Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /2008 09:42

Il est impossible de laisser finir l’année qui a marqué le cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII sans rendre hommage à ce Pape qui nous manque tant aujourd’hui. Pour ce faire, j’emprunte – avec le consentement de son auteur – un in memoriam publié par la valeureuse revue des familles catholiques La Cigale de Saint-François dans son numéro du mois d’octobre dernier (n. 14). La chronique mensuelle de l’Oncle Armand évoque le pontificat suprême d’Eugenio Pacelli.

 

C’est à un anniversaire très spécial que je veux m’arrêter ce mois-ci avec vous, bien chers neveux et nièces que le Bon Dieu – qu’il soit loué en toutes choses – fait vivre en des temps bien difficiles. Je veux parler de l’anniversaire de la mort du Pape Pie XII.


Il y a en effet tout juste cinquante ans, le 9 octobre, s’est éteint à la vie terrestre le souverain Pontife qui aura marqué tous ceux qui ont eu la grâce de vivre sous son règne qui a duré presque vingt ans (mars 1939-octobre 1958).


Comment vous faire sentir l’émotion qui a saisi à ce moment-là tous ceux qui s’intéressaient de près à la sainte doctrine catholique et qui s’inquiétaient de la puissance grandissante des courants d’erreurs qui rongent la foi dans l’ombre ? Non seulement un grand pape nous était ôté, mais sans aucun doute une époque finissait. L’horizon était bien sombre, et la suite des événements nous en a donné une tragique confirmation.


Mais, plutôt que de s’interroger sur les contrastes parfois déroutants d’un grand pontificat, plutôt que de gémir sur les ténèbres qui ont si rapidement obscurci le ciel de l’Église après la mort de Pie XII, je veux juste évoquer avec vous quelques grands actes qui font de son pontificat un grand moment de l’histoire de l’Église.


En première place, bien sûr, il y a la définition du dogme de l’Assomption de la sainte Vierge Marie. C’était le premier novembre 1950 (Munificentissimus Deus) :

« C'est pourquoi, après avoir adressé à Dieu d'incessantes et suppliantes prières, et invoqué les lumières de l'Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant, qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie, pour l'honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur de la mort et du péché, pour accroître la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l'exultation de l'Église tout entière, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. »


Le Pape atteste solennellement et infailliblement que l’Assomption de Notre-Dame – à laquelle la sainte Église catholique a toujours cru – est une vérité révélée par Dieu, et qu’en conséquence il est nécessaire de la croire comme telle, sous peine de faire naufrage dans la foi.


Nombreux ont été les actes accomplis par Pie XII pour glorifier la sainte Vierge Mère de Dieu : il a consacré le monde au Cœur immaculé de Marie (1942), il a proclamé une année mariale pour le centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception (encyclique Fulgens corona, 1953), il a institué la fête de Marie Reine (encyclique Ad Cæli Reginam, 1954), parce qu’il a encouragé et béni la célébration du centième anniversaire des apparitions de la sainte Vierge à Lourdes (encyclique Le pèlerinage, 1957). On peut dire en toute vérité qu’il fut un Pape marial.


Il fut aussi un Pape doctrinal. Parmi les quarante encycliques qu’il a écrites, trois brillent d’un éclat doctrinal particulier : Mystici Corporis sur l’Église (1943), Mediator Dei (1947) sur la liturgie, et Humani generis (1950) sur les erreurs du modernisme résurgent. À cela, il faut ajouter de nombreux discours ou messages précisant, enseignant et appliquant la doctrine sociale de l’Église ; la solution de nombreuses questions de morale provenant soit de nouvelles techniques (guerrières ou médicales) soit de nouvelles théories minant la vie chrétienne ; la condamnation des sacres épiscopaux sans mandat apostolique perpétrés en Chine (encycliques Ad Sinarum gentes, 1954 ; Ad apostolorum principis, 1958) ; et enfin des lumières dans de nombreux domaines touchant à la vie chrétienne dans le monde.


Il avait grand souci de la vie intérieure des chrétiens qui vivent au milieu d’un monde matérialiste et désespéré, et voulut favoriser de toutes ses forces l’intégrité et de la ferveur de la vie spirituelle. Dans l’encyclique Sacra Virginitas (1954) il exalte l’amour et la gloire de la vie consacrée à Dieu ; il enseigne ce que doit être la beauté et la sainteté du culte divin dans l’encyclique Musicæ sacræ disciplina (25 décembre 1955), et légifère en bannissant des églises tout ce qui, en matière d’art, n’est pas de production et d’exécution catholique ; il attire les âmes au Sacré-Cœur de Jésus par Haurietis Aquas (1956).


