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21 décembre 2005 3 21 /12 /décembre /2005 17:26
Un des grands tourments des âmes qui veulent être fidèles à Dieu et se sanctifier, un des poisons les plus insidieux de la vie chrétienne, une des causes les plus fréquentes du découragement dans la vie spirituelle, est constitué par ce qu’'on nomme communément les mauvaises pensées.

Dans le langage courant, cette expression désigne les pensées contraires à la sainte vertu de pureté. Mais il existe d’'autres genres de mauvaises pensées : celles d'’envie, de vengeance, de suicide etc.
Ce sont les mêmes principes qui s'’appliquent à toutes, parce qu'’on n’'a pas le droit de se complaire dans la pensée du mal et d'’y porter de l’'affection, même si l’'on n’'a pas l’'intention de le réaliser.

1. Nature

Une mauvaise pensée est la complaisance délibérée dans un péché représenté par l'’imagination.

Il faut distinguer la mauvaise pensée du mauvais désir. Celui-ci se réfère une action concrète que non seulement on se représente mais encore qu’'on désire accomplir ou qu'’on désirerait accomplir si l'’on en avait la possibilité
hic et nunc. Le consentement au mauvais désir porte sur l’'action elle-même, le consentement à la mauvaise pensée porte sur la délectation issue de sa présence dans l'’âme, en laquelle on se complaît, bien qu’'on n'’ait aucune volonté d’'accomplir l’'acte mauvais représenté.

La mauvaise pensée se distingue aussi de la délectation dans le souvenir du péché déjà accompli. Dans la mauvaise pensée, la complaisance volontaire porte sur le péché imaginé et non sur le péché en acte.

2. gravité de la matière

La complaisance dans l'’imagination du péché n’'est rien d'’autre qu'’une affection volontaire au péché : la mauvaise pensée a donc la gravité objective du péché dans la représentation duquel on se complaît.

Le mauvais désir et la joie mauvaise du péché déjà accompli se réfèrent à un acte concret ; il en contractent donc toute la malice. En confession, s'’il s'’agit d’une matière grave (ce qui est toujours le cas pour l’'impureté), il faut en accuser la nature précise.

Dans la mauvaise pensée, au contraire, ce qu'’on veut, ce qu’'on aime, ce pas le mal tel qu'’il est en lui-même, mais le mal tel qu'’il est imaginé; cette pensée a donc la malice de l’'objet de la complaisance: ce peut être l'’acte représenté et ses circonstances (qu'’il faut alors précisément accuser en confession, s'’ils sont graves) ; ce peut être la simple présence d'’une pensée mauvaise de tel genre dans l’'esprit. À cause de la mobilité de l’'esprit, c'’est parfois difficile à discerner – et il est périlleux de s’'y efforcer s'’il s’agit de pensées impures. Dans le doute, on accusera en confession tel ou tel genre de pensées mauvaises contre telle vertu.

3. signes du consentement

Pour qu'’il y ait péché, il faut qu'’il y ait consentement de la volonté : le péché est en effet dans la volonté. Pour qu'’il y ait péché mortel, il faut qu'’il y ait, outre la matière grave, plein consentement ; il faut donc que la raison s’'aperçoive auparavant de la malice de la pensée qui l’'habite, et que la volonté l’'accepte.

Le consentement à une telle pensée peut être direct (l'’acte de volonté porte sur la délectation de l'’imagination du péché) ou indirect (on a provoqué la mauvaise pensée par imprudence délibérée, on a omis de résister quand la pensée est devenue consciente).

S'’il est parfois difficile de discerner l’'objet précis de la complaisance dans la mauvaise pensée, il l’'est plus encore, bien souvent, de savoir quel consentement on a donné a une mauvaise pensée.

Dans le cas de doute, il faut se dire ceci : si ladite pensée n’'a pas duré longtemps, si on n'’a pas le vice extérieur qui correspond à la pensée ou si on le combat généreusement, si on a l’'intention habituelle de servir Dieu et de lutter pour lui rester fidèle, on peut, bien plus, on doit présumer qu’'on n'’a pas donné son consentement, du moins pas un consentement parfait.

