Samedi 21 avril 2007 6 21 /04 /2007 21:38
Voici un petit dossier traitant des visions, révélations et prophéties qui ont surgi tout au long de la vie de l’Église : comment discerner leur authenticité, quel crédit leur accorder, quelle autorité leur reconnaître ?

En soi, le sujet n’est pas primordial : la Révélation publique est close à la mort du dernier Apôtre ; cette Révélation seule est objet de la foi et nécessaire au salut éternel ; cette Révélation seule est transmise, garantie, expliquée et appliquée par le Magistère de l’Église, sans qu’il soit besoin d’une quelconque confirmation extraordinaire. Elle suffit pour vivre, demeurer fidèle, se sanctifier et aller au Ciel.

Le sujet n’est pas primordial, mais en fait il peut revêtir une grande importance : car l’amour-propre trouve partout son aliment et l’imagination profite de toute occasion pour supplanter l’intelligence ; devant des phénomènes de cet ordre, on navigue facilement entre la crédulité et le mépris, entre l’avidité de l’extraordinaire et le rejet de ce qui dérange.

En temps de crise et de confusion, lorsque le Magistère de l’Église ne s’exerce plus pour nous guider, lorsque l’ignorance de la doctrine entretient le désordre spirituel, un juste discernement est plus que jamais indispensable, la prudence surnaturelle trouve un surcroît de nécessité.

Pour expliquer la situation invraisemblable en laquelle vit la sainte Église de Dieu, pour échapper aux exigences de la foi, pour éviter les peines d’une fidélité qui demande beaucoup de renoncement, la tentation peut être grande de se réfugier dans de pieuses imaginations sans fondement sérieux, de croire sans discernement des fables nullement avérées ; pis encore et d’une façon très malsaine, la tentation peut être grande de se repaître de récits d’exorcismes en oubliant que le diable est menteur depuis le commencement.

Le démon est un pur esprit, l’'homme s’aveugle facilement pour croire ce qui lui plaît, l’œuvre divine dépasse notre intelligence : autant de facteurs qui font qu’on tombe facilement dans l’erreur et l’illusion. Pour nous garder de celle-ci, il faut saintement exercer la vertu de prudence, cultiver celle d’humilité et étudier la doctrine catholique.

Voilà pourquoi le présent dossier, associant l’exemple des saints, les leçons de l’histoire, et l’enseignement des docteurs, peut servir à éclairer et à affermir les âmes. Et l’on ne sera pas pour autant à l’abri à coup sûr.

Car, hormis le cas des saintes Écritures divinement garanties en chacun de leur verset, les prophètes peuvent mélanger leur propre production à l’inspiration divine, les voyants peuvent voir d’abord puis se tromper ou affabuler, les saints peuvent défaillir ou être trompés, les âmes privilégiées de Dieu peuvent abuser de leur mission ou la prolonger abusivement.

Le prophète Nathan, vrai prophète de Dieu, n’a-t-il pas, un jour qu'’il s’imaginait inspiré comme d’habitude, indûment poussé David à bâtir un temple pour la gloire de Dieu ? Dieu lui-même qui lui apparut pour l’en reprendre, en lui disant qu'’il n'’avait rien demandé et que c’est au fils de David (Salomon) qu’il confierait cette tâche [II Reg. VII, 1-17].

Voici donc ce dossier qui contient quatre documents :

– le livre
Un mot sur les visions, révélations, prophéties du Père Pouplard s. j.

– l’histoire de la Sœur Marie de la Visitation de Lisbonne sous le titre
Faveur divine, attrape-nigaud ou prestige diabolique ?

– un article du R. P. Calmel, o. p. :
Brumes du révélationisme et lumière de la foi .

– un petit
recueil de quelques décisions de l’Église.

Que le Bon Dieu bénisse votre lecture et que la sainte Vierge Marie vous garde dans la voie de la vérité et de la sanctification.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Dossiers Saint-Bernard
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Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /2007 18:03
La densité des mensonges qui courent sur les ondes ou dans les follicules augmente à mesure que les échéances (du verbe choir !) électorales s’approchent. Ces mensonges sont des faux bilans et des fausses promesses, des camouflages et des artifices ; mais ils sont, d’abord et plus profondément, des mensonges sur le sens de la vie humaine, sur notre raison d’être, sur la nature de la vie politique. Car toute la vie politique de la démocratie moderne est d’abord une conspiration contre la gloire de Dieu, contre le salut éternel des « citoyens », contre la loi naturelle.

