Lundi 10 septembre 2007 1 10 /09 /Sep /2007 11:16

Petit mot de félicitations adressé à Monsieur l’Abbé Philippe Guépin à l’occasion du trentième anniversaire de son ordination sacerdotale.

 

 

Cher Monsieur l’Abbé,

 

il y a dans cette noble assemblée une personne – que je ne désignerai pas autrement – qui doit être bourrelée de remords ou qui va bientôt l’être : celle qui m’a demandé de prendre la parole pour vous adresser un compliment à l’occasion du trentième anniversaire de votre ordina­tion sacerdotale.

 

Car je n’ai jamais su faire de compliments. Et si j’essayais de forcer mon talent, je ne pourrais qu’être à moitié sincère en évoquant des qualités ou des mérites auxquels je ne croirais qu’à moitié, et dont vous feriez semblant de croire l’autre moitié…

 

Plutôt donc que de vous affronter en une sorte de duel d’hypocrisie, dont il n’est pas certain que vous fussiez sorti vainqueur, je préfère vous conter l’aventure à laquelle vous avez échappé pour ce jour de réjouissance.

 

Comment, en effet, exprimer l’amitié et le respect que tout le monde ici vous porte sans révéler quelques aspects de votre vie, sans démythifier votre personnage, sans vendre la mèche à propos de vos véritables origines ?

 

C’est pour cela que quelques amis avaient imaginé présenter quelques tableaux animés relatant la vérité sur votre vie, votre lente croissance à travers les temps, votre participation rapprochée à quelques grands moments de l’histoire de la chrétienté.

 

Car si vous croyez, chers amis, que le jeune Philippe Guépin est né le 13 février de l’an de grâce 1951, vous vous trompez de siècle, de nombreux siècles.

 
[Premier tableau]
 

Les anciennes chroniques ne disent rien, il est vrai, des origines véritables d’un jeune garçon que nous trouvons mentionné sous le nom de Philippus David Guepinus certain jour de Noël de l’an 496. Nous sommes à Reims, au Baptême du roi Clovis. L’évêque saint Rémi vient de faire couler les eaux salutaires sur le front courbé du fier Sicambre ; il se tourne vers l’acolyte – notre jeune Philippus – pour en recevoir l’ampoule de Saint-Chrême… Celui-ci rougit violemment et doit avouer, tout confus, qu’il l’a oubliée. On imagine difficilement la suite !

 

Mais le plus grave n’est pas là ! Philippus David Guepinus (ce second prénom ne laisse-t-il pas soupçonner une ascendance davidique ?) Philippus Guepinus donc avouera plus tard qu’il l’a fait exprès, comptant sur un miracle du Ciel. N’est-ce pas là avoir la simplicité d’une colombe ?

 
[Deuxième tableau]
 

Les siècles passent, et l’acolyte étourdi semble tomber dans le néant. Mais non ! le voici membre studieux de l’école du Palais de Charlemagne, où il étudie sous la direction de l’illustrissime Lux, comte de Quenette, grand pédagogue et âme guerrière. Les chroniques omettent de donner le détail des résultats scolaires du jeune Philippus, mais assurent qu’il y apprit l’art du chant grégorien, alors dans toute sa splendeur native. On sait toutefois que le jeune Philippus excellait dans la science champêtre et qu’un jour, à l’occasion de quelque chevauchée, il sema un chêne en un bourg de France nommé Vincennes…

 
[Troisième tableau]
 

Notre charmant écolier a grandi, il est devenu un fier cavalier portant les armes pour son roi ; c’est ainsi qu’il est un des plus fidèles compagnons de sainte Jeanne d’Arc dans son épopée miraculeuse, et qu’il lui reste fidèle et dévoué même quand la Pucelle d’Orléans est jetée en prison et abandonnée de tous. On chuchote – mais comment accorder quelque crédit à ces ragots – que le chevalier Guépin de La Touche a suggéré la création d’un corps de parachutistes pour bouter l’Anglais hors de France. Gilles de Rais, continue le même bruit, a manœuvré pour faire échouer le projet : il a une peur bleue de se coincer la barbe dans la portière !