Ne confondons pas
sentir et consentir. Quelle que soit la tentation, la volonté demeure maîtresse d’'elle-même ; ni les circonstances ni le démon ne la peuvent violenter. Le jeu du démon est de décourager, de semer la panique afin que nous rendions les armes ou tombions dans un scrupule qui ôterait toute force.

4. Remèdes

Les remèdes aux mauvaises pensées sont nombreux et efficaces, pourvu qu'’on soit prêt à combattre généreusement pour rester fidèle Dieu.

Le premier est la vigilance et la fuite des occasions : « Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation ». Cette vigilance s'’exercera
avant, en évitant ce qui pourrait amorcer une mauvaise pensée ; pendant en réfrénant l'’imagination et en l’'appliquant à un autre objet ; après la tentation, en tirant les leçons et en chassant jusqu’'à son souvenir.

Les sacrements sont les secours les plus puissants et les plus efficaces contre les mauvaises pensées. La sainte Eucharistie nous attache aux pensées célestes et modèle notre esprit sur celui de Jésus-–Christ ; la Pénitence remédie à nos faiblesses et nous apporte des grâces de combat et de persévérance.

La prière et la dévotion la sainte Vierge Marie nous obtiennent de puissantes grâces et, en favorisant dans la présence de Dieu, la recherche de la paix intérieure et la discipline de l’'imagination, arrachent l'’âme aux attraits du péché. Ceux qui s'’y exercent courageusement évitent bien des déboires.

L'’ouverture de conscience enfin, selon l’'expérience universelle, en découvrant humblement la tentation, ôte l’'aveuglement de l’'amour propre qui entretient l’'âme dans l’'illusion et la fragilité.

Nul ne peut se promettre d’'être toujours exempt de tentations de mauvaises pensées. Si le Bon Dieu les permet, ce pas pour que nous succombions; c'’est au contraire pour que nous ayons l'’occasion de lui montrer que réellement nous l’'aimons par dessus tout.

Alors ces tentations, en nous gardant dans l'’humilité et la dépendance de la grâce, en nous faisant combattre et nous renoncer, seront l'’occasion d’'une grande montée dans la charité, qui ne passera pas.
Nous aurons tout gagné.

Le Missel romain contient trois oraisons votives ad repellendas malas cogitationes : pour implorer la grâce de repousser les mauvaises pensées. Les voici.

Omnipotens et mitissime Deus, respice propitius ad preces nostras : et libera corda nostra de malarum tentationibus cogitationum : ut Sancti Spiritus dignum fieri habitaculum mereamur. Per Dominum… in unitate ejusdem Spiritus Sancti…
Dieu tout puissant et très doux, regardez avec faveur nos prières et libérez nos cœœurs des tentations de mauvaises pensées, afin que nous méritions de devenir le digne hôte du Saint-Esprit.

Has tibi, Domine, offerimus oblationes pro salute nostra : quatenus animas nostras ab immundis cogitationibus purges, illæsasque custodias, et Sancti Spiritus gratia illuminare digneris. Per Dominum… in unitate ejusdem Spiritus Sancti…
Seigneur, nous vous offrons ces oblations pour notre salut, de sorte que vous arrachiez les pensées immondes de nos âmes, et que vous les conserviez immaculées, et que vous daigniez les illuminer de la grâce du Saint-Esprit.

Deus, qui illuminas omnem hominem venientem in hunc mundum : illumina, quæsumus, corda nostra gratiæ tuæ splendore ; ut digna ac placita majestati tuæ cogitare semper, et te sincere diligere valeamus. Per Dominum.
Ô Dieu qui êtes la lumière de tout homme venant en ce monde : nous vous demandons d'’illuminer nos cœœurs de la splendeur de votre grâce, afin que nous puissions toujours penser à ce qui est digne de votre majesté et lui est agréable, et vous aimer en toute sincérité.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Morale
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