Mardi 17 janvier 2006
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Parler de la vocation est fort délicat, puisque cette question touche au dessein de Dieu sur chacun
d'entre nous, à l'intimité que Dieu veut établir avec nous, à la médiation de l'Église, à la liberté de chacun et à la crise de l'Église.
Pour traiter complètement de la question, il faudrait remonter à la vocation éternelle du Fils de Dieu puis à la vocation de Notre-Seigneur et Notre-Dame dans le mystère de l'Incarnation
rédemptrice, mais cela nous mènerait bien trop loin, et hors de mes compétences. Je vais donc commencer à la vocation de l'Église.
Antérieurement à la destinée de chacun et à la vocation de quelques-unes, il y a la vocation de l'Église. Le dessein de Dieu est de constituer à son Fils unique une Église qui lui soit un «
plérôme », une plénitude, un rayonnement de gloire, une société céleste qui sera pour lui Corps et Épouse. C'est dans cette élection de l'Église que la vocation de chacun d'entre nous prend sa
source : Dieu nous destine à prendre telle place dans son Église – place quant au degré de charité et de gloire, place quant à un office particulier. L'élection à tel degré de gloire demeure
mystérieuse, un grand mystère de la Sagesse infinie de Dieu.
Dieu a sur chacun d'entre nous une volonté, qui est la raison d'être de notre création, et c'est la volonté de nous faire participer à sa gloire. En raison de cette volonté, il nous a destinés
à atteindre un degré donné de gloire (ou de charité, cela revient au même) et a ordonné les moyens nécessaires pour cela. Ni ce degré de gloire ni ces moyens ne nous sont connus, ou plus
exactement Dieu ne nous les fait connaître que quand il le juge bon. Certains moyens sont d'ailleurs connaissables par nature (époque, lieu et famille de naissance) mais nous ne savons pas
toujours comment ils vont concourir à l'œuvre de Dieu. Remarquons au passage que comme la volonté de Dieu arrive toujours, si nous refusons obstinément de participer à la gloire de Dieu, nous y
participerons tout de même en manifestant sa justice
.
Mais cette élection divine n'est pas ce qu'on nomme strictement la vocation. La vocation au sens strict concerne une fonction dans l'Église, et c'est là qu'il faut lire la méditation de
l'Abbé Berto : « Il y a entre le Christ et l'Église unité de vie (ce qu'exprime l'idée de Corps Mystique) et réciprocité d'amour (ce qu'exprime l'idée des Épousailles Mystiques). Ces deux
grandes réalités surnaturelles trouvent chacune leur expression dans les deux institutions les plus essentielles de l'Église : le sacerdoce et la virginité sacrée. Par le sacerdoce, en effet,
c'est Notre-Seigneur qui incessamment vivifie son Église, entretient en elle, au moyen des sacrements, la vie de la grâce, et la gouverne. Par la virginité sacrée, c'est l'Église qui
incessamment aussi se présente comme Épouse au Christ son Époux et lui redit sa fidélité et son amour ». [Abbé V.A. Berto, Pour la
Sainte Église Romaine, p. 166. Cet extrait est tiré du texte d'un cours donné aux enfants de Notre-Dame de Joie, qui est une pure
merveille.]
Tout est marqué dans ce texte admirable : l'origine et la distinction des deux grandes vocations, la vocation sacerdotale et la vocation religieuse, qui sont irréductibles entre elles comme les
deux aspects du mystère de l'Église qu'elles réalisent. Car, quand on parle de vocation, il faut distinguer dès l'origine la vocation sacerdotale et la vocation religieuse, qui présentent plus de différence que de ressemblance.
