Jeudi 9 février 2006
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Le Père Réginald Garrigou-Lagrange est une haute figure de la théologie catholique au vingtième siècle. Sa
biographie présente un grand intérêt, et voilà pourquoi j’ai établi un résumé de sa vie et de son œuvre, inspiré principalement de deux biographies (d’où
quelques redites) : un article du R.P. M.-Benoît Lavaud o.p. publié dans la Revue Thomiste [avril-juin 1964] et reproduit dans Itinéraires [n° 86, septembre-octobre 1964], et une conférence du P.
Marie-Rosaire Gagnebet o.p. insérée dans un in Memoriam consacré
au R.P. Garrigou-Lagrange et publié par l’Angelicum en 1965.
L’encyclique du Pape Léon XIII Æterni Patris (4 août 1879),
traitant de la restauration de la philosophie chrétienne, fut le signal d’un renouveau de la doctrine de saint Thomas d’Aquin : le pape exhortait les catholiques à suivre en tout les principes,
la doctrine et la méthode du Docteur Angélique. La conséquence de cet acte pontifical fut une admirable effloraison d’études, d’œuvres et de recherches théologiques et philosophiques, et, parmi
les maîtres qui s’y sont consacrés, le Père Garrigou-Lagrange brille d’un éclat particulier : rares sont ceux dont la science a été aussi universelle, dont l’enseignement a été aussi profitable à
de nombreuses générations, et dont l’esprit de synthèse a été aussi pénétrant ; rares encore sont ceux qui ont eu autant que lui l’esprit combatif contre les déviations modernistes et toutes les
réductions de la doctrine catholique.
Pour notre plaisir, voici un souvenir raconté par l’Abbé V.A. Berto qui donne une image pittoresque du Père Garrigou.
« Avec un de nos confrères, – car la Règle [du Séminaire français] ne permettait pas à un séminariste de sortir seul dans Rome ; nous venions de faire une longue visite au Père Garrigou-Lagrange,
dans sa cellule de l’ancien Collège Angélique, sur le Viminal.
« La matière de l’entretien nous demeure encore très présente. C’était un tout petit écrit – une demi-colonne de journal – qui ne figurera certainement pas dans les Opera omnia du Père, qu’il avait signé « Un théologien thomiste » et fait paraître dans
un hebdomadaire qui n’eut qu’une courte carrière, la Gazette française.
« Sommes-nous deux douzaines de survivants à connaître ces infimes circonstances ?
« Nous crûmes, dans la conversation, nous être constamment tenu dans les bornes du respect, mais de quoi n’est pas capable un chouan de vingt-cinq ans, diacre depuis quelques semaines, et presque
aussi enflammé que saint Étienne ? Qui sait si nous n’avons pas dit au Père que nous le soupçonnions d’être « un homme de gauche » ? Il dut nous échapper quelque véhémence de cette sorte, car le
Père sans en rien montrer dans le moment, garda pour la fin la flèche la mieux acérée d’un carquois qu’il avait toujours bien garni. Nous ayant donné congé il voulut nous reconduire jusqu’à
l’escalier, par pure cordialité, car il n’était point cérémonieux, pour l’agrément de faire encore un brin de causette, car il était très « causant », et surtout parce qu’il s’agissait pour lui
de tirer au bon moment et de ne pas nous rater. Nous avions déjà
le pied sur la première marche quand il nous rattrapa par un bouton de notre soutane, nous planta devant lui, se planta devant nous et, avec un joyeux redoublement d’accent gascon, nous décocha
comme dans Homère ces paroles ailées :
« Ne soyez pas mûr trop tôt, jeune homme ; autrement quand il faudrait être mûr, vous seriez blet. »
« Sur quoi il nous tourna le dos et, cloué sur place, nous l’entendions rire tout seul en regagnant sa cellule d’avoir si bien réussi son coup.
« Que faire ? Lui courir après ? nous anéantir à ses pieds ? cela lui eût gâté son plaisir. Nous prîmes le parti de dévaler l’escalier avec notre compagnon, ravi de l’aventure, qui se gaudissait
aux larmes, jusque dans la rue et, rentré dans notre propre cellule du séminaire, d’écrire au Père pour le remercier d’une estocade, c’est le cas de le dire, si magistralement administrée. Il n’en fut autre chose, si ce n’est que nous nous efforçâmes
de ralentir notre maturation. Nos relations ultérieures avec le P. Garrigou-Lagrange ne se ressentirent point de l’incident, que le Père oublia certainement et complètement dans les vingt-quatre
heures. Ces relations furent d’ailleurs toujours très espacées. Dans les trente années qui suivirent, nous vîmes le Père trois ou quatre fois, nous échangeâmes des lettres deux ou trois fois.