Ne nous lassons donc pas de faire « campagne électorale » en répétant ce qu'’enseignait la sagesse surnaturelle et paternelle de Pie XII :
« C’est en vain qu’on s’efforce d’enrayer le déclin de la civilisation si on ne ramène pas à la foi de l’Évangile la famille, principe et fondement de la société. Nous tenons à le déclarer : la récitation du Rosaire en famille est un des moyens les plus efficaces pour réaliser une entreprise si difficile. » [Pie XII,
Ingruentium malorum, 19 septembre 1951].
Lui donnerons-nous 500 signatures ?

Dans le même esprit, Louis Veuillot écrivait le 29 janvier 1843 à Théophile Foisset :
« La société ne deviendra pas chrétienne par les institutions, mais par la loi de Dieu, et s’étant convertie, elle refera des institutions chrétiennes. Notre rôle est la patience ; nous travaillons pour nos enfants, nous leur laisserons un bel héritage. Quant à nous, partis les premiers de la servitude égyptienne, nous ne verrons que des yeux la terre promise ; nourris de manne et sans cesse combattus, nous aurons des jours laborieux, nous heurterons nos frères. Qu’importe ! nous n’attendons plus le Messie ; il nous attend. »

La doctrine politique de l’'Église catholique (qu’on appelle encore sa doctrine sociale) ne comporte rien sur le mode de désignation de celui qui est investi de l’'autorité politique sur la cité ; elle parle de l’origine de cette autorité – qui est Dieu – et de la nature de cette autorité, qui est d’être entièrement ordonnée au bien commun de la cité. La doctrine catholique parle aussi de la nature du bien commun, qui est un bien essentiellement moral [c’est-à-dire qui relève de la volonté et de la responsabilité des hommes – lesquels doivent se conformer à la nature des choses] et qui comporte au premier chef  la possession commune et paisible de la vraie religion.

Si la doctrine de l’'Église ne contient rien sur le mode de désignation du titulaire du pouvoir politique, c’est parce que tous les gouvernements (légitimes), quelle que soit leur « forme », ont la même nature et doivent posséder la même doctrine politique ; le mode de désignation demeure accidentel, et n’est donc pas déterminé en doctrine. Cela ne veut pas dire qu’il soit sans importance ; suivant les traditions, les mentalités, les circonstances, le mode de désignation peut avoir une grande portée concrète.

Témoin ce discours de Pie IX, du 5 mai 1874 :
« Je bénis tous ceux qui coopèrent à la résurrection de la France. Je les bénis dans le but (laissez-moi vous le dire) de les voir s’occuper d’une œuvre bien difficile mais bien nécessaire, celle qui consiste à faire disparaître ou à diminuer une plaie horrible qui afflige la société contemporaine, et qu’on appelle le suffrage universel. Remettre la décision des questions les plus graves aux foules, nécessairement inintelligentes et passionnées, n’est-ce pas se livrer au hasard et courir volontairement à l’abîme? Oui, le suffrage universel mériterait plutôt le nom de folie universelle ; et quand les sociétés secrètes s’en emparent, comme il arrive trop souvent, celui de mensonge universel. »
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Quicumque
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Jeudi 1 mars 2007 4 01 /03 /2007 17:03
Qui nous dira la grandeur de saint Joseph ? Je veux dire les grandeurs de cet homme si saint qu’il a tenu la place du Père éternel auprès du Fils de Dieu ; si saint qu’il a reçu mission de protéger et de faire resplendir le trésor des trésors de Dieu, le chef-d'œuvre de sa création, la plénitude de sa grâce : la très sainte Vierge Marie ; si saint qu’il exerce un patronage très puissant sur l’'Épouse mystique de Jésus-Christ, l’Église catholique – celle qui est ici-bas romaine et militante, celle qui attend nos prières assidues et nos sacrifices généreux.

Car c’est bien à cela que nous appelle saint Joseph ; il veut nous sortir de cet égoïsme par lequel nous faisons tourner notre vie autour de nous ; il veut que nous donnions notre cœur à la prière, notre intelligence à la doctrine, notre volonté à la pureté d’'intention, notre corps au service de Dieu : tout cela pour l’Église qu’il parraine, pour que la splendeur de l’Église catholique, de sa foi et de ses sacrements, soit manifestée aux hommes – pour la gloire de Dieu et le salut de tant de malheureux déboussolés, englués dans l’esprit du monde, enchaînés par l’habitude du péché et la malice des démons. Saint Joseph si grand, si bon, venez à notre secours !

