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14 décembre 2005 3 14 /12 /décembre /2005 16:37
1. La vérité fondamentale de la religion est l’'existence de Dieu. En effet, il n'’y a pas de religion sans Dieu, puisque, par définition et selon l'’étymologie, la religion est ce qui relie l’'homme à Dieu ; elle est l'’ensemble des vérités, des rites et cérémonies, des préceptes moraux et des lois qui constituent un lien entre l'’homme et Dieu, qui attachent l’'homme à Dieu.

2. Par Dieu, nous comprenons l'’Être infiniment parfait, éternel et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, existant en lui-même et par lui-même, indépendamment de son œœuvre et de la conscience humaine.

Deux questions se posent alors :
––  Dieu existe-t-il ? Ceux qui le nient sont appelés
athées ;
– – l’'homme peut-il connaître Dieu avec certitude ? Ceux qui le nient sont appelés
agnostiques.

3. À ces deux questions, il faut bien évidemment répondre
oui, mais en apportant une précision capitale. S’il n’'y a qu’'un seul Dieu, en effet, il y a pour l'’homme deux connaissances du même Dieu qui, en tant que connaissances, sont radicalement différentes :
–– une connaissance
naturelle, c’'est-à-dire une connaissance proportionnée à l'’intelligence de l'’homme, par laquelle nous pouvons prouver et affirmer l'’existence d’'un Dieu unique, à partir de l'’existence de l’'univers créé tel qu'’il apparaît à nos yeux. Cette connaissance est très imparfaite mais certaine ;
–– une connaissance
surnaturelle, c'’est-à-dire une connaissance qui dépasse la capacité et les exigences de l'’intelligence naturelle de l'’homme et même de toute intelligence créée, obtenue par Révélation divine. Dieu se révèle par son Fils unique, Jésus-Christ, et en même temps perfectionne et surélève notre intelligence pour la rendre capable d'’accéder à cette connaissance. C'’est la foi sur la terre, où les mystères de Dieu sont connus dans l’'obscurité ; c’est la gloire dans le ciel, où Dieu est vu face à face.

4. Autrement dit, il existe de Dieu une connaissance
extérieure mais accessible naturellement à l’'homme, et une connaissance intime mais donnée directement et gratuitement par Dieu.

La connaissance naturelle de Dieu

5. La doctrine de l’'Église catholique.
Le Concile du Vatican a défini [Session III, c. 2,
Denzinger 1785] :
« La sainte Église tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu – principe et fin de toutes choses – peut être connu avec certitude au moyen des choses créées ; car
depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont rendues visibles à l'’intelligence des hommes par le moyen des êtres qu'’il a faits [Épître aux Romains, I, 20] et que cependant il a plu à Dieu, à cause de sa sagesse et de sa bonté, de se révéler lui-même et les éternels décrets de sa volonté, par une autre voie, voie surnaturelle. »

Voici le canon correspondant [
Denzinger 1806] :
« Anathème à qui dirait que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, ne peut pas être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine au moyen des choses créées. »

Le serment anti-moderniste fait jurer [
Denzinger 2145] :
« Je professe que Dieu principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude et même démontré par la lumière naturelle de la raison au moyen des êtres qu'’il a faits, c'’est-à-dire par les œœuvres visibles de la création, comme la cause est connue et se démontre par les effets. »

6. Il n'’y a donc aucun doute : la raison humaine peut arriver à une véritable certitude de l'’existence de Dieu, unique principe et fin de toutes choses.

Cette certitude de l'’existence de Dieu est facilement accessible au niveau du sens commun, par l'’exercice normal de notre intelligence. C'’est pourquoi la sainte Écriture déclare insensés, déraisonnables, coupables ou inexcusables les hommes qui méconnaissent l’'existence de Dieu :
« Insensés sont tous les hommes qui ignorent Dieu, et qui n'’ont pu, par les biens visibles, s'’élever à la connaissance de Celui qui est ; et, voyant les œœuvres, n'’ont pas reconnu l’'Ouvrier…. Car la grandeur et la beauté des créatures font connaître, par analogie, Celui qui en est le Créateur » [Sagesse XIII, 1-5].

