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13 décembre 2005 2 13 /12 /décembre /2005 09:41
C'est aujourd'hui la Sainte-Luce. Pour ceux qui ont eu l'honneur de connaître Mademoiselle Luce Quenette, ce jour évoque d'une façon toute particulière sa fête, et la fête de l'école de la Péraudière qu'elle a fondée. Cela rappelle aussi qu'elle fut collaboratrice de la revue Itinéraires, et que sa contribution était de toute première qualité, comme celle de l'Abbé Berto, du Père Calmel ou de Jean Madiran lui-même.

En souvenir d'elle, voici deux textes
inédits et un témoignage de Jean Madiran.

Le premier est la transcription (faite à partir de l'enregistrement) d'une conférence de Jean Madiran à Écône le 19 mars 1974.

— (Abbé J. B.) « Puisque vous nous parlez de vos amis, est-ce que vous pouvez nous parler de Mademoiselle Quenette que beaucoup ne connaissent pas ici ?
— (Jean Madiran) Mademoiselle Quenette, je lui dois beaucoup aussi…...
— (Mgr Lefebvre) C'est un élève de Mademoiselle Luce Quenette !
— (Jean Madiran) Eh bien oui ! mais… je pense que ça doit…... Ou bien c'est un élève de Mademoiselle Quenette, ou bien c'est un provocateur !… Nous…... Mademoiselle Quenette...… je dirais...… je ne vais pas vous faire son portrait ni vous dire son...… Mais je vais vous dire une chose, une seul chose, hein !… Alors, je choisis et je vous en dis une.… C'est que nous sommes beaucoup, et j'en suis, dont elle a soutenu efficacement le courage dans le combat. Cette femme intrépide, son côté chef de guerre… oui, oui, euh…ah ! oui, à cet égard… oui...… Nous lui devons beaucoup.… Si nous arrivons à faire quelque chose de pas trop mal… nous lui devons beaucoup, nous lui devons beaucoup.… Je ne sais pas si sans elle la revue
Itinéraires, sur la Messe, n'aurait peut-être pas pris si vite une position aussi ferme. Je crois que c'est le meilleur hommage. »

Il faut ajouter que Jean Madiran, si brillant jusque là, était fort troublé et cherchait ses mots.

Le deuxième est le message que Mademoiselle Luce Quenette, empêchée pour raison de santé, avait fait tenir à la journée des
Compagnons d'Itinéraires à Lyon, le 15 mai 1976, lu en public par Jean Madiran.

« Toujours absente à la réunion de famille, même quand elle est dans ma ville, je suis privée et désolée. S'il faut un message spécialiste de ce qui occupe toute ma vie, je dirai : Nous voulons sauver la jeunesse et pour cela faire une élite. Alors, fermeté, fermeté, force, horreur de la faiblesse, leçons magistrales. Car la plus affectueuse compréhension des jeunes cœurs, c'est l'autorité. »

Que de sagesse en peu de mots.

Voici enfin un extrait du témoignage de Jean Madiran, en tête du numéro d'
Itinéraires à elle consacré, le n° 226. On en appréciera toute la portée.

« Sa fonction, comme celle de l'abbé Berto, fut de gouverner des âmes d'enfant pour y cultiver les vertus. Cela expliquait, chez l'un et chez l'autre, dans la crise religieuse contemporaine, une analogue qualité de prévision et d'intransigeance, une extrême promptitude. Ils étaient aux avant-postes véritables, les premiers à ressentir l'attaque, les premiers à en discerner toute la portée. À la place où ils se trouvaient, avec la responsabilité qui était la leur, ils sentaient tout de suite qu'une concession à l'adversaire, qu'un compromis avec le monde, qu'une innovation impie, d'apparence anodine,
on ne POUVAIT pas les expliquer aux enfants, on ne pouvait pas les leur imposer, on ne pouvait pas les leur tolérer sans démentir et détruire tout ce qu'on s'efforçait de leur inculquer. Le nouveau catéchisme de 1967-1968, celui qui est toujours en vigueur, paraissait vaguement absurde et vide à ceux qui le feuilletaient d'un doigt distrait, une sottise épiscopale de plus en un siècle qui n'en est pas avare.

« Mais l'abbé Berto, mais Luce Quenette ressentaient immédiatement ce que cette sottise contenait de criminel : ils avaient aussitôt devant les yeux l
'impossibilité morale d'introduire le nouveau catéchisme épiscopal dans leurs catéchismes catholiques. Du même coup ils savaient dans l'instant même que l'épiscopat français n'en était donc plus aux médiocrités et lâchetés habituelles, mais qu'il en était à la prévarication majeure, à la prévarication maudite, à la prévarication inexpiable. Et encore du même coup, et non moins immédiatement, ils savaient que le saint-siège, en laissant s'établir et se prolonger une telle abomination, manifestait une défaillance terrible, qui finissait à la longue par ressembler à une sorte de vacance.

« Par leur fonction et parce qu'ils le vivaient chaque jour, l'abbé Berto et Luce Quenette savaient mieux que personne et ils surent avant tout le monde que les détenteurs actuels de la succession apostolique en étaient au plus grand crime, celui que l'esprit mondain méconnaît, que l'aveuglement ignore, que la foi tiède ne comprend pas. Et ainsi, mieux que personne et avant tout le monde, un abbé Berto, une Luce Quenette étaient au cœur des réalités les plus réelles de notre époque, aux prises avec cette forme de subversion qui existait avant de recevoir de Mao son nom véritable de “révolution culturelle” : elle s'attaque comme on l'a vu en Chine, comme on n'arrive pas à le comprendre en France, directement à l'innocence et à la formation des enfants. La culture, qu'est-ce à dire, sinon l'acte de cultiver, et que cultive-t-on sinon, d'abord chez les enfants, les vertus intellectuelles et morales. La soi-disant culture qui a honte de cultiver les vertus, par le fait même laisse croître les vices. Tout conspire dans le monde moderne à le faire oublier, mais comment pourrait-on l'oublier quand on dirige, comme l'abbé Berto, comme Luce Quenette, une maison d'enfants, une école véritablement, intégralement chrétienne ?

« Tout au long de l'année 1969, avec une terrible impatience, Luce Quenette nous pressait de faire le possible et l'impossible pour écarter la menace de la nouvelle messe annoncée. On verra, lui disions-nous, attendez, il y aura une lettre des cardinaux (on en espérait huit, ou douze, pour commencer, et pour entraîner le ralliement d'une quarantaine ou d'une soixantaine d'autres ; il y en eut deux en tout et pour tout, Ottaviani et Bacci, honneur à eux).

— Je ne peux pas attendre, répondait-elle ; les enfants ne peuvent pas attendre : c'est maintenant, c'est aujourd'hui qu'il faut leur dire, pour la vie entière, où est la vraie messe. C'est tout de suite qu'il faut les protéger, qu'il faut les tenir rigoureusement à l'écart d'eucharisties dérisoires, qu'on dirait calculées pour inculquer les réflexes et les attitudes de l'impiété… »

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans Mariage - éducation
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commentaires

François Vachette 24/02/2009 19:33

Maltraité, sûrement pas, j'ai passé trois ans à la Péraudière (10, 11 et 12 ans ) et je garde un souvenir fort de Mademoiselle Luce. Elle ne mérite sûrement pas les termes employés ici. Fermeté, force, horreur de la faiblesse, leçons magistrales, autorité, certes tout cela m'a beaucoup servi . Il y avait aussi beaucoup d'amour. Je n'ose pas imaginer ce que je serai devenu si je n'étais pas passé par La Péraudière.F.Vachette