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10 septembre 2006 7 10 /09 /septembre /2006 16:07

La crise de l’Église dure et dure encore, et il faut grâce spéciale du Bon Dieu pour persévérer sans se laisser décourager ; pour poursuivre le combat sans faiblir comme sans s’'aigrir ; pour conserver une intention droite, une doctrine sûre, une volonté ferme, une patience douce et constante.
Comme c’'est une grâce toute spéciale, elle ne peut s’'obtenir que par une prière fervente, permanente, reconnaissante, attentive à ne rien laisser perdre des dons de Dieu.
Et aussi par
l’'esprit filial à l’'égard de l’'Église. Cet esprit filial considère que l’'absence d'’autorité n'’est en rien l’'occasion de s’'octroyer une liberté plus étendue ; bien au contraire il fait voir combien cette absence restreint la liberté, combien elle implique une obligation supplémentaire de vigilance, une nécessité accrue de s’'attacher plus affectueusement la loi divine.

Sans cet esprit filial, l'’épreuve en laquelle le Bon Dieu nous prive de l’'autorité pontificale tourne au désastre et devient occasion d'’aveuglement, de perte du sens catholique, d’'un profond relâchement contre lequel on ne s'’est pas assez gardé.
En outre, l’'esprit filial doit nous faire considérer qu’'il est nécessaire de mieux connaître la sainte doctrine que dans les temps ordinaires, car c'’est à chaque instant qu'’il faut se reformer en renonçant à ses désirs, à ses habitudes à ses préjugés à sa commodité. C'’est à chaque instant qu’'on doit s’'aligner sur l’'enseignement de l'’Église, sur la constitution qu'’elle a reçue de Jésus-Christ, sur le droit qu'’elle a développé sous la conduite du Saint-Esprit.

Malheureusement, l’'ignorance est grande parmi les catholiques – y compris les clercs – même chez ceux qui font profession de rester fidèles à la tradition de l’'Église et qui refusent les nouveautés issues de Vatican II. Cela conduit les uns et les autres à en prendre à leur aise avec des points très graves de la doctrine catholique, du droit et de la morale, et ainsi à placer les intelligences en porte-à-faux, ou les âmes dans des situations inextricables, tout en justifiant les plus injustifiables concessions par une prétendue épikie qu'’ils étendent hors de son domaine et qu'’ils appliquent à tort et à travers.

*****

Il ne suffit pas de déplorer cette ignorance et cette fragilité, il faut désirer y porter remède. Voici donc une proposition, qui se fonde sur le constat que les catholiques souffrent de deux maux qui pour eux constituent une épreuve, une tentation, parfois une occasion de gauchissement ou de déviation :
–– l'’
isolement : les vrais amis sont rares, éloignés, occupés ; et pourtant leur présence serait bien nécessaire à la persévérance chrétienne ;
–– l’'
ignorance de la doctrine de l’'Église. Il faut compter dans cette ignorance celle de la philosophie chrétienne et de la langue latine : tout cela fait qu'’on est la facile proie des charlatans qui abondent, parce qu’'on n'’est pas à même de vérifier les sources, de discerner l’'erreur ou d’'en comprendre les causes.

Il arrive que le désir – légitime – de rompre l'’isolement, joint à l'’ignorance – illégitime – de la doctrine, jette des catholiques, notamment les jeunes gens, dans des amitiés ou des associations qui favorisent les fausses doctrines, et font mépriser la famille ou encore la sainte prudence de l’'Église. Ceux qui écoutent ces sirènes ne résistent pas longtemps aux erreurs et au laisser-aller ambiant.

Pour éviter cela, je propose donc d'’instituer deux ligues sœœurs, l’'une pour la gent masculine, l’'autre pour la gent féminine –– sans entendre cela dans un sens juridique ou égalitaire.

** Dénomination :
Les amis de la doctrine catholique et Les amies de la modestie chrétienne.

** Fin première : l’'étude et la diffusion de la doctrine catholique dans son intégrité, et de tout ce qui l’'entoure, la défend et la favorise.

** Fin seconde : l’'amitié et l’'encouragement mutuel.

** Moyens. Les deux moyens subordonnés seront :
–– la constitution de dossiers, placés sous l’'égide de saint Bernard, contenant des textes de référence, des études, des réflexions sur tel ou tel sujet qui intéresse de près ou de loin la doctrine catholique ; ce seront donc les « Dossiers Saint-Bernard » ou DSB (Dieu soit béni) ;
–– à partir de la diffusion de ces dossiers et du travail auquel ils invitent, la genèse d'’une sorte de réseau
informel (pas d’allégeance, pas de cotisation, pas de groupement monolithique), interactif (chacun est invité, selon la mesure de ses possibilités et compétences, à prendre part au travail de constitution des dossiers) et cristallisant (donnant naissance à des groupes d’études, sessions ou conférences).