À la première s'applique la parole de Notre-Seigneur : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis » (Jo. XV, 16). Cette vocation est donc un véritable appel,
mais là encore il ne faut pas se tromper. L'appel intérieur, je veux dire le désir du sacerdoce, l'attrait vers lui n'est que préparatoire au seul appel qui constitue la vocation sacerdotale :
l'appel de lÉglise en la personne de l'évêque légitime. C'est ce qu'enseigne très clairement le Catéchisme du Concile de Trente : « Vocari autem a Deo dicuntur qui a legitimis Ecclesiæ ministris vocantur ceux-là sont
dits être appelés par Dieu, qui sont appelés par les ministres légitimes de l'Église » (de Ordine §1). Bien sûr, l'évêque n'appelle que ceux qui se présentent librement, qui ont les qualités et la science requise, qui ont une intention droite ; mais
la vocation proprement dite est donnée par lÉvêque, elle est l'appel qu'il donne au nom de l'Église.
À la vocation religieuse s'applique cette autre parole de Notre-Seigneur : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; viens
ensuite et suis-moi » (Matth. XIX, 21). Là, la vocation est dans la volonté de perfection. Cette volonté, comme toute volonté normale, doit procéder de la compréhension de l'intelligence :
« Qui potest capere capiat », dit Notre-Seigneur en parlant de la
chasteté parfaite pour le Royaume de Dieu, « que celui qui peut comprendre comprenne » (Matth. XIX, 12) Il faut aussi que cette volonté soit raisonnable, stable et droite ; il n'en reste pas
moins que la vocation religieuse consiste dans la volonté.
On voit donc ainsi la différence fondamentale entre la vocation sacerdotale où lÉglise appelle elle-même au nom de Jésus-Christ, et la vocation religieuse, où Dieu donne la volonté de se
consacrer à lui et où l'Église ne fait qu'organiser (en approuvant, en guidant et en surveillant les ordres religieux) la vie de ceux qui répondent à l'appel général fait par
Notre-Seigneur.
La vocation, soit sacerdotale, soit religieuse, ne consiste pas dans l'attirance intérieure. En outre cette attirance (qui est une pré-vocation) n'est pas nécessairement (ni même
principalement) un attrait sensible ; elle peut être conviction de l'intelligence malgré une certaine répugnance du cœur. Elle joue un rôle, mais seulement un rôle préparatoire. Cette
pré-vocation est nécessaire, soit parce quelle conduit à « provoquer » l'appel de lÉglise en se présentant au sacerdoce, soit parce qu'elle va entraîner la volonté et la déterminer fermement
à se consacrer tout entière à Jésus-Christ. Quelqu'un qui a eu cette attirance (sensible ou spirituelle) et qui ne l'a plus n'a pas « perdu la vocation » (qu'il navait pas encore) ; mais il
se peut qu'il soit infidèle à une grâce de choix que lui réservait Notre-Seigneur. Il faut y réfléchir sérieusement.
Dans la vocation, la sainte Église est particulièrement présente parce qu'il s'agit de la place de chacun dans l'Église de Jésus-Christ. Notre-Seigneur fait sentir particulièrement à ceux
auxquels il réserve une place particulière dans son Église qu'il les attend ; il les appelle. Cet appel de Notre-Seigneur a son achèvement soit dans la volonté qu'il donne, soit dans l'appel
de l'Évêque. Cet appel achevé est la vocation.
Dans ce qu'on est convenu d'appeler la crise de l'Église, le problème de la vocation, surtout de la vocation sacerdotale, est beaucoup plus épineux, et il convient d'en dire un mot. Se
consacrer à Dieu et à son Église ne peut être vertueux et conforme à la volonté de Dieu que dans la droite doctrine, dans les vrais sacrements et dans la juste appartenance à son Église ; c'est
une évidence. Mais alors où se tourner ?