Pour éclairer et soutenir notre dévotion à saint Joseph, voici le texte de l’encyclique de Léon XIII
Quamquam pluries du 15 août 1889, suivie du texte latin de la « prière à saint Joseph » composée à cette occasion.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Sainte Vierge Marie
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Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /2007 10:47
Le diable existe, et il est légion [Marc. V, 9] : Lucifer et les anges qui l’ont suivi dans sa révolte d’orgueil forment une foule très nombreuse, évaluée au tiers des anges par l’'application de cette parole de l’'Apocalypse [XII, 3-4] : « Un grand dragon roux, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses sept têtes sept diadèmes. Or sa queue entraînait le tiers des étoiles, et elle les jeta à terre. »

Lucifer et ses séides forment une « communauté » aux curieuses caractéristiques :

– leur lieu est commun : l’'Enfer éternel, gouffre de souffrances qu’'ils ressentent diversement selon la mesure de leur culpabilité. Par nature, les anges sont de purs esprits et donc n’'habitent pas en un lieu ; mais par châtiment, les démons sont enchaînés à des flammes matérielles qui ont la vertu d’'atteindre les esprits ;

– leur unité, leur ciment, est la haine : les démons sont habités (et torturés) par la haine de Dieu, la révolte contre toute son œuvre, la rage contre tout ce qui le glorifie ;

– cette haine leur fait mener une lutte sans merci en vue de la damnation éternelle des âmes rachetées par le Sang de Notre-Seigneur : cela en fait une armée organisée, sans cesse active, dont la puissance est limitée : d’abord par la nature des choses qui fait que les démons n’'ont aucun pouvoir direct sur les facultés spirituelles de l’'homme (intelligence et volonté) ; ensuite par la puissance divine qui laisse très peu de marge de manœuvre à ces créatures infernales, dans la seule mesure où cela concourt à la gloire de Dieu ;

– si la haine commune et l’'objectif commun donnent à cette armée un semblant d'unité, si la disparité des natures angéliques qui demeure dans la déchéance produit un semblant de hiérarchie, cependant le monde diabolique est un monde à l’'intérieur duquel règnent la haine, l’aversion, la division : c’'est le « royaume divisé contre lui-même qui court à sa perte » [Matth. XII, 25].

Le diable est « menteur et le père du mensonge » [Jo. VIII, 44]. Une des vérités qu’il combat avec le plus de soin est la vérité qui le concerne : son existence, sa déchéance, sa puissance ou son influence. Il ment, non seulement parce que cette vérité n’est pas glorieuse pour lui, mais aussi parce qu’il manœœuvre facilement ceux qui se trompent à son sujet.

Lucifer essaie tout d'’abord de faire oublier son existence, de la faire nier. De cette négation il engrange un triple bénéfice (
maléfice, faudrait-il dire) : défaillance dans la foi catholique, qui sépare les hommes de Jésus-Christ ; abolition de toute défense qu’on pourrait opposer à son action ; oubli des bons Anges sans lesquels nous demeurons désarmés face à la puissance démoniaque.

Si l’'on reconnaît son existence, Lucifer essaie de majorer son influence : il décourage ainsi les âmes, il les jette dans un effroi paralysant, il se fait rendre hommage puisqu’on lui prête souvent une puissance qui s’apparente à celle de Dieu.

Enfin, Lucifer jette la confusion : il tente d’attirer l’attention sur ses manifestations spectaculaires mais extérieures (possessions, sorcellerie, prodiges) pour qu’on oublie sa véritable nocivité, intérieure, permanente, cachée, sachant si bien se mouler sur la nature déchue et ses failles qu’elle en devient insensible : je veux parler de la tentation, œuvre diabolique omniprésente et de loin, mais de loin ! la plus dangereuse et la plus tristement victorieuse.

Pour remettre en bonne place quelques idées sur cette doctrine, je recopie ci-dessous une question de la
Somme théologique de saint Thomas d'’Aquin : c’est comme à l’'accoutumée, vérité, lumière, et force.


Somme théologique – Ia IIæ – question LXXX : Le rôle du diable dans le péché des hommes

Article 1. Le diable est-il directement cause du péché ?

