Mercredi 14 décembre 2005
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1. La vérité fondamentale de la religion est l'existence de Dieu. En effet, il n'y a pas de religion sans
Dieu, puisque, par définition et selon l'étymologie, la religion est ce qui relie l'homme à Dieu ; elle est l'ensemble des vérités, des rites et cérémonies, des préceptes moraux et des lois
qui constituent un lien entre l'homme et Dieu, qui attachent l'homme à Dieu.
2. Par Dieu, nous comprenons l'Être infiniment parfait, éternel et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, existant en lui-même et par lui-même, indépendamment de son œuvre et de la
conscience humaine.
Deux questions se posent alors :
– Dieu existe-t-il ? Ceux qui le nient sont appelés athées ;
– l'homme peut-il connaître Dieu avec certitude ? Ceux qui le nient sont appelés agnostiques.
3. À ces deux questions, il faut bien évidemment répondre oui,
mais en apportant une précision capitale. Sil n'y a qu'un seul Dieu, en effet, il y a pour l'homme deux connaissances du même Dieu qui, en tant que connaissances, sont radicalement
différentes :
– une connaissance naturelle, c'est-à-dire une connaissance
proportionnée à l'intelligence de l'homme, par laquelle nous pouvons prouver et affirmer l'existence d'un Dieu unique, à partir de l'existence de l'univers créé tel qu'il apparaît à nos
yeux. Cette connaissance est très imparfaite mais certaine ;
– une connaissance surnaturelle, c'est-à-dire une connaissance
qui dépasse la capacité et les exigences de l'intelligence naturelle de l'homme et même de toute intelligence créée, obtenue par Révélation divine. Dieu se révèle par son Fils unique,
Jésus-Christ, et en même temps perfectionne et surélève notre intelligence pour la rendre capable d'accéder à cette connaissance. C'est la foi sur la terre, où les mystères de Dieu sont connus
dans l'obscurité ; cest la gloire dans le ciel, où Dieu est vu face à face.
4. Autrement dit, il existe de Dieu une connaissance extérieure mais accessible naturellement à l'homme, et une connaissance intime
mais donnée directement et gratuitement par Dieu.
La connaissance naturelle de Dieu
5. La doctrine de l'Église catholique.
Le Concile du Vatican a défini [Session III, c. 2, Denzinger 1785]
:
« La sainte Église tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu principe et fin de toutes choses peut être connu avec certitude au moyen des choses créées ;
car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont rendues visibles à l'intelligence des hommes par le moyen des
êtres qu'il a faits [Épître aux Romains, I, 20] et que cependant il a plu à Dieu, à cause de sa sagesse et de sa bonté, de se
révéler lui-même et les éternels décrets de sa volonté, par une autre voie, voie surnaturelle. »
Voici le canon correspondant [Denzinger 1806] :
« Anathème à qui dirait que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, ne peut pas être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine au moyen des choses
créées. »
Le serment anti-moderniste fait jurer [Denzinger 2145] :
« Je professe que Dieu principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude et même démontré par la lumière naturelle de la raison au moyen des êtres qu'il a faits, c'est-à-dire par
les œuvres visibles de la création, comme la cause est connue et se démontre par les effets. »
6. Il n'y a donc aucun doute : la raison humaine peut arriver à une véritable certitude de l'existence de Dieu, unique principe et fin de toutes choses.
Cette certitude de l'existence de Dieu est facilement accessible au niveau du sens commun, par l'exercice normal de notre intelligence. C'est pourquoi la sainte Écriture déclare insensés,
déraisonnables, coupables ou inexcusables les hommes qui méconnaissent l'existence de Dieu :
« Insensés sont tous les hommes qui ignorent Dieu, et qui n'ont pu, par les biens visibles, s'élever à la connaissance de Celui qui est ; et, voyant les œuvres, n'ont pas reconnu l'Ouvrier
.
Car la grandeur et la beauté des créatures font connaître, par analogie, Celui qui en est le Créateur » [Sagesse XIII, 1-5].
L'Apôtre saint Paul, dans le texte cité par le Concile du Vatican, dit [Rom. I, 18-20] : « La colère de Dieu éclate du haut du ciel contre toute l'impiété et l'injustice de ces hommes qui
retiennent la vérité de Dieu dans l'injustice ; car ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux : Dieu le leur a manifesté. En effet, ses perfections invisibles, ainsi que sa puissance
éternelle et sa divinité, sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l'intelligence par le moyen des œuvres, de telle sorte qu'ils sont inexcusables. »
Et le Psaume XIII, 1 : « C'est l'insensé qui a dit dans son cœur : Dieu n'existe pas ».