– du côté des « Saint-Pierre » ? Hélas, l'allégeance à Benoît XVI (fausse règle de foi) entraîne l'adhésion à Vatican II destructeur de l'intelligence de la foi et porteur d'erreurs graves
condamnées par l'Église, comme la liberté religieuse, et une fausse conception de l'Incarnation et de l'Église elle-même. De plus, l'acceptation des nouveaux sacrements dans leur principe
fait légitimement douter de la validité de certaines ordinations sacerdotales ;
– du côté des « Saint-Pie-X » ? Hélas, l'allégeance à Benoît XVI et le refus simultané des erreurs de Vatican II conduisent à inventer des doctrines hétérodoxes qui détruisent l'autorité du
Magistère de l'Église et du Souverain Pontife. De plus, c'est s'engager dans la voie épiscopale dont il va être question ;
– du côté de « la voie épiscopale » ? Hélas, des sacres sans le mandat du souverain Pontife sont contraires à la constitution même de lÉglise : « Le Pape seul institue les évêques. Ce droit lui
appartient souverainement, exclusivement et nécessairement, par la constitution même de l'Église et la nature de la hiérarchie » [Dom Adrien Gréa, L'Église et sa divine constitution, Casterman 1965, p. 259]. Des évêques sans vocation
ne peuvent donner ce qu'ils n'ont pas, et ordonnent des prêtres sans vocation ; on peut beaucoup craindre pour l'avenir
Les indications données ci-dessus ne sont quun résumé trop rapide de convictions doctrinales que je voudrais écrire en lettres de sang, tant elles me semblent importantes. On ne fera jamais rien
de durable, de fructueux, de bénéfique pour la gloire de Dieu contre la doctrine catholique ou en dehors delle.
Le problème est grave, donc, mais non point désespéré. Il est toujours possible de se consacrer à Dieu, même si cela est rendu plus difficile ; il n'y a jamais eu autant de motifs de se
consacrer à lui, pour consoler son cœur, pour la splendeur de son Église si défigurée, pour l'immolation de soi-même au milieu dun monde de jouissance, pour le rayonnement de la doctrine
catholique au moment où elle est niée, diminuée, bafouée de toutes parts. Quant au sacerdoce, il est possible d'y songer voire de s'y préparer de façon lointaine, en ayant le ferme propos de ne
rien désirer ni faire qui soit contre la doctrine catholique ou la constitution de la sainte Église. Dieu qui nabandonne pas son Église nabandonnera jamais ceux qui veulent travailler pour elle
et s'y consacrer.
Il faut au passage tordre le cou à deux erreurs, qui sont même plus ou moins des lieux communs :
– le célibat dans le monde n'est pas un état normal : il faut ou se consacrer à Dieu, ou se marier. Mais pourquoi donc ne serait-ce pas un état normal ? Pourquoi ne pourrait-on pas y demeurer délibérément ? Une telle affirmation n'a aucun fondement,
et on pourrait énumérer de nombreux cas où cette situation est parfaitement justifiée.
– En dehors du sacerdoce, on ne peut se consacrer à Dieu que dans une communauté religieuse. Mais non, mais non ! Il y a toute une tradition chrétienne de la virginité consacrée dans le monde. À quel ordre religieux appartenaient donc sainte
Agnès, sainte Cécile, sainte Luce ou sainte Martine ?
On n'a peut-être pas assez remarqué que quand Notre-Seigneur appelle à se donner à lui, il parle de commencer par donner aux pauvres. Il ne s'agit pas uniquement (ni même principalement) des
pauvres qui manquent d'argent. Il ne s'agit pas uniquement (ni même principalement) du don des biens matériels dont on dispose. Il s'agit de donner de sa personne, de son temps, de ses
compétences. Il s'agit de rendre et de transmettre ce qu'on a reçu : ceux qui ont bénéficié d'une éducation chrétienne et d'une instruction catholique ne devraient-ils pas songer à donner aux
pauvres, à ces pauvres que ce sont les enfants qui n'ont pas (encore) d'instruction et d'éducation ? Des familles et des écoles réclament de l'aide. N'est-il pas opportun de leur répondre,
pour que chacun travaille au bien commun des catholiques et non pas seulement à son petit univers égoïste ? Le service militaire est mort (ne pleurons pas) mais qui donc songera à un
service catholique ? N'est-il pas possible de donner un an de sa vie (ou
davantage) pour la patrie surnaturelle qui est l'Église ?
« Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa Justice,
et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matth. VI, 33).
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : de Ecclesia
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