Concile du Vatican. La foi et la raison
L'Église a toujours tenu et tient communément qu'il existe deux ordres de connaissance distincts non seulement par leur principe mais par leur objet : par leur principe parce que la
connaissance procède dans l'un de la raison naturelle et dans l'autre de la foi divine ; par leur objet puisqu'en dehors des choses auxquelles peut atteindre la raison naturelle, il nous est
proposé de croire certains mystères cachés en Dieu qui ne pourraient être connus s'ils n'étaient divinement révélés. À ce sujet, l'Apôtre qui atteste que Dieu peut être, «
par ses œuvres », (Rom. I, 20) connu des païens, ajoute cependant en
parlant de la grâce et de la vérité « constituées en Jésus-Christ » (Jo. I, 17) : « Nous prêchons une sagesse de Dieu mystérieuse et cachée, que Dieu avant
les siècles avait destinée pour notre glorification. Cette sagesse, nul des princes de ce siècle ne l'a connue
mais Dieu nous l'a révélée par l'Esprit : car l'Esprit pénètre tout, même les
profondeurs de Dieu » (I Cor. II, 7-8, 10). Et le Fils unique lui-même rend grâce au Père d'avoir caché ces choses aux sages et aux prudents et de les avoir révélées aux petits (Mat. XI, 25).
La raison, éclairée et illustrée par la foi, tandis qu'elle recherche avec soin, attention, piété et discrétion, quelque intelligence des mystères, arrive, Dieu l'accordant, à s'en imprégner
d'une manière extrêmement fructueuse, soit en mettant en œuvre l'analogie de choses qu'elle connaît naturellement, soit en examinant les liens des mystères entre eux ou bien les relations
qu'ils soutiennent avec la fin ultime de l'homme ; cependant jamais la raison ne devient capable de contempler ces mystères comme elle fait des vérités qui constituent son objet propre. Les
mystères divins, en effet, excèdent de telle manière, par leur nature même, l'intelligence créée, que même la révélation étant donnée et la foi étant reçue, ils sont entourés du voile de la foi
elle-même et demeurent comme enveloppés d'ombre, puisque aussi longtemps que nous sommes dans cette vie mortelle, « nous cheminons
loin du Seigneur, car nous marchons sous le régime de la foi et non sous celui de la claire vue » (II Cor. V, 6-7).
La foi est, sans aucun doute, au-dessus de la raison, mais il ne peut jamais y avoir d'opposition véritable entre la foi et la raison : c'est en effet le même Dieu qui révèle les mystères et
qui infuse la foi, et qui d'autre part insère dans l'âme humaine la lumière de la raison ; or Dieu ne peut se nier lui-même, non plus que le vrai contredire au vrai. Les apparences de
contradiction ne recouvrent aucun contenu réel et viennent principalement de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris ou exposés conformément à l'esprit de l'Église, ou bien encore de
ce que l'on affecte certains commentaires d'un coefficient rationnel qu'ils nont pas. Nous déclarons donc que « toute assertion contraire à la vérité irradiée de la foi est absolument fausse
».
L'Église qui a reçu, en même temps que la charge apostolique d'enseigner, le commandement de garder le dépôt de la foi, use d'un droit divin en proscrivant les fausses doctrines qui usurpent le nom de science (I Tim. VI, 20), en sorte que
nul ne soit séduit par le moyen de la philosophie, c'est-à-dire d'une vaine tromperie (Col. II, 8). C'est pourquoi il est interdit à tous les chrétiens fidèles de soutenir et de défendre comme étant des conclusions légitimes de la science
les opinions qui se révèlent contraires à la doctrine de la foi, surtout si elles ont été réprouvées par l'Église. Ils sont même rigoureusement tenus de ne voir là que des erreurs qui empruntent
faussement l'apparence de la vérité.