Trois arguments donnent à penser que la réponse est affirmative.
1. Le péché consiste directement dans une affection. Or saint Augustin nous dit : « Le diable inspire à ses alliés ses affections mauvaises. » Saint Bède de même : « Le diable attire l’âme à aimer le mal. » Et aussi saint Isidore : « Le diable remplit le cœur de l’'homme de désirs cachés. » Donc le diable est directement cause du péché.
2. Pour saint Jérôme, de même que Dieu accomplit le bien, de même le diable accomplit le mal. Mais Dieu est directement la cause de notre bien. Le diable est donc directement cause de notre mal.
3. Aristote, dans un chapitre de la
Morale à Eudème, prétend qu'’il faut à la délibération humaine un principe extrinsèque. Or l’'homme délibère non seulement sur le bien mais aussi sur le mal. Donc, de même que Dieu pousse aux bonnes résolutions et, par là, est la cause directe du bien, de même le diable pousse l’'homme aux mauvaises actions et, par conséquent, il est directement la cause du péché.

Il y a contre cela que saint Augustin affirme que « l’esprit de l’'homme ne devient esclave de la concupiscence que par sa propre volonté ». Or l'’homme ne devient esclave de la concupiscence que par le péché. Donc la cause de celui-ci ne peut être le diable, mais seulement la volonté de l’'homme.

Voici ma réponse. Le péché est un acte. On peut donc être cause directe du péché comme on est cause directe d’un acte, ce qui n’arrive que si l'’on met en mouvement le principe propre de l’acte. Puisque tout péché est volontaire, le principe propre de l’acte du péché, c’est la volonté. Rien par conséquent ne peut être directement cause du péché, si ce n'’est ce qui peut pousser la volonté à l’action. Or la volonté, nous l’avons dit, peut être mue par deux causes : d’une part l’objet, et en ce sens on dit qu’une chose désirable et saisie comme telle meut l’appétit ; et, d’autre part, ce qui du dedans incline la volonté à vouloir. Et ce ne peut être, nous l’avons montré, que la volonté elle-même ou bien Dieu. Mais Dieu ne peut pas être cause du péché, nous l’avons dit : il reste que, de ce côté, la volonté de l’homme est la seule cause directe de son péché.

Du côté de lobjet, la cause capable de mouvoir la volonté peut s’entendre de trois façons :
– 1°/ de l’objet proposé lui-même ; en ce sens, nous disons qu’un mets donne envie de manger ;
– 2°/ de celui qui propose ou offre un objet de cette sorte ;
– 3°/ de celui qui persuade que l’objet proposé a raison de bien, car celui-là, en un sens, offre à la volonté son objet propre qui est le bien tel que le voit la raison, vrai ou apparent.

Ainsi donc, selon le premier mode, les réalités sensibles telles qu’elles se présentent extérieurement portent la volonté de l’homme à pécher. Mais, selon le deuxième et le troisième modes, le diable et même l’homme ont le pouvoir d’inciter à pécher, soit en offrant à la sensation quelque chose de désirable, soit en persuadant la raison. Néanmoins, selon aucun de ces trois modes il ne peut y avoir une cause directe de péché, parce que la volonté n’est mue nécessairement par aucun objet autre que la fin ultime, nous l’avons dit plus haut ; par conséquent, ni la réalité offerte extérieurement, ni celui qui la propose, ni celui qui persuade ne sont une cause suffisante du péché. Il s’ensuit donc que le diable n’est pas cause du péché d’une manière directe ou suffisante, mais uniquement à la façon de quelqu’un qui persuade, ou à la façon de quelqu’un qui propose une chose désirable.

Réponse au premier argument présenté. Il faut rapporter toutes ces autorités, et les autres qu’on pourrait trouver, à ce fait que le diable par ses suggestions ou par la présentation d’objets désirables, induit à l’'amour du péché.
Réponse au second argument présenté. Le rapprochement est à retenir en ce que le diable est d’une certaine façon cause de nos péchés, comme Dieu est d’'une certaine façon cause de nos bonnes actions. Il n’y a pourtant rien semblable quant à la manière d’être cause, car Dieu cause le bien en mouvant intérieurement la volonté, ce qu’on ne peut attribuer au diable.
Réponse au troisième argument présenté. Dieu est le principe universel de tous les mouvements intérieurs de l’'homme ; mais que la volonté humaine se détermine à un mauvais dessein, cela vient directement de cette volonté même, et du diable par mode de persuasion ou de proposition.