Assez pour nos besoins nous le trouvions dans ses livres. Longtemps nous avons espéré qu’il serait créé Cardinal. Dieu en a autrement disposé. » [Itinéraires n° 132 pp. 97-99]
Autre anecdote, racontée elle aussi par l’Abbé Berto.
« Dans le Carnet de Notes, M. Jacques Maritain raconte qu’un jour
de 1918 (le cardinal Billot avait soixante-douze ans, le P. Garrigou-Lagrange quarante et un) le père vint s’entretenir avec le cardinal de matières théologiques. Le cardinal, jésuite jusqu’aux
ongles, ne disait pas un mot qu’il ne voulut dire et ne perdait jamais la maîtrise de soi que donne la formation de la Compagnie ; mais à l’intérieur des frontières à la vérité spacieuses qu’il
ne franchissait pas, il donnait carrière à sa fougue naturelle qui était tout à fait extraordinaire et qu’il garda dans le plus grand âge. Aussi dominicain que le cardinal était jésuite, le P.
Garrigou-Lagrange était l’homme du monde le moins capable de dissimuler ses sentiments et chérissait l’entière simplicité et la franchise d’allure qu’il avait apprises dans l’Ordre. Il arriva
donc que, dans la conversation, le père cita Cajetan. Le cardinal déclara tout à trac que Cajetan n’était qu’un bâtard. Oh ! Oh ! Le Père se contint comme il put et vint à nommer Jean de
Saint-Thomas. Redoublant d’impétuosité, le cardinal répliqua que Jean de Saint-Thomas n’était qu’un double bâtard. Sur quoi le Père, suffoqué d’horreur et d’indignation, se leva sans attendre,
contre tous usages, que le cardinal lui donnât congé, s’empara de son chapeau et sortit en claquant la porte.
« Cette anecdote les peint à merveille l’un et l’autre, le cardinal dans sa véhémence, le Père montrant droitement qu’il n’était pas disposé à endurer, même d’un prince de l’Église, un mot
malsonnant sur les grands théologiens de son Ordre. Cette querelle d’ailleurs ne les brouilla point. Ils en eurent d’autres, dont aucune ne brisa leur amitié.
« Nous ne sommes pas autrement renseigné sur les sentiments du cardinal Billot envers Jean de Saint-Thomas. Cajetan l’agaçait, nous n’avons jamais bien compris pourquoi, mais il n’en rendait pas
moins à ce « raisonneur incomparable » comme dit M. Jacques Maritain l’honneur dû à son génie. » [Itinéraires
n° 132 p. 100]
L’Abbé Berto a d’ailleurs consacré au P. Garrigou-Lagrange un article de La pensée catholique en 1952, article repris dans le recueil Pour la sainte Église Romaine
(Le Cèdre 1976, pp. 155-162). Sa conclusion sera la nôtre : « Les travaux du P. Garrigou-Lagrange font de lui un exemple achevé à la fois du
théologien thomiste et du docteur romain ».
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : Biographie
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Mercredi 8 février 2006
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Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, la plus
grande sainte des temps modernes au dire du Pape Pie XI, nous a été miséricordieusement accordée, pour illuminer – par contraste –
notre temps de naturalisme, d’activisme et de sentimentalisme.
Pour comprendre la puissance et la profondeur de l’esprit évangélique qui habita l’humble carmélite, rien ne vaut la lecture du discours prononcé par le pape Benoît XV le 14 août 1921, discours
qui est l’exposé autorisé de la voie d’enfance suivie et décrite par sainte Thérèse.
Ce discours réjouit grandement les sœurs de la sainte, en particulier Céline – sœur Geneviève de la Sainte-Face – qui écrivait :
« Je n’ai jamais éprouvé une joie si grande et si profonde que le 14 août 1921, à l’annonce du magistral discours de Benoît XV, que des télégrammes enthousiastes nous disaient avoir exalté
la petite Voie de l’enfance spirituelle en même temps que l’héroïcité des
vertus de Thérèse. C’est la victoire telle que je l’avais désirée, sans oser l’espérer si complète. La Béatification et la Canonisation elles-mêmes ne m’ont point apporté un bonheur aussi intense
» [Céline, sœur et témoin de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, par
le Père Stéphane-Joseph Piat, O.F.M. Office Central de Lisieux,
1963, p. 120].
Monsieur Martin son père fut, à plus d’un titre, à l’origine de l'« ouragan de gloire » de sainte Thérèse, en particulier par sa haine du péché et de l’erreur, dont il montre ainsi amplement la
divine fécondité.
