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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 11:43

Le Vatican a récemment publié trois documents qui ont un rapport étroit avec la nuit profonde qui recouvre l’Église catholique, la sainte Église de Jésus-Christ, son Épouse immaculée hors de laquelle nul ne peut être sauvé.

 

Le 7 juillet dernier, Benoît XVI a publié un motu proprio énumérant en douze articles les cas et les conditions où le rite traditionnel de la sainte Messe peut être utilisé ; ce motu proprio est accompagné d’une lettre aux évêques. Peu de temps auparavant, le 29 juin, le même Benoît XVI a approuvé et confirmé un document émanant de la « Congrégation pour la doctrine de la Foi » visant à montrer que Vatican II n’a pas modifié la doctrine catholique.

 

Si nous voulons réagir selon la sainte volonté de Dieu, si donc nous voulons porter sur cet événement un regard de prudence surnaturelle, il nous faut d’abord examiner ces textes au regard de la foi catholique, car la prudence chrétienne est fondée sur la vertu théologale de foi qui lui assigne sa fin et constitue son critère décisif.

 

Malheureusement, ce regard de foi a souvent été absent dans les réactions qui se sont manifestées çà et là. De téméraires Te Deum n’ont que trop clairement manifesté qu’on cède à la funeste habitude de considérer l’Église comme une société humaine de même nature que toutes les autres, régie par les mêmes lois et principes. Une espèce de sociologie de l’Église obscurcit la foi théologale.

 

Si nous étions dans une famille, une entreprise ou une société politique en proie à l’anarchie ou à la débandade, on ne pourrait qu’applaudir à l’habileté, on pourrait se réjouir que les actes de Benoît XVI aillent « dans le bon sens » et qu’ils sont au maximum du possible, qu’ils augurent d’une suite encore plus favorable, qu’ils vont changer les rapports de force, qu’ils vont réveiller l’amour de la tradition chez le bon peuple chrétien… Peut-être (?).

 

Quand il s’agit de l’Église de Jésus-Christ, cela est impossible : si elle est aussi une société humaine, l’Église est d’abord le Corps mystique de Jésus-Christ, la société de la vérité intégrale, l’offrante du Sacrifice parfait, le fidèle ministre de la loi divine. En son sein, l’erreur ne peut trouver refuge, le simulacre n’a pas droit de cité, tout ce qui est inspiré par l’esprit de l’hérésie ou du schisme doit être rejeté sans appel. Agir autrement est incompatible avec sa mission, avec sa constitution, avec son autorité suprême qui est Jésus-Christ.

 

D’ailleurs, aucun des documents sus-mentionnés n’est nouveau : un peu de mémoire nous aidera au discernement et à la fidélité.

 

En l’an 2000 (le 6 août) la déclaration Dominus Jesus tentait déjà d’ajuster de force Vatican II au format de la doctrine traditionnelle sur l’Église. Cela a-t-il fait cesser l’œcuménisme et l’indifférentisme partout encouragés ? Cela a-t-il fermé la porte de certaine mosquée ?

 

En 1984 (le 3 octobre) la lettre Quattuor abhinc annos libéralisait l’usage du Missel traditionnel à des conditions analogues à celles du récent motu proprio (à part qu’on n’y parlait pas des messes privées). Cela a-t-il provoqué un raz-de-marée, un retour à la tradition ? Et pourtant, à l’époque, l’enthousiasme était grand, la crise allait cesser. Dom Gérard déclarait au journal Présent (25/26 février 1985) : « C’est une grande joie pour nous de constater que la Messe traditionnelle recouvre enfin son droit de cité dans l’Église. » Et le Père Joseph de Sainte-Marie (Présent du 7 mars 1985) : « Je m’en suis d’abord beaucoup réjoui, parce qu’elle est un premier pas. Il est de grande importance de savoir qu’elle est le fait de la volonté formelle du Saint-Père, une volonté qu’il a mis plusieurs années à réaliser. »

 

Vingt-trois ans plus tard, rien n’a changé, tout s’est aggravé. Et voilà que l’histoire recommence ; la même permission (plus large, il est vrai) est assortie des mêmes conditions : reconnaissance de la légitimité du nouvel ordo de Paul VI et acceptation de Vatican II.

 

Cette impression de déjà vu laisse un profond malaise et répand le scepticisme. Considérons cela au regard de la foi.

 

Le motu proprio « Summorum Pontificum » est une large autorisation du rite traditionnel (sauf pour les jeudi, vendredi et samedi saints, qui sont laissés en suspens dans l’article 2), mais une autorisation qui est d’abord une affirmation (et une affirmation à partager) de la priorité, de la pleine légitimité et de la pleine fidélité de la réforme liturgique issue de Vatican II.

 

– Légitimité, puisque, nous dit-on, Paul VI n’a rien fait d’autre que saint Grégoire, saint Pie V ou saint Pie X (préambule).

 

– Fidélité, puisque la lex credendi – la foi et la doctrine mises en œuvre – du nouvel ordo est celle même qui est exprimée dans et par le rite traditionnel (article 1).

 

– Priorité, puisque l’ordo de Paul VI est le rite ordinaire – celui qui est dans l’ordre – tandis que le rite antérieur n’est que la forme extraordinaire – qui est concédée en marge de l’ordre (article 1).

 

Et ainsi tout le combat qui a été mené depuis quarante ans avec courage et souvent persécution par les défenseurs de la messe traditionnelle est renvoyé dans le néant : ils refusaient la révolution liturgique au nom de la foi catholique… il faut maintenant tenir qu’il n’y a et qu’il n’y avait ni révolution ni déviation dans la foi.