C’est ainsi qu’on peut dire que Pie XII a laissé l’Église (et en elle tous ceux qui sont dociles à son enseignement) bien pourvue pour affronter une longue traversée du désert. En effet, il n’est aucun problème qui s’est posé depuis, dont il n’ait donné les principes de solution ; il n’est aucune prétention hétérodoxe (cela foisonne depuis cinquante ans !) qu’il n’ait condamnée par avance ; il n’est aucune situation angoissante qu’il n’ait éclairée par la mise en place de principes clairs et universels.


Et cela fait partie de façon saisissante des contrastes que j’évoquais plus haut : Pie XII a vu l’ombre s’étendre, des nuages bas et lourds s’approcher à grande vitesse ; il a semblé résigné ou impuissant à les chasser, à les crever avant qu’ils ne deviennent ténèbres ; mais il nous a munis de principes et de vérités qui permettent de survivre et de marcher pendant l’orage, jusqu’à ce que sonne l’heure du triomphe de Dieu par l’Église et dans l’Église qu’il assiste continuellement, même dans ce qui ressemble fort à une agonie.


Fasse la sainte Vierge Marie que cette heure là, le moment de cette « assomption », ne tarde pas trop.

 

Oncle Armand

 

 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /2008 16:40


— le plus tôt possible !

L’Église, la sainte Église catholique, permet le Baptême des petits enfants moyennant l’assurance (ou le bon espoir) que ceux-ci recevront une éducation catholique.

Voilà pourquoi, hormis le cas de danger de mort, elle refuse de baptiser les petits enfants (ceux qui n’ont pas l’usage de la raison) contre la volonté de leurs parents ; elle le refuse encore si elle n’a pas un minimum de garanties que le baptême ne sera pas enfoui sous l’oubli, l’indifférence, l’ignorance ou une éducation à rebours de ce baptême. C’est là un point bien clair de la pratique de l’Église catholique, qui préfère voir des infidèles plutôt que de faire des apostats.

Mais dès qu’il y a danger de mort, ou encore lorsqu’il s’agit de parents catholiques qui élèveront leurs enfants dans la foi, ce n’est pas de simple permission que parle l’Église, c’est d’obligation, d’obligation grave et urgente.

Le Baptême est nécessaire de nécessité de moyen pour le salut. L’enfant qui meurt sans Baptême se voit fermée à tout jamais la porte du ciel. Aux Limbes, il jouira sans doute d’un bonheur naturel, mais il sera éternellement privé de la vision béatifique. Dès lors, c’est pour les parents un devoir grave de piété et de charité de procurer à leurs enfants, qui en sont incapables par eux-mêmes, le bienfait du Baptême. S’il est vrai que toute négligence à l’égard du salut éternel est coupable, celle qui le met en péril doit revêtir un caractère particulier de gravité. Pour en prévenir les redoutables conséquences, l’Église toujours vigilante rappelle leur devoir en ces termes aux intéressés : « Infantes quamprimum baptizentur ; et parochi ac concionatores frequenter fideles de hac gravi eorum obligatione commoneant : les enfants doivent être baptisés le plus tôt possible ; et que les curés et prédicateurs avertissent souvent les fidèles de leur grave obligation » (Canon 770).

Les enfants doivent être baptisés le plus tôt possible : quamprimum. Cette expression employée plusieurs fois dans le Code signifie, d’après l’avis commun des auteurs, un espace de deux ou trois jours. Toutefois il est bien évident que les circonstances peuvent modifier l’urgence du Baptême, la presser ou la détendre un peu. Aussi est-il difficile, tout en tenant pour indubitable l’obligation de faire baptiser les enfants le plus tôt possible, de fixer le délai au-delà duquel la conscience serait grevée d’un péché mortel. Essayons d’y voir clair.

Si l’enfant nouveau-né est en danger de mort, il est bien évident que l’administration du Baptême ne souffre aucun délai. C’est immédiatement qu’il doit être conféré. Aucune considération ne saurait en éluder l’urgence. Le médecin, la sage-femme, toute personne présente en mesure de le faire sont saisis par la loi de charité, qui nous oblige sub gravi, parfois même jusqu’au péril de la vie, à pourvoir au salut de notre prochain en détresse.