Si sainte Thérèse a connu le Carmel où sa sainteté s’est épanouie et consommée, si elle est à tout jamais sainte Thérèse de
Lisieux, c’est à la suite d’un acte véritablement héroïque de son père. Celui-ci, demeuré veuf avec cinq filles, quitte Alençon où
se trouvent ses attaches familiales, tous ses amis, son patrimoine et le frais tombeau d’une épouse profondément aimée ; c’est pour un motif de prudence toute surnaturelle qu’il se décide à
s’arracher sans une plainte à tant de légitimes attaches. Ainsi témoigne encore Céline :
« Je désirais savoir pourquoi, malgré les instances qui lui furent faites, mon père se décida à quitter Alençon. Il me répondit qu’il voulait nous soustraire à l’influence mondaine de quelques
familles et aux idées libérales des autres. Combien nous lui sûmes gré de sa décision si sage et si désintéressée. » [Le Père de
sainte Thérèse de Lisieux, Carmel de Lisieux, 1953, p. 40]
Quelle leçon pour les lâches et les tièdes que nous sommes devenus, prisonniers du monde, de son esprit, de ses modes, de ses exigences – de ce monde que nous craignons souvent plus que la
justice de Dieu !
Lisons ce discours de Benoît XV
pour retomber en enfance et n’en plus sortir.
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : Quicumque
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Mercredi 8 février 2006
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Une triste aventure, une histoire lamentable, dont de salutaires enseignements peuvent être tirés, dont les
leçons ne doivent pas être perdues : la
Petite-Église
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : Histoire
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Mercredi 8 février 2006
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Dès l'origine, l'Église a condamné les écrits susceptibles de mettre en péril la foi ou la vertu : sa vigilance maternelle ne s'est jamais démentie. C'est ainsi qu'on voit que les convertis
d'Ephèse, sous le ministère de l'Apôtre saint Paul, brûler publiquement leurs livres mauvais (Act. XIX, 19).
L'invention de l'imprimerie rendit nécessaire une vigilance accrue : l'autorisation préalable d'impression, et l'obligation de se défaire des mauvais livre commença dès le tout début du XVIe
siècle (1501, Alexandre VI) et devint universelle au cinquième concile de Latran (1515, Léon X).
La diffusion du protestantisme nécessita qu'on dressât des catalogues de livres prohibés et c'est ainsi que naquit l'Index proprement dit. Commencé à Venise (1543), cet usage gagna les grandes
villes de la chrétienté. À Rome, Paul IV ordonna au Saint-Office, organisé en congrégation dès 1542, de dresser un Index général, qui parut en 1557. Ce catalogue, étoffé au cours des âges, dura
jusqu'en 1900 où le Pape Léon XIII lui substitua un nouveau catalogue dont la dernière édition remonte à 1948. La dernière mise à l'index remonte à 1961.
La congrégation de l'Index fut instituée en 1571 (saint Pie V) pour décharger le Saint-Office. En 1917, Benoît XV la supprima et transféra sa compétence au Saint-Office.
Outre un catalogue, l'Église a promulgué des prohibitions générales, interdisant la lecture de catégories entières de livres. Les dix règles fondamentales de l'Index ont été introduites par Pie
IV en tête du catalogue de 1564 ; Léon XIII les a mises à jour en 1897 et elles ont été insérées dans le code de Droit canonique en 1917.
On trouvera la législation de l'Église en tête d'un Extrait de
l'Index des livres prohibés, établi pour rendre accessible la nomenclature des livres de langue française ou des livres les plus
connus.
Qui veut le catalogue complet présenté sous forme de tableau peut consulter l'édition de 1948, qui cependant ne contient pas les condamnations postérieures, à la
différence de l'extrait mentionné ci-dessus.
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : Droit canonique
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Samedi 4 février 2006
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Un lecteur des plus bienveillants, réagissant à la publication sur Quicumque de
l'encyclique de Pie XII Ad Apostolorum Principis, m'a écrit les
lignes suivantes :
C'est bien de rappeler la doctrine de Pie XII comme boussole dans le désarroi actuel de l'Église.
Nous savions bien que Pie XII avait condamné les sacres épiscopaux de l'église patriotique en Chine. Il appliqua ainsi une rigueur inconnue dans l'Église jusqu'alors, mais nécessaire à cause du
communisme « intrinsèquement pervers ».
Mais, de là à appliquer ce document magistériel à la situation après lui, il y a de la marge. Il est un fait que la plupart des évêques qu'il avait nommés lui comme pape légitime se sont laissé
emporter dans la tourmente conciliaire par une minorité agissante. Il faut citer une conséquence très grave du concile et de ses « réformes » : les nouveaux rites des « sacrements » et en
particulier la réforme du sacrement de l'Ordre par « Pontificalis Romani » de Paul VI le 18 juin 1968. Les nouveaux ordres sont invalides.
Alors il était nécessaire que Mgr Lefebvre et Mgr Ngo-Dinh-Thuc ont sacré des évêques dans des circonstances de nécessité la plus grave : l'extinction du sacerdoce catholique.
