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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 11:02
Une des grandes causes de la faiblesse des catholiques, un des motifs qui les rendent si tièdes et si peu soucieux de l'’honneur de Dieu, est l'’illusion de vouloir marier l’'Évangile de Jésus-Christ avec l’'esprit du monde, malgré l’'avertissement des Apôtres :
« Conservez-vous purs du siècle présent, mais réformez-vous par le renouvellement de votre esprit, pour discerner la volonté de Dieu, qui consiste en ce qui est bon, et agréable à ses yeux, et parfait [Rom. XII, 2].»
« Je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes courageux, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le mauvais. N'’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’'un aime le monde, la charité du Père n'’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie –: ce qui ne vient pas du Père, mais du monde. Or le monde passe, et sa concupiscence ; mais qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement [I Jo. II, 14-17].»

Cet esprit du monde se manifeste de différentes façons suivant les époques, les milieux sociaux ou les circonstances. Pour discerner si telle attitude d'’esprit, telle activité ou telle façon de faire est une manifestation de l’'esprit du monde, il suffit de se poser la question : est-ce le péché qu’'on y craint le plus ? Si la réponse est non, il n’'y a aucun doute sur le caractère mondain de la chose.

Appliquons cela à la danse, non à la danse classique ou artistique qui est hors de notre propos, mais de la
danse de bal ou de salon.
Cela n'’est pas inopportun : trop rares en effet sont les mariages qui ne se terminent pas par un bal ; trop rares sont les familles où l'’on n'’envoie pas les jeunes gens en soirées dansantes, quand on n'’en organise pas soi-même. Pour de telles pratiques, les prétextes sont nombreux ; les plus tristes sont ceux qui relèvent de la présomption :
dans nos milieux, on sait se tenir… nous sommes entre gens bien élevés ! Comme s'’il y avait des milieux exempts du péché originel, comme si celui-ci n’'y avait pas laissé des séquelles après le Baptême !

La danse est doublement vicieuse : elle est occasion de péché – et parfois ou souvent occasion prochaine – et cela suffit pour qu'’on ne puisse s’'y exposer ni y exposer son prochain ; elle est aussi manifestation de l’'esprit du monde, c’'est-à-dire contraire à toute l’'orientation de la vie chrétienne. L'’Évangile et la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous attirent à l'’amour intérieur de Dieu et à la discipline des sens ; la danse est au contraire imprégnée de l’'exaltation des sens et dirigée vers elle : cela est incompatible avec l’'esprit de l'’Évangile, même si cette exaltation n'’entraîne pas toujours des pensées, des désirs ou des actions peccamineux.

Pour affermir ce propos, voici deux textes irrécusables.

Le premier est extrait de la prédication du saint Curé d’Ars, telle qu’elle est rapportée dans les
Catéchismes du saint Curé d’Ars de Mgr H. Convert [Lyon, E. Vitte, 1921, pp. 41-42] :
« Pour règle de conduite dans le monde, il ne faut faire que ce que l’'on peut offrir au bon Dieu. On ne peut pas lui offrir des médisances, des calomnies, des injustices, des haines, des vengeances, des impuretés, des spectacles et des danses.
« En parlant des danses, saint François de Sales disait qu’'elles étaient comme les champignons, que les meilleures ne valaient rien. Les mères disent bien : “Oh ! je veille sur mes enfants.” Elles veillent sur leur toilette, mais elles ne peuvent pas veiller sur leur cœœur. Voyez-vous, mes enfants, les personnes qui entrent dans une salle de danse, laissent leur ange gardien à la porte, et un démon le remplace : en sorte que ce n'’est plus qu’'une réunion de démons.
« Ceux qui font danser dans leurs maisons se chargent d’'une responsabilité terrible devant Dieu : ils sont responsables de tout le mal qui se fait, des mauvaises pensées, des paroles déshonnêtes, etc.
« Ah ! s'’ils comprenaient bien cette responsabilité, ils ne feraient pas danser.
« Tout comme ceux qui font de mauvais écrits, de mauvais tableaux, de mauvaises statues : ils sont responsables de tout le mal que ces objets produisent pendant tout le temps qu’ils dureront. Ça fait trembler ! »

Notez au passage cet universel principe de conduite, si clair et si simple :
Il ne faut faire que ce que l’'on peut offrir au bon Dieu.

