Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /Août /2006 15:10

La sainte Vierge Marie est-elle morte, ou a-t-elle été glorifiée directement, sans connaître la séparation de l’âme et du corps ?

Dans sa définition du dogme de l’'Assomption (
Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950), Pie XII laisse la question ouverte :
« C'est pourquoi, après avoir adressé à Dieu d'incessantes et suppliantes prières, et invoqué les lumières de l'Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant, qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie, pour l'honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur de la mort et du péché, pour accroître la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l'exultation de l'Église tout entière, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge,
à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. »

Voici quelques réflexions pour tenter d’y voir clair.

La mort est à la fois un fait naturel et un châtiment.
Elle est un fait naturel parce que nous sommes composés de deux principes substantiels – le corps et l’âme – et que tout composé tend naturellement à la séparation.
Elle est un châtiment puisque, par un don préternaturel lié à la grâce sanctifiante, Adam et Ève étaient immortels. En perdant la grâce divine, ils ont perdu l’immortalité pour eux-mêmes et pour leurs descendants. Depuis lors, la mort a raison de châtiment ; son inconnu, ses douleurs et ses angoisses l’ont rendue bien plus pénible qu’elle ne l’aurait naturellement été.

Étant totalement exempte du péché originel et de tout péché personnel, la sainte Vierge Marie n’était pas soumise à la mort comme châtiment.
Possédant la nature humaine privée du don d’immortalité, Notre-Dame était soumise à la mort comme fait de nature.
On ne peut guère trancher la question sur ces seuls considérants !

Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort pour notre salut d’une vraie mort humaine, séparation de l’âme et du corps. Mais cette mort n’a pas eu l’effet de la mort commune, qui est de dissoudre la personnalité : sa personne est divine et éternelle, c’est la seconde personne de la sainte Trinité. Sa personnalité est hors d’atteinte de la création et de la mort.

Il faut se souvenir, en effet, que saint Thomas d’Aquin, à la suite de Boèce, enseigne qu’une personne est la substance
complète d’une nature rationnelle. Or l’âme séparée du corps n’est pas une substance complète : elle demeure bien sûr individuelle et distinguée de toutes les autres, mais elle n’est pas une personne à proprement parler.

Si la sainte Vierge Marie est morte de la mort commune, son corps et son âme ont été séparés, ne serait-ce qu’un instant. Et pendant cet instant, si bref qu’on l’imagine, la personnalité de la Mère de Dieu aurait cessé d’être : ce qui me semble difficilement concevable.

Cette aporie me fait regarder d’un œil favorable l’hypothèse émise par le R.P. Guérard des Lauriers qu’on trouvera
dans ce texte.

La voici en deux mots.
Dans l’ordre spirituel, il existe deux morts bien différentes : une mort par en bas (le péché) et une mort par en haut (le renoncement).
Pourquoi ne pas admettre qu’il y a de même deux morts dans l’ordre physique : la mort par en bas (la mort commune) et la mort par en haut (celle réservée à la sainte Vierge Marie).
Cette mort par en haut, d’une nature mystérieuse, ne comporterait pas cette séparation réelle du corps et de l’âme (et ne serait donc qu’analogiquement mort) et préserverait ainsi la personnalité.

La question vaut d’être méditée. Gloire à Marie pour l’éternité.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Sainte Vierge Marie
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