Dès lors la loi de Pie XII n'est pas d'application tant que la hiérarchie ne sera pas rétablie. Je pense sincèrement que les évêques de ces deux lignées se soumettraient tout de suite le jour
où il y aura un pape.
Entre-temps la gloire de Dieu et le besoin des âmes exige que nous exercions notre pouvoir d'ordre. Il ne faudrait pas décourager les catholiques, prêtres et laïcs qui font de grands sacrifices
pour maintenir la foi et les secours de la grâce, la sainte messe et les sacrements.
Normalement vous devriez être d'accord avec ce que j'écris ici.
In fide catholica.
Voici la réponse que j'ai envoyée.
Cher XXX,
vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire au sujet des sacres
épiscopaux, et voilà que je n'ai cessé de différer ma réponse malgré la gravité du sujet et
la reconnaissance que je vous dois. Je vous prie de vouloir bien m'excuser.
Je gage que nous serons d'accord sur trois points qui permettent de bien situer l'importance et le nœud du problème : Est-il permis, dans la situation présente, de recourir aux sacres épiscopaux conférés sans mandat apostolique ?
1. À travers les vicissitudes du cours de sa vie terrestre, la sainte Église catholique demeure identique à elle-même, sous l'Autorité première et souveraine de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
selon la Constitution – bâtie sur l'unité hiérarchique – que lui a donnée Notre-Seigneur, dans la possession inamissible des trois pouvoirs que Notre-Seigneur lui a confiés (Magistère, Ordre
Juridiction) et des quatre notes dont il l'a dotée (Unité, Sainteté, Catholicité, Apostolicité) ; et cela doit durer jusquà la fin du monde.
2. L'absence et l'absence prolongée de l'autorité pontificale et de l'autorité épiscopale dans la sainte Église est un grand malheur. À ce malheur s'ajoute la présence depuis 1968 d'un
nouveau rituel de l'Ordre qui est (au minimum du minimum) douteux. L'addition de ces deux éléments constitue un état de nécessité tel que sans doute l'Église n'en a jamais connu.
3. L'état de nécessité – si grand et angoissant qu'il soit – ne saurait être une raison pour que tout soit permis, pour qu'on puisse prendre pour unique guide ou critère le besoin immédiat
(sinon, il suffit de considérer que l'Église ne peut se passer de Pape, et hop ! on en fabrique un sur-mesure). Et cela pour deux raisons :
a] La pérennité de l'Église est divinement assurée, et ne saurait en rien dépendre de l'action des hommes, qui ne peuvent être en l'occurrence que des instruments. Il n'y a pas lien de cause
à effet nécessaire entre ce que nous faisons et la survie de l'Église ; si l'on veut parler du salut des âmes, dont chaque cas n'est pas divinement garanti, il faut se souvenir que la première
qualité demandée à ceux qui veulent ou doivent y travailler est la fidélité : Hic jam
quæritur inter dispensatores [mysteriorum Dei] ut fidelis quis inveniatur [I Cor IV, 2].
b] La constitution de l'Église est intangible, d'institution divine, et on ne peut donc porter la main sur elle. Si l'épikie, avec toutes les précautions qui s'imposent, permet d'interpréter
la législation de l'Église, elle ne saurait autoriser à agir à l'encontre de la Constitution de l'Église.
C'est dans ce dernier point que gît le problème.
J'affirme que l'épiscopat, sa transmission et sa dépendance du souverain Pontificat, appartiennent à la constitution de l'Église.
Avant de m'efforcer d'étayer cette affirmation, je fais simplement remarquer ceci : le sacre d'un évêque sans mandat apostolique est un acte d'extrême gravité – tout le monde en convient –
et l'excommunication est là pour le rappeler. Ceux qui l'accomplissent, l'approuvent ou en bénéficient doivent donc avoir des raisons (et des raisons objectives, publiques, communicables)
d'une gravité équivalente pour agir ainsi, et en particulier pour justifier que leur acte ne passe outre qu'à une loi disciplinaire. Sans quoi ils manquent gravement. En d'autres termes, la charge de la preuve de la légitimité d'un tel sacre leur incombe, et leur incombe
préalablement.
Or je ne vois pas que cela ait été sérieusement fait, ni du côté de Mgr Lefebvre, ni du côté des innombrables descendants de Mgr Thuc.
J'affirme donc que l'épiscopat et son lien de dépendance avec le Pontificat suprême est partie intégrante de la constitution de l'Église. Je l'affirme parce que :
c'est l'enseignement de l'Église ;
c'est la pratique de l'Église ;
c'est la nature de l'épiscopat ;
les conséquences le montrent abondamment.
I. Enseignement de l'Église.
L'épiscopat et sa transmission relèvent de la constitution même de l'Église catholique, dit Léon XIII : « L'ordre épiscopal fait nécessairement partie de la Constitution intime de l'Église »
( Satis
Cognitum, § 71). C'est selon cette Constitution que le Pape, et lui seul, appelle les
évêques, les fait participer à la régence sur le Corps mystique de Jésus-Christ, les incorpore dans la hiérarchie de la sainte Église.
