, l’ordre de la grâce est restauré et l’'ordre de la nature guéri.

Saint Joseph est placé au-dessus de tous les autres saints parce qu'’il appartient aussi à l'
Ordre hypostatique : il a pris, en effet, une part active à l'’Incarnation et à la Rédemption. Par sa maternité virginale, Notre-Dame a inséré le Fils de Dieu dans la nature humaine ; par sa qualité d’'Époux de la Vierge Marie, saint Joseph a inséré le Fils de Dieu dans la société humaine : il lui a donné une famille et un nom (c’'est pour cela que, dans l’'Évangile, les généalogies de Jésus-Christ passent par saint Joseph). Père virginal et nourricier, saint Joseph a tenu auprès du Fils de Dieu la place du Père céleste ; celui-ci lui avait créé une âme paternelle digne de tenir ce rôle, et, sur terre, il n’'y eut jamais père comme le fut saint Joseph. Si Notre-Dame est celle qui a offert – de façon subordonnée mais tout à fait réelle – le Sacrifice rédempteur, saint Joseph est celui qui en a nourri et fait croître l’'Hostie.


Souvenir

La première publication de cette étude en décembre 1987, sous une forme substantiellement identique, nous a valu l'’émouvant honneur de recevoir une des dernières lettres, sinon la dernière, que le R.P. Guérard des Lauriers ait écrites (quelques jours après, il était admis à l'’hôpital qu'’il n'’a quitté que pour comparaître devant l'’Éternelle Vérité) :

+ Ave Maria + M.L. Guérard des Lauriers o.p.  S. Pierre Chrysologue   04.XII.87   Inviolata
Les balafres sont dues à mon état de très grande fatigue PARDON Je m'’endors en écrivant.

Monsieur l’'Abbé Hervé BELMONT

Cher Monsieur l’'Abbé,

Je vous remercie très cordialement de votre délicate intention. Gaudium de VERITATE... J’'ai retrouvé, dans vos lignes, l'’expression simple et précise de ce que je crois être la Vérité. La Vérité, comme telle, est toujours Belle ; car elle est « adæquatio », c’'est-à-dire unité s’'ouvrant et subsistant dans le DISTINCT, c'’est-à-dire SIMPLICITÉ. Et cela même, c’'est-à-dire que la Simplicité est inhérente à la Vérité, entraîne, pour celle-ci de présenter une « saveur propre » correspondant à chaque ordre de réalité.
La « saveur propre » de la Vérité mariale, est de diffuser la Transparence et la Paix, en reconduisant au Mystère même de DIEU. Marie ne peut être Mirabiliori modo Redempta qu’en étant la Co-Redemptrix. Le second, même si on l'’explique autrement, découle du premier. Tout, de Marie, procède de DIEU immédiatement. Voici, dans cette même vue, une observation que je soumets à votre contemplation.

SAMEDI 12 avril 1947, Marie apparaît à S.Paul Trois Fontaines (20 km Sud-Ouest de Rome). Elle déclare :
« Io sono Colei che sono nella Santissima TRINITÀ »
« Je suis Celle qui suis dans la Très Sainte TRINITÉ ». Deux coupures commandent deux manières de comprendre :
1. Virgule après Colei : « Je suis Celle, qui suis en la Très Sainte Trinité ». Tout humain baptisé doit, par la grâce, s'’achever dans la Très Sainte Trinité. Marie est ainsi, à son degré propre, inégalable, créée dans le VERBE comme nous, mais au titre d’'Épouse du VERBE INCRÉÉ. La grandeur de Marie est signifiée à partir de quelque chose qui Lui est commun avec nous.
2. virgule après le second sono : Je suis Celle qui suis, en la Très Sainte Trinité. DIEU SEUL est : « Je suis Celui qui suis » (Ex. III, 14). Révélation sublime. Cependant, il y a une créature, nécessairement unique, qui peut affirmer d’'Elle-même ce que DIEU SEUL peut affirmer de soi simpliciter ; à la condition que cette affirmation soit fondée, fondue, reposante en la Très Sainte Trinité. Le rapport entre l'’être et l’'essence, nécessaire par identité en la Très Sainte Trinité, est nécessaire par totale relationalité participante de la Très Sainte Trinité, en Marie… ainsi constituée immaculée et première de tout l’'ordre créé. Gaudens gaudebo in Domino. La grandeur de notre Mère doit être signifiée à partir de la Très Sainte Trinité. Il est difficile d’'exprimer ces choses. Mystère qui nourrit et purifie le mens. Je vous en fait part humblement, en remerciement pour votre zèle à l’'égard de Marie.
J’'ai, dans le côlon supérieur, un cancer qui a gagné le foie et même le cerveau. Troubles graves ; et sauf miracle, finie pour moi la terre de misère. Je me recommande à votre fervente prière.
C’est de tout cœur que je vous bénis, ainsi que toutes vos œœuvres. En l’'Amour de l'’OBLATIO MUNDA usque ad mortem.

+ M.L.G.L. op

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Sainte Vierge Marie
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