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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 22:05

Quelles églises ou oratoires
peut-on ou doit-on visiter
pour le gain des indulgences ?

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L’Église établit comme œuvre principale, pour le gain de certaines indul­gences plénières, la visite d’une église ou d’un oratoire public, et parfois la visite de telle église particulière ; d’autres indulgences plénières – en fait la majorité parce que la plupart des indulgences plénières sont concédées « aux conditions ordinaires » – requièrent comme condition sine qua non la visite d’une église ou d’un oratoire public.

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Dès lors deux questions se posent.

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1.   La visite de l’une des chapelles de fortune que les baptisés fidèles au rite catholique de la Messe romaine ont bâties ou aménagées, et qu’ils ont coutume de fréquenter, peut-elle être considérée comme visite d’une église ou d’un oratoire public lorsque celle-ci est requise ?

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Ces chapelles, si bien aménagées ou si fréquentées qu’elles soient, si salutaires qu’on les puisse considérer pour la conservation de la foi catholique dans le culte divin, n’ont aucune existence canonique. Elles ne peuvent retenir les privilèges des églises ou des oratoires — sauf si l’on parle de celles qui, remontant à des temps antérieurs au déluge conciliaire, ont été consacrées ou établies en bonne et due forme (comme Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris). Aucun ordinaire du lieu (évêque diocésain nommé par un vrai Pape) n’en a ordonné ou permis la construction et n’en a patronné l’érection.

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Or la concession des Indulgences par l’Église est d’interprétation stricte (tantum valent quantum sonant, dit l’adage). Il est donc impossible d’assimiler ces chapelles à des oratoires ou églises dont la visite concourt au gain des Indulgences.

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Le Code de droit canonique énonce la définition des églises et oratoires ; il est simple de s’y reporter.

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Canon 1161.   Ecclesiæ nomine intelligitur ædes sacra divino cultui dedicata eum potissimum in finem ut omnibus Christifidelibus usui sit ad divinum cultum publice exercendum — sous le nom d’église, on entend l’édifice sacré affecté au culte divin, dans des conditions telles qu’il soit à l’usage de tous les fidèles pour l’exercice du culte public.

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Canon 1162 § 1.   Nulla ecclesia ædificetur sine expresso Ordinarii loci consensu scriptis dato, quem tamen Vicarius Generalis præstare nequit sine mandato speciali — aucune église ne peut être construite sans le consentement exprès et écrit de l’Ordinaire du lieu, que le vicaire général ne peut donner sans un mandat spécial.

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Canon 1188 § 1.   Oratorium est locus divino cultui destinatus, non tamen eo potissimum fine ut universo fidelium populo usui sit ad religionem publice colendam — un oratoire est un lieu affecté au culte divin, mais dans des conditions telles que tout le peuple fidèle n’est pas admis à venir y pratiquer publiquement la religion.

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Canon 1188 § 2.   Est vero oratorium — un oratoire peut être :

– 1°/  Publicum, si præcipue erectum sit in commodum alicuius collegii aut etiam privatorum, ita tamen ut omnibus fidelibus, tempore saltem divinorum officiorum, ius sit, legitime comprobatum, illud adeundi — public, s’il a été érigé principalement pour l’utilité d’un collège, ou aussi de personnes privées, mais de telle façon que tous les fidèles aient le droit, légitimement vérifié, d’y pénétrer au moins pour le temps des offices divins ;

– 2°/  Semi-publicum, si in commodum alicuius communitatis vel cœtus fidelium eo convenientium erectum sit, neque liberum cuique sit illud adire — semi-public s’il a été érigé au bénéfice d’une communauté, ou d’un groupe de fidèles qui se retrouvent là, sans qu’il soit permis aux personnes étrangères d’y entrer ;

– 3°/  Privatum seu domesticum, si in privatis ædibus in commodum alicuius tantum familiæ vel personæ privatæ erectum sit — privé, autrement dit domestique, s’il a été érigé dans une maison particulière pour l’utilité d’une famille, ou d’une personne privée.

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Canon 1191 § 1. Oratoria publica eodem iure quo ecclesiæ reguntur — les oratoires publics sont régis par le même droit que les églises.

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Canon 1192 § 1. Oratoria semi-publica erigi nequeunt sine Ordinarii licentia — les oratoires semi-publics ne peuvent être érigés sans la permission de l’Ordinaire.

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Pour gagner les indulgences, il faut donc visiter les églises ou oratoires publics qui jouissent d’un vrai titre canonique : on en trouve encore qui sont accessibles sans qu’on soit importuné par du tourisme liturgique ou de la liturgie touristique.

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2.   La seconde question suit tout naturellement : Ces églises ne sont-elles pas profanées ? Les visiter ne sert-il pas à rien pour le gain des indulgences ?

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Pour affirmer que la visite des églises susdites est impropre au gain des indulgences, il faudrait enchaîner deux preuves dont l’une concerne le droit, et l’autre le fait : que la profanation empêche le gain de l’indulgence ; qu’il y a effectivement profanation au sens canonique du terme (et donc que les effets canoniques de la profanation sont enclenchés).

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Quant au premier point, voici ce qu’on lit dans le droit de l’Église (canon 1173 § 1) : « In violata ecclesia, antequam reconcilietur, nefas est divina celebrare officia, Sacramenta ministrare, mortuos sepelire — Dans l’église profanée, avant qu’elle soit réconciliée, il est défendu de célébrer les offices, d’administrer les sacrements et d’ensevelir les morts. »

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Rien n’interdit donc la visite d’un sanctuaire profané, et le droit ne prive pas celui-ci de sa qualité d’édifice public « indulgencié ». On est dès lors assuré que ces églises sont aptes au gain des indulgences.

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Mais il est intéressant de s’occuper du fait. Voici encore ce que dit le droit de l’Église ; en l’occurrence, lui seul a droit à la parole (canon 1172 § 1) : « Ecclesia violatur infra recensitis tantum actibus, dummodo certi sint, notorii, et in ipsa ecclesia positi — Une église est profanée par les actes énumérés ci-dessous, pourvu qu’ils soient certains, notoires et aient été posés dans l’église :

1°/  Delicto homicidii — le délit d’homicide ;

2°/  Iniuriosa et gravi sanguinis effusione — l’effusion de sang grave et injurieuse ;

3°/  Impiis vel sordidis usibus, quibus ecclesia addicta fuerit — les usages impies ou sordides auxquels l’église a été affectée ;

4°/  Sepultura infidelis vel excommunicati post sententiam declaratoriam vel condemnatoriam — l’ensevelissement d’un infidèle ou d’un excommunié frappé par sentence déclaratoire ou condamnatoire. »

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Le n. 3 demande quelques précisions. Que sont donc ces usages impies ou sordides (certains et notoires) aptes à faire perdre sa consécration à une église ? Le droit lui-même est muet, les auteurs donnent des exemples concordants mais qui ne résolvent pas tout, loin s’en faut : l’intervention de l’autorité semble de facto indispensable. Ils entendent cela comme une série d’actions (le mot usages étant au pluriel dans le canon) contraires à la sainteté de l’église : culte superstitieux ou hérétique avec intention méprisante à l’égard de l’Église catholique, casernement militaire, transformation en écuries, débit de boisson, dancing, salle de spectacles impudiques.

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Là, il est permis d’avoir des craintes et davantage encore ; mais, nous l’avons vu, cela n’empêche pas de gagner les indulgences.

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Published by Abbé Hervé Belmont
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