Morale

Jeudi 19 janvier 2006 4 19 /01 /Jan /2006 17:24
Dans l’'abondante œœuvre de Pie XII, l’'encyclique Sacra Virginitas du 25 mars 1954 brille d'’une douceur particulière. À un monde immergé dans le matérialisme, avide de jouissance et de liberté dévoyée, le Pape rappelle la gloire de la virginité chrétienne, triomphe de l’'amour de Dieu sur l’'infirmité de la chair.

C'’est par les vierges consacrées, c'’est par les âmes pures que l’'Église renouvelle et proclame sans cesse son amour pour Jésus-Christ son époux. Cette fonction d'’Église, ce chant d'’amour perpétuel est l’'objet de ce texte splendide, chef d’œuvre de doctrine et de contemplation.

L'’encyclique, toute baignée de la lumière de la sainte Vierge Marie, réjouit le cœœur chrétien qui goûte en elle une anticipation de la vie du Ciel.
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Samedi 14 janvier 2006 6 14 /01 /Jan /2006 11:02
Une des grandes causes de la faiblesse des catholiques, un des motifs qui les rendent si tièdes et si peu soucieux de l'’honneur de Dieu, est l'’illusion de vouloir marier l’'Évangile de Jésus-Christ avec l’'esprit du monde, malgré l’'avertissement des Apôtres :
« Conservez-vous purs du siècle présent, mais réformez-vous par le renouvellement de votre esprit, pour discerner la volonté de Dieu, qui consiste en ce qui est bon, et agréable à ses yeux, et parfait [Rom. XII, 2].»
« Je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes courageux, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le mauvais. N'’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’'un aime le monde, la charité du Père n'’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie –: ce qui ne vient pas du Père, mais du monde. Or le monde passe, et sa concupiscence ; mais qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement [I Jo. II, 14-17].»

Cet esprit du monde se manifeste de différentes façons suivant les époques, les milieux sociaux ou les circonstances. Pour discerner si telle attitude d'’esprit, telle activité ou telle façon de faire est une manifestation de l’'esprit du monde, il suffit de se poser la question : est-ce le péché qu’'on y craint le plus ? Si la réponse est non, il n’'y a aucun doute sur le caractère mondain de la chose.

Appliquons cela à la danse, non à la danse classique ou artistique qui est hors de notre propos, mais de la
danse de bal ou de salon.
Cela n'’est pas inopportun : trop rares en effet sont les mariages qui ne se terminent pas par un bal ; trop rares sont les familles où l'’on n'’envoie pas les jeunes gens en soirées dansantes, quand on n'’en organise pas soi-même. Pour de telles pratiques, les prétextes sont nombreux ; les plus tristes sont ceux qui relèvent de la présomption :
dans nos milieux, on sait se tenir… nous sommes entre gens bien élevés ! Comme s'’il y avait des milieux exempts du péché originel, comme si celui-ci n’'y avait pas laissé des séquelles après le Baptême !

La danse est doublement vicieuse : elle est occasion de péché – et parfois ou souvent occasion prochaine – et cela suffit pour qu'’on ne puisse s’'y exposer ni y exposer son prochain ; elle est aussi manifestation de l’'esprit du monde, c’'est-à-dire contraire à toute l’'orientation de la vie chrétienne. L'’Évangile et la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous attirent à l'’amour intérieur de Dieu et à la discipline des sens ; la danse est au contraire imprégnée de l’'exaltation des sens et dirigée vers elle : cela est incompatible avec l’'esprit de l'’Évangile, même si cette exaltation n'’entraîne pas toujours des pensées, des désirs ou des actions peccamineux.

Pour affermir ce propos, voici deux textes irrécusables.