** Pour s'’en tenir à l'’enseignement de l'’Église et à la sagesse des siècles, il n'’y a pas de mixité ; il s’agit de deux
ligues sans activités communes, à l'’exception des conférences publiques et de ce qui est organisé dans le cadre familial. En effet, selon le mot bien vrai rapporté par Pie XI dans Divini illius Magistri, la mixité est « fondée sur un naturalisme négateur du péché originel ».

**
Informel ne veut pas dire sans tête ni sans contrôle, sans quoi tout tournerait vite à la société de pensée. Tous les dossiers seront édités ou visés par mes soins. L'’organisation sur le terrain dépendra de ceux qui en prendront l’'initiative.

** Les éventuelles activités ne doivent être au détriment de l’'esprit et de la vie familiale, mais au contraire les protéger (voir la troisième considération complémentaire infra).

** Éditer des dossiers (et non des livres ou articles) permet de gagner beaucoup de temps, d'’enrichir dans le temps les dossiers, de favoriser l’'étude et de chasser le prêt-à-penser : mais c’'est la vérité, et la vérité catholique, qui illumine, unifie et gouverne le tout.

** Il n'’y a pas d’'autre condition d'’appartenance que l’'amour de la vérité et le désir de travailler pour le règne de Jésus-Christ. Il n’'est pas question d’âge minimal ou maximal. Le
jeunisme de langage ou de flatterie est exécrable ; la mentalité ancien combattant est pénible et démobilisante.

** Les noms des deux
ligues ne sous-entendent pas d'’exclusivité : les hommes ont besoin de modestie ; les dames et les jeunes filles doivent être férues de doctrine.
Ces noms répondent cependant à la double vocation voulue par Dieu, que ce soit dans la vie consacrée, dans la vie matrimoniale, ou dans la société en général.
C’est ainsi que dans une famille, le mari-père est maître de doctrine, et l’'épouse-mère est gardienne des mœœurs : « Si, en effet, le mari est la tête, la femme est le cœœur, et, comme le premier possède la primauté du gouvernement, celle-ci peut et doit revendiquer comme sienne cette primauté de l'amour » enseigne Pie XI dans Casti Connubii.
Pour la vie consacrée, l’Abbé Berto dit tout en quelques lignes : « Il y a entre le Christ et l'’Église unité de vie (ce qu’'exprime l’'idée de Corps Mystique) et réciprocité d'’amour (ce qu'’exprime l'’idée des Épousailles Mystiques). Ces deux grandes réalités surnaturelles trouvent chacune leur expression dans les deux institutions les plus essentielles de l’'Église : le sacerdoce et la virginité sacrée. Par le sacerdoce, en effet, c'’est Notre-Seigneur qui incessamment vivifie son Église, entretient en elle, au moyen des sacrements, la vie de la grâce, et la gouverne. Par la virginité sacrée, c’est l'’Église qui incessamment aussi se présente comme Épouse au Christ son Époux et lui redit sa fidélité et son amour. »

*****

Tout ce projet est déjà bien avancé –– le premier dossier qui a pour titre
La règle de la Foi est quasiment prêt –– et n’'attend que votre réaction pour prendre corps. Des précisions plus grandes seront données à ceux qui manifesteront leur intérêt. Toutes les suggestions, critiques ou insultes seront les bienvenues.
Que le Bon Dieu vous inspire, et que Notre-Dame vous fasse aller de l'’avant, pour l’'Église et la chrétienté, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, pour l’'exaltation de la foi catholique et son triomphe sur l'’hérésie partout régnante.


Trois considérations complémentaires, justifiant l'’entreprise dont il vient d’'être question.

1. La paresse intellectuelle

Il y a un mal qui ronge les catholiques, même ceux qui veulent rester fidèles au prix de nombreux efforts et privations : la paresse intellectuelle. Et pourtant les effets d'’une telle paresse sont désastreux : l’'ignorance d'’une part, et le déséquilibre d'’autre part.
Déjà saint Pie X dénonçait l'’ignorance comme la cause
principale de la dépression religieuse qu'’il combattait, en se proposant de tout restaurer en Jésus-Christ. Parmi les remèdes au modernisme, il mettait à la première place l'’étude de la philosophie chrétienne ; il n’'a cessé de le répéter et de promouvoir l’'instruction religieuse sous toutes ses formes.