Faut-il penser, avec saint Thomas, que le péril de mort est toujours à craindre pour la frêle existence du nouveau-né ? Periculum mortis « semper in pueris est timendum » (IIIa q. 68 a. 3 ad 1). Toujours à craindre ? Oui, car il peut surgir d’un instant à l’autre, parfois sous l’influence d’une cause bénigne. Mais n’en est-il pas de même pour les adultes, à qui Notre Seigneur donne l’avertissement de se tenir toujours prêts ? Ce qui est à redouter n’est pas encore arrivé et n’arrivera peut-être jamais. Dire que les enfants sont toujours en danger de mort pour urger l’obligation de les baptiser dans l’heure, c’est trop dire ; c’est aller contre la pensée de l’Église elle-même qui, au canon 750 par exemple, distingue très nettement les enfants qui sont en danger de mort de ceux qui ne le sont pas.

Bien qu’il soit hautement souhaitable, et d’un beau témoignage de foi et de charité, de procurer aux enfants le baptême aussitôt qu’ils viennent de naître – c’est-à-dire le jour même, avant la seconde nuit – l’obligation grave (sous peine de péché mortel) ne va pas jusque-là.

La crainte du danger possible ne laissera pas cependant que de motiver le devoir imposé par la prudence. Le meilleur moyen de parer au danger, c’est de mettre en sûreté le salut de l’enfant par le Baptême. Le « quamprimum baptizentur » gardera donc sa force impérative, qu’il conviendra d’apprécier aux lumières conjuguées des documents antérieurs dont s’est inspiré le canon 770, des décisions ecclésiastiques et du sentiment des théologiens, ses interprètes habituels.

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*     *

En 1441, le concile œcuménique de Florence fait allusion à la manière d’agir des Jacobites, qui baptisaient leurs enfants 40 ou 80 jours après leur naissance. Cette pratique était également usitée chez les Abyssins, les Éthiopiens, les Chaldéens, les Nestoriens, les Maronites, fondée sur cette croyance qu’Adam fut introduit dans le paradis terrestre 40 jours après la création du monde, et Ève 40 jours après Adam. (Cf. Corblet, histoire du sacrement de Baptême, t. 1, p. 495). Le concile la réprouve : « Circa pueros vero propter periculum mortis, quod potest sæpe contingere, … admonet, non esse per quadraginta aut octoginta dies, seu aliud tempus juxta quorumdam observantiam, sacrum baptisma differendum ; sed quamprimum commode fieri potest, debere conferri… : En ce qui concerne les petits enfants, à cause du danger d’une mort qui peut toujours se produire… le saint Concile avertit qu’il ne faut pas différer le saint Baptême de quarante ou quatre-vingts jours, ou d’un temps commandé par quelque usage ; mais il doit être conféré le plus tôt qu’il sera commodément possible » (Decretum pro Jacobitis, Denz. 712). C’était le langage du sens chrétien.

Au xvie siècle, le concile de Trente s’élève contre des abus plus criants. On retardait, par exemple, le Baptême jusqu’à l’adolescence ; une secte d’Anabaptistes le donnait à l’âge de 13 ans, pour se conformer à l’exemple d’Ismaël, circoncis à cet âge ; celle des Baptistes le retardait davantage encore pour imiter l’exemple du Christ recevant le Baptême dans le Jourdain vers sa 30e année. C’est contre ces derniers qu’est porté le canon 12 de la session VII : « Si quis dixerit, neminem esse baptizandum, nisi ea ætate, qua Christus baptizatus est, vel in ipso mortis articulo, anathema sit : Si quelqu’un dit que personne ne doit être baptisé si ce n’est à l’âge auquel Jésus-Christ fut baptisé, ou à l’article même de la mort, qu’il soit anathème. »

Aux conciles œcuméniques font écho un nombre assez considérable de conciles provinciaux. Ils portent des canons qui fixent la date du Baptême au temps le plus proche possible de la naissance : quamprimum, répètent-ils à l’envi. Grâce à leurs décisions pratiques, l’usage s’établit de baptiser le plus tôt possible, et les pouvoirs civils aidant, c’est bientôt la coutume générale dans toute la chrétienté de conférer le Baptême dans les trois jours qui suivent la naissance.

