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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 21:28

Monsieur Michel Onfray (né le 1er janvier 1959) est un philosophe normand, professeur (il faudrait dire – c’est un de ses aspects sympathique – contre-professeur) et auteur prolixe d’ouvrages de réflexion philosophique aux objets étonnamment variés. Il est aussi un homme familier des plateaux de télévision et des studios de radio, ce qui lui assure une bonne notoriété et une large audience. Il est en outre connu (apprécié ?) pour son franc-parler.

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S’il professe un athéisme résolu, s’il adhère à des thèses hostiles à la foi catholique et incompatibles avec la simple rectitude naturelle, il a néanmoins une certaine connaissance de la religion catholique (de l’authentique comme de la dévoyée) pour avoir été pensionnaire chez les Salésiens et pour avoir enseigné pendant vingt ans dans un établissement privé catholique.

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Cet homme de paradoxes (il professe des opinions qui vont à l’encontre de celles qui sont communément reçues), cet homme donc vient de publier un fort ouvrage intitulé Décadence dont l’objet est la fin annoncée de l’Église catholique et de la civilisation chrétienne. Ce livre blasphème, évidemment, puisque selon la promesse véridique et toute-puissante de Jésus-Christ l’Église a les paroles de la vie éternelle et que les Portes de l’Enfer ne prévaudront point. Mais il montre bien que toutes les causes sont en place pour qu’inéluctablement disparaisse le catholicisme ; humainement parlant, il a parfaitement raison — mais il oublie que cette situation s’est déjà présentée dans l’histoire, et qu’à chaque fois la survie et la vitalité renouvelée de l’Église ont été et demeurent une preuve de son origine et de son essence divine. Parmi ces causes de mort, il place au premier plan…

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Je vous laisse lire l’entrevue qu’il a accordée au Figaro (7-8 janvier 2017, pp. 16-17). Il est interrogé par Vincent Trémolet de Villers qui, tel le bêta de service, lui objecte :

Le christianisme est très affaibli en Europe mais il reste un milliard de chrétiens sur terre. Le Pape François est plus populaire que jamais. Cette religion est-elle vraiment en voie d’extinction ? »

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La réponse fuse, cinglante :

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Il faut dire de quel christianisme il s’agit ! Il est loin le temps où la religion catholique rassemblait des fidèles qui croyaient dur comme fer à l’Immaculée Conception, à la transsubstantiation, à l’infaillibilité papale, au Paraclet de la Pentecôte, à l’Assomption de Marie, à la résurrection de la chair ! Le catholicisme post-Vatican II a laïcisé la religion catholique en faisant du peuple fidèle une force de vérité quasi égale à celle du pasteur. Le sacré, la transcendance, le mystère ont souvent disparu au profit d’une morale de boy-scout qui tient lieu de règle du jeu contractuelle, un genre de contrat social catholique. Benoît XVI, qui plaidait pour un retour feutré à ce qu’il avait contribué à détruire avec Vatican II, s’est trouvé dans la position de devoir démissionner — saura-t-on un jour quelles sont les raisons véritables de ce renoncement en rase campagne d’un pape qui survit physiquement (et tant mieux pour lui…) à cet étrange événement depuis fin février 2013, soit bientôt quatre ans…

« Son remplacement par un pape jésuite, tellement jésuite qu’il prend un nom franciscain, fait lui aussi sens. Le catholicisme triomphe médiatiquement parce que le Pape sait en user, en jésuite, mais pas parce qu’il rallie à lui les disciples d’un catholicisme épuisé. La quantité médiatique et le nombre de fidèles ne disent rien de la qualité théologique des croyances. Quand le pape François dit, il y a deux ans exactement, c’était le 15 janvier 2015 : “Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing”, je ne suis plus très sûr que Rome soit encore dans Rome. »

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Dans son livre même, M. Onfray pose sur Vatican II un diagnostic plus net encore : « Ce concile évacue la transcendance et le sacré pour confiner le catholicisme dans l’immanence d’un moralisme politiquement correct. »

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Michel Onfray n’est pas le seul, parmi les philosophes contemporains labélisés, à constater une trahison de la civilisation chrétienne par les récents occupants du Vatican. Mais il est peut-être le seul à pointer le fait qu’il s’agit d’abord d’une trahison de la foi : non seulement trahison de la foi par la substitution d’un contenu édulcoré, tronqué gauchi et falsifié, mais aussi trahison de la foi dans son essence même (ce qu’il exprime en nommant la « qualité théologique des croyances ») ; il est peut-être le seul à remonter clairement à la source, à identifier la cause décisive, à fustiger le concile Vatican II qui a brisé l’ordre de la foi, qui a arraché au peuple chrétien – qui s’est bien facilement laissé faire – ce qui est réservé à Dieu (le sacré) et ce qui relève d’un ordre proprement surnaturel (la transcendance).

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L’analyse de Michel Onfray devrait sonner comme un coup de Trafalgar dans toutes les sacristies et les chaumières… Il n’en est rien, il n’en sera rien ; on préfère s’ensevelir la tête dans le sable. Ceux-là même qui déplorent à grands cris la situation se refusent à en énoncer la cause globale et déterminante, et à rompre avec elle, je veux dire les actes et l’esprit Vatican II, les réformes qui en sont issues, una cum ceux qui ont couvert tout cela ou le couvrent de leur autorité pontificale (qui ipso facto ne peut-être que pseudo).

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Le catholicisme post Vatican II est épuisé, exsangue, déthéologalisé et destiné à périr : Michel Onfray a raison. Mais la sainte Église catholique étrangère à l’usurpation de Vatican II, elle, est toujours jeune, irriguée du Sang de Jésus-Christ, maîtresse de vérité, porte de la vie éternelle. Le funeste concile et ses miasmes seront bientôt désavoués, éjectés, réfutés ; les auteurs et fauteurs d’une telle gabegie seront écartés, mis hors d’état de nuire.

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Prions instamment Notre-Dame de Lourdes, que nous fêtons le samedi 11 de ce mois, afin que nous demeurions fidèles à cette immuable Église, Corps mystique de Jésus-Christ plein de grâce et de vérité et âme de la Chrétienté, et que Monsieur Onfray la rejoigne.

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Published by Abbé Hervé Belmont - dans de Ecclesia
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