Article 2. Le diable induit-il à pécher par suggestion intérieure ?

Trois arguments donnent à penser que la réponse est négative.
1. Les mouvements intérieurs de l’âme sont des activités vitales ; or les activités vitales, même celles de la vie végétative qui sont les plus élémentaires, ne peuvent jamais venir que d’un principe intrinsèque. Donc le diable n’a pas le pouvoir de s’'insinuer dans les mouvements intérieurs de l’homme pour l'inciter au mal.
2. Tous ces mouvements intérieurs, si l’on suit l’ordre de la nature, ont leur origine dans les sens extérieurs. Or il n’appartient qu’à Dieu de faire quelque chose en dehors de l’ordre de la nature, on l’a dit dans la première partie de la Somme. Donc le diable ne peut rien faire dans les mouvements intérieurs de l’'homme, si ce n’est par le moyen de ce qui frappe les sens extérieurs.
3. Les actes intérieurs de l'âme sont l’acte de comprendre et celui d’imaginer. Or sur aucun des deux le diable ne peut rien. Car, on l’a établi dans la première partie de la
Somme, le diable ne peut rien imprimer dans l’intelligence humaine. Même sur l’imagination il semble bien qu’il ne peut rien non plus, car les formes qui s’impriment dans l’imagination sont d’ordre plus élevé, étant plus spirituelles, que celles qui sont dans la matière sensible et sur lesquelles pourtant le diable ne peut rien, comme nous l’avons vu dans la première partie de la Somme. Le diable ne peut donc pas utiliser les mouvements intérieurs de l’homme pour l’induire à pécher.

Il y a contre cela que le diable ne pourrait alors tenter l’homme qu’à condition d'apparaître visiblement, ce qui est évidemment faux.

Voici ma réponse. L’âme en son intimité est intellectuelle et sensible. Intellectuelle, elle contient l’intelligence et la volonté. Pour ce qui est de la volonté, nous venons de dire comment le diable se comporte envers elle. Quant à l’intelligence, elle est mise en mouvement par ce qui lui apporte de la lumière pour la connaissance de la vérité. Or ce n’est pas cela que le diable cherche à faire chez l’homme ; il cherche plutôt à obscurcir sa raison pour le faire consentir au péché. Et comme cet obscurcissement provient de l’imagination et de l’appétit sensible, il semble que toute l’action intérieure du diable concerne ces deux facultés. C’est en les agitant l’une et l’autre qu’il peut induire au péché, car il peut faire que des formes imaginaires se présentent à l’imagination. Il peut faire également que l’appétit sensible soit excité à quelque passion.

Nous avons dit en effet dans la première partie de la
Somme que le monde des corps obéit naturellement à celui des esprits pour ce qui est mouvement local. Par conséquent le diable a le pouvoir de causer dans ce monde inférieur tout ce qui peut provenir du mouvement local, à moins d’être retenu par la puissance divine. Or le fait que des formes se présentent à l'imagination est parfois la suite d’un mouvement local. Aristote dit, au livre sur le Sommeil et la Veille, que « lorsqu’un animal est endormi, si le sang afflue en abondance aux organes sensoriels, y affluent en même temps les mouvements », c’est-à-dire les empreintes laissées par les objets extérieurs et conservées dans les images sensibles ; et ces empreintes agissent sur le principe de connaissance, en lui apparaissant comme si le principe sensible était modifié alors par la présence des réalités extérieures. Il y a donc là un mouvement local, simple déplacement d’humeurs ou d’esprits animaux, qui peut être provoqué par les démons chez l'homme soit endormi soit éveillé, et qui influe sur son imagination.

Pareillement, l’appétit sensible est excité à des passions par des mouvements déterminés du cœur et des esprits animaux. Aussi le diable peut-il également coopérer à cela. Et du fait que des passions sont ainsi excitées dans l’appétit sensible, il s’ensuit que l’imagination perçoit plus vivement l’impression sensible ramenée en elle de la manière que nous avons dite, pour cette raison notée par Aristote dans le même livre : « Ceux qui aiment sont portés à retrouver dans la moindre ressemblance l’image de ce qu’ils aiment. » Il arrive en outre, la passion étant ainsi excitée, que ce qui s’offre à l’'imagination, on juge devoir le poursuivre, parce que celui qui est pris par une passion trouve bon tout ce qui est dans le sens de sa passion. Et voilà de quelle façon le diable induit intérieurement à pécher.