Le premier est extrait de la prédication du saint Curé d’Ars, telle qu’elle est rapportée dans les
Catéchismes du saint Curé d’Ars de Mgr H. Convert [Lyon, E. Vitte, 1921, pp. 41-42] :
« Pour règle de conduite dans le monde, il ne faut faire que ce que l’'on peut offrir au bon Dieu. On ne peut pas lui offrir des médisances, des calomnies, des injustices, des haines, des vengeances, des impuretés, des spectacles et des danses.
« En parlant des danses, saint François de Sales disait qu’'elles étaient comme les champignons, que les meilleures ne valaient rien. Les mères disent bien : “Oh ! je veille sur mes enfants.” Elles veillent sur leur toilette, mais elles ne peuvent pas veiller sur leur cœœur. Voyez-vous, mes enfants, les personnes qui entrent dans une salle de danse, laissent leur ange gardien à la porte, et un démon le remplace : en sorte que ce n'’est plus qu’'une réunion de démons.
« Ceux qui font danser dans leurs maisons se chargent d’'une responsabilité terrible devant Dieu : ils sont responsables de tout le mal qui se fait, des mauvaises pensées, des paroles déshonnêtes, etc.
« Ah ! s'’ils comprenaient bien cette responsabilité, ils ne feraient pas danser.
« Tout comme ceux qui font de mauvais écrits, de mauvais tableaux, de mauvaises statues : ils sont responsables de tout le mal que ces objets produisent pendant tout le temps qu’ils dureront. Ça fait trembler ! »

Notez au passage cet universel principe de conduite, si clair et si simple :
Il ne faut faire que ce que l’'on peut offrir au bon Dieu.

Le second texte provient d’une courte notice biographique sur l’'Abbé Léon Philippe, écrite par l’'Abbé Victor-Alain Berto en 1940. Ce dernier rapporte ses conversations avec son ami, et notamment ses considérations à propos de la danse :
« Il vient à me demander ce que je croyais qu’'on pût permettre en fait de danse […...]. Appuyé sur le solide contrefort d'’une tradition presque deux fois millénaire, je répondis fort tranquillement que je ne connaissais qu'’une façon chrétienne de danser, à savoir de ne point danser ou de ne danser que par force. […...] C’est qu’'en effet on ne fera jamais que la danse ne soit une manifestation de l’'esprit du monde auquel il nous est commandé de ne point nous conformer : Nolite conformari huic sæculo. [...…] Ce n’'est pas le péché seulement, mais le monde, qu'’il nous est prescrit de détester et d'’éviter.
« Être engagé dans le mariage ou une carrière temporelle, garder l’'usage des biens et la maîtrise de son vouloir, ce n’'est pas de la mondanité parce que ce n'’est pas de soi opposé à l’orientation foncière du christianisme [...…]. Mais le bal, mais les plaisirs raffinés et recherchés des salons, mais les soupers de minuit, mais les casinos et les plages, holà ! Ici il s'’agit de choses qui sont de soi, non pas toujours et nécessairement des péchés, mais toujours et essentiellement orientées autrement que le Baptême n’'oriente les âmes. Tout cela relève d’'une conception de la vie qui n’'est pas la conception chrétienne ; tout cela est impossible à intégrer dans la synthèse évangélique, rien de cela ne provient, assurément, de l'’incessante opération de l'’Esprit-Saint dans l'’Église.
Le monde, dit saint Augustin à sa splendide manière, est ce que l’'on aime moins à mesure que l’'on aime Dieu davantage et ce que l’'on aime davantage à mesure que l’'on aime moins Dieu. Quelque écervelée pourra soutenir qu'’elle ne communie jamais avec plus de ferveur qu’'au retour d'’une nuit de bal ; il y a aussi une tradition d’'amour dans l’'Église, et quel ami de Dieu, déclaré tel par l’Église, a jamais dit, écrit ou pensé que son goût pour le bal soit allé croissant du même mouvement que son amour pour Dieu ?
« Non, on n'’a pas « christianisé » un bal parce qu'’on a réussi à en exclure les danses ouvertement déshonnêtes ou parce qu’'on a remis en place quelques jeunes gens hardis. Pour que le bal fût chrétien, il faudrait qu'’il ne fût pas mondain. »