« Le Pape seul institue les évêques. Ce droit lui appartient souverainement,
exclusivement et nécessairement, par la constitution même de
l'Église et la nature de la hiérarchie » (Dom Adrien Gréa, L'Église et sa divine
constitution, Casterman 1965, p.
259).
Léon XIII rappelait auparavant dans Satis Cognitum la nécessité pour l'unité de
l'Église qu'il n'y ait pas de dissension dans l'épiscopat :
« Par où l'on peut comprendre que les hommes ne se séparent pas moins de l'unité de l'Église par le schisme que par l'hérésie. On met cette différence entre l'hérésie et le schisme, que l'hérésie professe un dogme corrompu ; le schisme, par suite d'une dissension dans
l'épiscopat, se sépare de l'Église. Ces paroles [de saint Jérôme] concordent avec celles
de saint Jean Chrysostome sur le même sujet : Je dis et je proteste que diviser l'Église
n'est pas un moindre mal que de tomber dans l'hérésie. Cest pourquoi, si nulle hérésie ne
peut être légitime, de la même façon, il n'y a pas de schisme qu'on puisse regarder comme fait à bon droit. Il n'est rien de plus grave que le sacrilège du schisme : il n'y a pas de nécessité légitime de rompre l'unité ». (Léon XIII, Satis Cognitum, 29 juin 1896, § 49).
Je pourrais placer ici des extraits de Quod aliquantum de Pie VI, et de Ad Apostolorum Principis de Pie XII. Mais vous les connaissez aussi bien que moi ; vous avez comme moi remarqué que Pie VI rattache au dogme la
nécessité de la confirmation des évêques par le souverain Pontife (§ 24), s'opposant au sophisme des laudateurs de la Constitution civile du clergé qui en faisait une
affaire de discipline ; vous avez comme moi lu que Pie XII rattache à la Constitution même de l'Église l'élection des Évêques :
« Devant de si graves attentats contre la discipline et l'unité de l'Église, c'est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la
constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents.
« Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu'il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l'aptitude d'un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission
épiscopales et qu'il revient au Pontife romain de nommer librement les évêques. »
II. Pratique de l'Église.
La pratique de l'Église est un lieu théologique de première importance puisque, comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, « la coutume de l'Église a la plus grande autorité ; sa façon dagir
doit être adoptée par tous, car l'enseignement des docteurs catholiques lui-même tient son autorité de l'Église. D'où il faut davantage s'en tenir à l'autorité de l'Église qu'à l'autorité
de saint Augustin, ou de saint Jérôme ou d'un quelconque docteur » Somme
théologique, IIa IIæ q. X, a.12, c.
L'examen de cette pratique montre que l'Église n'a jamais admis, ni même simplement toléré, des sacres épiscopaux irréguliers. Un ouvrage paru sans nom d'auteur à Liège en 1814,
Tradition de lÉglise sur l'institution des évêques (trois volumes de 350 à 400 pages chacun, un volume sur l'Orient, deux sur l'Occident) étudie minutieusement un grand
nombre de cas qu'on pourrait présenter en faveur de la légitimité, en certaines circonstances, des sacres sans mandat apostolique, et conclut toujours et sans appel par la négative : la pratique
de l'Église est constante et sans faille. Cela d'ailleurs ne devrait pas nous étonner, puisque cette pratique est l'effet de la constitution même de l'Église.
Ce livre, écrit en fait par Jean-Marie et Félicité de Lamennais, valut probablement à Félicité d'être nommé cardinal in petto. Cf. Les quatre derniers Papes et Rome durant leur pontificat du Cardinal Wiseman. Traduction française par Richard Viot. Tours, Mame, 1878. pp. 186-190.
On allègue parfois l'exemple de saint Eusèbe de Samosate, mais en vain. Son cas bien exposé et analysé dans deux articles du frère A.M. Lenoir, articles parus dans les nn. 22 et 23
de Sedes Sapientiæ. Il ressort de cette étude que saint Eusèbe a été toute sa vie un
observateur fidèle des lois canoniques, et que l'attribution qu'on lui fait de sacres épiscopaux accomplis de son propre chef repose sur une source historique unique – Théodoret de Cyr qui fut
longtemps nestorien – dont l'interprétation est au demeurant difficile. Cette interprétation ne saurait être faite à l'encontre de toute sa vie et, en tout cas, ne saurait être celle qu'on
retient pour justifier des sacres illégaux.
Jusqu'à preuve du contraire (preuve qu'on m'a plus d'une fois promise mais que j'attends toujours), la pratique constante et unanime de l'Église me fournit un argument très solide pour
affirmer que la constitution de l'Église – et pas simplement sa loi disciplinaire – est en jeu dans la transmission de l'épiscopat.