Non seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais elles se prêtent un mutuel appui : d'une part en effet la droite raison découvre les fondements de la foi et,
illustrée de la lumière de la foi, recherche la science des choses divines ; d'autre part la foi libère et affermit la raison contre l'erreur et l'instruit de multiples façons. Cest pourquoi
il s'en faut de beaucoup que l'Église fasse obstacle à la culture et au développement des disciplines humaines : au contraire elle les encourage et les aide de multiple manière. Elle n'ignore
ni ne méprise les avantages qui en résultent pour la vie humaine ; elle estime même que ces disciplines, issues de Dieu qui est le Seigneur des sciences, doivent, avec l'aide de la grâce,
conduire à Dieu, à la seule condition dêtre correctement exercées. LÉglise ne défend pas non plus que ces disciplines utilisent, à l'intérieur de leurs domaines respectifs, leurs principes et
leurs méthodes propres ; mais, reconnaissant cette juste liberté, elle prend soigneusement garde à ce que ces disciplines n'accueillent des erreurs répugnant à la divine doctrine ou bien ne
franchissent les frontières qui les circonscrivent, et ne viennent s'immiscer dans le champ de la foi et y jeter le trouble.
La doctrine de foi, révélée par Dieu, n'est pas proposée à la sagacité humaine pour recevoir achèvement, ainsi qu'il arrive des investigations philosophiques ; mais elle est remise à l'Épouse
du Christ comme un dépôt divin afin d'être fidèlement gardée et infailliblement promulguée. Il en résulte que le sens qui doit toujours être retenu pour les dogmes sacrés est celui que notre
sainte mère lÉglise a déclaré une fois pour toutes, (il en résulte également) qu'on ne doit jamais s'écarter de ce sens sous l'apparence ou le prétexte dune pénétration plus profonde. Que
l'intelligence, la science, la sagesse croissent, qu'elles se développent avec véhémence, pour chacun comme pour tous, pour chaque fidèle comme pour toute l'Église, suivant le progrès de
l'âge et celui des siècles, mais quelles conservent leur nature : c'est-à-dire [qu'elles demeurent] la même doctrine, [qu'elles soient fidèles] au même sens, [qu'elles portent] le même
jugement » (Saint Vincent de Lérins, Commonitorium).
Anathèmes
Si quelqu'un dit que la révélation divine ne contient, à proprement parler, aucun mystère véritable, mais que tous les dogmes de la foi peuvent être découverts et compris par la raison pourvu
quelle scrute convenablement les principes naturels, qu'il soit anathème.
Si quelqu'un dit que les disciplines humaines peuvent être poursuivies avec une liberté telle que leurs assertions, même contraires à la doctrine révélée, peuvent être tenues pour vraies, et que
l'Église ne peut y contredire, qu'il soit anathème.
Si quelqu'un dit que, par suite du progrès de la science, il peut arriver que les dogmes proposés par l'Église doivent recevoir un sens différent de celui qu'a entendu et q'uentend l'Église,
qu'il soit anathème.
Propositions souscrites par Bautain (18 novembre 1835
et 8 septembre 1840)
Louis-Eugène Bautain (1796-1867), professeur à l'Université et au Séminaire diocésain de Strasbourg, est le principal
représentant du fidéisme. L'influence de la philosophie de Kant, sa propre expérience lorsqu'il revint à la foi, et aussi des motifs d'apostolat, lui firent chercher la source des
connaissances religieuses et morales exclusivement dans la révélation divine. Il renonçait ainsi à la possibilité de parvenir par la pure connaissance naturelle à la certitude de l'existence de
Dieu et du fait de la révélation. En 1834, l'évêque de Strasbourg, Mgr de Trévern, publia un Avertissement, auquel Bautain refusa de souscrire. L'année suivante, il publiait sa Philosophie du
christianisme ; Rome ayant refusé d'intervenir, il dut souscrire en 1835, et après de légères modifications, en 1840, ces six
propositions ici reproduites. (Nous indiquons en italique ces modifications, éventuellement suivies, entre crochets, des termes employés en 1835.)