Le second texte provient d’une courte notice biographique sur l’'Abbé Léon Philippe, écrite par l’'Abbé Victor-Alain Berto en 1940. Ce dernier rapporte ses conversations avec son ami, et notamment ses considérations à propos de la danse :
« Il vient à me demander ce que je croyais qu’'on pût permettre en fait de danse […...]. Appuyé sur le solide contrefort d'’une tradition presque deux fois millénaire, je répondis fort tranquillement que je ne connaissais qu'’une façon chrétienne de danser, à savoir de ne point danser ou de ne danser que par force. […...] C’est qu’'en effet on ne fera jamais que la danse ne soit une manifestation de l’'esprit du monde auquel il nous est commandé de ne point nous conformer : Nolite conformari huic sæculo. [...…] Ce n’'est pas le péché seulement, mais le monde, qu'’il nous est prescrit de détester et d'’éviter.
« Être engagé dans le mariage ou une carrière temporelle, garder l’'usage des biens et la maîtrise de son vouloir, ce n’'est pas de la mondanité parce que ce n'’est pas de soi opposé à l’orientation foncière du christianisme [...…]. Mais le bal, mais les plaisirs raffinés et recherchés des salons, mais les soupers de minuit, mais les casinos et les plages, holà ! Ici il s'’agit de choses qui sont de soi, non pas toujours et nécessairement des péchés, mais toujours et essentiellement orientées autrement que le Baptême n’'oriente les âmes. Tout cela relève d’'une conception de la vie qui n’'est pas la conception chrétienne ; tout cela est impossible à intégrer dans la synthèse évangélique, rien de cela ne provient, assurément, de l'’incessante opération de l'’Esprit-Saint dans l'’Église.
Le monde, dit saint Augustin à sa splendide manière, est ce que l’'on aime moins à mesure que l’'on aime Dieu davantage et ce que l’'on aime davantage à mesure que l’'on aime moins Dieu. Quelque écervelée pourra soutenir qu'’elle ne communie jamais avec plus de ferveur qu’'au retour d'’une nuit de bal ; il y a aussi une tradition d’'amour dans l’'Église, et quel ami de Dieu, déclaré tel par l’Église, a jamais dit, écrit ou pensé que son goût pour le bal soit allé croissant du même mouvement que son amour pour Dieu ?
« Non, on n'’a pas « christianisé » un bal parce qu'’on a réussi à en exclure les danses ouvertement déshonnêtes ou parce qu’'on a remis en place quelques jeunes gens hardis. Pour que le bal fût chrétien, il faudrait qu'’il ne fût pas mondain. »

Pour conclure ces paroles lumineuses voici un fait significatif.
Si sainte Thérèse de l’'Enfant-Jésus a connu le Carmel où sa sainteté s'’est épanouie et consommée, si elle est à tout jamais sainte Thérèse
de Lisieux, c'’est à la suite d'’un acte véritablement héroïque de son père. Celui-ci, demeuré veuf avec cinq filles, quitte Alençon où se trouvent ses attaches familiales, tous ses amis, son patrimoine et le frais tombeau d’'une épouse profondément aimée ; c’'est pour un motif de prudence toute surnaturelle qu'’il se décide à s'’arracher sans une plainte à tant de légitimes affections. Ainsi témoigne Céline :
« Je désirais savoir pourquoi, malgré les instances qui lui furent faites, mon père se décida à quitter Alençon. Il me répondit qu’'il voulait nous soustraire à l’'''influence mondaine de quelques familles et aux idées libérales des autres. Combien nous lui sûmes gré de sa décision si sage et si désintéressée » [Le Père de sainte Thérèse de Lisieux, Carmel de Lisieux, 1953, p. 40].

Quelle leçon pour les lâches et les tièdes que nous sommes devenus, prisonniers du monde, de son esprit, de ses modes, de ses exigences :– de ce monde que nous craignons souvent plus que la justice de Dieu !

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Morale
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