Pour conclure ces paroles lumineuses voici un fait significatif.
Si sainte Thérèse de l’'Enfant-Jésus a connu le Carmel où sa sainteté s'’est épanouie et consommée, si elle est à tout jamais sainte Thérèse
de Lisieux, c'’est à la suite d'’un acte véritablement héroïque de son père. Celui-ci, demeuré veuf avec cinq filles, quitte Alençon où se trouvent ses attaches familiales, tous ses amis, son patrimoine et le frais tombeau d’'une épouse profondément aimée ; c’'est pour un motif de prudence toute surnaturelle qu'’il se décide à s'’arracher sans une plainte à tant de légitimes affections. Ainsi témoigne Céline :
« Je désirais savoir pourquoi, malgré les instances qui lui furent faites, mon père se décida à quitter Alençon. Il me répondit qu’'il voulait nous soustraire à l’'''influence mondaine de quelques familles et aux idées libérales des autres. Combien nous lui sûmes gré de sa décision si sage et si désintéressée » [Le Père de sainte Thérèse de Lisieux, Carmel de Lisieux, 1953, p. 40].

Quelle leçon pour les lâches et les tièdes que nous sommes devenus, prisonniers du monde, de son esprit, de ses modes, de ses exigences :– de ce monde que nous craignons souvent plus que la justice de Dieu !
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mercredi 4 janvier 2006 3 04 /01 /Jan /2006 19:31
La pratique de la « fécondation artificielle » humaine
est-elle conforme à la loi morale ?

Trois textes de Pie XII

1. Discours aux médecins catholiques, 29 septembre 1949.

« La fécondation artificielle, hors du mariage, est à condamner purement et simplement comme immorale. Telle est en effet la loi naturelle et la loi divine positive que la procréation d’'une nouvelle vie ne peut être que le fruit du mariage. Le mariage seul sauvegarde la dignité des époux (principalement de la femme dans le cas présent), leur bien personnel. De soi, seul il pourvoit au bien et à l’'éducation des enfants. Par conséquent, sur la condamnation d'’une fécondation artificielle hors de l’'union conjugale, aucune divergence d’'opinions n’'est possible entre catholiques. L'’enfant conçu dans ces conditions serait, par le fait même, illégitime.

« La fécondation artificielle dans le mariage, mais produite par l’'élément actif d’un tiers, est également immorale et, comme telle, à réprouver sans appel. Seuls les époux ont un droit réciproque sur leur corps pour engendrer une vie nouvelle, droit exclusif, incessible, inaliénable. Et cela doit être, en considération aussi de l’'enfant. À quiconque donne la vie à un petit être, la nature impose, en vertu même de ce lien, la charge de sa conservation et de son éducation. Mais entre l'’époux légitime et l’'enfant fruit de l’élément actif d’un tiers (l’'époux fût-il consentant), il n'’existe aucun lien d’'origine, aucun lien moral et juridique de procréation conjugale.

« Quant à la licéité de la fécondation artificielle dans le mariage, qu'’il Nous suffise, pour l'’instant, de rappeler ces principes de droit naturel : le simple fait que le résultat auquel on vise est atteint par cette voie, ne justifie pas l’'emploi du moyen lui-même ; ni le désir, en soi très légitime chez les époux, d’'avoir un enfant, ne suffit pas à prouver la légitimité du recours à la fécondation artificielle qui réaliserait ce désir.

« Il serait faux de penser que la possibilité de recourir à ce moyen pourrait rendre valide le mariage entre personnes inaptes à le contracter du fait de l’'
impedimentum impotentiæ [empêchement d’'impuissance]. D’'autre part, il est superflu d’'observer que l’'élément actif ne peut jamais être procuré licitement par des actes contre-nature.

« Bien qu’'on ne puisse
a priori exclure de nouvelles méthodes pour le seul motif de leur nouveauté, néanmoins en ce qui touche la fécondation artificielle, non seulement il y a lieu d'’être extrêmement réservé, mais il faut absolument l’'écarter. En parlant ainsi, on ne proscrit pas nécessairement l'’emploi de certains procédés artificiels destinés à faciliter l’'acte naturel, soit à faire atteindre sa fin à l’'acte naturel normalement accompli.

