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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 16:56

Comme en 2016 le Vendredi-Saint est célébré le 25 mars, l’année est jubilaire pour la cathédrale du Puy en Velay : un Grand-Pardon, de tradition quasi immémoriale, y est célébré. À ce Grand-Pardon est attachée une Indulgence plénière depuis le XVe siècle (Eugène IV, 1441).

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Successivement, au cours des siècles, à chaque retour de la coïncidence, les Papes ont accordé aux évêques du Puy de proclamer l’octroi d’une indulgence plénière aux pèlerins qui se confesseront, communieront et visiteront pieusement « l’église angélique de Notre-Dame du Puy » (la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation) en y priant aux intentions du souverain Pontife.

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L’échéance de cette année provoque çà ou là de l’effervescence, où chacun y va de son opinion sur l’existence et les conditions de ladite indulgence plénière. Eh bien ! tout ce bruit s’atténuerait grandement si l’on se met en quête de la parole de l’Église catholique ! Mais hélas, c’est ce que très peu se donnent la peine de faire avant de parler ou d’organiser !

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Bref exposé catholique

La première chose à noter est qu’un évêque diocésain n’a pas la faculté d’accorder une indulgence plénière dans son diocèse : son pouvoir se limite à une concession de 50 jours (Canon 349 § 2, 2). C’est donc au Souverain Pontife qu’il faut remonter.

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Le dernier Pape qui a légiféré sur le jubilé du Puy est Pie XI. Par une Lettre Apostolique du 31 janvier 1932 il pérennise le Grand-Pardon en l’établissant in perpetuum dans les termes suivants :

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« … en vertu de l’autorité des Apôtres saint Pierre et saint Paul, Nous accordons par ces lettres apostoliques que l’église cathédrale du Puy jouisse pour toujours du privilège de l’indulgence plénière, en la même forme que l’ont concédée les Papes Pie X et Benoît XV … » [Pie XI vient de rappeler : « … les Papes Pie X et Benoît XV, Nos prédécesseurs, ont, dans leur bienveillance, étendu ce temps du Jeudi-Saint au second dimanche après Pâques, inclusivement. »]

« … Nous accordons que les fidèles, après avoir gagné une fois l’indulgence plénière pour eux-mêmes ou pour les défunts, puissent la gagner une seconde fois, durant le même temps fixé, pour les âmes qui sont en Purgatoire. »

« Nonobstant toutes clauses contraires, les présentes concessions sont valables à perpétuité. Telles sont Nos concessions et Nos déclarations, et nous voulons que les présentes Lettres soient et demeurent toujours fermes, valides et efficaces, et obtiennent leurs effets pleins et entiers, et que ceux qu’elles concernent ou pourront concerner puissent pleinement s’en prévaloir maintenant et à l’avenir, que les jugements et déterminations y soient conformes comme il convient, et que soit nul et sans valeur tout ce qui pourrait être entrepris de contraire par qui ou par quelque autorité que ce soit, sciemment ou par ignorance. »

« Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 31 janvier 1932, de notre pontificat la dixième. » « E. cardinal Pacelli, Secrétaire d’État. »

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Fort de cette Lettre apostolique et en se référant aux conditions habituelles des Indulgences, on peut donc, en toute certitude, affirmer ceci — qui demeure vrai et ferme même en cas de vacance de l’autorité pontificale et/ou épiscopale :

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Entre le 25 mars et le 10 avril 2016, on peut gagner une indulgence plénière en visitant pieusement la cathédrale du Puy en Velay ; en y priant aux intentions du Souverain Pontife ; en se confessant soit le jour même, soit dans les huit jours qui précèdent ou les sept qui suivent (Canon 931 §§ 1 & 2) ; en recevant la sainte Communion, soit le jour même, soit la veille ou dans les sept jours qui suivent (ibid.).

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On satisfait à la prescription de prier « aux intentions du Souverain Pontife » en récitant un Pater, un Ave et un Gloria Patri (Sacrée Pénitencerie Apostolique, 20 septembre 1933). Cependant tout fidèle a la liberté de réciter la prière de son choix, selon sa dévotion, pourvu qu’elle soit vocale (Canon 934 § 1). Il n’est pas requis de connaître les intentions du souverain Pontife.

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Celles-ci sont fixées depuis longtemps par l’Église. Ce sont :

– L’exaltation de la sainte Église catholique ;

– La propagation de la foi ;

– L’extirpation des schismes et des hérésies ;

– La conversion des pécheurs ;

– La paix et la concorde entre les princes chrétiens ;

– Les autres besoins de la chrétienté.

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Bien sûr, il faut être baptisé, ne pas être excommunié, être en état de grâce ; il faut que la confession soit bonne et valide, de même pour la sainte communion. Pour gagner l’indulgence plénière dans toute son étendue, il faut avoir le cœur (la volonté arrêtée, pas nécessairement la sensibilité) libre de toute attache au péché véniel. Sinon, l’indulgence n’est gagnée qu’en partie.

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Erreurs et incohérences

Partout il est proclamé que l’indulgence peut être gagnée entre le Jeudi-Saint et l’Assomption du 15 août : c’est là une nouveauté qui date de 2005, sans valeur par défaut d’autorité. L’indulgence ne peut être gagnée qu’entre le Jeudi-Saint et le deuxième dimanche après Pâques.