Au siècle précédent, le Père Emmanuel s'’alarmait de l'’ignorance des chrétiens, de ses causes et de ses conséquences :
« C’'est un des grands malheurs du temps présent : les intelligences demeurent abandonnées et sans culture, tout semble s’'adresser aux volontés. On les fouette (
sit venia verbo !) pour les faire avancer, et si peu qu'’elles soient mises en œœuvre, il semble que tout est gagné. Mais qu'’est-ce que le mouvement d’'une volonté, quand l’'esprit n'’est pas éclairé ? C'’est la mise en marche d'’un train de chemin de fer, avant qu’'on ait posé les rails : c’'est le prélude d'’une catastrophe. Là où les intelligences ne sont pas nanties de la vérité, leur aliment indispensable, il se révèle des maladies à peu près inévitables : l’'illuminisme et le fanatisme. Que l’'on ne s’étonne pas de nous entendre prononcer ces mots qui font peur : Dieu sait tous les ravages que font de nos jours ces maladies épouvantables, maladies d'’autant moins redoutées qu’'elles sont moins discernées. L'’homme qui ne sait rien ne discerne rien, ne soupçonne rien, ni son mal ni le mal des autres. Il y en a, dit Job, qui sont sous les épines, et qui trouvent cela délicieux. Esse sub sentibus, delicias computabant. (Job, XXX, 7) » [Le chrétien du jour et le chrétien de l’Évangile, DMM 1973, p. 28]

Il faut dire que ce n'’est pas sans inquiétude que l’'on constate que nombreux sont ceux qui se contentent d’'une instruction religieuse primaire, qui n’'entretiennent pas ce qu'’ils ont acquis, qui ne se soucient pas d'’avoir une connaissance approfondie de leur devoir d’'état (vie chrétienne, mariage, éducation, métier, responsabilité sociale etc.), qui s’'imaginent en savoir toujours assez et qui exposent ainsi à tous les dangers eux-mêmes et leur prochain.
Que de fois voit-on des demi-sachants, même pas des demi-savants, faire sans vergogne étalage de leur ignorance : ignorance telle qu’'ils ne s'’en rendent même pas compte, et qu’'ils se fâchent si on les contredit, quelle que soit la douceur qu'’on y mette.
La tendance (
notre tendance !) est celle-ci : quand on sait 1, on croit savoir 10, on raconte 100 avec un aplomb de 1000.

Et puis notre vanité nous empêche d'’étudier et de réfléchir avant de parler ou d’'écrire, de vérifier ce que nous avançons, d'’avoir une juste idée de ce que nous sommes capables de comprendre et de justifier.
On se contente d’'avis de troisième ou quatrième main, on porte des jugements tranchants à partir d’'éléments flous, parfois de simples on-dit ; on prend pour argent comptant l'’opinion répandue dans les milieux qu’'on fréquente, sans se mettre en peine de rechercher la vérité là où elle se trouve : dans les actes du Magistère de l'’Église.
C'’est ainsi que la paresse d'’esprit engendre la malhonnêteté intellectuelle, parce que l’'habitude est très vite prise ; petit à petit elle devient inconsciente, et c’'est là un grand malheur (contre lequel chacun d'’entre nous doit se tenir en garde).

La paresse de l’'intelligence est aussi une source très courante de naturalisme doctrinal. La raison en est simple. La doctrine catholique est une doctrine
reçue de Dieu et de l’'Église. Étant surnaturelle et étant reçue, elle exige connaissance des sources, étude, méditation, docilité. Cela est parfois ardu, cela demande effort et persévérance.
Il est beaucoup moins fatigant d’i'nventer, d’'imaginer, de forger des théories sur mesure, qui ne demandent ni rigueur intellectuelle ni longues recherches ; ces théories ont en outre l'’avantage d’'être malléables et adaptables suivant les besoins. Et voilà comment on sombre en naturalisme, car ces inventions ne sont ni révélées de Dieu ni surnaturelles : elles ne sont pas du tout à la hauteur des problèmes qu’'elles prétendent résoudre, des réalités qu’'elles sont censées décrire. Des hypothèses naturelles plus ou moins controuvées se sont substituées à la lumière de la foi et à la lumière théologique qui en dérive. L’'abîme n’'est pas loin.