Après Benoît XIV, et à un siècle de distance, le grand pape Léon XIII s’élève encore contre le retard apporté au Baptême des enfants : « Nil sane hac mala consuetudine iniquius, nil ecclesiasticis sanctionibus magis contrarium : utpote quæ non solum tot animarum æternam salutem inexcusabili temeritate in manifestum periculum infert, sed eas insuper intra id temporis certo fraudat ineffabilibus gratiæ sanctificantis charismatibus, qua per regenerationis lavacrum infunduntur… non possumus, quin detestabilem usum, in Deum simul impium ac in homines, ubicumque infeliciter invaluerit, ex animo improbemus et exsecremur : il n’y a vraiment rien de plus inique que cette coutume perverse, ni rien de plus contraire aux dispositions de l’Église : vu que non seulement par une témérité inexcusable cet usage met en péril manifeste le salut éternel de tant d’âmes, mais aussi il les prive, pendant tout ce temps, des dons ineffables de la grâce sanctifiante infusés par cette purification qui régénère… Partout où cette détestable façon de faire, impie tant à l’égard de Dieu que des hommes, s’est par malheur introduite, Nous ne pouvons que la réprouver de toute notre âme et l’exécrer » (Ep. ad episcopum Anglonens., 22 julii 1899 – Lettre adressée l’évêque d’Anglona Tursi, Italie).

Le canon 770 vient enfin couronner la série des documents ecclésiastiques, et consacrer de sa suprême autorité la coutume qui remonte aux siècles lointains des origines du christianisme, sanctionnée par de nombreux conciles particuliers, de baptiser sans retard les enfants. D’où laffirmation qu’on lit à bon droit dans la Summa theologiæ moralis de Merkelbach : « Præceptum pueros baptizandi est juris divini ; baptizandi quamprimum, si non juris divini, saltem est juris ecclesiastici consuetudine introducti : le précepte de baptiser les enfants relève du droit divin ; celui de les baptiser le plus tôt possible, s’il n’est pas de droit divin, relève au moins du droit de l’Église introduit par la coutume » (tome III, n° 48).

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L’expression « quamprimum », nous l’avons dit, s’entend communément d’un espace de deux ou trois jours. Est-ce à dire que les parents feraient un péché mortel, si, sans raison, ils retardaient le Baptême de leurs enfants au-delà de trois jours ? L’affirmer à la hâte serait téméraire. Car ce serait donner au canon 770 une interprétation que le texte lui-même ne comporte pas.

Saint Alphonse de Liguori estime à dix ou onze jours le terme au-delà duquel le retard apporté au Baptême prendrait figure de délai notable constituant matière à péché mortel, s’il n’est excusé par un motif sérieux. De fait, cela semble bien dans la pensée de l’Église, qui approuve et recommande dans les pays de mission la pratique de faire donner le Baptême par les catéchistes, quand le missionnaire ne doit pas être de passage dans les dix ou onze jours après la naissance de l’enfant. (Cf. S. C. de la Propagande, 7 janvier 1788, et 16 janvier 1804, dans Coll. P. F., nn. 593 et 674).

Parmi les motifs de retarder le Baptême des enfants, les parents allèguent souvent l’impossibilité d’avoir le parrain ou la marraine de leur choix. C’est un motif futile, car ceux-ci peuvent facilement être suppléés par un remplaçant.

Ajoutons, en terminant, que les statuts diocésains ont qualité pour déterminer le temps du Baptême que le Code n’a point spécifié. Ils ont force de loi. Là où ils ont légiféré sur ce point, les diocésains doivent se soumettre. Il y aurait alors péché grave à proroger, sans motif sérieux, le temps fixé par l’évêque.

Citons Merkelbach, qui s’exprime avec assez de justesse : « Ex quibus patet Baptismum esse infantibus conferendum quamprimum moraliter, i. e. commode, fieri potest, v. g. intra tres dies ; atque grave peccatum esse diu differre. Et ideo graviter peccant parentes qui sine justa ratione ex negligentia Baptismum infantium procrastinant per notabile tempus, v. g. per mensem aut forsan per 10-15 dies ; ac etiam per tempus brevius si adsit speciale infantis periculum, aut scandalum, aut particulare præceptum regionis vel diœcesis : ce que nous avons dit manifeste que les enfants doivent être baptisés le plus tôt possible, moralement s’entend c’est-à-dire commodément, dans les trois jours. Et c’est un péché grave de différer longtemps. Et donc pèchent gravement les parents qui par négligence, sans juste raison remettent le Baptême d’un temps notable, d’un mois et peut-être de 10 ou 15 jours ; et même d’un temps plus court s’il y a un péril particulier, ou un scandale, ou un précepte spécial dans la province ou le diocèse » (op. cit. n. 148).

