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2 mars 2006 4 02 /03 /mars /2006 19:35
Quelques points de repère

Le landernau « tradi » est en émoi, en effervescence même : circulent çà et là des rumeurs, des bruits, des informations plus ou moins fiables, selon lesquels des accords seraient en préparation entre le Vatican et la fraternité Saint-Pie-X. À en croire les bruits-qui-courent, les excommunications seraient levées, puis la fraternité serait reconnue à l’instar de ce qui fut fait pour le diocèse de Campos (une sorte de diocèse dématérialisé). La contrepartie serait le regret du schisme, l’adhésion sincère à Vatican II et la reconnaissance de la légitimité de la réforme liturgique qui en est issue.

À propos de cette affaire, je n’ai ni information inédite, ni source de renseignements spéciale, ni esprit prophétique. Mon dessein se réduit à apporter quelques points de repère en mettant en relief une évidence. Cette évidence est celle d’une
absence. Il n’est guère question de la doctrine catholique en tout cela ; elle est plus ou moins reléguée au rang d’accessoire.

Pourtant, dans la sainte Église, rien n’est bon, rien n’est fécond, rien n’est durable que ce qui est établi sur des bases doctrinales : enracinement dans la foi catholique, intégrité du témoignage de la foi, charpente théologique, héritage de la tradition. En l’occurrence, la doctrine devrait être prééminente à un double titre :
– d’abord parce que la fraternité Saint-Pie-X a été fondée pour s’opposer au torrent dévastateur de l’hérésie, de l’équivoque, de la protestantisation des rites liturgiques ; c’est sa raison d’être, si elle fléchit, elle n’est plus bonne qu’à disparaître ;
– ensuite parce qu’il ne suffit pas de s’opposer à l’erreur ; il faut encore que cette opposition ne s’adosse pas à d’autres erreurs, qu’elle ne trouve pas sa justification dans des théories elles aussi condamnées par l’Église.

Point n’est besoin d’être grand clerc pour prédire que si cette absence doctrinale perdure, tout ce tintamarre est voué à l’échec. Non pas, peut-être, à l’échec des négociations – cela, je l’ignore – mais certainement à l’échec du rétablissement de l’ordre des choses.

La considération de la doctrine catholique conduit donc à une double interrogation :
– quelles sont les erreurs conciliaires auxquelles on doit s’opposer de toute son âme, sans qu’il soit question d’abandonner le combat ?
– comment s’opposer à ces erreurs sans mettre à mal d’autres points de la doctrine catholique ?

*****
Quant à la première question, voici quelques points de repères. Le
novus ordo missæ de Paul VI « s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la xxiie session du Concile de Trente » (Lettre à Paul VI des cardinaux Ottaviani et Bacci, 3 septembre 1969). Ce nouvel ordo présente toutes les caractéristiques d’une « messe de Luther » : prépondérance de la parole, suppression de l’offertoire (remplacé par une bénédiction juive), modification des paroles de la consécration (transformée en récit historique) et désacralisation générale qui est une diminution-négation de la foi en la présence réelle.

Ce n’est donc pas une cohabitation qu’il faut demander, ce n’est pas la présence simultanée de deux rites : c’est la suppression totale d’un rite profondément protestant et le rétablissement du rite catholique dans toutes ses prérogatives.
Cette certitude des sacrements exige simultanément que le nouveau rite des ordinations et consécrations soit évacué, et qu’on examine sérieusement ce qu’il convient de faire pour éliminer tout doute sur l’authenticité des prêtres et des évêques (et des confirmés).

La doctrine nous dit encore que le prétendu droit à la liberté religieuse est une infamie, une manière d’apostasie. Il a été condamné par les Papes Pie VII, Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII ; il s’oppose à la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; il est contraire à une juste notion de la société politique.
Ce n’est donc pas une interprétation, une relecture à la lumière de la tradition (comme si cela pouvait résoudre une contradiction !) qu’il faut demander : mais une condamnation à la mesure de la gravité de l’affaire et de la solennité de sa proclamation à Vatican II.

La doctrine nous dit encore que Vatican II enseigne une fausse conception de l’Incarnation de Notre-Seigneur : conception selon laquelle par la seule incarnation Jésus-Christ est uni à tout homme. Voilà qui évacue la nécessité de la Rédemption, voilà qui est à l’origine d’une fausse conception de l’Église et de la folie de l’œcuménisme galopant qui dissout les restes de la foi catholique.
On ne peut résoudre une telle dissonance avec la doctrine catholique par prétérition : il faut dénoncer et condamner ces fausses doctrines qui vident l’Église de sa substance et de sa nécessité.

