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13 janvier 2006 5 13 /01 /janvier /2006 17:37
Il est bénéfique, je crois, de mettre à disposition quelques textes du Pape Pie VI traitant avec autorité et souveraine clarté de la Révolution française :
–– le bref
Quod aliquantum condamnant la Constitution civile du clergé ;
–– la Lettre apostolique
Caritas dénonçant et condamnant les sacrilèges issus de ladite Constitution ;
–– l’'oraison funèbre du roi Louis XVI
Pourquoi Notre voix.
À la fin de cette présentation, j’'ai placé une
allocution au Consistoire rapportée par Crétineau-Joly.

On trouvera là une somme de doctrine catholique sur la sainte Église, une grande leçon de politique chrétienne, et l’'expression de l'’amour paternel du Pape pour le malheureux peuple chrétien de France, trompé, trahi, entraîné dans un univers de haine, de sacrilège, de meurtre et de mensonge. Ne nous y trompons pas, nous vivons encore dans cet univers, auquel Napoléon a donné une sorte de pérennité et le masque policé du droit.

Devant l'’abondance de l’'enseignement du souverain Pontife, on risque d'’être inattentif à une brève phrase qui assigne d’'un mot et l’'origine et la nature et le but de la révolution : « Déjà depuis longtemps les Calvinistes avaient commencé à conjurer en France la ruine de la religion catholique ». C’'est que la Révolution française est l’'acte fondateur de l’'apostasie des nations, et qu’'elle n’'est pas née par génération spontanée.

La révolte de Luther fut le détonateur de la destruction de la chrétienté, cette chrétienté patiemment édifiée par l’Église pour que Jésus-Christ règne sur les familles et toute la société humaine, et que les âmes y trouvent les meilleures conditions du Salut éternel. En prêchant
l’'avènement du moi comme dit si bien Jacques Maritain, Luther a trouvé un formidable écho dans l’'orgueil humain toujours latent, et a provoqué une explosion de la corruption des mœœurs. En poussant les princes allemands à s'’emparer des biens d'’Église, il n'’eut guère de peine à s'’assurer une base politique sans laquelle son œœuvre n'’aurait pu se soutenir. Mais cela restait partiel et précaire ; les âmes se perdaient en masse, mais à trop petite échelle –– et un retour en arrière était encore possible. Pour qu'’il en fût autrement, il fallait briser la chrétienté, il fallait anéantir la salutaire influence politique de l’'Église, il fallait soustraire l’'occident chrétien à l’'autorité paternelle des successeurs de saint Pierre. Ce fut l'œ’œuvre des traités de Westphalie, abominable aboutissement de la politique de Richelieu et consorts.

Une étape restait à franchir : la destruction des constitutions chrétiennes à l’'intérieur des nations, elles-mêmes nées de l’'éclatement de la chrétienté ; ce fut la Révolution française.

On remarquera aussi l'’insistance du Pape à propos de la constitution de l'’Église et de son unité dans l’'épiscopat. Pie VI y revient souvent, tant le sujet est d'’importance : les ennemis de l’'Église savent que c’'est là qu'’il faut porter le fer et le feu, sous tous les prétextes. Le Pape affirme au contraire avec une force renouvelée ce point intangible et permanent de la sainte doctrine catholique, cette pratique sans faille de l’'Église tout au long des siècles. Là aussi, la leçon est salutaire et grande, pour nous et notre temps. Sachons l'’entendre.

Et voici l'’extrait de Crétineau-Joly.

Pie VI et le Sacré-Collège avaient étudié avec une anxiété toujours croissante les diverses phases de la révolution. À Rome, mieux que partout ailleurs, on sait que le propre des sociétés et des empires qui vont finir est de ne rien prévoir, pas même leur fin. L'’ignorance du passé voile l’'avenir, et le Pape n’'en était plus à s’avouer que la nation française touchait aux abîmes. Dans ce mouvement désordonné des cœœurs et des pensées, à travers ces fiévreuses agitions de la lutte et de la douleur, l’'âme du Pontife ne se laissa point ébranler. Son front resta serein comme un beau coucher de soleil d'’automne. Dans chacune de ces complications apportant une tristesse et un désespoir de plus, Pie VI comprit qu'’une grande réserve lui était imposée. Rome se condamna d'’abord au silence, pour laisser aux passions le temps de se calmer. Quand elle jugea que l'’heure de rompre ce silence prudent était arrivée, Pie VI, le 29 mars 1790, s’'adresse au Sacré-Collège, réuni en Consistoire secret. Après lui avoir énuméré les afflictions qui pesaient sur l'’Église de France, il ajoute :