L'’Apôtre saint Paul, dans le texte cité par le Concile du Vatican, dit [Rom. I, 18-20] : « La colère de Dieu éclate du haut du ciel contre toute l'’impiété et l’'injustice de ces hommes qui retiennent la vérité de Dieu dans l'’injustice ; car ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux : Dieu le leur a manifesté. En effet, ses perfections invisibles, ainsi que sa puissance éternelle et sa divinité, sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l'’intelligence par le moyen des œœuvres, de telle sorte qu’'ils sont inexcusables. »
Et le Psaume XIII, 1 : « C'’est l’'insensé qui a dit dans son cœœur : Dieu n’'existe pas ».

7. Pourtant, de fait, beaucoup d’'hommes ne connaissent pas, ou du moins ne connaissent pas droitement et avec certitude l'’existence de Dieu. La cause en est multiple :
–– peu d'’hommes appliquent leur esprit ce qui les dépasse. La majorité se laisse aller à la pente de la nature blessée par le péché originel, et –– dans le meilleur des cas –– applique son intelligence à la matière (domaine où la fécondité de l’'intelligence est grande, comme le montrent les techniques modernes ; mais c'’est une fécondité d'’ordre inférieur, qui ne permet pas l'’homme de connaître sa raison d'’être ou d’'accomplir sa destinée) ;
–– la connaissance de Dieu ravive le souvenir de l’'obligation morale de faire le bien et d'’éviter le mal ; elle implique qu'’on doive lui rendre des comptes, l’'obligation de rendre un culte à Dieu et de l'’écouter s'’il parle. Pour cette raison, beaucoup d'’hommes s'’en détournent ;
–– l'’homme est facilement distrait de cette recherche et de cette connaissance par des considérations égoïstes, par des intérêts matériels, par l'’aveuglement des passions ou par des objections spécieuses.

8. De cette connaissance naturelle et certaine de Dieu, nous pouvons déduire (parfois difficilement) quelques unes des perfections divines (que nous connaissons surtout par voie négative) :
––  
l’'infinité. Dieu n’'a pas de limite; il est la perfection absolue ;
––
l'’immutabilité. Dieu ne change pas : le changement, acquisition d’'une nouvelle perfection, suppose l’'absence de cette perfection – ce qui est contraire à l’'infinité ;
––
l’'omniscience. Dieu connaît le passé, le présent et l’'avenir. Rien n'’est secret pour lui, pas même les cœœurs.
–– 
la liberté absolue et la toute-puissance. Dieu fait tout ce qu'’il veut, comme il le veut en sa Sagesse ;
–– 
l’'éternité. Dieu n’'a ni commencement ni fin, ni avant ni après. Il est au-dessus du temps, immobile de l'’immobilité de la perfection absolue ;
––
l'’unité. Dieu est unique ; affirmer plusieurs dieux reviendrait les reconnaître « non-Dieu » car imparfaits (ils se distingueraient en effet par une ou plusieurs perfections possédées par l'’un et non par l'’autre ou par les autres) ;
––
la spiritualité totale. Dieu est un pur esprit, il n’'a pas de corps. Il peut voir, entendre et agir sans le secours d’'aucun organe corporel.
––
la providence. Non seulement Dieu crée, mais il maintient et gouverne son œœuvre.

Parce que certaines de ces perfections sont difficiles à connaître, Dieu les a révélées directement, en même temps qu'’il nous a fait connaître les mystères de sa vie intime (Trinité) ou de l’œ'œuvre de sa Miséricorde (l'’Incarnation rédemptrice).

