Dimanche 11 décembre 2005
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L'épître de ce dimanche est un appel à la modestie : Modestia vestra nota sit omnibus hominibus.
Qu'est donc cette modestie ?
« Le fruit du Saint-Esprit est la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. » Ces douze fruits énumérés par saint Paul (Gal. V, 22) sont en même temps des fruits et des manifestations de la présence du Saint-Esprit dans une âme, et des conditions pour quil puisse y demeurer.
Parmi ces fruits, la modestie figure en bonne place. Elle sapparente à la vertu de tempérance, à laquelle elle est une disposition et dont elle est un prolongement ; son rôle propre est de régler certaines passions sensibles et de modérer leurs manifestations extérieures. Loffice de la modestie est donc irremplaçable ; il est de se tenir à la périphérie de la vertu de tempérance pour achever son uvre, et pour édifier autour delle un rempart nécessaire à la sauvegarde de la tempérance elle-même et de nombreuses autres vertus.
Le langage courant a retenu trois aspects de la modestie :
un aspect relatif à la vertu de chasteté modestie de la tenue et du vêtement, du regard et du langage ;
un aspect relatif à la vertu dhumilité modestie des paroles (dans leur objet, dans le ton du discours, dans la facilité à prendre la parole et à parler de soi-même) et des attitudes, modestie dans les ambitions humaines et dans les projets terrestres ;
un aspect relatif à la vertu de pauvreté modestie dans le train de vie, dans la jouissance des biens matériels et dans laspect extérieur.
Dans ces trois aspects, on retrouve aisément les vertus qui sopposent directement aux trois concupiscences dont parle saint Jean, ces trois blessures par où la corruption menace sans cesse de pénétrer dans lâme et de sy installer : « Parce que tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie » [I Jo. II, 16]. La modestie est donc un rempart, elle est le rempart nécessaire contre le mal dans lequel baigne le monde, dit encore saint Jean « Mundus totus in maligno positus est » [I Jo. v, 19]. Il ne peut y avoir de vertu solide, il ne peut y avoir de vie chrétienne stable sans cette modestie : ôtez-la, nos trois concupiscences deviennent immédiatement des plaies à vif sans aucune protection, par lesquelles lâme est vulnérable au point quelle tombera comme nécessairement.
Cest ce triple rempart que Notre-Seigneur a opposé au démon qui le tentait dans le désert après son jeûne de quarante jours, nous montrant ainsi que la modestie vient à bout de toutes les tentations, préserve de tout péril et rend invincible.
On oublie facilement que, daprès les anciens (saint Thomas dAquin se réfère à Cicéron en la matière), la modestie a un autre rôle, relatif à la vertu de studiosité. Lobjet de cette vertu est de régler lappétit de connaissance de lhomme, de régler létude pour la modérer ou la stimuler, surtout pour lappliquer droitement. La curiosité fait que nous nous intéressons à mille choses inutiles (quand elles ne sont pas mauvaises ou ne mettent pas en notre cur une ambition déraisonnable), et que dans le même temps nous délaissons létude du savoir relatif à notre devoir détat quil sagisse du devoir détat de baptisé et de confirmé, de celui de père ou de mère, dépoux ou dépouse, de celui de prêtre ou de consacré à Dieu, ou encore du devoir détat professionnel. En ce sens, la modestie est bien méconnue, car nous sommes un curieux mélange de paresse intellectuelle profonde et de curiosité insatiable.
La modestie est la vertu des étrangers. Lorsquon nest pas chez soi, plus encore lorsquon est à létranger, on est naturellement porté à la discrétion, à leffacement. On a perdu laisance, linsolence, loutrecuidance de celui qui est chez lui et qui parle et agit en maître.
Nous ne sommes pas chez nous sur la terre. Saint Paul nous avertit de nous y conduire comme des étrangers, parce que nous navons pas de demeure permanente ici-bas : notre patrie est le ciel, la vraie vie est celle de léternité ; nous ne faisons que passer sur cette terre de misère. Sainte Thérèse dAvila disait que la vie sur la terre est une mauvaise nuit dans une mauvaise auberge.
La modestie est donc la vertu, ou plutôt la disposition à la vertu, quil nous convient de cultiver pendant notre vie terrestre : elle correspond parfaitement à notre situation.
Toute notre vie est un Avent : nous espérons voir un jour Jésus-Christ et aller le retrouver dans le Ciel. En attendant, nous vivons modestement pour ne pas nous installer sur terre et oublier notre Sauveur.
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : Morale
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