« Quand nous avons su toutes ces choses, avons-nous pu souffrir tant de maux et ne pas élever notre voix apostolique contre ces décrets coupables, par lesquels on veut détruire la Religion, et, nous ne le voyons que trop, rompre toute communication entre le Saint-Siège et l’'Église de France ? Le prophète Isaïe ne paraît-il pas avoir désapprouvé notre silence, lui qui a dit :
Malheur à moi de ce que je me suis tu ! Mais en quels termes pouvions-nous le rompre, et à qui Nous adresser ? Aux Évêques : ne sont-ils pas privés de toute autorité, plongés dans la terreur, et forcés, la plupart, d'’abandonner leur siège ? Au Clergé : n'’est-il pas dispersé, humilié, hors d’état de se réunir ? Au Roi Très-Chrétien lui-même : n'’est-il pas dépouillé de son pouvoir royal, soumis aux États-Généraux, et forcé de sanctionner leurs décrets ? Presque toute la nation, séduite par le fantôme de vaine liberté, obéit en esclave à cette Assemblée de philosophes qui s'’injurient et s'’attaquent entre eux comme des chiens pleins de rage ; elle oublie que le salut des empires repose principalement sur la doctrine du Christ, et que la félicité n'’est jamais plus assurée que quand l’'obéissance au Roi est l’'effet du plein consentement de tous les sujets, ainsi que l’'a enseigné saint Augustin. En effet, les Rois sont les représentants de Dieu pour faire le bien ; ils sont les fils et les soutiens de l’'Église ; leur devoir est de l’'aimer comme une mère et de défendre sa cause et ses droits.

« Nous savons assurément que l’'importante mission de parler, d’'avertir et d'’exhorter Nous appartient; mais Nous sommes convaincu que Notre voix retentirait en vain aux oreilles d’'un peuple égaré, et dont les masses, livrées à la licence, courent sans cesse à l'’incendie, au pillage, au supplice et au massacre des bons citoyens, et violent toutes les lois de l’'humanité. Nous savons encore qu'’il faut craindre d'’irriter davantage cette multitude et de la pousser à de plus affreux forfaits. Saint Grégoire le Grand nous enseigne d'’une manière frappante que le silence n'’est pas toujours hors de propos. Examinant quel est le temps pour se taire et le temps pour parler, il en établit la distinction ; puis il ajoute :
Nous devons étudier avec attention quel est le moment opportun pour qu’'une bouche discrète s'’ouvre, et quel est celui où la discrétion doit la fermer de nouveau. Qui ignore que saint Athanase garda le silence, et même qu'’il s’'enfuit d’Alexandrie au moment où cette ville était en proie à la rage des persécuteurs ? Il a écrit, en effet : Ne soyons ni assez emportés ni assez téméraires pour tenter le Seigneur. C’est la conduite qu'’ont suivie également saint Grégoire Thaumaturge et saint Denys d’'Alexandrie ; c'’est ce qu'’enseignent aussi les plus habiles interprètes des livres sacrés. « Mais il n'’en est pas moins vrai aussi que le silence que garde celui auquel est imposé le devoir de parler ne doit pas être éternel. Il doit ne le garder que jusqu'’à ce qu'’il puisse le rompre sans péril pour lui et pour les autres. C'’est ce que saint Ambroise nous apprend quand il dit : Or David se taisait, non pour toujours, mais pour un temps, non sans interruption, et avec tout le monde indistinctement ; mais il ne répondait pas à son ennemi qui l'’injuriait, ni à celui qui le provoquait. Quant à Nous, tant que Notre voix ne pourra se faire entendre à la Nation française, que devons-Nous faire ? Nous adresser à Dieu et faire monter vers lui nos prières ferventes et multipliées.