Ce fidéisme est proche parent du traditionalisme de L. de Bonald (1754-1840), de F. de Lamennais (1782-1854), de Ph. Gerbet (1798-1864) et d'A. Bonnetty (1798-1879). La méfiance envers la raison
fait cette fois chercher l'unique source de toute connaissance religieuse et morale dans la tradition humaine, qui remonterait en définitive à la révélation primitive.
Le fidéisme et le traditionalisme tendaient à mettre en valeur le rôle de la foi en l'opposant à celui de la raison humaine. Or cest dans l'intérêt même de la foi et de la révélation que
l'Église dut prendre la défense des droits de la raison.
1. Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu et l'infinité de ses perfections. La foi, don du ciel, suppose [est postérieure à] la Révélation ; elle ne peut donc pas être convenablement
alléguée vis-à-vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu.
2. La divinité de la [La] révélation mosaïque se prouve avec
certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme.
3. La preuve [de la révélation chrétienne] tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force avec son éclat vis-à-vis des générations
subséquentes. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenticité du Nouveau Testament, dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens ; et c'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à l'incrédule qui la rejette [à ceux qui la rejettent] ou à ceux qui, sans l'admettre encore, la désirent.
4. On n'a point [pas] le droit dattendre d'un incrédule qu'il
admette la résurrection de notre divin Sauveur avant de lui en avoir administré des preuves certaines ; et ces preuves sont déduites [de la même tradition] par le raisonnement.
5. Sur ces questions diverses, la raison précède la foi et doit nous y conduire [L'usage de la raison précède la foi, et y conduit l'homme par la révélation et la grâce].
6. Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel, il lui reste assez de clarté et de force pour nous
guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux Juifs par Moïse, aux chrétiens par notre adorable Homme-Dieu [La raison peut prouver avec certitude l'authenticité de la révélation faite aux Juifs par Moise et aux chrétiens par Jésus-Christ].
Promesse souscrite par Bautain (26 avril 1844)
Louis-Eugène Bautain voulant faire approuver par Rome la communauté religieuse qu'il avait fondée, la Congrégation des
Évêques et Réguliers lui demanda, ainsi qu'à ses compagnons, de signer une promesse. Ce document beaucoup plus nuancé que le précédent a aussi, en raison de l'autorité dont il émane, plus de
valeur officielle.
Nous promettons aujourd'hui et pour l'avenir :
1. De ne jamais enseigner que, avec les seules lumières de la raison, abstraction faite de la Révélation divine, on ne puisse donner une véritable démonstration de l'existence de Dieu.
2. Qu'avec la raison seule on ne puisse démontrer la spiritualité et l'immortalité de l'âme, ou toute autre vérité purement naturelle, rationnelle ou morale.
3. Qu'avec la raison seule on ne puisse avoir la science des principes ou de la métaphysique, ainsi que les vérités qui en dépendent, comme science tout à fait distincte de la théologie
surnaturelle qui se fonde sur la révélation divine.
4. Que la raison ne puisse acquérir une vraie et pleine certitude des motifs de crédibilité, c'est-à-dire de ces motifs qui rendent la révélation divine évidemment croyable, tels que sont
spécialement les miracles et les prophéties, et particulièrement la résurrection de Jésus-Christ
Encyclique Qui pluribus de Pie IX (9 novembre 1846)
Cette encyclique tranche le débat qui opposait le fidéisme et le traditionalisme d'une part et le rationalisme sous la forme
de l'hermésianisme d'autre part.
Les deux erreurs fondamentales de Georg Hermes (1775-1831), prêtre et professeur de dogme à Münster puis à Bonn, étaient les suivantes : le doute absolu est à la base de toute connaissance
théologique ; le motif de l'assentiment dans la foi ne diffère en rien du motif de l'assentiment dans les connaissances naturelles. Dans les deux cas, c'est une nécessité intime de
l'intelligence qui entraîne l'assentiment, ce qui sauvegarde la dignité humaine mais supprime la distinction essentielle entre connaissance naturelle et connaissance surnaturelle. Ces erreurs
avaient été condamnées par Grégoire XVI en 1835.