III. La nature de l'épiscopat.
L'épiscopat est hiérarchique par nature. Saint Thomas dAquin enseigne bien que ce qui le différencie du simple sacerdoce est son ordination au Corps mystique :
« Habet enim ordinem episcopus per comparationem ad Corpus Christi mysticum, quod est
Ecclesia
sed quantum ad Corpus Christi verum, non habet ordinem supra presbyterum ;
l'évêque a un ordre relatif au Corps mystique du Christ, qui est l'Église
; relativement au Corps physique du Christ, l'évêque n'a pas d'ordre au-dessus du prêtre
(in Billuart, Cursus theologiæ, de sacramento
ordinis, c. X, d. IV, a 2, ad 4um).
Par son ordination essentielle au Corps mystique, l'épiscopat est la « brique élémentaire » dont est bâtie la hiérarchie de l'Église. En lui s'unifient les deux raisons diverses selon
lesquelles s'ordonne l'unique hiérarchie de l'Église : l'ordre et la juridiction. L'unité de ces deux aspects existe dans l'épiscopat qui, seul par institution divine, prend place
simultanément dans la hiérarchie d'ordre et dans la hiérarchie de juridiction.
Je dis que l'épiscopat réalise l'unité de la hiérarchie ecclésiastique parce que d'une part il est la plénitude du sacerdoce et que d'autre part la juridiction suprême et fondamentale dans
l'Église est épiscopale – non pas au sens de la juridiction d'un évêque particulier, mais de celle de l'évêque des évêques. Le concile du Vatican, lorsqu'il veut caractériser la juridiction
du Pape, dit que c'est une juridiction épiscopale :
« Nous enseignons donc et Nous déclarons que l'Église romaine, par l'institution divine, a la principauté de pouvoir ordinaire sur toutes les autres églises, et que ce pouvoir de juridiction du
Pontife romain, pouvoir de juridiction qui est vraiment épiscopal, est immédiat
: jurisdictionis potestatem, quæ vere episcopalis est, immediatam esse » Pastor Aeternus, D. 1827, 18 juillet 1870.
En conséquence, c'est l'unité hiérarchique de l'Église catholique qui est en cause : faire un évêque, c'est faire une hiérarchie ; et si cet évêque n'est pas fait par le Pape – seul
fondement de la hiérarchie catholique – c'est faire une autre hiérarchie. On ne peut sortir de là.
Les évêques sont les successeurs des Apôtres, et ils doivent cette qualité à leur union épiscopale au souverain Pontife.
IV. Les conséquences le montrent abondamment.
Je vous ajoute pêle-mêle, cher XXX, d'autres considérations qui sont soit des conséquences, soit des annexes, soit des réponses à d'éventuelles objections, en tout cas des compléments de ce que
je viens dénoncer ; toutes, à mon sens, confortent cette vérité que la transmission de l'épiscopat relève de la Constitution de l'Église.
1. Et l'indéfectibilité de lÉglise ?
L'indéfectibilité de l'Église est un fait divinement accompli pour le passé, et divinement garanti pour l'avenir : la permanence de son apostolicité, de sa constitution et de sa doctrine de
foi jusqu'à la fin des temps. C'est une caractéristique que Dieu seul peut assurer : ce que peuvent faire les hommes de leur propre chef est vain.
Cela l'est dautant plus si, par des sacres sans mandat apostolique, ils vont à l'encontre de la constitution de l'Église – que l'indéfectibilité doit conserver. Il en serait de même si, par
une pseudo-élection pontificale, ils allaient à l'encontre de l'apostolicité que l'indéfectibilité doit conserver ; ou s'ils venaient à changer la doctrine de foi qui entre elle aussi
dans lobjet de l'indéfectibilité.
Certes, nous voyons bien (et parfois avec angoisse) que pour que cette indéfectibilité demeure, il faut que la chaîne des évêques valides ne s'interrompe pas, il faut que le Siège apostolique ne
cesse pas d'être occupé, de telle sorte qu'il n'y ait pas rupture de succession : mais toute intervention humaine contraire à la constitution de l'Église est un terrible manque de foi en
cette indéfectibilité, et ne peut conduire qu'à des catastrophes.
2. Et les vocations sacerdotales ?
À propos de la nature de la vocation, l'Église enseigne : « Vocari autem a Deo dicuntur qui
a legitimis Ecclesiæ ministris vocantur ceux-là sont dits être appelés par Dieu, qui sont
appelés par les ministres légitimes de l'Église » Catéchisme du Concile de Trente, de
Ordine § 1.
En parlant du sacerdoce, saint Paul écrit (Heb. V, 4) : « Nul ne s'attribue à lui-même cet honneur, sinon celui qui est appelé de Dieu comme Aaron ». Avec les consécrations épiscopales sans
mandat apostolique, plus personne n'est appelé.