9. Mais quelle est donc cette preuve ?
Son élaboration revient la philosophie et, en elle, la partie ultime de la métaphysique, la « théodicée » (appellation moderne). En voici simplement quelques éléments.
Principe général : ce qui n'’existe pas par soi-même est causé par un autre, ce qui ne tient pas de soi-même son être et sa perfection les reçoit d’'un autre ; il existe donc à l’'origine et au sommet de tous les êtres dont nous constatons l'’existence une Réalité qui existe par elle-même et en elle-même, et qui contient toute perfection. Tout effet a une cause dans laquelle il est contenu et en laquelle il trouve sa raison d’'être. Le néant ne peut produire ni expliquer l'’être, il n'’y a pas de création sans Créateur.
–– S'’il y a dans l’'univers du mouvement, et même un mouvement incessant et universel, il faut un moteur capable de le produire, un moteur immobile qui meuve les autres êtres sans être lui-même mu.
–– S’'il y a dans le monde des êtres qui arrivent à l'’existence et qui disparaissent ensuite, c'’est que chacune de ces choses peut être ou ne pas être ; il faut qu'’il y ait de toute éternité un être qui existe par lui-même, qui ne doive qu'’à lui sa propre existence, un être nécessaire qui donne l’'existence aux êtres contingents et corruptibles.
– – S'’il y a dans l'’univers des êtres vivants, il faut que l'’Être qui de toute éternité existe par soi ait la vie ; bien plus, il faut qu'’il soit la vie même, qu'’il soit le Vivant par excellence, qu'’il possède la vie par soi-même pour pouvoir la communiquer aux autres.
–– S'’il y a dans l’univers de l'’intelligence, une sagesse parfois géniale, de la moralité, quelquefois une sainteté manifeste, il faut que l’'Être qui existe de toute éternité soit intelligent, sage et véritablement saint ; bien plus, il faut qu'’il ait par soi la sagesse et l'’intelligence, il faut qu'’il soit l’intelligence même et la sagesse même pour pouvoir les donner aux autres.

Montesquieu, qui n'’est pas un père de l’Église, loin s'’en faut, disait : « Quelle plus grande absurdité qu'’une fatalité matérielle et aveugle qui aurait produit des êtres intelligents ! »

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Théologie
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commentaires

Citoyen 14/12/2005 18:05

Salut, M l'abbé..

*une connaissance naturelle, c’est-à-dire une connaissance proportionnée à l’intelligence de l’homme, par laquelle nous pouvons prouver et affirmer l’existence d’un Dieu unique, à partir de l’existence de l’univers créé tel qu’il apparaît à nos yeux. Cette connaissance est très imparfaite mais certaine ;*

si c'est çà votre preuve .. merci :-)..

votre prose , du discours , rien que du discours ...bon, chacun sa façon de voir.. mais votre démonstration n'est pas très convaincante, pour le commun des mortels que je suis ...:-)...

et je ne vois pas ce que l'univers a de si magique... on y parlait d'un grand horloger ... mais au fur et à mesure que la science avance, on y voit surtout des grands cataclysmes, des colisions gigantesques de galaxies.. des super nova, ... d'ailleurs , notre soleil, finira lui aussi en géante rouge absorbant la terre , et toute vie supposée du créateur ... ..

Au risque de vous décevoir Dieu n'existe pas...il est une pure invention humaine dans ses moments de peur et d'angoisses...une facon de rêver ...de s'accrocher quand on est faible devant les événements.

Abbé Hervé Belmont 14/12/2005 19:46

Il n'est pas étonnant, cher ami, que vous trouviez ma « démonstration » un peu faiblarde : car ce que vous citez est une simple définition, qui bien évidemment n'a aucune prétention d'être une preuve. Elle est placée là pour mettre les idées en place.

La preuve elle-même est juste esquissée plus bas dans mon texte ; ou; plus exactement, les voies de la preuve sont esquissées. J'aurai l'occasion d'y revenir.

Quant à votre contre-argument, croyez-vous donc que la découverte toujours plus précise et plus étendue des mécanismes du monde permettre d'affirmer qu'il n'a pas de cause ?

Bien à vous.