Il faut travailler sans relâche à faire cesser la négligence des familles. C’est un devoir : « et parochi ac concionatores frequenter fideles de hac gravi eorum obligatione commoneant. » À temps et à contretemps, on fera entendre à tous ceux qui ont charge d’âmes, parents et tuteurs, l’avertissement préceptif de l’Église : « Infantes quamprimum baptizentur. »

Texte en bonne partie emprunté à l’Ami du Clergé, 1937, pp. 747 et sqq.

Par Abbé Hervé Belmont
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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /2008 11:01
Tel est le titre d'un article du plus haut intérêt que Dom Jean de Monléon a donné en 1942 aux Cahiers de La Pierre-qui-vire, où il redit l'importance de la lecture des livres saints pour la vie chrétienne, et la nécessité de se défaire du rationalisme qui a desséché et tué le fruit savoureux de cette lecture.

En lisant les souhaits de Dom de Monléon en fin d'article, on se rend compte qu'il ne s'est pas contenté de vœux pieux : il s'est mis au travail et a produit une œuvre incomparable.

No palabras mas obras, disait sainte Thérèse d'Avila.

Un article à découvrir
en cliquant sur ce lien.

Par Abbé Hervé Belmont
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Lundi 10 septembre 2007 1 10 /09 /2007 11:16

Petit mot de félicitations adressé à Monsieur l’Abbé Philippe Guépin à l’occasion du trentième anniversaire de son ordination sacerdotale.

 

 

Cher Monsieur l’Abbé,

 

il y a dans cette noble assemblée une personne – que je ne désignerai pas autrement – qui doit être bourrelée de remords ou qui va bientôt l’être : celle qui m’a demandé de prendre la parole pour vous adresser un compliment à l’occasion du trentième anniversaire de votre ordina­tion sacerdotale.

 

Car je n’ai jamais su faire de compliments. Et si j’essayais de forcer mon talent, je ne pourrais qu’être à moitié sincère en évoquant des qualités ou des mérites auxquels je ne croirais qu’à moitié, et dont vous feriez semblant de croire l’autre moitié…

 

Plutôt donc que de vous affronter en une sorte de duel d’hypocrisie, dont il n’est pas certain que vous fussiez sorti vainqueur, je préfère vous conter l’aventure à laquelle vous avez échappé pour ce jour de réjouissance.

 

Comment, en effet, exprimer l’amitié et le respect que tout le monde ici vous porte sans révéler quelques aspects de votre vie, sans démythifier votre personnage, sans vendre la mèche à propos de vos véritables origines ?

 

C’est pour cela que quelques amis avaient imaginé présenter quelques tableaux animés relatant la vérité sur votre vie, votre lente croissance à travers les temps, votre participation rapprochée à quelques grands moments de l’histoire de la chrétienté.

 

Car si vous croyez, chers amis, que le jeune Philippe Guépin est né le 13 février de l’an de grâce 1951, vous vous trompez de siècle, de nombreux siècles.

 
[Premier tableau]
 

Les anciennes chroniques ne disent rien, il est vrai, des origines véritables d’un jeune garçon que nous trouvons mentionné sous le nom de Philippus David Guepinus certain jour de Noël de l’an 496. Nous sommes à Reims, au Baptême du roi Clovis. L’évêque saint Rémi vient de faire couler les eaux salutaires sur le front courbé du fier Sicambre ; il se tourne vers l’acolyte – notre jeune Philippus – pour en recevoir l’ampoule de Saint-Chrême… Celui-ci rougit violemment et doit avouer, tout confus, qu’il l’a oubliée. On imagine difficilement la suite !

 

Mais le plus grave n’est pas là ! Philippus David Guepinus (ce second prénom ne laisse-t-il pas soupçonner une ascendance davidique ?) Philippus Guepinus donc avouera plus tard qu’il l’a fait exprès, comptant sur un miracle du Ciel. N’est-ce pas là avoir la simplicité d’une colombe ?