Réponse au premier argument présenté. Les activités vitales viennent toujours d’un principe intrinsèque ; cependant un principe actif extérieur peut y concourir aussi. C’est ainsi que, même pour les activités de la vie végétative, la chaleur ambiante apporte son concours en facilitant la digestion des aliments.
Réponse au second argument présenté. Cette apparition de formes dans l’imagination ne se fait pas tout à fait en dehors de l’ordre de la nature, ni non plus au seul commandement de la volonté ; mais elle se fait, avons-nous dit, par l’intermédiaire du mouvement local.
Réponse au troisième argument présenté. C’est ce qui permet de répondre à la troisième objection, car ces formes tirent leur origine de la sensation.

Article 3. Le diable peut-il mettre dans la nécessité de pécher ?

Trois arguments donnent à penser que la réponse est affirmative.
1. Il a ce pouvoir sur l’homme, comme une puissance plus grande sur une plus petite. Au livre de Job (XLI, 25) il est écrit du diable : « Il n’y a pas une puissance sur terre qui puisse lui être comparée. » L’homme qui est terrestre peut donc être mis par le diable dans la nécessité de faire le mal.
2. La raison humaine ne peut être mue que par ce qui est d’abord proposé aux sens extérieurs, puis représenté à l'imagination, car toute notre connaissance vient des sens et nous ne saurions penser sans image, d’après Aristote. Or le diable peut mouvoir l’imagination, nous l’avons dit. Il peut aussi mouvoir les sens extérieurs puisque saint Augustin assure que « ce mal qui vient du diable se glisse par l’ouverture de toutes les sensations, se communique à la figure des choses, s’allie aux couleurs, se colle aux sons, s’infuse dans les saveurs ». Par tous ces moyens il n’est pas douteux que le diable puisse nécessiter la raison humaine à pécher.
3. Selon saint Augustin « il y a péché quand la chair convoite contre l’esprit ». Or le diable peut causer la convoitise charnelle, comme il peut causer les autres passions, de la manière que nous avons décrite. Il peut donc contraindre l’'homme à pécher.

Il y a contre cela que saint Pierre dit (I Pet. V, 8) : « Votre ennemi le diable, pareil à un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi. » Un pareil avertissement serait inutile si l’homme devait nécessairement succomber. Donc le diable ne met pas l'’homme dans la nécessité de pécher.

Voici ma réponse. Le diable, par sa propre puissance, peut, si Dieu ne l’arrête, amener nécessairement quelqu’un à faire des actes qui sont matériellement des péchés, mais il ne peut pas lui imposer la nécessité de pécher. C’'est évident du fait qu’à un motif de pécher l’'homme ne résiste que par la raison. Le diable peut arrêter complètement l’'usage de la raison en troublant l’imagination et l’appétit sensible, comme cela se voit chez les possédés. Mais alors, quoi que l’homme puisse faire, si sa raison est liée de la sorte, l'acte ne lui est pas imputé à péché. Si au contraire la raison n’est pas complètement liée, elle peut, par ce qu’elle a de libre, résister au péché, comme il a été dit plus haut. Ainsi est-il clair que le diable ne peut aucunement nécessiter l’'homme à pécher.

Réponse au premier argument présenté. Ce n’est pas n’importe quelle puissance supérieure à l’homme qui peut mouvoir la volonté, mais uniquement Dieu, nous l’avons vu.
Réponse au second argument présenté. Ce qui est appréhendé par le sens ou l'imagination ne meut pas la volonté de façon nécessitante, si l’homme a l’usage de sa raison, et cet usage n'est pas toujours lié par ces sortes d’appréhensions sensibles.
Réponse au troisième argument présenté. La convoitise de la chair contre l’esprit, quand la raison y oppose une résistance actuelle, n’est pas péché, mais matière à exercer la vertu. D’autre part, que la raison ne lui résiste pas, ce n’'est pas au pouvoir du diable. C'’est pourquoi celui-ci ne peut mettre personne dans la nécessité de pécher.

Article 4. Tous les péchés proviennent-ils de la suggestion du diable ?