 

Comprenons ! La désacralisation massive de la liturgie n’entame pas la foi ; la dénaturation de l’Offertoire n’a rien à voir avec la foi ; la modification des paroles de la consécration en vue d’en faire un « récit de l’institution », la suppression de l’incise mysterium fidei, l’acceptation de toutes les traductions qui ont transformé le pro multis en « pour tous », cela est sans incidence sur la foi ; la définition hérétique de la Messe qui a présidé à la promulgation du nouvel ordo, cela n’est pas contraire à la foi. Puisqu’on vous le dit. Pourquoi donc, alors, Jean-Paul II avait-t-il équivalemment déclaré la réforme liturgique rendue nécessaire par un changement de doctrine. Car c’est bien cela qu’il signifie au fond dans la Lettre apostolique Sacrosanctum du 4 décembre 1988 : « Liée au renouveau biblique, au mouvement œcuménique, à l’élan missionnaire, à la recherche ecclésiologique, la réforme liturgique devait contribuer à la rénovation globale de l’Église ». À nouvelle doctrine de l’Église, à nouvelle conception de la nature humaine, nouvelle liturgie. Logique.

 

Et on ajoute au passage (article 1 § 2) que le rite antérieur n’a jamais été abrogé. Quos vult perdere Jupiter dementat. S’il n’a jamais été abrogé, alors en accorder la permission n’a aucun sens, surtout lorsqu’il s’agit d’une permission restreinte, d’une permission suspendue à l’acceptation de principe de ce qui le détruit – l’ordo adapté au monde qui évolue !

 

S’il n’a jamais été abrogé, comment faut-il entendre la parole de Paul VI : « C’est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques, de célébrer, dans la dignité et la ferveur, la liturgie rénovée. L’adoption du nouvel Ordo Missæ n’est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles. L’instruction du 14 juin 1971 a prévu la célébration de la messe selon l’ancien rite, avec l’autorisation de l’Ordinaire, uniquement pour des prêtres âgés ou malades, qui offrent le sacrifice divin sine populo. Le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du Concile Vatican II. Ce n’est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du Concile de Trente. Avec la même autorité suprême qui nous vient du Christ Jésus, nous exigeons la même disponibilité à toutes les autres réformes liturgiques, disciplinaires, pastorales, mûries ces dernières années en application des décrets conciliaires. Aucune initiative qui vise à s’y opposer ne peut s’arroger la prérogative de rendre un service à l’Église : en réalité, elle lui cause un grave dommage. »

 

Quoi qu’il en soit par ailleurs de l’imbroglio juridique, l’intention de Paul VI ne fait aucun doute : on la nie sans vergogne.

 

Les points ci-dessus relevés – légitimité, fidélité, priorité – ne sont pas fruits d’un choix arbitraire, effectué ici pour les besoins de la cause : ce sont eux qui sont repris et présentés dans la lettre aux évêques qui accompagne le motu proprio. Cette lettre, de toute évidence, est destinée à apaiser ses destinataires en disant que le but du motu proprio est la réconciliation : une unité sur la base de Vatican II et de la reconnaissance de la légitimité du nouveau rite. Après cela, on peut faire droit aux préférences pour les rites anciens.

 

Il est cependant un point fondamental, aux conséquences pratiques très graves et omniprésentes, que ni le motu proprio ni la lettre n’abordent, et qu’il faut pourtant bien prendre en compte : la validité des sacres et des ordinations accomplis selon le rite réformé par Paul VI en juin 1968. La contamination protestante qu’on déplore dans la réforme de l’ordo missæ s’y trouve déjà, faisant peser des doutes (et davantage) sur la validité des ordres – et donc sur celle des actes sacramentels qui en dépendent comme la Messe. Est-elle vraiment « rétablie » cette Messe, si elle est célébrée par des non-prêtres ?

 

Puisque la reconnaissance de la valeur ecclésiale et magistérielle de Vatican II est une condition nécessaire – et logique – de l’octroi des faveurs accordées par le motu proprio, il faut persuader les candidats de l’homogénéité entre Vatican II et l’enseignement du Magistère antérieur. Montrer cette compatibilité, cette continuité, c’est tout l’objet du troisième document publié par le Vatican.

 

En cinq questions, le document examine quel peuvent être le sens et la portée de l’expression « subsistit in » qui a été substituée au « est » de la tradition catholique depuis saint Paul. Là où la foi divine nous dit : l’Église de Jésus-Christ est l’Église catholique, Vatican II glisse : « l’Église de Jésus Christ subsiste dans l’Église catholique comme société constituée et organisée… » (Lumen gentium I, 8). On voit que cette nouveauté d’expression n’exclut pas que l’Église du Christ puisse subsister ailleurs sous une forme moins organisée, ou même sans organisation particulière. On est donc passé de l’affirmation d’une identité à celle d’une inclusion, ce qui est une notable régression dans la signification, ce qui a une réelle valeur de négation dans la foi.

 

Eh bien, le document du 29 juin explique tranquillement que la nouvelle formulation est plus profonde et plus adéquate, et qu’elle a pour but d’affirmer que les communautés schismatiques sont quelque chose de l’Église, qu’elles sont non pas en dehors de l’Église et séparée d’elle, mais seulement en communion imparfaite avec l’Église.

 

Plus profonde que saint Paul ? Plus adéquate que Pie XII ? Rien ne les arrête, à Rome ! Le vice de cette nouvelle conception, c’est qu’on transfère à des communautés séparées (inventions du diable) ce que le Saint-Esprit opère dans le secret des âmes, œuvre pour laquelle la communauté schismatique, en tant que telle, est un exécrable obstacle.

 

Je renvoie à l’article intitulé Quelques points de repère, écrit en prévision de ce qui arrive aujourd’hui. Nous en reparlerons.

 

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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