Ayons donc le souci d'’avoir une véritable science de la doctrine catholique : une science générale, une science spéciale de ce qui relève de notre état de vie, une science
équilibrée – car n'’étudier que tel ou tel point particulier « pour défendre la cause », c’'est se livrer à toutes les illusions de l’'amour-propre et de l'’incapacité à raisonner juste.


2. La vérité n'’est pas facile

L'’intelligence humaine est faite pour la vérité. Par nature, elle connaît
ce qui est et tend à y « coller » au plus près ; elle saisit ce qui est permanent et essentiel à l'’intérieur de ce qui est mouvant et apparent ; elle voit l’'ordre dans lequel les choses qu’'elle connaît sont insérées, et elle est donc capable de remonter au sommet et principe de cet ordre : Dieu, créateur de toutes choses et rémunérateur des êtres raisonnables.
Mais il ne faudrait pas croire que, parce que l’'intelligence est faite pour la vérité, la vérité lui fût facile ; il ne faudrait pas imaginer que l’'intelligence connût aisément les vérités les plus fondamentales pour une droite conduite de la vie, et se fixât sans peine sur elles. Il n'’en est rien, voici pourquoi.

Tout d’'abord, les vérités qui concernent notre destinée et notre règle de vie, parce qu’'il a plu à Dieu de nous élever à l’'ordre surnaturel, sont révélées et objet de foi. Or la foi exige que notre intelligence se soumette directement à l’'intelligence divine et se renonce –— ce qui n'’est jamais facile.

Ensuite, le péché originel est venu perturber notre nature et, même après le Baptême, les passions s'’interposent entre notre intelligence et ses objets les plus hauts ; aussi, la connaissance droite et stable des vérités fondamentales nécessite une rectification morale, une « bonne volonté » d’élimination vertueuse de tout intérêt désordonné, de toute injuste question de personne, de toute complaisance pour la facilité ou le vice –— ce qui n’est jamais facile.

Ensuite encore, pour une vérité, les erreurs sont multiples : soit par excès, soit par défaut, soit par opposition. Et donc, en termes de statistiques et de probabilités, l'’erreur est toujours bien placée pour triompher —– ce qui fait que tenir à la vérité n’'est jamais facile, dès qu'’il s’agit de choses un peu complexes ou de choses où le cœœur humain est très engagé.

Enfin, il ne faut pas négliger l’'existence d’'hommes pervers, trompeurs ou séducteurs, qui rendent difficile la connaissance de la vérité et travaillent à l'’occulter. Celui qui vit dans l'’erreur a tendance à la propager, soit pour asservir son prochain, soit pour se trouver des complices : le grand nombre tranquillisera sa conscience. Derrière lui, le
Père du mensonge souffle sans relâche sur les braises des passions et de l’'amour-propre.

De cette quadruple difficulté pour l'’homme de connaître la vérité et d’'en vivre, il faut tirer deux leçons :
––  il y a pour chacun d'’entre nous une nécessité de nous adonner à l'’étude, à la méditation, à la lutte contre nos défauts et contre la concupiscence ; sans cela la vérité n’entrera pas dans notre esprit ou s'’y obscurcira, que ce soit par oubli, par déviation ou par incompréhension grandissante ;
–– la vérité, parce qu’'elle est fragile (non par elle-même mais en raison de la faiblesse humaine) a besoin de protection sociale, politique, légale. C'’est là une des premières obligations de toute autorité (familiale ou politique). Non seulement toute société doit rendre un culte à Notre-Seigneur Jésus-Christ, seul Dieu et seul Sauveur, mais, pour le bien commun de ses membres, elle doit protéger et promouvoir la vérité et pour cela bannir l’'erreur.

En nous, les deux ennemis de la vérité sont la paresse (intellectuelle ou spirituelle) et le naturalisme (ou sa forme sociale et morale qu’'est le libéralisme) : ils tuent l’'amour de la vérité parce qu’'
ils font craindre autre chose que le péché : craindre sa peine, craindre de se convertir, craindre que Notre-Seigneur, qui est la voie, la vérité et la vie, ne règne en maître absolu. Une telle crainte est blasphème.


3. Écueils mortels à éviter : le « jeunisme » et le dédain de la famille. Extrait de
À l’image de l’'Enfant Jésus, par D. Minimus [Henri Charlier], Itinéraires n°39 (janvier 1960) pp. 89-91.