Les évêques sacrés sans mandat apostolique ne peuvent transmettre ce dont ils sont dépourvus : Nemo dat quod non habet. N'ayant pas été appelés,
ils ne peuvent appeler à leur tour. Ainsi, s'ils ordonnent des prêtres, ce sont des prêtres sans vocation. C'est par nature, par institution divine, par constitution de l'Église, que le Pape
appelle les évêques et que ceux-ci appellent les prêtres. Mais voilà, avec les consécrations épiscopales sans mandat apostolique, la chaîne est rompue ; quand les évêques
s'attribuent l'épiscopat (c'est bien cela qui arrive, même s'ils se « laissent choisir » par un évêque qui n'a pas ce pouvoir), les prêtres ne sont pas légitimement appelés. Dans la crise de
l'Église, si profonde qu'on la suppose, il peut bien être permis de passer outre à une législation qui délimite et organise la transmission du sacerdoce, mais il est impossible qu'il soit
permis d'aller contre la nature des choses.
Avec les consécrations épiscopales effectuées sans mandat apostolique, on a donc [peut-être] des catholiques-évêques, on n'obtient pas des évêques catholiques. Pourquoi ajouter ce
peut-être ? Parce qu'il faudrait vérifier la réalité de l'épiscopat et la qualité de catholique, ni l'une ni l'autre n'étant
plus garantie par l'Église elle-même. Le discernement sera de plus en plus difficile ; la certitude – qui repose déjà sur une bonne dose de confiance difficile à placer – ira s'amenuisant. Ce
simple fait montre à lui seul que la « voie épiscopale » n'est pas la voie du salut, pas même celle de la survie. Dans certaines lignées épiscopales, on en est à la troisième ou quatrième
génération de sacres, et les intermédiaires, venus parfois on ne sait d'où, disparaissent les uns après les autres
.
3. Crédibilité, catholicité
L'Église catholique est une société d'essence surnaturelle, mais elle est nécessairement visible (bien quelle ne le soit pas toujours de la
même façon, tout comme la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ durant sa vie terrestre). Notre appartenance à l'Église doit donc être, par nature, visible. Dans les temps troublés que nous
vivons, cette visibilité d'appartenance n'est plus assurée par l'adhésion au Magistère vivant, puisque ce pouvoir (toujours présent) ne s'exerce plus. Elle n'est pas davantage assurée par la
soumission à la juridiction, puisque l'autorité est défaillante. Il ne reste donc que le troisième pouvoir de l'Église, le pouvoir d'ordre, auquel il revient de réaliser et d'assurer cette
visibilité d'appartenance. Si l'on supprime cette troisième voie, en admettant qu'il puisse exister légitimement des évêques qui n'aient pas été institués par le souverain
Pontife, il n'y a plus rien : plus aucun critère ne permet de discerner ce qui est catholique de ce qui ne l'est pas, ce qui est légitime de ce qui ne l'est pas. Chacun bâtit son
propre critère : ceux qu'on connaît et apprécie sont les seuls
bons. Mais où se trouve donc la catholicité là au milieu ? C'est un grave problème qui se
pose parce que notre catholicité doit être et visible de l'extérieur, et réellement fondée de l'intérieur.
C'est, de plus, un problème très concret. Si Untel est ordonné prêtre, comment vais-je discerner s'il est en toute certitude (d'une certitude objective, fondée sur l'Église, communicable) prêtre catholique ? J'ai besoin de cette certitude pour assister à sa Messe et pour
recourir à lui. Cette certitude ne peut m'être donnée que par la filiation de ce prêtre, selon la constitution même de l'Église catholique : c'est la mission propre du souverain Pontife
d'instituer les évêques ; c'est la mission propre des évêques d'ordonner les prêtres. Il faut donc que je sache, outre sa profession de foi catholique bien sûr, s'il a été ordonné selon le
rite catholique par un évêque institué par le souverain Pontife (et sacré selon le rite catholique). Hors de cela, je ne puis avoir qu'une opinion, qui ne peut en rien me permettre de recourir à
lui.
Je ne veux pas parler ici de la validité des ordres dans les différentes branches épiscopales bien que cette question me tarabuste de plus en plus : pour croire à cette validité, il faut
multiplier les actes de foi (humaine) à mesure qu'on séloigne de la source, et que le sérieux et la catholicité des intentions se perd dans le brouillard. Mais sans cela, la question épiscopale
et tout ce qui en dépend est déjà suffisamment grave et préoccupante.
4. Cohérence
À quoi bon avoir lutté pendant plus de trente ans contre les ferments de dissolution de l'unité de l'Église à mesure qu'ils apparaissaient dans la réalité ou dans la conscience, pour se livrer
ensuite soi-même à ce jeu mortel ? (L'unité de l'Église provient de sa constitution divine, et elle est un objet de foi : elle est donc inaltérable et hors d'atteinte de la malice des hommes.
