Dimanche 29 janvier 2006
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La courte biographie du Père François de Paule Vallet, qu’on trouvera en document joint retrace la vie d’un prêtre attachant, surnaturel et magnanime. Mais elle fait davantage encore en manifestant l’extraordinaire puissance et la divine
fécondité des Exercices spirituels de Saint-Ignace.
De par l’inspiration de Notre-Dame et selon le dessein de saint Ignace, les Exercices spirituels font revivre à l’âme de bonne volonté l’itinéraire par lequel le Bon Dieu a conduit Iñigo de Loyola d’une vie dissipée à une vie de haute ferveur dans la
vertu, d’une vie d’un pécheur chevalier de la cour de Charles-Quint à celle d’un saint chevalier du Christ-Roi. Cette origine chevaleresque des Exercices laisse aisément pressentir combien ils seront un instrument non seulement de
conversion, mais aussi de conquête.
Instrument de conversion, les Exercices le sont en plaçant l’âme
dans la lumière divine du Principe et fondement, qui force chacun
à se remettre en présence de sa fin dernière et qui le conduit suaviter et fortiter à se détourner du péché et à recouvrer la grâce de Dieu.
Instrument de conquête, les Exercices le sont en mettant le
retraitant à l’école intégrale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Église militante – de cette Église qui depuis les Apôtres verse son sang pour répandre la doctrine céleste, pour procurer
les sacrements du Salut et pour assurer le rayonnement de l’Évangile les hommes et les sociétés.
La grâce particulière et le génie du Père Vallet furent d’entrer pleinement dans ce dessein de saint Ignace et de le mettre à la portée du plus grand nombre. Il ne fut pas le premier à vouloir
réduire la durée des Exercices pour les rendre plus accessibles,
mais il l’a fait sans les édulcorer, sans les dénaturer, sans dissoudre en rien leur double puissance. En ramenant à cinq jours la durée d’une retraite, le Père Vallet n’a ni omis les grandes et
fondamentales méditations des fins dernières, ni dilué l’aspect conquérant des Exercices.
Bien au contraire, il conserve sa place centrale à la méditation de la Royauté de Jésus-Christ et son appel
: ce sont tous les baptisés (et a fortiori les confirmés) qui sont conviés à connaître, à aimer et à suivre Jésus-Christ conquistador, à étendre son règne dans leur âme, dans leur famille, dans leur paroisse,
leur métier, et tout ce qui relève de leurs différents devoirs d’état.
Le Père Vallet a lui-même été généreusement animé de cet esprit de conquête. Avant lui, les Exercices étaient prêchés, certes, mais depuis longtemps on se contentait d’attirer des retraitants déjà convaincus dans des maisons spécialisées. Lui entreprit
d’exporter les Exercices sur le terrain, recrutant, organisant,
improvisant, se dépensant sans compter pour y faire aussi participer les indifférents voire les ennemis déclarés du saint Nom de Dieu.
C’est ainsi qu’une des premières retraites qu’il organisa (en 1910, il n’était encore que novice) fut mémorable : le village était coupé en deux dans le sens de la hauteur. Au rez-de-chaussée des
habitations, les femmes et les enfants vivaient et s’occupaient de l’intendance. Au niveau du premier étage, les maisons étaient reliées de balcon à balcon par des passerelles de planches et les
hommes suivaient la retraite dans le recueillement, descendant à l’église pour les offices et pour les instructions.
Le Père Vallet n’oubliait pas que le royaume de Jésus-Christ est un royaume ordonné : le règne de Notre-Seigneur commence dans l’intelligence des chrétiens qui doivent étudier et connaître la
doctrine catholique, afin d’en nourrir leur méditation et leur vie. Le Père Vallet insistait beaucoup sur ce point, tout comme il rappelait la nécessité d’acquérir les vertus – bonnes habitudes
raisonnées et stables – et spécialement les vertus de son état. Voilà pourquoi il avait grand souci de suivre les retraitants pour assurer leur persévérance : dans l’âme, un solide établissement
de la doctrine et des vertus requiert beaucoup de temps et de renoncement.
La prédication du Père Vallet était aussi résolument « sociale », en ce sens que son objectif était de régénérer la société humaine tout entière, et de le faire par le moyen des vraies sociétés
élémentaires (celles qui ont un véritable fondement naturel) comme sont les familles, les métiers et les paroisses. Il s’adressait aux hommes, pour que par eux et selon l’ordre des hiérarchies
naturelles, les familles redeviennent pieuses, unies et fécondes ; les entreprises soucieuses de l’équité, de la moralité et du bien commun ; les paroisses ardentes autour de leur curé.
C’est pourquoi il subit l’opposition – parfois violente – des groupements d’Action catholique. Ceux-ci, bâtis en dépit de ces fondements naturels (et pour cette raison ouverts à tous les vents idéologiques), quelle que soit la bonne volonté de
beaucoup, ne pouvaient que tendre à détruire les paroisses, à instiller le modernisme social en attendant la résurgence du modernisme doctrinal. De leur côté, les mouvements de jeunesse, issus du
même sérail, tendaient à désagréger les familles : au lieu de seconder celles-ci, ils fonctionnaient en détachant les enfants de leur milieu familial, et tendaient à les dresser contre lui. Les
mouvements de jeunesse méconnurent l’œuvre du Père Vallet et l’Action catholique lui fit la guerre. Menée au milieu de tant de difficultés, la vie du Père Vallet s’avère bien édifiante. Et revigorante : si nous voulons secouer notre
paresse et nous mettre résolument au service de Jésus-Christ Roi, il est possible non seulement de résister à la lâcheté et au découragement ambiants, mais aussi de conquérir les âmes à
Jésus-Christ et d’étendre la chrétienté. Les Exercices de Saint-Ignace sont pour cela un instrument très puissant, presque irrésistible.
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : Biographie
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