« En attendant, Nous avons jugé à propos de vous adresser cette allocution, pour qu'’on sache que Nous n'’ignorons pas tous les attentats qu'’on dirige contre la Religion et les droits du Saint-Siège, et pour déclarer que le silence que Nous avons gardé ne doit pas être attribué à la négligence, encore moins à l'’approbation, mais seulement à la conviction où Nous sommes que ce silence est nécessaire pour un temps, et jusqu'’à ce que d’'autres circonstances, que Nous espérons devoir bientôt arriver par la grâce de Dieu, Nous permettent de prendre utilement la parole. »

En face des emportements de l’'anarchie et des outrages que subit l'’Église, la modération et la dignité de ce langage ont quelque chose de paternellement solennel. Pie VI semble avoir lu dans l'’avenir. Il a la prescience des infortunes qui l’'attendent, et, martyr déjà préparé pour le sacrifice, il communique à tous ses écrits un accent de résignation inimitable. Son style coule comme les eaux d’'un beau fleuve. Ceux qui le précédèrent sur le trône apostolique, ceux qui le suivront, eurent tous, ils auront tous l’'espoir que leurs combats ne resteront pas frappés de stérilité. Cet espoir ne les trompera pas plus qu'’il n’abandonne Pie VI ; mais celui-là, privilégié de la douleur, avait à expier, comme Louis XVI, de fatales complaisances ou des dépravations qui n'’étaient pas les siennes. Il se résignait donc au châtiment sans avoir participé à l'’injustice. Victime dévouée, il ne combattait que pour ne pas faire accuser Rome d’'inertie ou d’'épuisement.
Nec terremus, nec timemus, disait saint Ambroise, si doux et si fort dans sa mansuétude. Nous ne voulons pas effrayer, mais nous ne craignons pas, répétait Pie VI ; et son calme plein de dignité était l’'éloquent commentaire de ces paroles.

Dans les circonstances difficiles où le Roi s’'était placé, entre son devoir religieux, dont il ne voulait jamais s’écarter, et les nouveaux principes politiques qu'’il subissait, Louis XVI avait besoin d’'un guide et d’'un ami. Le vieux Pontife soutenait le jeune Monarque ; il lui inspirait le courage de la résignation, puisqu'’un sentiment d’'incompréhensible miséricorde faisait oublier à Louis XVI que ce n'’est pas sans motif que les chefs des peuples portent l’'épée. En présence de cette Constitution, dont tous les vices lui étaient connus, et qu'’on le forçait à sanctionner par toutes sortes de tortures morales, le Roi hésitait et reculait. L'’Épiscopat français, rallié par le danger commun, était monté sur la brèche ; il combattait avec énergie et avec talent pour préserver l’'unité chrétienne. Louis XVI admirait ces généreux efforts ; cependant sa timidité naturelle lui faisait chercher des conseils ou une direction dans une autorité encore plus élevée. Il attendait que Rome se fût prononcée dans la cause. Pie VI parla, mais son bref ne parvint jamais au monarque. On l'’intercepta perfidement, afin de laisser le Roi aux prises avec sa conscience religieuse et ses incertitudes politiques.

Harcelé par l'’émeute, épuisé par les hésitations intérieures, trahi par les uns, calomnié par les autres, et ne trouvant que dans la prière un apaisement à tant de tribulations, Louis XVI signa avec la pensée qu'’il conjurait de plus grands malheurs, car jamais prince n’'a moins voulu savoir que l'’énergie est toujours le dernier mot de toutes les affaires. L'’on n’'attendait que ce moment pour laisser aux Constitutionnels leur entière liberté d'’action. Pie VI avait échauffé de son zèle le zèle de ces pasteurs des âmes, que l’'on séparait violemment du troupeau confié à leur garde. Par ses brefs, par ses lettres, par son exemple surtout, il encourage, il excite cette multitude d’'évêques et de prêtres fidèles jusqu'’à la mort. Ces évêques et ces prêtres vont la subir en bénissant Dieu et en saluant de leur dernier regard le Pontife suprême.
Jacques Crétineau-Joly
L'’Église Romaine en face de la Révolution
1859, tome I, pp. 157
et sqq.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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