Vendredi 20 janvier 2006
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Tout au long de sa présence à Rome, Jean-Paul II a canonisé à tour de bras ; et Benoît XVI semble emboîter le
pas. Une telle abondance en a mis plus d'un dans l'embarras, d'autant plus qu'on peut émettre les plus expresses réserves sur l'un ou l'autre – on pense bien entendu à José Escriva de
Balaguer. Devant de tels faits, de vieilles et pernicieuses erreurs (guère assoupies) se sont réveillées, erreurs qui consistent à travestir ou à diminuer la doctrine de l'Église dans un but
précis et chimérique : simultanément et reconnaître l'autorité
pontificale en Jean-Paul II (ou Benoît XVI) et récuser ses actes
et décisions. C'est ainsi qu'on lit çà et là, au mépris de la doctrine catholique unanime, que les canonisations prononcées par le Souverain Pontife ne sont pas des actes infaillibles ; et,
sans vergogne, on prétend même obtenir le soutien de saint Thomas dAquin. Voyons cela de plus près.
En canonisant un saint, le Pape porte un jugement définitif qui le propose à l'Église universelle comme modèle et comme intercesseur, et il en instaure le culte. Ce faisant, il garantit que le saint en question est dans la gloire du Ciel puisqu'il est proposé comme intercesseur ; et il garantit que ce saint a pratiqué (au moins après une éventuelle conversion) les vertus chrétiennes de façon héroïque puisqu'il est proposé comme modèle.
Un tel acte est nécessairement infaillible. Il ne relève pas directement de l'infaillibilité magistérielle de l'Église (et du Pape, c'est la même) qui a comme objet les vérités révélées et les vérités connexes à la Révélation. La canonisation relève de l'infaillibilité pratique de l'Église (celle qui couvre également les lois générales, l'approbation des ordres religieux, les rites liturgiques etc.) parce qu'il est impossible que l'Église nous propose comme modèle et intercesseur quelqu'un qui ne l'est pas.
Saint Thomas dAquin s'attache davantage à la connexion de la canonisation avec la foi, et la fait rentrer dans l'objet secondaire de l'infaillibilité de lÉglise. Après avoir affirmé qu'il est impossible que l'Église et le Pape se trompent en matière de foi, mais que cela est possible dans les sentences qui concernent des faits particuliers à cause des faux témoins, il ajoute : « La canonisation des saints est entre les deux. Parce que l'honneur que nous rendons aux saints est une certaine profession de foi par laquelle nous croyons en la gloire des saints, on doit croire avec piété qu'en cette matière là aussi le jugement de l'Église ne peut pas être faux » [Quodlibet. IX, 16]. Et voici que certains glosent sur le « on doit croire avec piété : pie credendum est », prétendant que cette piété serait une atténuation de la nécessité exprimée par le credendum. Cela n'a pas de sens : dans la réponse aux objections placée juste après, saint Thomas affirme en effet que le Pape agit sous la motion du Saint-Esprit (per instinctum Spiritus Sancti) et que l'Église est préservée d'être trompée par le témoignage faillible des hommes.
Signalons au passage qu'il y a une troisième infaillibilité de l'Église et du Pape (puisque l'Église est infaillible selon ses trois pouvoirs – tout comme elle est une, sainte, catholique et apostolique selon ses trois pouvoirs), c'est une infaillibilité sacramentelle, qui garantit la réalité et l'efficacité des rites sacramentels.
Contrairement à la canonisation, la béatification ne s'adresse pas à l'Église universelle : elle permet le culte du bienheureux en certains lieux ou en certains diocèses. Elle n'est pas un acte définitif, mais un acte préparatoire. Pour ces raisons, elle n'est pas infaillible. Un signe en est qu'après la béatification, la cause du serviteur de Dieu est soumise à un nouvel examen complet en vue de la canonisation ce qui n'aurait pas de sens si la béatification était infaillible. Mais, en raison de la sagesse et de la rigueur de l'Église, il serait fort téméraire de nier le salut ou l'héroïcité des vertus d'un bienheureux.