Aussi n'’est-il pas bon que les familles chrétiennes se débarrassent systématiquement de leurs enfants adolescents dans ce qu’'on appelle les mouvements de jeunesse. Il y a là une question très grave et très complexe, que l'’on a trop souvent le tort de vouloir trancher par des vues générales, uniformes, impératives, sans tenir compte de toutes les circonstances particulières. C'’est une erreur de présenter les mouvements de jeunesse comme une institution forcément bonne partout et toujours.

Beaucoup de pères se plaignent qu'’il y a incompréhension presque totale entre eux et leurs fils : ils devraient s'’en prendre d’abord à eux-mêmes, s’'ils ont abandonné presque toute l’'éducation de leurs fils aux scouts, aux routiers, etc.

D'’autre part, on confie de préférence l’'aumônerie des mouvements de jeunesse aux prêtres les plus jeunes, c'’est-à-dire à ceux qui n'’ont encore aucune expérience véritable.
On pense que par leur jeunesse ils seront « plus près des jeunes ». On devrait plutôt songer que l’'ordre naturel des choses, établi et voulu par Dieu, fait sagement qu'’un père a au moins vingt-cinq ans de plus que ses fils ; que l’'éducateur naturel de garçons de 15 à 20 ans a lui-même entre 40 et 60 ans ou davantage.
Les prêtres les plus jeunes ne sont pas encore très bien défendus eux-mêmes contre l'’orgueil de la vie : cette concupiscence est le défaut naturel de la jeunesse qui a besoin d'’être continûment corrigée par les conseils et l’'expérience de la génération antérieure. Or l’'orgueil de la vie et la présomption qui s'’ensuit sont accrus plutôt que réduits par l’'éducation des jeunes gens en dehors de la famille. Une éducation commence le plus tôt possible et doit être pour suivie quoi'qu’il en coûte aux parents, souvent surchargés de tâches difficiles ou absorbantes.
Pour l'’éducation des jeunes gens appelés à être prêtres, l’'Église ne choisit nullement, dans ses petits et grands séminaires, les prêtres les plus jeunes qu’elle puisse trouver, pour qu'’ils soient « plus près » des séminaristes.

Les mouvements de jeunesse, créés pour refaire une société chrétienne et fonder des foyers chrétiens là où ils n'’existent pas, sont indispensables et font un bien qui n'’est pas douteux. Mais ils ont certainement contribué aussi à faire perdre le sens de la famille là où il existait. Cela commence à être aperçu par les esprits les plus lucides, qui cherchent le moyen pratique de porter remède à ce défaut, sans avoir encore trouvé de solution bien assurée. Les efforts de plus en plus nets du scoutisme, par exemple, pour relier plus étroitement ses activités à la fois à la paroisse et à la famille – là où existent familles et paroisse – montrent dans quelle direction l’on recherche la mise au point nécessaire.

En sens contraire, il est tout à fait funeste de vouloir imposer uniformément des « formules » de « mouvements » – et pas seulement de mouvements de jeunesse – en quelque sorte préfabriquées, partout identiques, très centralisées, et fonctionnant selon des méthodes qui, au fond, sont dans une large mesure calquées sur celles des partis politiques et autres « mouvements de masse ». Le Pape Pie XII, dans ses discours aux deux Congrès mondiaux de l’'apostolat des laïcs, a posé bien des questions à ce sujet, en montrant que ce sont des questions pendantes, non résolues, et qu'’il ne faudrait surtout pas les tenir pour réglées. Les mouvements de jeunesse sont évidemment faits pour suppléer provisoirement à la famille et à la paroisse là où elles se sont défaites, et pour contribuer à les refaire : mais non pas pour les supplanter là où elles existent ; et d’'autre part, ces mouvements sont loin d’'être suffisamment au point dans beaucoup de cas : on aurait tort de vouloir les figer strictement sous leur forme actuelle, alors qu'’il faudra sans doute encore plusieurs générations et bien des expériences pour trouver leur place exacte dans le corps social.

Chez les intellectuels catholiques eux-mêmes, que de propos inconsidérés sur la famille ! Celle-ci restera toujours la base naturelle voulue par Dieu de la grande tradition humaine et chrétienne. Amoindrir sa constitution (alors qu’il faudrait la restaurer) ajoute un malheur certain et fondamental aux autres malheurs qui attendent l’'humanité. Il n'’existe plus de vraie famille chrétienne unie dans la suite des générations que là où les pères chrétiens et les mères chrétiennes ont fait par eux-mêmes, par la parole et par l’'exemple, l’'éducation de leurs enfants. Il ne faut à aucun prix amoindrir leur salutaire influence.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Dossiers Saint-Bernard
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