La doctrine catholique nous dit encore que depuis Vatican II (inclus), on ne porte plus sur le peuple juif un regard fondé dans la foi catholique, un regard qui reconnaisse la conduite providentielle du monde. On ne veut plus voir en lui le peuple réprouvé « qui porte le livre pour que les chrétiens croient » [saint Augustin], un peuple dont la survie quasi-miraculeuse en vue de sa conversion à la fin des temps est un grand signe apologétique. Ce nouveau regard est faux ; il est de plus
cruel pour les juifs de chair et d’os qu’on n’appelle plus à la conversion et au baptême : ils y trouveraient le salut, ils seraient arrachés à la malédiction qui pèse sur eux, ils retrouveraient leur antique vocation perdue : servir le Dieu de leurs pères dans l’Église catholique hors de laquelle il n’y a pas de salut.

*****
L’absence des fondements doctrinaux du combat catholique donne très nettement le sentiment que le combat a changé d’objectif et perdu son âme : là où il s’agissait naguère de défendre la foi catholique contre les nouveautés qui la corrompent – dogmatiques, liturgiques, théologiques ou canoniques – il s’agit maintenant de régulariser une situation. Naguère, on pourfendait l’hérésie ; maintenant, on cherche une place au soleil.
Certes, il n’y a pas de doute que cette
place au soleil est recherchée avec l’intention de chasser ainsi l’hérésie, avec l’espoir que la vérité triomphera par le simple fait qu’elle aura droit de cité… mais depuis l’épisode de Pilate donnant à choisir entre Jésus et Barrabas, on sait ce que valent de tels espoirs.
L’avenir dira si ce sentiment qu’on se dirige vers une
reddition en rase campagne est vrai, ou s’il est induit par des apparences trompeuses. Mais le malaise est grand.

*****
Ce malaise provient aussi d’un autre facteur, qui rejoint la deuxième interrogation signalée plus haut.
Depuis des décennies, on affirme : Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI sont les vrais papes de l’Église catholique. Et puis on explique qu’il ne faut pas exagérer l’étendue du pouvoir pontifical, que les papes ne sont jamais infaillibles (ou si rarement), qu’on est pas obligé de leur obéir, qu’ils ne sont pas les maîtres de la juridiction ecclésiastique etc.
Arrive un jour où ces incohérences volent en éclat, où le sentiment que ces nouveautés-ci ne sont pas plus catholiques que celles-là qu’on refuse et combat. Mais entre-temps, l’intelligence de la foi a été malmenée, laminée, désorganisée chez les prêtres et les fidèles.
Qu’on ne s’étonne plus, dès lors, de la faiblesse de la résistance devant la séduction de Benoît XVI. Celui-ci sans rien lâcher, sans renier un
iota de Vatican II, sans désavouer une rubrique de la réforme liturgique, ressemble à un grand carnassier (soit dit en tout respect) qui ne va faire qu’une bouchée de tous les déboussolés. Et ceux-ci seront encore contents de se faire dévorer.

*****
En temps de crise encore moins qu’en tout autre temps, on ne peut se passer de la doctrine catholique : seules la fidélité exacte, l’étude sérieuse et la méditation quotidienne peuvent sauver l’intelligence du marasme dans lequel on voit s’enfoncer pas à pas les « tradis » qui sont prêts d’abandonner ce pour quoi ils ont courageusement combattu – depuis fort longtemps pour certains.
Espérons que, en cas de reddition, nombreux seront ceux qui réagiront : ils verront dans le même temps la nécessité de revenir aux principes éprouvés de la théologie catholique, ils verront combien il fut déplorable de sacrifier une partie de la sainte doctrine pour tenter d’en sauver une autre. On ne divise pas la vérité – et la foi encore moins.


Diminution = négation

En parlant de la réforme liturgique, j’ai affirmé ci-dessus que la désacralisation du rite de la Messe équivaut à une négation de la foi. Voici un point qu’il faut expliquer et mettre en lumière.