 
[Deuxième tableau]
 

Les siècles passent, et l’acolyte étourdi semble tomber dans le néant. Mais non ! le voici membre studieux de l’école du Palais de Charlemagne, où il étudie sous la direction de l’illustrissime Lux, comte de Quenette, grand pédagogue et âme guerrière. Les chroniques omettent de donner le détail des résultats scolaires du jeune Philippus, mais assurent qu’il y apprit l’art du chant grégorien, alors dans toute sa splendeur native. On sait toutefois que le jeune Philippus excellait dans la science champêtre et qu’un jour, à l’occasion de quelque chevauchée, il sema un chêne en un bourg de France nommé Vincennes…

 
[Troisième tableau]
 

Notre charmant écolier a grandi, il est devenu un fier cavalier portant les armes pour son roi ; c’est ainsi qu’il est un des plus fidèles compagnons de sainte Jeanne d’Arc dans son épopée miraculeuse, et qu’il lui reste fidèle et dévoué même quand la Pucelle d’Orléans est jetée en prison et abandonnée de tous. On chuchote – mais comment accorder quelque crédit à ces ragots – que le chevalier Guépin de La Touche a suggéré la création d’un corps de parachutistes pour bouter l’Anglais hors de France. Gilles de Rais, continue le même bruit, a manœuvré pour faire échouer le projet : il a une peur bleue de se coincer la barbe dans la portière !

 
[Quatrième tableau]
 

La triste fin de Jeanne Lorraine a révélé à notre chevalier combien les gloires humaines sont fragiles et décevantes, et c’est au service des Autels qu’il va consacrer sa vie et sa fougue. Par quel cheminement le retrouve-t-on aumônier personnel de Don Juan d’Autriche ? Nul ne saurait le dire. Mais ce qui est certain – les chroniques les plus fiables en font foi – c’est qu’il est présent lors de la bataille de Lépante : animant le vaisseau amiral de son verbe ; relevant les courages ; absolvant les blessés ; invoquant la miséricorde de Dieu ; se faisant tout à tous ; voulant effacer par son ardeur et son zèle la triste absence du royaume de France dans une des heures les plus glorieuses de la chrétienté.

 

Lorsqu’il rendit compte à saint Pie V de son ministère auprès du fils de Charles-Quint, le grand Pape lui dit : « Philippe, Notre prêtre très cher, vous avez été aumônier de Notre chevalerie chrétienne, Nous vous faisons chevalier de la sainte Messe ».

 
[Cinquième tableau]
 

Chevalier de la sainte Messe : c’est à ce titre que l’Abbé Philippe Guépin se rangea sous la direction de saint Louis-Marie Grignion de Montfort pour reconquérir la Bretagne et la Vendée à Jésus-Christ, qu’il fut réfractaire sous la Révolution, exilé sous Napoléon. Nous le retrouvons, humble religieux et vicaire dans une modeste paroisse de Champagne, le Mesnil-Saint-Loup, apprenant du Père Emmanuel les secrets de la fécondité sacerdotale ; s’insurgeant avec lui contre le ministère désordonné qui conduit au sacramentalisme, c’est-à-dire à l’illusion qu’il plaît à Dieu qu’on donne les sacrements au mépris du témoignage de la foi, de l’unité de l’Église et de sa hiérarchie, de la primauté de la prière.

 
[Sixième tableau]
 

La discrétion m’oblige à taire le nom du saint Pape qui nomme l’Abbé Philippe Guépin évêque du diocèse de Pascendi. Ce qu’il m’est permis de révéler, c’est qu’à ce titre, il est convoqué pour prendre place au second Concile du Vatican qui s’ouvre le 11 octobre 1962. Ce jour-là, ce qui n’est alors que simple malaise se mue en inquiétude, puis d’inquiétude en indignation, d’indignation en sainte colère… jusqu’au jour où, entendant solennellement proclamer dans l’aula conciliaire que le Saint-Esprit se sert des fausses religions – ces inventions du diable, ces sociétés de perdition – comme de moyens de salut, il n’y tient plus : se levant, il fait courber tous les fronts déjà acquis à la nouvelle religion sous le souffle de sa parole vibrante, mettant à nu le blasphème et l’hérésie, en appelant au tribunal de Jésus-Christ, déclarant ne vouloir désormais plus être una cum avec cette synagogue de Satan. Puis il sort, claquant les portes de Saint-Pierre avec un tel fracas que la basilique s’en effondre et que le monde entier en est ébranlé !

 
*
 
*     *
 

Hélas, à la fin de cette évocation légèrement romancée, il nous faut revenir sur terre, où nous ne sommes qu’un pauvre petit troupeau sans éclat, sans mérite, sans avenir.

 

Mais c’est à ce petit troupeau, c’est à vous, cher Monsieur l’Abbé, c’est à chacun d’entre nous que Notre-Seigneur dit et que la sainte Vierge Marie répète en doux écho :

 
Ayez confiance, petit troupeau, j’ai vaincu le monde !

