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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 22:01

On sait combien la question des sacres épiscopaux effectués sans mandat apostolique revêt à mes yeux une gravité singulière et combien il me tient à cœur de m’en tenir totalement à l’écart.

 

On ne le sait que trop ! penseront peut-être certains.

 

À défier la doctrine de l’épiscopat instituée par Jésus-Christ, transmise par les Apôtres, élaborée par saint Thomas d’Aquin, enseignée par le Concile de Trente, on risque pourtant d’accomplir des actes d’une gravité irréversible, des actes dont la pente naturelle est une rupture avec l’unité de l’Église (on peut admettre qu’elle n’est pas consommée en raison de la vacance de l’autorité), des actes instituant une (pseudo-)hiérarchie qui n’est pas la hiérarchie catholique.

 

Cette doctrine catholique nous dit que l’épiscopat n’est pas un « huitième ordre » qui serait au-dessus du simple sacerdoce comme le sacerdoce est au-dessus du diaconat. Ce qui distingue l’évêque du simple prêtre, ce qui fait sa supériorité de droit divin, ce qui lui donne la plénitude du sacerdoce, c’est que par son sacre (et avant même toute réception d’une juridiction particulière donnée par le souverain Pontife) l’évêque est spécialement ordonné à exercer une régence sur le Corps mystique de Jésus-Christ ; c’est donc de droit qu’il prend place dans la hiérarchie de l’Église. De droit, il est un hiérarque ; et donc de droit encore il ne peut être nommé (directement ou indirectement) que par le souverain Pontife, qui est le principe et le maître de la hiérarchie catholique.

 

Si ce mandat apostolique lui fait défaut, l’évêque demeure hiérarque – c’est la nature première de son épiscopat – mais inéluctablement d’une autre hiérarchie que la hiérarchie catholique.

 

On pourra se reporter à la brochure Les sacres épiscopaux sans mandat apostolique en question, ou encore à la Correspondance déjà publiée.

 

Voici encore deux brefs textes qui enseignent très nettement en ce sens, et qui donneront à réfléchir car ils ne sont pas sortis de n’importe quelle plume.

 

Le premier est du Concile de Trente [Du Sacrement de l’Ordre, chapitre IV, Denzinger 960] qui enseigne la nature principalement hiérarchique de l’épiscopat :

 

« C’est pourquoi donc le saint Concile déclare, qu’au-delà des degrés ecclésiastiques, les Évêques qui ont succédé à la place des Apôtres, appartiennent principalement à cet ordre hiérarchique ; qu’ils ont été établis par le Saint-Esprit, pour gouverner l’Église de Dieu, comme dit le même Apôtre ;

 

« Proinde sancta Synodus declarat, præter ceteros ecclesiasticos gradus episcopos, qui in Apostolorum locum successerunt, ad hunc hiearchicum ordinem præcipue pertinere, et “positos (sicut idem Apostolus ait) a Spiritu Sancto regere Ecclesiam Dei ” [Act. xx,  28]. »

 

Le second est de saint Thomas d’Aquin (IV Sententiæ, Dist. XXV, Q. 2, art. 1. Vivès, XI, 53). Dans la seconde quæstiuncula, saint Thomas s’objecte que les enfants et ceux qui n’ont pas leur raison ne peuvent recevoir les ordres car 1°/ cela est interdit par saints Canons ; 2°/ si les enfants ne peuvent se marier validement, a fortiori ils ne peuvent recevoir un sacrement encore plus digne : 3°/ l’exercice de l’ordre requiert l’usage de la raison, et donc a fortiori la réception du pouvoir, puisque selon Aristote l’acte est postérieur à la puissance et lui correspond.

 

Voici sa réponse dont la fin nous intéressera particulièrement.

 

Solutio II. — Ad secundam quæstionem dicendum, quod per pueritiam, et alios defectus quibus tollitur usus rationis, præstatur impedimentum actui ; et ideo omnia illa sacramenta quæ actum requirunt suscipientis, talibus non competunt, sicut pœnitentia, matrimonium, et hujusmodi. Sed quia potestates infusæ sunt priores actibus, sicut et naturales, quamvis acquisitæ sint posteriores ; remoto autem posteriori non tollitur prius ; ideo omnia sacramenta in quibus non requiritur actus suscipientis de necessitate sacramenti, sed potestas aliqua spiritualis divinitus datur, possunt pueri suscipere et alii qui usu rationis carent ; hac tamen distinctione habita, quod in minoribus ordinibus requiritur discretionis tempus de honestate propter dignitatem sacramenti, sed non de necessitate præcepti, neque de necessitate sacramenti. Unde aliqui, si necessitas adsit, et spes profectus, ad minores ordines possunt ante annos discretionis promoveri sine peccato, et suscipient ordinem : quia quamvis tunc non sunt idonei ad officia quæ eis committuntur, tamen per assuetudinem idonei reddentur. Sed ad majores ordines requiritur usus rationis et de honestate, et de necessitate præcepti, propter votum continentiæ quod habent annexum ; et quia etiam eis sacramenta tractanda committuntur. Sed ad episcopatum, ubi in corpus mysticum accipitur potestas, requiritur actus suscipientis curam pastoralem ; et ideo est etiam de necessitate consecrationis episcopalis quod usum rationis habeat. Quidam autem dicunt, quod ad omnes ordines requiritur usus rationis de necessitate sacramenti ; sed eorum dictum ratione vel auctoritate non confirmatur.