Il est très important de prendre en compte l’être historique de l’Église, le fait que l’Église militante vit dans le temps ; et qu’il y a donc un ordre, une succession dans les actes et les enseignements.
Ainsi, on dit que ce qu’un pape a fait, un autre peut le défaire : c’est vrai en tout ce qui est réformable par nature (jeûne eucharistique, nombre des cardinaux, règles liturgiques etc.) mais cela ne l’est pas en ce qui est irréformable. Un Pape ne peut pas dé-canoniser un saint ni dé-définir un dogme : l’antériorité des actes de ses prédécesseurs le lie.
Donc la considération d'
antériorité ou de postériorité revêt une grande importance. Appliquons cela à trois exemples, dont les deux premiers concernent directement le point soulevé.

Premier exemple. Le fameux
subsistit in. Venant après l’affirmation solennelle de Pie XII (et de saint Paul) qu’il y a identité parfaite – est – entre l’Église catholique et le Corps mystique de Jésus-Christ, Vatican II affirme que l’Église de Jésus-Christ subsiste dans l’Église catholique comme dans une société organisée – ce qui n’exclut pas qu’elle puisse subsister ailleurs sous une forme moins organisée, ou même sans organisation particulière. On est donc passé de l’affirmation d’une identité à celle d’une inclusion, ce qui est une notable régression dans la signification, ce qui a une réelle valeur de négation.
Cette négation est d’ailleurs corroborée
en amont par le fait que l’expression est l’œuvre d’un pasteur protestant [1], qui l’a soufflée au cardinal Frings par l’intermédiaire de son théologien particulier, un certain abbé Ratzinger ; en aval aussi, par les théories de cercles d’appartenance et de communion imparfaite qui sont censées justifier toutes les pratiques sacrilèges d’intercommunion et tutti quanti.

Deuxième exemple. La réforme liturgique n’a pas simplement une signification par ce qu’elle affirme ; elle a aussi une signification parce qu’elle est faite pour remplacer la liturgie antérieure. Et comme la régression est époustouflante, ce remplacement a valeur de négation.
Ainsi, l’offertoire sacrificiel est remplacé par une prière de bénédiction juive ; ainsi les paroles de la consécration sont remplacées par celles que Luther avait choisies ; ainsi les marques d’adoration et le caractère sacré sont fortement atténués. J’y reviens dans le texte placé après celui-ci.

Troisième exemple. Lorsque
Dignitatis Humanæ enseigne que la liberté religieuse (le droit à la liberté civile en matière religieuse) est fondée sur la révélation divine, cette déclaration conciliaire s’adresse à des âmes qui, en raison de Quanta Cura, et de l’enseignement et de la pratique séculaire de l’Église, croient dans la foi que ladite liberté religieuse est contraire à la Révélation divine.
On pourrait alors être tenté de dire : qu’est-ce qui prouve alors que ce n’est pas
Dignitatis Humanæ qui a raison et Quanta Cura qui a tort ? Ce qui le prouve, c’est l’antériorité, vitalement intégrée à l’acte de foi.
La foi théologale interdit au croyant (qui adhère tranquillement à
Quanta Cura) de remettre en cause sa foi. Et donc, avec l’arrivée de Dignitatis Humanæ, il n’y a que trois solutions possibles : absence de contradiction, absence de nécessité d’adhérer, absence d’autorité.
Aussi, après avoir vérifié qu’il y a bien contradiction selon le sens obvie des textes, après avoir constaté que
Dignitatis Humanæ impère une adhésion de foi, le croyant doit nécessairement refuser son adhésion au texte de Dignitatis Humanæ et à l’autorité qui le lui enseigne.

Il ne faut pas oublier de prendre cela en compte : sur la terre, l’Église vit dans le temps ; c’est essentiel à son caractère d’Église
militante.

Note [1] : Le Sel de la Terre, n°49, été 2004, p. 40. Lettre du pasteur Wilhelm Schmidt à l’Abbé Matthias Gaudron, 3 août 2000 : « J’étais alors pasteur de l’église de la Sainte-Croix à Bremen-Horn, et, pendant les troisième et quatrième sessions, observateur au Concile comme représentant de la Fraternité évangélique Michael, à l’invitation du cardinal Bea. J’ai proposé par écrit la formulation
subsistit in à celui qui était alors le conseiller théologique du cardinal Frings : Joseph Ratzinger, qui l’a alors transmise au cardinal. »