Mais des facteurs pervers peuvent soustraire des chrétiens à cette unité ; c'est de ces facteurs que je veux parler.)
À quoi bon avoir refusé tour à tour ce qui rompt la triple unité catholique :
– la liberté religieuse, la fausse conception de l'Église enseignée à Vatican II, l'adhésion à Benoît XVI [fausse règle de la foi] et les divagations des traditionalistes à propos du
Magistère, qui dissolvent l'unité de la foi ;
– la réforme liturgique de Paul VI, l'una cum et le charismatisme qui dissolvent l'unité de l'ordre sacramentel ;
– l'adhésion à une pseudo-autorité, le conclavisme, le charismatisme encore et la prétendue justification de la désobéissance, qui dissolvent l'unité hiérarchique
;
à quoi bon donc, si c'est pour de notre côté faire quelque chose d'analogue ?
5. Où s'arrêter ?
Pour exprimer la même chose de façon « existentielle », on peut dire que dans la crise de l'Église à laquelle nous assistons, dans cette crise que nous aggravons par nos péchés, dans cette crise
que nous subissons, il faut savoir où sarrêter, en matière de décisions à prendre, d'attitudes à adopter en vue de
conserver la foi et l'appartenance à l'Église catholique. Pour ce qui est de refuser de reconnaître l'autorité de Benoît XVI, il n'y a pas d'état d'âme à avoir : la foi impère clairement ;
il y a juste des vérifications à faire, de sérieuses vérifications car l'affaire est gravissime.
Mais dans l'attitude pratique à tenir, l'éventail des possibilités est large, et la distance est grande entre d'un côté la périlleuse abstention de toute vie sacramentelle, et de l'autre la
folle initiative de la réunion d'un « conclave ». Devant cet éventail, le pire serait de se déterminer selon son jugement propre. Seules la pratique de l'Église et la théologie de saint Thomas
d'Aquin peuvent donner un sûr critère de choix – et il se trouve que les deux concordent pour marquer la frontière entre l'exercice du sacerdoce d'une part, et l'accès à l'épiscopat
d'autre part. Le premier, d'ordre essentiellement sacramentel, peut être l'objet d'une suppléance de l'Église ; le second, d'ordre essentiellement hiérarchique, non.
Enfin, je fais observer qu'une fois admis le principe qu'on peut recourir à des sacres épiscopaux sans mandat apostolique, plus rien de solide ne peut arrêter dans une voie qui s'est révélée
pour beaucoup une voie de perdition : il n'y a plus de limite objective, il n'existe plus de borne ferme, on s'est privé du meilleur discernement de la catholicité, on se trouve en position
d'extrême vulnérabilité.
Vous m'écriviez, cher XXX, à propos des principes énoncés par Pie XII dans Ad Apostolorum
Principis « Dès lors la loi de Pie
XII n'est pas d'application tant que la hiérarchie ne sera pas rétablie. »
S'il sagissait d'une loi, de dispositions disciplinaires même très graves, alors ce que vous dites se justifierait pleinement. Mais cela, jamais personne ne l'a montré, et je pense avoir
montré le contraire. Tout au moins j'en suis persuadé.
Je vous remercie, cher XXX, de m'avoir lu jusqu'ici. Je vous prie de trouver dans la présente (et trop longue) lettre le témoignage du profond respect que je vous porte et l'assurance de mes
prières.
Abbé Hervé Belmont
P.S. Je place ici quelques lignes de l'Abbé Berto à propos du droit divin en matière épiscopale, qui donnent à réfléchir
.
« De droit divin, les Évêques même dispersés, sont un corps
constitué dans l'Église. [...
] Il est de droit divin non seulement qu'il y ait des
Évêques, mais que les Évêques soient un corps, et, si tel sujet devient Évêque, il est de droit divin qu'il y ait, entre lui et le Pape d'une part, entre lui et ses collègues d'autre part, le
double lien organique qui le fait membre de ce corps. [...
] [Ce qui agrège au corps épiscopal] c'est le pouvoir de gouvernement, non actuel, mais en tant qu'il est normalement associé au
Sacre, en tant que le Sacre y donne « vocation » et que cette « vocation » n'est pas contrariée par le schisme. [...
] Évêque est celui qui a reçu le Sacre, fût-ce au sein du schisme, fût-ce
schismatiquement en se faisant sacrer sans mandat Apostolique ; mais alors il est Évêque sans être du corps épiscopal. »
Abbé V.-A. Berto, Pour la sainte Église Romaine, Le Cèdre, Paris 1976, pp. 242 sqq.
Par Abbé Hervé Belmont
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Publié dans : de Ecclesia
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