 

[On pardonnera la médiocre qualité de la traduction, qui n’est pas aisée.]

 

« Pour répondre à la seconde question, il faut dire ceci.

 

« L’enfance et les autres causes qui ôtent l’usage de la raison constituent un empêchement à l’acte lui-même ; et c’est pourquoi tous ces sacrements qui exigent un acte de celui qui le reçoit – pénitence, mariage et autres semblables – ne peuvent pas être reçus par ces personnes sans raison.

 

« Mais comme les puissances infuses, à l’instar des puissances naturelles, précèdent les actes – à la différence des puissances acquises qui sont postérieures aux actes – et comme ôter ce qui est postérieur laisse en place ce qui est antérieur ; alors, tous les sacrements pour la validité desquels un acte de celui qui les reçoit n’est pas nécessairement requis, mais dans lesquels un certain pouvoir spirituel est donné par Dieu, peuvent être reçus par les enfants et par ceux qui n’ont pas l’usage de la raison.

 

« Il faut tenir compte de cette distinction que dans la réception des ordres mineurs c’est pour l’honneur du sacrement, en raison de sa dignité, qu’on exige l’âge de discrétion, et non à cause d’une exigence du précepte ni du sacrement.

 

« Aussi, en cas de nécessité et avec l’espoir de la persévérance, on peut sans péché promouvoir ceux qui n’ont pas atteint l’âge de discrétion aux ordres mineurs, et ils recevront l’ordre : car, bien qu’ils soient inaptes à l’accomplissement de l’office qui leur est confié, cependant ils deviendront idoines par l’éducation.

 

« Mais, pour les ordres majeurs, l’usage de la raison est requis pour l’honneur du sacrement et par nécessité de précepte : cela en raison du vœu de continence qui leur est annexé, et aussi à cause des sacrements qui sont confiés.

 

« En ce qui concerne le sacre épiscopal, par lequel on reçoit un pouvoir sur le Corps mystique, un acte est requis de la part de qui reçoit cette charge pastorale : c’est pourquoi il est nécessaire à la validité de la consécration qu’on ait l’usage de la raison.

 

« Certains, toutefois, disent que l’usage de la raison est nécessaire pour la validité de tous les ordres, mais leur opinion n’est confirmée ni par l’argumentation ni par une autorité. »

 

On a remarqué au passage que saint Thomas affirme que par le simple sacre épiscopal, on reçoit un pouvoir sur le Corps mystique : ce pouvoir de régence, pour parler comme saint Paul, est encore parfois appelé « juridiction première ». Cette ordination au Corps mystique, ce pouvoir – qui est suspendu par le schisme – est constitutif de l’épiscopat : il est la source de l’extension du pouvoir d’ordre que reçoit l’évêque ; il est appel (aptitude immédiate mais non impérative) à la juridiction qui fait paître une portion du troupeau de Jésus-Christ.

 

Ne se trouve-t-on pas dans une terrible alternative, qui confine au dilemme : sans mandat apostolique, un sacre épiscopal est soit schismatique soit invalide ? Schismatique si l’évêque revendique un pouvoir auto-attribué sur le Corps mystique ; invalide si en recevant le sacre il  refuse ce pouvoir qui est constitutif de l’épiscopat...

 
Voilà une question dont on ne sait comment sortir.

 

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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commentaires

Albert 24/11/2007 17:57

invalide si en recevant le sacre il  refuse ce pouvoir qui est constitutif de l’épiscopat...Oui, il me semble que c'était exactement la conclusion du Père de Blignières arpès les sacres de Mgr Lefebvre qui avait déclaré que ces sacres ne donnaient pas rang dans la hiérarchie de l'Eglise mais visaient simplement à conserver les sacrements (ou qq chose d'approchant...) il concluait en disant que ces évêques qui ne prétendaient pas succéder aux Apôtres n'étaient sans doute pas validement consacrés... C'est aller très loin dans le raisonnement mais c'est en tous cas logique ! Les Thucistes sont sans doute plus directement dans le schisme... enfin, ça dépend les quels...