 
[Quatrième tableau]
 

La triste fin de Jeanne Lorraine a révélé à notre chevalier combien les gloires humaines sont fragiles et décevantes, et c’est au service des Autels qu’il va consacrer sa vie et sa fougue. Par quel cheminement le retrouve-t-on aumônier personnel de Don Juan d’Autriche ? Nul ne saurait le dire. Mais ce qui est certain – les chroniques les plus fiables en font foi – c’est qu’il est présent lors de la bataille de Lépante : animant le vaisseau amiral de son verbe ; relevant les courages ; absolvant les blessés ; invoquant la miséricorde de Dieu ; se faisant tout à tous ; voulant effacer par son ardeur et son zèle la triste absence du royaume de France dans une des heures les plus glorieuses de la chrétienté.

 

Lorsqu’il rendit compte à saint Pie V de son ministère auprès du fils de Charles-Quint, le grand Pape lui dit : « Philippe, Notre prêtre très cher, vous avez été aumônier de Notre chevalerie chrétienne, Nous vous faisons chevalier de la sainte Messe ».

 
[Cinquième tableau]
 

Chevalier de la sainte Messe : c’est à ce titre que l’Abbé Philippe Guépin se rangea sous la direction de saint Louis-Marie Grignion de Montfort pour reconquérir la Bretagne et la Vendée à Jésus-Christ, qu’il fut réfractaire sous la Révolution, exilé sous Napoléon. Nous le retrouvons, humble religieux et vicaire dans une modeste paroisse de Champagne, le Mesnil-Saint-Loup, apprenant du Père Emmanuel les secrets de la fécondité sacerdotale ; s’insurgeant avec lui contre le ministère désordonné qui conduit au sacramentalisme, c’est-à-dire à l’illusion qu’il plaît à Dieu qu’on donne les sacrements au mépris du témoignage de la foi, de l’unité de l’Église et de sa hiérarchie, de la primauté de la prière.

 
[Sixième tableau]
 

La discrétion m’oblige à taire le nom du saint Pape qui nomme l’Abbé Philippe Guépin évêque du diocèse de Pascendi. Ce qu’il m’est permis de révéler, c’est qu’à ce titre, il est convoqué pour prendre place au second Concile du Vatican qui s’ouvre le 11 octobre 1962. Ce jour-là, ce qui n’est alors que simple malaise se mue en inquiétude, puis d’inquiétude en indignation, d’indignation en sainte colère… jusqu’au jour où, entendant solennellement proclamer dans l’aula conciliaire que le Saint-Esprit se sert des fausses religions – ces inventions du diable, ces sociétés de perdition – comme de moyens de salut, il n’y tient plus : se levant, il fait courber tous les fronts déjà acquis à la nouvelle religion sous le souffle de sa parole vibrante, mettant à nu le blasphème et l’hérésie, en appelant au tribunal de Jésus-Christ, déclarant ne vouloir désormais plus être una cum avec cette synagogue de Satan. Puis il sort, claquant les portes de Saint-Pierre avec un tel fracas que la basilique s’en effondre et que le monde entier en est ébranlé !

 
*
 
*     *
 

Hélas, à la fin de cette évocation légèrement romancée, il nous faut revenir sur terre, où nous ne sommes qu’un pauvre petit troupeau sans éclat, sans mérite, sans avenir.

 

Mais c’est à ce petit troupeau, c’est à vous, cher Monsieur l’Abbé, c’est à chacun d’entre nous que Notre-Seigneur dit et que la sainte Vierge Marie répète en doux écho :

 
Ayez confiance, petit troupeau, j’ai vaincu le monde !

 

 

Blain, le 8 septembre 2007

 
Nativité de la sainte Vierge Marie,

 

 
Centenaire de l’encyclique Pascendi
 
 
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Histoire
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