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8 mars 2006 3 08 /03 /mars /2006 20:24
Au cœœur de l'’étude de la réforme liturgique issue de Vatican II revient souvent la question de l'’intention nécessaire à la confection valide des sacrements. Voilà qui est plus complexe que certaines simplifications hâtives ne le laissent entendre. Il me semble important d'’en rappeler un point crucial : l'’intention n'’a rien de subjectif, elle se tient principalement du côté du rite qui la spécifie.

Pour validement confectionner un sacrement, un ministre doit avoir
l’'intention de faire ce que fait l’'Église. C'’est cette intention qui le rend actuellement ministre de l’Église et instrument de Jésus-Christ, voilà pourquoi elle est nécessaire.

L'’objet de cette intention est
ce que fait l’'Église, c'’est-à-dire ce que l'’Église fait par les mains du ministre, ce que l’'Église donne au ministre à cette fin : c'’est le rite de l'’Église, fruit et expression de la foi de l’'Église. C'’est la foi de l’'Église en acte.

« Les sacrements correspondent à la foi : ils sont des protestations de celle-ci, et c'’est d’'elle qu’'ils tiennent leur puissance » (Saint Thomas d’Aquin, IV Sent. D. I Q. 1 a. 2 sol. 5).
« L'’efficacité – ou vertu – des sacrements, provient de trois choses : de l’'Institution divine qui est son principal agent ; de la Passion du Christ qui est sa première cause méritoire ; de la Foi de l'’Église qui met l'’instrument en continuité avec l'’agent principal » (IV Sent. D. I Q. 1 a. 4 sol. 3).
« La foi [de l’'Église] donne l’'efficacité aux sacrements en tant qu'’elle les rattache à la cause principale [Jésus-Christ] » (
Ibid.)

L'’intention sacramentelle n'’est pas l’'intention dont l'’objet est la
finis operantis (la raison qui met l’'agent en action), mais bien l’'intention qui porte sur la finis operis (ce qui est le terme de l’'action), sur l’'action elle-même en tant qu'’objet de la volonté.

Le ministre d'’un sacrement est un instrument, et un instrument libre. Mais sa liberté n'’est qu’'une
liberté d'’exercice : faire ou ne pas faire ; simuler [par malice, ou pour faire une répétition liturgique etc.] ou ne pas simuler.
L'’instrument n'’a pas de
liberté de spécification, il ne peut pas « choisir son intention » : il doit vouloir faire ce que fait l’'Église.
Et ce que fait l'’Église, c'’est son rite : c'’est sa foi, son intention contenue dans son rite. C'’est son rite, fruit et expression de sa foi.
Le ministre reçoit donc le rite sacramentel tel qu'’il lui est donné par l'’Église : il ne choisit pas son intention, il ne la forme pas lui-même ; il la reçoit en recevant le rite, en l’'utilisant.

C’'est là la garantie de la validité des sacrements : l’'utilisation du rite de l’Église (qui est une réalité objective, constatable) assure [hors le cas directement voulu de simulation] la réalité du sacrement et de son effet. Même si le ministre est dans l’'erreur quant à la nature ou à l'’effet du sacrement, même s’'il est ignorant, incroyant, simoniaque etc.

Quand un rite est réformé (et tout particulièrement quand la forme en est modifiée), l’'utilisation de ce nouveau rite implique nécessairement l’'intention de faire ce qu'’a voulu faire celui qui a promulgué ce rite, l’'intention qui est spécifiée par la foi dont le rite est le fruit et l'’expression.

Si c'’est l’'Église qui modifie son rite, alors intention, foi et efficacité (qui sont nécessairement liées) sont divinement garanties.
Si la promulgation de l’'Église manque, alors la garantie manque ; si la foi de l'’Église manque, alors l’'intention et l’'efficacité manquent.

Cette foi de l'’Église est présente dans la signification du rite.
Si l'’on regarde le signe sacramentel, l'’ultime réalité de l'’union de la matière et de la forme est sa signification. Dans l’'acte sacramentel, cette signification se tient du côté du signe et non de l'’intention.

Mais dans le rite lui-même, cette signification est le terme de l’'intention donnée par la promulgation et exprimée par l’'ensemble du rite, cette intention que le ministre « endosse » en utilisant le rite. Voilà pourquoi la signification est alors l’'effet et le signe de l'’intention qui a présidé à la confection du rite (intention non pas en tant que présente chez les rédacteurs, mais en tant que présente dans l'’acte de la promulgation – qui n'’est évidemment pas sans rapport avec celle des rédacteurs).
Cette unité signification-intention est dans la foi de l’'Église, elle est la foi de l'’Église à propos du sacrement, de sa nature et de son efficacité. Elle est la foi de l'’Église catholique dont la signification et le rite sont le fruit et l'’expression.

Voilà pourquoi cette unité signification-intention ne peut être garantie que par une promulgation de l'’autorité légitime (et en vertu de l’'infaillibilité de l'’Église en pareille matière, elle est garantie par ladite promulgation).

En fait, il est impossible de dissocier trois choses : la conformité d'’un rite liturgique à la foi catholique (conformité
en acte) ; la validité du sacrement confectionné selon ce rite (au moins la garantie de cette validité) ; la légitimité de l’'autorité qui a promulgué ce rite. Toute la doctrine catholique s'’oppose à cette dissociation, tant la théologie sacramentaire que celle de l'’infaillibilité de l’'Église en matière de foi et en matière sacramentelle.

Si donc les nouveaux rites proviennent de la véritable Autorité de l’'Église, il est impossible qu'’ils soient en désaccord avec la foi ou invalides ; l’'assistance du Saint-Esprit garantit
et leur accord avec la foi et leur efficacité de grâce ;
* si ces rites sont non conformes à la foi catholique, il est impossible qu'’ils proviennent de l’'Autorité, qui ne peut donner à l’'Église de loi mauvaise ou de rite méprisable ;
* si, pour l’'essentiel, ils ne sont pas accordés à la foi catholique, ils ne peuvent être valides : la foi de l’'Église absente ne peut leur conférer l'’efficacité au sens où nous l’'avons dit ;
* si enfin ils ne proviennent pas de l'’autorité de l'Église, il n’'existe aucune garantie de leur validité, qui ne peut être connue que dans la foi et par le témoignage de l’'Église.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Théologie
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