« Qu'’on ne l'’oublie pas : seule la procréation d'’une nouvelle vie selon la volonté et le plan du Créateur porte avec elle, à un degré étonnant de perfection, la réalisation des biens poursuivis. Elle est à la fois conforme à la nature corporelle et spirituelle des époux et à leur dignité, au développement normal et heureux de l’'enfant ».

2. Discours à des médecins du deuxième Congrès mondial pour la fécondité et la stérilité, 19 mai 1956.

« Mais l’'Église a écarté aussi l’'attitude opposée qui prétendrait séparer, dans la génération, l’'activité biologique de la relation personnelle des conjoints. L'’enfant est le fruit de l’'union conjugale, lorsqu’elle s’'exprime en plénitude, par la mise en œœuvre des fonctions organiques, des émotions sensibles qui y sont liées, de l’'amour spirituel et désintéressé qui l'’anime ; c’'est dans l’unité de cet acte humain que doivent être posées les conditions biologiques de la génération. Jamais il n'’est permis de séparer ces divers aspects au point d'’exclure positivement soit l’'intention pro-créatrice, soit le rapport conjugal. [...…]

« Au sujet des tentatives de fécondation artificielle humaine
in vitro, qu’'il Nous suffise d'’observer qu'’il faut les rejeter comme immorales et absolument illicites. […...]

« Non seulement la fécondation artificielle est contraire à notre nature raisonnable, mais il y a encore une raison directement morale qui s'’y oppose absolument : le fait que la semence masculine, pour être soumise à examen, soit obtenue par une masturbation. [...…] Le Saint-Office a déclaré avec autorité le 2 août 1929 que
une masturbation pratiquée directement pour obtenir du sperme n’'est pas licite, ceci quel que soit le but de l’'examen ».

3. Discours au septième Congrès international d'’hématologie, 12 septembre 1958.

« Nous avons déjà eu l’'occasion de prendre position contre cette pratique [l’'insémination artificielle humaine] dans l’'allocution adressée au quatrième Congrès international des médecins catholiques, le 29 septembre 1949. Nous y avons réprouvé absolument l’'insémination entre personnes non-mariées et même entre époux. Nous sommes revenus sur cette question dans Notre allocution au Congrès mondial de la fertilité et de la stérilité, le 19 mai 1956, pour réprouver à nouveau toute espèce d'’insémination artificielle, parce que cette pratique n'’est pas comprise dans les droits des époux et qu’'elle est contraire à la loi naturelle et à la morale catholique. Quant à l’'insémination artificielle entre célibataires, déjà en 1949 Nous avions déclaré qu’'elle violait le principe de droit naturel, que toute vie nouvelle ne peut être procréée que dans un mariage valide ».

Conclusion

En nous plaçant dans le
meilleur des cas :
–– la procréation artificielle a lieu entre époux légitimes (sinon il y a fornication ou adultère suivant les cas) ;
–– il n’'y a production que d’'un seul œœuf humain qui est implanté chez la véritable mère (sinon il y a de nombreuses éliminations d’œ'œufs fécondés, qui sont autant d’'assassinats criminels) ;

…en nous plaçant donc dans le meilleur des cas, la fécondation artificielle humaine est condamnable à un double titre :
1. elle nécessite l'’utilisation séparée du sperme masculin, qui ne peut être obtenu que par un acte contre-nature qui est un péché mortel (la masturbation volontaire) ;
2. il y a dissociation violente entre l’'
objet du mariage (l’'acte conjugal normalement accompli entre époux légitimes) et la fin première du mariage (la procréation d’'une nouvelle vie). Cette dissociation voulue et artificiellement procurée est contre-nature ; elle est la même que celle qui se trouve dans la contraception directe (quel que soit le moyen employé), bien qu'’il n'’y ait pas la même intention égoïste ou de pure volupté.