À propos du nouvel ordo de Paul VI

1. L’offertoire du
novus ordo missæ est une prière de bénédiction juive. Voici comment s’en réjouit un partisan-expert de la réforme et adversaire de l’offertoire traditionnel :
« Les prières de l’Offertoire qui s’exprimaient trop souvent en des termes d’offrande rendaient difficile la catéchèse de ce moment de la messe et provoquaient des confusions. Il fallait clarifier ce rituel. On le fit. Cependant, pour ne pas l’appauvrir, on a introduit deux prières de type biblique et d’inspiration juive, prières de bénédiction à propos d’aliments dont on remercie le Père. » [Adrien Nocent, osb, professeur au collège Saint-Anselme de Rome,
La Messe avant et après saint Pie V, Beauchesne 1977, pp. 72-73]

2. Les paroles de la consécration. Parmi les différentes versions de l’Évangile, Luther avait choisi celles qui se rapportent à la dernière cène comme acte historique, plutôt que celles qui se réfèrent à l’action opérée
hic et nunc sur l’autel. Cela contribue (décisivement ?) à transformer la consécration en narration.
En outre Luther avait supprimé l’incise
mysterium fidei. Cette omission, qualifiée de sacrilège par un décret du Saint-Office du 24 juillet 1958, se retrouve dans la réforme issue de Vatican II.

3. L’offertoire de la Messe catholique est sacrificiel. Il est, non pas le sacrifice de Jésus-Christ (consommé à la consécration) mais le nôtre : notre sacrifice (subordonné et inachevé) par lequel nous nous immolons à Jésus-Christ pour qu’il nous unisse à son propre sacrifice. C’est ce sacrifice qui rend raison de la Messe en tant qu’accidentellement distincte de la Croix. Il y aurait beaucoup à développer sur cette réalité qui suscitait la haine de Luther, et qui est gommée par le nouveau rite.

Instance. Dans ledit nouveau rite demeure l’
orate fratres, cette prière affirme bien le caractère sacrificiel et va à l’encontre du luthéranisme.
Le fait est indéniable : l’offertoire du
novus ordo missæ a conservé l’orate fratres. Il demeure, mais comme suspendu en l’air, ayant perdu sa signification puisqu’il ne peut plus se référer au sacrifice qui est celui du prêtre et des fidèles, leur sacrifice personnel, l’offrande de leur personne à Jésus-Christ.

Reprenons la chose un peu plus haut. Jean-Paul II écrit dans la lettre apostolique
Sacrosanctum du 4 décembre 1988 : « Liée au renouveau biblique, au mouvement œcuménique, à l’élan missionnaire, à la recherche ecclésiologique, la réforme liturgique devait contribuer à la rénovation globale de l’Église » (§ 4).
Il faut donc rechercher dans ladite « rénovation globale de l’Église » la raison du changement de l’offertoire. Or Vatican II enseigne deux nouveautés qui ôtent tout objet à l’offertoire sacrificiel :
– le droit à la liberté religieuse – qui en fait proclame une nouvelle conception de la nature humaine, en laquelle le principal n’est plus l’ordination à Dieu (ordination qui est le fondement du sacrifice), mais la capacité d’agir librement et sans contrainte extérieure ;
– par le fait de l’Incarnation, chaque homme acquiert une dignité ineffable et est uni à Jésus-Christ. La rédemption n’est que le témoignage de cette union. Il ne resterait donc rien à racheter dans l’homme qui, sans sacrifice, peut prétendre à la communion avec Dieu.

La conception catholique est à l’opposé. L’offertoire est un sacrifice subordonné et inachevé – un sacrifice
préparé dit la prière Veni Sanctificator – dans lequel nous faisons à Jésus-Christ le sacrifice de nous-mêmes et de tout ce qui constitue notre vie, afin qu’il nous unisse à son propre sacrifice qui est l’unique ; dans lequel l’Église fait l’oblation de la matière du sacrifice, signifiant ainsi son union à Jésus-Christ qui sera consommée à l’immolation de la consécration. Sans offertoire (et la présentation des oblats n’en est pas un) il n’y a plus à proprement parler de participation à la sainte Messe, il n’y a plus d’action spécifique de l’Église, il n’y a plus de raison d’être d’un renouvellement hic et nunc de l’unique sacrifice. On ne peut qu’assister, recevoir un enseignement, ranimer la foi et la manifester… les protestants ne prétendent à rien d’autre.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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