Trois arguments donnent à penser que la réponse est affirmative.
1. Saint Denys affirme : « La multitude des démons est la cause de tous les maux, pour eux-mêmes et pour les autres. »
2. Celui qui pèche mortellement devient l’esclave du diable, comme il est dit en saint Jean (VIII, 34) : « Celui qui commet le péché devient esclave du péché. » Mais selon saint Pierre (II Pet. II, 19) : « On est esclave de ce qui vous domine. » Commettre le péché, c’est donc être dominé par le diable.
3. Si la faute du diable est irréparable, c’est parce que, dit saint Grégoire, il est tombé de lui-même et sans que personne lui ait suggéré de pécher. Donc, si des hommes péchaient en pleine liberté et sans que personne le leur suggère, leur péché serait irrémédiable ; ce qui est évidemment faux. Tous les péchés des hommes se font donc à la suggestion du diable.

Il y a contre cela qu’il est dit au livre des Croyances ecclésiastiques : « Ce n’est pas toujours le diable qui éveille en nous les mauvaises pensées ; elles surgissent quelquefois par le mouvement de notre libre arbitre. »

Voici ma réponse. Occasionnellement et indirectement, le diable est la cause de tous nos péchés, puisque c’est lui qui a induit le premier homme à pécher et qu’à la suite de son péché la nature humaine a été tellement viciée que nous sommes tous maintenant enclins au mal ; comme si l’on disait que, si le bois brûle, c’est à cause de celui qui l’a fait sécher, puisque c’est une fois sec qu’'il s’enflamme facilement.

Mais, directement, le diable n’'est pas la cause de toutes les fautes des hommes, au point de nous faire consentir à chacun de nos péchés. Origène le prouve par le fait que, même si le diable n’existait pas, les hommes auraient l’appétit de la nourriture, des plaisirs charnels, etc. ; appétit qui pourrait être désordonné sans la régulation de la raison, ce qui est au pouvoir du libre arbitre.

Réponse au premier argument présenté. La multitude des démons est en effet la cause de tous nos maux dans leur première origine, comme nous venons de le dire.
Réponse au second argument présenté. On ne devient pas l’esclave de quelqu'un seulement quand on est dominé par lui mais encore lorsqu’on se soumet volontairement à lui. Et c’est ainsi que celui qui pèche de son propre mouvement devient l’esclave du diable.
Réponse au troisième argument présenté. Le péché du diable a été irrémédiable parce qu’il l’a commis sans que personne le lui eût suggéré et sans avoir un penchant au mal causé par une suggestion antérieure. On ne peut en dire autant d'aucun péché de l’homme.
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Théologie
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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /2007 11:07
On ne se lasse pas de lire la vie de Gabriel García Moreno, d’admirer tant de foi et tant de force réunies en un homme pour l’accomplissement d’'une œuvre gigantesque, d’appeler de ses prières et de ses désirs que le Bon Dieu en accorde un à notre temps.

Notre siècle est un temps de gens pressés et velléitaires. Aussi les prières sont bien faibles, les désirs inefficaces, l’admiration lointaine. Et l’on ne prend plus le temps de lire la biographie des saints et des héros qui pourraient nous soulever au-dessus de nous-mêmes et nous faire entreprendre pour le Bon Dieu des travaux qui coûtent.

Pour s’adapter à une telle misère – dont tous, sans exception, nous sommes atteints –, pour mettre l’eau en bouche, pour réveiller la torpeur, voici donc une
brève biographie de García Moreno (32 pages A4) qui ôte tout prétexte pour se dispenser de prendre connaissance d’une des plus grandes gloires de la politique chrétienne.

Car, soit dit en passant, la politique chrétienne existe : elle fait régner Jésus-Christ, elle aide puissamment au salut éternel des âmes et, par surcroît, elle procure paix et prospérité.

Bien évidemment, vous resterez sur votre faim, tant la biographie ici proposée est brève. Aussi je vous rappelle que vous pouvez lire ou télécharger le Vie de García Moreno par le Père Berthe, en deux formats :

1. Format A4
feuille à feuille (216 pages).

2. Format A4 en 11 cahiers de 20 pages (qu’il faut donc imprimer sur papier A3, en « paysage » et en recto verso) :
Cahiers 1 à 4 ;
Cahiers 5 à 7 ;
Cahiers 8 et 9 ;
Cahiers 10 et 11.

Sainte lecture !

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Biographie
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