Samedi 10 décembre 2005 6 10 /12 /Déc /2005 21:49
Les actes à double effet.

Un acte à double effet est une action volontaire qui a deux effets, l'’un bon et l'autre mauvais (du point de vue moral). La question qui se pose est : peut-on agir en ce cas-là ?

Le principe général de solution est celui-ci :
on ne peut jamais vouloir le mal, ni comme fin (but qu'’on se propose) ni comme moyen. Mais il est des cas où l'’on peut le tolérer comme conséquence. Partant, en appliquant les règles générales de la moralité, on énumère quatre conditions pour qu'’un acte à double effet soit légitime.

1. L'’action en elle-même doit être bonne ou neutre. Une action qui est déjà mauvaise en elle-même n'’est jamais permise (comme le seraient un blasphème, un mensonge ou un adultère).

2. L'’effet bon (celui qui est voulu) ne doit pas être une conséquence de l'’effet mauvais – sinon l’'effet mauvais est voulu comme moyen. Un moyen simple de discerner cette condition est de se dire : si, par miracle, l’'effet mauvais ne se produit pas, l'’effet bon aura-t-il lieu ? Si oui, l'’effet bon ne découle pas de l'’effet mauvais, tout va bien ; si non, il faut renoncer car l'’effet mauvais est un véritable moyen.

3. L’'effet bon doit justifier l’'effet mauvais : il doit être une raison suffisante pour qu'’on puisse tolérer l’'effet mauvais. C'’est ainsi qu'’il faut prendre en compte la gravité de l'’effet mauvais, sa probabilité ou sa certitude, ses conséquences, le scandale qui peut en résulter ; c'’est ainsi encore qu’il faut examiner s'’il n'’est pas possible de trouver un autre moyen sans effet mauvais etc.

4. L'’intention doit être droite. Il ne doit pas y avoir une recherche secrète de l’'effet mauvais, qu'’on doit détester intérieurement.

À ces conditions, l'’acte à double effet est légitimement accompli.

Voici d'’abord, pour illustrer la structure de l’'acte à double effet, deux exemples qui semblent assez proches et qui sont pourtant opposés.
Le principe commun aux deux est celui-ci : la perte violente de la raison par l'’ivresse est intrinsèquement mauvaise. On ne peut jamais la vouloir.

[a] Ce sont les élections dans le village, qui peut basculer dans la perversité à une voix près. Je me rends chez mon voisin, qui vote pervers, et je lui fais boire beaucoup d’alcool tant et si bien que le voilà fin saoul et incapable de se rendre au bureau de vote. Le village est sauvé. Ai-je bien fait ?

[b] Dans le même village, il y a épidémie de choléra. L'’expérience a montré que seuls survivent ceux qui s’'enivrent. Mon voisin est atteint. Je me rends chez lui et je lui fait boire beaucoup d’'alcool tant et si bien que le voilà fin saoul, et qu'’il est sauvé. Ai-je bien fait ?

Dans les deux cas, l’'action considérée strictement en elle-même (déverser beaucoup d'’alcool dans le sang par voie buccale) n’'est pas moralement mauvaise : c’'est la perte de la raison qui est mauvaise. Dans les deux cas, la raison est censée suffisante. Dans les deux cas, j’'ai une intention droite. Et pourtant, dans le cas [a] je fais mal et dans le cas [b] je fais bien. Pourquoi ?

Dans le cas [a] l'’effet mauvais (perte violente de la raison) est cause de l’'effet bon (gain des élections). Preuve : si par miracle mon voisin n'’est pas ivre, il ira voter et les élections seront perdues.

Dans le cas [b], l'’effet mauvais n'’est pas cause de l’'effet bon. Preuve : si par miracle mon voisin n'’est pas ivre, il sera tout de même sauvé du choléra, car ce n'’est pas la perte de la raison qui guérit mais la présence d’'une grande quantité d’'alcool dans le sang.

On peut multiplier les exemples – dans lesquels la vertu de prudence nous fait juger droitement par réflexe (réflexe qu'’il faut pourtant examiner attentivement de temps en temps, surtout dans les cas graves).

Saint Thomas d’Aquin énumère les principes relatifs à l’'acte à double effet à propos de la légitime défense : Somme théologique, IIa IIæ q. 64 a. 7.

Pour illustrer encore ces principes, on peut encore citer le cas de Samson qui, enchaîné à deux colonnes qui soutiennent la salle où festoient les ennemis de Dieu, écarte les colonnes et meurt avec tous les autres dans l’'écroulement du bâtiment. Sa mort (effet mauvais) n’'est pas cause de la défaite des ennemis d’Israël, mais la conséquence de son acte. Si miraculeusement il avait survécu, l'’effet bon aurait tout de même été atteint.

Les principes ci-dessus rappelés sont d’un usage très fréquent, et il faut les posséder avec fermeté.

Précision : si l’'effet mauvais est la mort. Pour qu’'un acte à double effet soit moralement licite, il importe au plus haut point que l’'effet mauvais ne soit pas voulu. On ne peut jamais vouloir le mal, même si c'’est pour un bien supérieur.

Cependant, le problème de la mort est délicat : car il peut être permis de désirer la mort ; il est permis, plus exactement, de donner sa vie pour une cause qui nous dépasse : la gloire de Dieu, le témoignage de la vérité et de la vertu chrétienne (les martyrs l’'ont bien fait), la défense de la patrie, le soin des malades etc.

Voilà pourquoi, quand on examine les actes à double effet dans lequel l’'effet mauvais est la mort, il vaut mieux s’'en tenir à l'’acte considéré en lui-même, plus que de tenter d’examiner l'’intention : car un certain désir de la mort, non pas en tant que mort, mais en tant que don de sa vie, est permis (et généreux).
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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