Ici le pape rappelle que la raison humaine achemine vers la révélation mais doit ensuite se soumettre à la Parole de Dieu. Il ne peut toutefois y avoir contradiction entre la foi et la raison,
l'une et l'autre ayant leur origine en Dieu.
Par une argumentation déplacée et des plus fallacieuses, ils ne cessent d'en appeler à la force et à l'excellence de la raison humaine, de l'exalter contre la très sainte foi du Christ, et ils
vont répétant avec une extrême audace que celle-ci s'oppose à la raison humaine. On ne peut rien imaginer ni penser de plus fou, de plus impie, de plus contraire à la raison elle-même. Car, même
si la foi est au-dessus de la raison, il ne peut jamais exister entre elles aucun dissentiment réel, aucune discorde, puisque toutes deux découlent d'une seule et même source de vérité immuable
et éternelle, Dieu très bon et très grand, et qu'elles s'aident mutuellement. La raison démontre, protège, défend la vérité de la foi ; la foi libère la raison de toute erreur et, par la
connaissance qu'elle a des choses divines, elle léclaire, la confirme et la parfait magnifiquement.
C'est par une tromperie aussi grande, Vénérables Frères, que ces ennemis de la révélation divine, qui décernent les plus hautes louanges au progrès humain, veulent, avec une audace vraiment
téméraire et sacrilège, l'introduire dans la religion catholique, comme si la religion nétait pas l'œuvre de Dieu, mais celle des hommes ou quelque trouvaille philosophique que des procédés
humains puissent perfectionner. Sur des hommes qui délirent si misérablement tombe avec beaucoup de justesse le reproche que Tertullien faisait de son temps aux philosophes « qui ont présenté un
christianisme stoïcien, platonicien, dialectique ». Or, comme notre très sainte religion n'est pas une invention de la raison humaine, mais une révélation faite très gracieusement par Dieu aux
hommes, il est très facile à quiconque de comprendre qu'elle acquiert toute sa force de l'autorité de Dieu qui parle et qu'elle ne peut jamais être déduite ou rendue plus parfaite par la
raison humaine.
Pour ne pas se tromper ni errer dans une question aussi importante, la raison humaine doit s'enquérir diligemment sur le fait de la révélation, pour savoir avec certitude que Dieu a parlé et
pour lui rendre, comme l'enseigne très sagement l'Apôtre, « un hommage conforme à la raison » [Rom. XII 1]. Qui donc ignore ou peut ignorer qu'il faut avoir une confiance totale en Dieu quand
il parle, et que rien n'est plus conforme à la raison elle-même que d'acquiescer et d'adhérer fermement à ce quelle aura reconnu comme révélé par Dieu, qui ne peut ni se tromper ni nous
tromper ?
Combien nombreux, admirables, splendides sont les arguments qui doivent très nettement convaincre la raison que la religion chrétienne est divine et que « le principe de nos dogmes s'enracine en
haut, dans le Seigneur des cieux », que dès lors, rien n'est plus certain que notre foi, rien n'est plus sûr, rien n'est plus saint, rien ne repose sur des principes plus fermes. Cette foi,
qui est maîtresse de vie, guide du salut, chasse les vices et, mère féconde, nourrit les vertus. Confirmée par la naissance de Jésus-Christ, son auteur qui la mène à la perfection [cf. Heb. XII,
2] par sa vie, sa mort, sa résurrection, sa sagesse, ses miracles, ses prophéties, resplendissant partout de la lumière de la doctrine d'en haut, enrichie des trésors des richesses célestes,
brillant au plus haut point d'un éclat remarquable par la prédication de tant de prophètes, par la splendeur de tant de miracles, par la constance de tant de martyrs, par la gloire de tant de
saints, elle publie les lois salutaires du Christ. Acquérant chaque jour des forces plus grandes au sein des plus cruelles persécutions, elle a envahi l'univers entier, les terres et les mers,
du levant au couchant, grâce au seul étendard de la Croix. Ayant anéanti les mensonges des idoles, dissipé l'obscurité des erreurs, triomphé de toute espèce d'ennemis, elle a éclairé de la
lumière de la connaissance divine et soumis au joug très doux du Christ tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, si cruellement barbares qu'ils fussent, si divers dans leur
tempérament, leurs murs, leurs lois et leurs institutions, en annonçant à tous la paix, à tous le bonheur [cf. Is. LII, 7]. Tous ces faits font si fortement resplendir l'éclat de la sagesse et
de la puissance divines que n'importe quel esprit pensant peut très facilement comprendre que la foi chrétienne est l'œuvre de Dieu.