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Si l’on prétend pouvoir gagner l’indulgence jusqu’au 15 août, c’est qu’on reconnaît l’autorité de l’occupant actuel du Siège apostolique… il faut alors se mettre en sérieuse quête des « intentions du Souverain Pontife » car elles ont été modifiées au moins depuis 1983, où pour le « Jubilé de la Rédemption » Jean-Paul II avait assigné comme intention (entre autres) la liberté religieuse « on ne peut plus funeste pour l’Église catholique et le salut des âmes » (Pie IX). Peut-on prudemment s’exposer à prier en faveur de choses que l’Église catholique rejette et exècre ?

Si l’on prétend en même temps reconnaître l’autorité de François Ier (et donc de l’évêque qu’il a nommé au siège du Puy) et en même temps la récuser à son gré, il y a un sérieux (et urgent) examen de conscience à entreprendre sur la vertu théologale de foi : on ne se moque pas de Dieu ni de son Église ! Ni même du principe de non-contradiction…

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* * *

Notre-Dame du Puy, vous qui régnez sur ce haut-lieu de la chrétienté, rétablissez la foi, la plénitude de la foi catholique professée dans son intégrité, dans l’âme et l’intelligence de tous ceux qui viendront prier dans votre sanctuaire, et dans l’Église tout entière.

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Published by Abbé Hervé Belmont
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commentaires

ancilla 23/04/2016 22:44

N'y a-t-il pas d'autres indulgences à gagner en allant prier au Puy en Velay cette année ?
Union de prières.

anonyme 21/03/2016 21:56

Merci pour la réponse très rapide. Et est-ce que il est permis de prier dans un lieu de culte qui sert à un culte superstitieux ou hérétique ? Puisqu'il faut prier aux intentions du Souverain Pontife.

anonyme 22/03/2016 13:03

J'ai trouvé la réponse à ma question. Et encore merci pour vos réponses très éclairantes.

Chanoine Naz Tome III Liv III. Relativement à la fréquentation des temples hérétiques, le S. 0ffice a précisé (13 janvier 1818) qu'elle pouvait être admise à titre de curiosité et à condition qu'elle n'implique aucune intention de participer aux rites des hérétiques; qu'elle ne puisse pas être interprétée en ce sens, ou qu'en soit pas imposée par l'autorité civile pour signifier une harmonie de croyance entre catholiques et non-catholiques.

anonyme 21/03/2016 18:52

Si Notre-Dame du Puy a été profanée par les modernistes, à cause des rites sacrilèges qui s'y passent, peut-on encore y gagner une indulgence plénière ? Dans le sanctuaire à Assise, où les pires profanations ont eu lieu, existe-t-il toujours une indulgence de la Portioncule ? Dans quels cas un sanctuaire perd-t-il ses indulgences, et dans quels cas un sanctuaire est considéré comme profané ? Que peut-on faire dans un sanctuaire profané ?

Abbé Hervé Belmont 21/03/2016 20:19

la question que vous soulevez est réelle, et apte à paralyser l’esprit et arrêter l’élan : les églises ne sont-elles pas profanées ? Les visiter alors ne sert à rien pour le gain des indulgences !
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Pour que l’argument portât, il faudrait enchaîner deux preuves dont l’une concerne le droit, et l’autre le fait : que la profanation empêche le gain de l’indulgence ; qu’il y a effectivement profanation au sens canonique du terme (et donc que les effets canoniques de la profanation sont enclenchés).
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Quant au premier point, voici ce qu’on lit dans le Droit de l’Église (canon 1173 § 1) : « Dans l’église profanée, avant qu’elle soit réconciliée, il est défendu de célébrer les offices, d’administrer les sacrements et d’ensevelir les morts. »
Rien n’interdit donc la visite d’un sanctuaire profané, et le Droit ne prive pas celui-ci de sa qualité d’édifice public « indulgencié ». L’objection échoue dans le domaine du droit, et s’arrête ici.
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Mais il est intéressant de s’occuper du fait. Voici encore ce que dit le Droit de l’Église ; en l’occurrence, lui seul a droit à la parole (Canon 1172 § 1) : Une église est profanée par les actes énumérés ci-dessous, pourvu qu’ils soient certains, notoires et aient été posés dans l’église :
1°/ Le délit d’homicide;
2°/ L’effusion de sang grave et injurieuse;
3°/ Les usages impies ou sordides auxquels l’église a été affectée;
4°/ L’ensevelissement d’un infidèle ou d’un excommunié frappé par sentence déclaratoire ou condamnatoire.
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Le n. 3 demande quelques précisions. Que sont donc ces usages impies ou sordides (certains et notoires) aptes à faire perdre sa consécration à une église ? Le Droit lui-même est muet, les auteurs donnent des exemples concordants mais qui ne résolvent pas tout, loin s’en faut : l’intervention de l’autorité semble de facto indispensable. Ils entendent cela comme une série d’actions (le mot usages étant au pluriel dans le canon) contraires à la sainteté de l’église : culte superstitieux ou hérétique avec intention méprisante à l’égard de l’Église catholique, casernement militaire, transformation en écuries, débit de boisson, dancing, salle de spectacles impudiques.
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Là, il est permis d’avoir des craintes et davantage encore ; mais, nous l’avons vu, cela n’empêche pas de gagner les indulgences.