Comme on le voit aisément, il est nécessaire, si l'on récuse quelque canonisation accomplie par Jean-Paul II (ou Benoît XVI) ou bien si l'on en doute, il est nécessaire de nier qu'ils puissent être de véritables Papes, qu'ils sont les dépositaires de l'autorité de Jésus-Christ sur toute l'Église. Il est impossible de tergiverser, et cette cohérence importe au plus haut point à la foi catholique. Il faut en tous les cas cesser de « boiter des deux côtés » comme le reprochait le prophète Élie à Israël [III Reg. XVIII, 21] et de tordre la sainte doctrine au gré de la commodité ou du caprice. Cela ne peut venir de Dieu et fait beaucoup de tort à sa cause.
En canonisant un saint, le Pape porte un jugement définitif qui le propose à l'Église universelle comme modèle et comme intercesseur, et il en instaure le culte. Ce faisant, il garantit que le saint en question est dans la gloire du Ciel puisqu'il est proposé comme intercesseur ; et il garantit que ce saint a pratiqué (au moins après une éventuelle conversion) les vertus chrétiennes de façon héroïque puisqu'il est proposé comme modèle.
Un tel acte est nécessairement infaillible. Il ne relève pas directement de l'infaillibilité magistérielle de l'Église (et du Pape, c'est la même) qui a comme objet les vérités révélées et les vérités connexes à la Révélation. La canonisation relève de l'infaillibilité pratique de l'Église (celle qui couvre également les lois générales, l'approbation des ordres religieux, les rites liturgiques etc.) parce qu'il est impossible que l'Église nous propose comme modèle et intercesseur quelqu'un qui ne l'est pas.
Saint Thomas dAquin s'attache davantage à la connexion de la canonisation avec la foi, et la fait rentrer dans l'objet secondaire de l'infaillibilité de lÉglise. Après avoir affirmé qu'il est impossible que l'Église et le Pape se trompent en matière de foi, mais que cela est possible dans les sentences qui concernent des faits particuliers à cause des faux témoins, il ajoute : « La canonisation des saints est entre les deux. Parce que l'honneur que nous rendons aux saints est une certaine profession de foi par laquelle nous croyons en la gloire des saints, on doit croire avec piété qu'en cette matière là aussi le jugement de l'Église ne peut pas être faux » [Quodlibet. IX, 16]. Et voici que certains glosent sur le « on doit croire avec piété : pie credendum est », prétendant que cette piété serait une atténuation de la nécessité exprimée par le credendum. Cela n'a pas de sens : dans la réponse aux objections placée juste après, saint Thomas affirme en effet que le Pape agit sous la motion du Saint-Esprit (per instinctum Spiritus Sancti) et que l'Église est préservée d'être trompée par le témoignage faillible des hommes.
Signalons au passage qu'il y a une troisième infaillibilité de l'Église et du Pape (puisque l'Église est infaillible selon ses trois pouvoirs – tout comme elle est une, sainte, catholique et apostolique selon ses trois pouvoirs), c'est une infaillibilité sacramentelle, qui garantit la réalité et l'efficacité des rites sacramentels.
Contrairement à la canonisation, la béatification ne s'adresse pas à l'Église universelle : elle permet le culte du bienheureux en certains lieux ou en certains diocèses. Elle n'est pas un acte définitif, mais un acte préparatoire. Pour ces raisons, elle n'est pas infaillible. Un signe en est qu'après la béatification, la cause du serviteur de Dieu est soumise à un nouvel examen complet en vue de la canonisation ce qui n'aurait pas de sens si la béatification était infaillible. Mais, en raison de la sagesse et de la rigueur de l'Église, il serait fort téméraire de nier le salut ou l'héroïcité des vertus d'un bienheureux.
Comme on le voit aisément, il est nécessaire, si l'on récuse quelque canonisation accomplie par Jean-Paul II (ou Benoît XVI) ou bien si l'on en doute, il est nécessaire de nier qu'ils puissent être de véritables Papes, qu'ils sont les dépositaires de l'autorité de Jésus-Christ sur toute l'Église. Il est impossible de tergiverser, et cette cohérence importe au plus haut point à la foi catholique. Il faut en tous les cas cesser de « boiter des deux côtés » comme le reprochait le prophète Élie à Israël [III Reg. XVIII, 21] et de tordre la sainte doctrine au gré de la commodité ou du caprice. Cela ne peut venir de Dieu et fait beaucoup de tort à sa cause.