 

 

Blain, le 8 septembre 2007

 
Nativité de la sainte Vierge Marie,

 

 
Centenaire de l’encyclique Pascendi
 
 
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Histoire
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Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /2007 22:01

On sait combien la question des sacres épiscopaux effectués sans mandat apostolique revêt à mes yeux une gravité singulière et combien il me tient à cœur de m’en tenir totalement à l’écart.

 

On ne le sait que trop ! penseront peut-être certains.

 

À défier la doctrine de l’épiscopat instituée par Jésus-Christ, transmise par les Apôtres, élaborée par saint Thomas d’Aquin, enseignée par le Concile de Trente, on risque pourtant d’accomplir des actes d’une gravité irréversible, des actes dont la pente naturelle est une rupture avec l’unité de l’Église (on peut admettre qu’elle n’est pas consommée en raison de la vacance de l’autorité), des actes instituant une (pseudo-)hiérarchie qui n’est pas la hiérarchie catholique.

 

Cette doctrine catholique nous dit que l’épiscopat n’est pas un « huitième ordre » qui serait au-dessus du simple sacerdoce comme le sacerdoce est au-dessus du diaconat. Ce qui distingue l’évêque du simple prêtre, ce qui fait sa supériorité de droit divin, ce qui lui donne la plénitude du sacerdoce, c’est que par son sacre (et avant même toute réception d’une juridiction particulière donnée par le souverain Pontife) l’évêque est spécialement ordonné à exercer une régence sur le Corps mystique de Jésus-Christ ; c’est donc de droit qu’il prend place dans la hiérarchie de l’Église. De droit, il est un hiérarque ; et donc de droit encore il ne peut être nommé (directement ou indirectement) que par le souverain Pontife, qui est le principe et le maître de la hiérarchie catholique.

 

Si ce mandat apostolique lui fait défaut, l’évêque demeure hiérarque – c’est la nature première de son épiscopat – mais inéluctablement d’une autre hiérarchie que la hiérarchie catholique.

 

On pourra se reporter à la brochure Les sacres épiscopaux sans mandat apostolique en question, ou encore à la Correspondance déjà publiée.

 

Voici encore deux brefs textes qui enseignent très nettement en ce sens, et qui donneront à réfléchir car ils ne sont pas sortis de n’importe quelle plume.

 

Le premier est du Concile de Trente [Du Sacrement de l’Ordre, chapitre IV, Denzinger 960] qui enseigne la nature principalement hiérarchique de l’épiscopat :

 

« C’est pourquoi donc le saint Concile déclare, qu’au-delà des degrés ecclésiastiques, les Évêques qui ont succédé à la place des Apôtres, appartiennent principalement à cet ordre hiérarchique ; qu’ils ont été établis par le Saint-Esprit, pour gouverner l’Église de Dieu, comme dit le même Apôtre ;

 

« Proinde sancta Synodus declarat, præter ceteros ecclesiasticos gradus episcopos, qui in Apostolorum locum successerunt, ad hunc hiearchicum ordinem præcipue pertinere, et “positos (sicut idem Apostolus ait) a Spiritu Sancto regere Ecclesiam Dei ” [Act. xx,  28]. »

 

Le second est de saint Thomas d’Aquin (IV Sententiæ, Dist. XXV, Q. 2, art. 1. Vivès, XI, 53). Dans la seconde quæstiuncula, saint Thomas s’objecte que les enfants et ceux qui n’ont pas leur raison ne peuvent recevoir les ordres car 1°/ cela est interdit par saints Canons ; 2°/ si les enfants ne peuvent se marier validement, a fortiori ils ne peuvent recevoir un sacrement encore plus digne : 3°/ l’exercice de l’ordre requiert l’usage de la raison, et donc a fortiori la réception du pouvoir, puisque selon Aristote l’acte est postérieur à la puissance et lui correspond.

 

Voici sa réponse dont la fin nous intéressera particulièrement.

