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20 janvier 2006 5 20 /01 /janvier /2006 11:42
L’autorité pontificale est d’essence surnaturelle : elle est directement communiquée par Jésus-Christ à l’élu du Conclave, elle est constituée par l’assistance divine, par l’« être avec » Jésus-Christ annoncé par Notre-Seigneur à ses Apôtres (Matth. XXVIII, 21) : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. »

Cette assistance divine s’exerce d’une double façon :
1°/ Absolument dans l’exercice plénier du pouvoir pontifical, dont l’infaillibilité est alors strictement garantie en chaque cas :
– Magistère soit solennel ou locution ex cathedra, soit ordinaire et universel, enseignant une vérité comme révélée par Dieu directement ou indirectement, ou enseignant une vérité d’ordre naturel nécessaire à la garde du dépôt de la foi, ou condamnant une erreur, ou affirmant un fait dogmatique, ou certifiant la loi morale ;
– constitution des rites sacramentels (infaillibilité quant à la conformité à la foi catholique et quant à l’efficacité de grâce) ;
– promulgation des lois générales de l’Église (infaillibilité pratique qui garantit que la loi n’est ni mauvaise, ni nocive, ni insupportable ; autrement dit, qui garantit que celui qui s’y conforme est [en cela] dans la voie du salut éternel) ;
– approbation définitive des ordres religieux.
2°/ Habituellement, dans la conduite quotidienne de l’Église, de telle sorte qu’est vraie l’assertion de Pie XII dans Mystici Corporis : « Le divin Rédempteur gouverne son Corps mystique visiblement et ordinairement par son Vicaire sur la terre. »

Il n’est donc pas impossible qu’en dehors des cas où l’assistance divine s’exerce de façon absolue il y ait défaillance du souverain Pontife (bien évidemment, s’il arrivait une défaillance de ce genre, celle-ci n’est pas imputable à l’assistance du Saint-Esprit).
Selon les notions, une défaillance
ponctuelle du Pape ne s’oppose pas formellement à l’assistance habituelle du Saint-Esprit, et ne la remet pas en cause (il en serait tout autrement d’une défaillance durable).
Cela n’est pas impossible. Mais cela est-il arrivé ? et de quelle manière ? Sujet bien difficile.

Le problème du « Ralliement » que d'aucuns soulèvent pourrait être un de ces cas. S’il en était ainsi, il ne faudrait pas affirmer trop vite que cette défaillance dispenserait de l’obéissance : il n’y a pas de lien nécessaire entre infaillibilité et obéissance, sinon c’en serait fait de toute autorité.

Pour ma part cependant, je ne crois pas que le « Ralliement » soit une défaillance de ce genre. En effet, l’enseignement de Léon XIII dans ses encycliques
Au milieu des sollicitudes et Notre consolation est irréprochable. Je trouve les écrits de Robert Havard de La Montagne (Étude sur le ralliement, librairie de l’Action Française, 1926) et de Jean Madiran (On ne se moque pas de Dieu, NEL 1957, pp. 91-119) fort éclairants.
L’objet de l’intervention de Léon XIII est un appel au combat et le rappel des priorités à observer parmi les catholiques : il faut donner la première place à la lutte contre la législation perverse, avant les querelles politiques sur le régime.
S’il y a eu erreur de Léon XIII, c’est une erreur de fait : illusion sur l’esprit de foi des catholiques français d’une part, méconnaissance de la raison profonde de leur division d’autre part – et peut-être aussi méprise sur la malice de la politique de la république et la méchanceté des républicains.

L’opposition entre les catholiques de différentes tendances tenait beaucoup plus fondamentalement à la question du libéralisme qu’à la question du régime politique. Le résultat de l’intervention de Léon XIII fut le triomphe du libéralisme ; en effet, c’est l’interprétation libérale du « Ralliement » qui prévalut partout : chez les libéraux qui ont escamoté l’appel au combat ; chez leurs adversaires qui ont rejeté d’un même geste l’interprétation libérale (à raison) et l’enseignement de Léon XIII (à tort). Le bilan est catastrophique, mais je ne crois pas qu’on puisse l’attribuer à Léon XIII – certainement pas à sa doctrine en tous les cas.

De toutes les manières, ce qu’on a nommé le
Ralliement (le mot ne se trouve pas chez Léon XIII) ne saurait être un prétexte pour diminuer l’Autorité pontificale, pour borner son champ d’application, pour restreindre son infaillibilité, pour se soustraire à l’obéissance.

À voir, sur un sujet apparenté :
–
Deux lettres de Léon XIII
–
Léon XIII et saint Thomas d’Aquin

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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