C'est pourquoi la raison humaine, qui connaît clairement et nettement par ces preuves très lumineuses et très fermes que Dieu est l'auteur de la foi, ne peut progresser davantage, mais rejetant
et repoussant toute espèce de difficulté ou de doute, elle doit lui rendre l'hommage de la foi, puisqu'elle a la certitude que c'est Dieu qui a transmis tout ce que la foi propose aux hommes
de croire et de faire.
Décret de la Congrégation de lIndex (15 juin 1855) :
propositions souscrites par Bonnetty
Augustin Bonnetty (1798-1879) fit des études de théologie, mais ne devint pas prêtre. Fondateur, en 1830, des
Annales de philosophie chrétienne qu'il mettait au service de la défense de
la religion, puis directeur, à partir de 1840, de la revue Université catholique, il pensait que la révélation et la foi sont seules capables de conduire lhomme à la connaissance certaine des vérités religieuses naturelles. Les
propositions qu'il dut souscrire rappellent la doctrine de lÉglise sur l'origine, les capacités et l'usage de la raison.
1. « Même si la foi est au-dessus de la raison, il ne peut jamais exister entre elles aucun dissentiment réel, aucune discorde, puisque toutes deux découlent d'une seule et même source immuable
de vérité, Dieu très bon et très grand, et qu'elles s'aident ainsi mutuellement ».
2. Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu, la spiritualité de lâme, la liberté humaine. La foi est postérieure à la révélation. Elle ne peut donc être alléguée pour
prouver l'existence de Dieu vis-à-vis dun athée ni pour prouver la spiritualité de l'âme raisonnable et sa liberté face aux partisans du naturalisme et du fatalisme.
3. L'usage de la raison précède la foi et y conduit l'homme à l'aide de la Révélation et de la grâce.
Syllabus de Pie IX (8 décembre 1864)
De multiples erreurs sur la possibilité naturelle de la connaissance de Dieu et sur le devoir d'accueillir la révélation avec
l'obéissance de la foi obligèrent l'Église à prendre très fermement position.
En annexe à son encyclique Quanta cura, le pape Pie IX publia le
même jour un catalogue de quatre-vingts erreurs réparties en dix chapitres, dont s'étaient déjà préoccupés divers documents pontificaux ; il préparait ainsi la réponse qu'allait donner à ces
problèmes, en 1870, le concile du Vatican. Les erreurs ci-dessous sont entachées de naturalisme et de rationalisme.
3. La raison humaine est l'unique juge, sans avoir aucunement à se référer à Dieu, du vrai et du faux, du bien et du mal. Elle est à elle-même sa loi, et ses capacités naturelles suffisent pour
procurer le bien des hommes et des peuples.
4. Toutes les vérités de la religion dérivent des capacités naturelles de la raison humaine. Par conséquent, cette raison est la norme souveraine d'après laquelle l'homme peut et doit arriver à
connaître toutes les vérités de tout genre.
5. La révélation divine est imparfaite et, dès lors, soumise à un progrès continuel et indéfini, qui correspond au progrès de la raison humaine.
8. La raison humaine étant égalée à la religion, on doit en conséquence traiter les disciplines théologiques comme celles de la philosophie.
9. Tous les dogmes de la religion chrétienne sans distinction sont objet de la science naturelle ou philosophie ; et la raison humaine, avec la seule culture historique, peut, par ses forces et
ses principes naturels, arriver à une véritable science des dogmes, même les plus cachés, pourvu que ces dogmes lui aient été proposés comme objet.