 

Solutio II. — Ad secundam quæstionem dicendum, quod per pueritiam, et alios defectus quibus tollitur usus rationis, præstatur impedimentum actui ; et ideo omnia illa sacramenta quæ actum requirunt suscipientis, talibus non competunt, sicut pœnitentia, matrimonium, et hujusmodi. Sed quia potestates infusæ sunt priores actibus, sicut et naturales, quamvis acquisitæ sint posteriores ; remoto autem posteriori non tollitur prius ; ideo omnia sacramenta in quibus non requiritur actus suscipientis de necessitate sacramenti, sed potestas aliqua spiritualis divinitus datur, possunt pueri suscipere et alii qui usu rationis carent ; hac tamen distinctione habita, quod in minoribus ordinibus requiritur discretionis tempus de honestate propter dignitatem sacramenti, sed non de necessitate præcepti, neque de necessitate sacramenti. Unde aliqui, si necessitas adsit, et spes profectus, ad minores ordines possunt ante annos discretionis promoveri sine peccato, et suscipient ordinem : quia quamvis tunc non sunt idonei ad officia quæ eis committuntur, tamen per assuetudinem idonei reddentur. Sed ad majores ordines requiritur usus rationis et de honestate, et de necessitate præcepti, propter votum continentiæ quod habent annexum ; et quia etiam eis sacramenta tractanda committuntur. Sed ad episcopatum, ubi in corpus mysticum accipitur potestas, requiritur actus suscipientis curam pastoralem ; et ideo est etiam de necessitate consecrationis episcopalis quod usum rationis habeat. Quidam autem dicunt, quod ad omnes ordines requiritur usus rationis de necessitate sacramenti ; sed eorum dictum ratione vel auctoritate non confirmatur.

 

[On pardonnera la médiocre qualité de la traduction, qui n’est pas aisée.]

 

« Pour répondre à la seconde question, il faut dire ceci.

 

« L’enfance et les autres causes qui ôtent l’usage de la raison constituent un empêchement à l’acte lui-même ; et c’est pourquoi tous ces sacrements qui exigent un acte de celui qui le reçoit – pénitence, mariage et autres semblables – ne peuvent pas être reçus par ces personnes sans raison.

 

« Mais comme les puissances infuses, à l’instar des puissances naturelles, précèdent les actes – à la différence des puissances acquises qui sont postérieures aux actes – et comme ôter ce qui est postérieur laisse en place ce qui est antérieur ; alors, tous les sacrements pour la validité desquels un acte de celui qui les reçoit n’est pas nécessairement requis, mais dans lesquels un certain pouvoir spirituel est donné par Dieu, peuvent être reçus par les enfants et par ceux qui n’ont pas l’usage de la raison.

 

« Il faut tenir compte de cette distinction que dans la réception des ordres mineurs c’est pour l’honneur du sacrement, en raison de sa dignité, qu’on exige l’âge de discrétion, et non à cause d’une exigence du précepte ni du sacrement.

 

« Aussi, en cas de nécessité et avec l’espoir de la persévérance, on peut sans péché promouvoir ceux qui n’ont pas atteint l’âge de discrétion aux ordres mineurs, et ils recevront l’ordre : car, bien qu’ils soient inaptes à l’accomplissement de l’office qui leur est confié, cependant ils deviendront idoines par l’éducation.

 

« Mais, pour les ordres majeurs, l’usage de la raison est requis pour l’honneur du sacrement et par nécessité de précepte : cela en raison du vœu de continence qui leur est annexé, et aussi à cause des sacrements qui sont confiés.

 

« En ce qui concerne le sacre épiscopal, par lequel on reçoit un pouvoir sur le Corps mystique, un acte est requis de la part de qui reçoit cette charge pastorale : c’est pourquoi il est nécessaire à la validité de la consécration qu’on ait l’usage de la raison.

 

« Certains, toutefois, disent que l’usage de la raison est nécessaire pour la validité de tous les ordres, mais leur opinion n’est confirmée ni par l’argumentation ni par une autorité. »

 

On a remarqué au passage que saint Thomas affirme que par le simple sacre épiscopal, on reçoit un pouvoir sur le Corps mystique : ce pouvoir de régence, pour parler comme saint Paul, est encore parfois appelé « juridiction première ». Cette ordination au Corps mystique, ce pouvoir – qui est suspendu par le schisme – est constitutif de l’épiscopat : il est la source de l’extension du pouvoir d’ordre que reçoit l’évêque ; il est appel (aptitude immédiate mais non impérative) à la juridiction qui fait paître une portion du troupeau de Jésus-Christ.

 

Ne se trouve-t-on pas dans une terrible alternative, qui confine au dilemme : sans mandat apostolique, un sacre épiscopal est soit schismatique soit invalide ? Schismatique si l’évêque revendique un pouvoir auto-attribué sur le Corps mystique ; invalide si en recevant le sacre il  refuse ce pouvoir qui est constitutif de l’épiscopat...

 
Voilà une question dont on ne sait comment sortir.

 

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : de Ecclesia
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