7. Pourtant, de fait, beaucoup d'hommes ne connaissent pas, ou du moins ne connaissent pas droitement et avec certitude l'existence de Dieu. La cause en est multiple :
– peu d'hommes appliquent leur esprit ce qui les dépasse. La majorité se laisse aller à la pente de la nature blessée par le péché originel, et – dans le meilleur des cas – applique son
intelligence à la matière (domaine où la fécondité de l'intelligence est grande, comme le montrent les techniques modernes ; mais c'est une fécondité d'ordre inférieur, qui ne permet pas
l'homme de connaître sa raison d'être ou d'accomplir sa destinée) ;
– la connaissance de Dieu ravive le souvenir de l'obligation morale de faire le bien et d'éviter le mal ; elle implique qu'on doive lui rendre des comptes, l'obligation de rendre un culte à
Dieu et de l'écouter s'il parle. Pour cette raison, beaucoup d'hommes s'en détournent ;
– l'homme est facilement distrait de cette recherche et de cette connaissance par des considérations égoïstes, par des intérêts matériels, par l'aveuglement des passions ou par des objections
spécieuses.
8. De cette connaissance naturelle et certaine de Dieu, nous pouvons déduire (parfois difficilement) quelques unes des perfections divines (que nous connaissons surtout par voie négative) :
– l'infinité. Dieu n'a pas de limite; il est la
perfection absolue ;
– l'immutabilité. Dieu ne change pas : le changement,
acquisition d'une nouvelle perfection, suppose l'absence de cette perfection ce qui est contraire à l'infinité ;
– l'omniscience. Dieu connaît le passé, le présent et l'avenir.
Rien n'est secret pour lui, pas même les cœurs.
– la liberté absolue et la toute-puissance. Dieu fait tout ce qu'il veut, comme il le veut en sa Sagesse ;
– l'éternité. Dieu n'a ni commencement ni fin, ni avant ni
après. Il est au-dessus du temps, immobile de l'immobilité de la perfection absolue ;
– l'unité. Dieu est unique ; affirmer plusieurs dieux
reviendrait les reconnaître « non-Dieu » car imparfaits (ils se distingueraient en effet par une ou plusieurs perfections possédées par l'un et non par l'autre ou par les autres) ;
– la spiritualité totale. Dieu est un pur esprit, il n'a pas de
corps. Il peut voir, entendre et agir sans le secours d'aucun organe corporel.
– la providence. Non seulement Dieu crée, mais il maintient et
gouverne son œuvre.
Parce que certaines de ces perfections sont difficiles à connaître, Dieu les a révélées directement, en même temps qu'il nous a fait connaître les mystères de sa vie intime (Trinité) ou de
l'œuvre de sa Miséricorde (l'Incarnation rédemptrice).
9. Mais quelle est donc cette preuve ?
Son élaboration revient la philosophie et, en elle, la partie ultime de la métaphysique, la « théodicée » (appellation moderne). En voici simplement quelques éléments.
Principe général : ce qui n'existe pas par soi-même est causé par un autre, ce qui ne
tient pas de soi-même son être et sa perfection les reçoit d'un autre ; il existe donc à l'origine et au sommet de tous les êtres dont nous constatons l'existence une Réalité qui existe par
elle-même et en elle-même, et qui contient toute perfection. Tout effet a une cause dans laquelle il est contenu et en laquelle il trouve sa raison d'être. Le néant ne peut produire ni expliquer
l'être, il n'y a pas de création sans Créateur.
– S'il y a dans l'univers du mouvement, et même un mouvement incessant et universel, il faut un moteur capable de le produire, un moteur immobile qui meuve les autres êtres sans être lui-même
mu.
– S'il y a dans le monde des êtres qui arrivent à l'existence et qui disparaissent ensuite, c'est que chacune de ces choses peut être ou ne pas être ; il faut qu'il y ait de toute éternité
un être qui existe par lui-même, qui ne doive qu'à lui sa propre existence, un être nécessaire qui donne l'existence aux êtres contingents et corruptibles.
– S'il y a dans l'univers des êtres vivants, il faut que l'Être qui de toute éternité existe par soi ait la vie ; bien plus, il faut qu'il soit la vie même, qu'il soit le Vivant par
excellence, qu'il possède la vie par soi-même pour pouvoir la communiquer aux autres.
– S'il y a dans lunivers de l'intelligence, une sagesse parfois géniale, de la moralité, quelquefois une sainteté manifeste, il faut que l'Être qui existe de toute éternité soit intelligent,
sage et véritablement saint ; bien plus, il faut qu'il ait par soi la sagesse et l'intelligence, il faut qu'il soit lintelligence même et la sagesse même pour pouvoir les donner aux
autres.
Montesquieu, qui n'est pas un père de lÉglise, loin s'en faut, disait : « Quelle plus grande absurdité qu'une fatalité matérielle et aveugle qui aurait produit des êtres intelligents !
»