La réponse est donc :
NON,
la fécondation artificielle humaine n'’est pas conforme à la loi morale catholique ni à la loi morale naturelle. Elle ne peut donc jamais être employée, pour quelque raison que ce soit.
Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Dimanche 1 janvier 2006 7 01 /01 /Jan /2006 16:44
Son objet est limité, ses dispositions canoniques sont caduques, et pourtant il demeure d'’un puissant intérêt. Il s’agit de la bulle de saint Pie V De salute Gregis qui condamne les courses de taureaux et autres corridas.

Qu’'on veuille bien remarquer que les considérations de saint Pie V n'ont rien de commun avec les calembredaines sur « le droit des animaux » et autres « le taureau a sa chance ». Il n'est soucieux que du salut éternel des âmes et de la dignité des âmes rachetées par Jésus-Christ.

C’est là la véritable considération de la dignité humaine, dignité de nature (perdue par le péché), dignité de vocation à la gloire divine, dignité de rachat par le Sang du Sauveur.
Cela n’'a rien à voir avec la fausse dignité enseignée à Vatican II, dignité revendiquée contre Dieu ou malgré lui, dignité de mépris de Dieu et de la vérité, dignité d'’orgueil révolté qui est censée d’'une part être révélée par Dieu et d'’autre part fonder le droit à la liberté religieuse.
Anathema sit.

Pour revenir aux considérations de saint Pie V, celui-ci ne pouvait évoquer le
droit des animaux parce qu'’il était bien persuadé, comme tout homme de bon sens, que les animaux ne sont pas sujets de droit : n’'étant pas doués d’intelligence ni de personnalité, ils en sont incapables.
On ne peut raisonner en terme de droit lorsqu'on évoque les rapports de l'homme à la création animale. Mais cela ne veut pas dire que l'homme a tous les droits sur les animaux : le respect de l'ordre créé, la maîtrise de ses propres instincts, l'utilisation raisonnable de ce que le Bon Dieu met à sa disposition sont autant de devoirs naturels impérieux, qui commandent beaucoup de mesure et qui interdisent toute sentimentalité déréglée.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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Mercredi 21 décembre 2005 3 21 /12 /Déc /2005 17:26
Un des grands tourments des âmes qui veulent être fidèles à Dieu et se sanctifier, un des poisons les plus insidieux de la vie chrétienne, une des causes les plus fréquentes du découragement dans la vie spirituelle, est constitué par ce qu’'on nomme communément les mauvaises pensées.

Dans le langage courant, cette expression désigne les pensées contraires à la sainte vertu de pureté. Mais il existe d’'autres genres de mauvaises pensées : celles d'’envie, de vengeance, de suicide etc.
Ce sont les mêmes principes qui s'’appliquent à toutes, parce qu'’on n’'a pas le droit de se complaire dans la pensée du mal et d'’y porter de l’'affection, même si l’'on n’'a pas l’'intention de le réaliser.

1. Nature

Une mauvaise pensée est la complaisance délibérée dans un péché représenté par l'’imagination.

Il faut distinguer la mauvaise pensée du mauvais désir. Celui-ci se réfère une action concrète que non seulement on se représente mais encore qu’'on désire accomplir ou qu'’on désirerait accomplir si l'’on en avait la possibilité
hic et nunc. Le consentement au mauvais désir porte sur l’'action elle-même, le consentement à la mauvaise pensée porte sur la délectation issue de sa présence dans l'’âme, en laquelle on se complaît, bien qu’'on n'’ait aucune volonté d’'accomplir l’'acte mauvais représenté.

La mauvaise pensée se distingue aussi de la délectation dans le souvenir du péché déjà accompli. Dans la mauvaise pensée, la complaisance volontaire porte sur le péché imaginé et non sur le péché en acte.

2. gravité de la matière

La complaisance dans l'’imagination du péché n’'est rien d'’autre qu'’une affection volontaire au péché : la mauvaise pensée a donc la gravité objective du péché dans la représentation duquel on se complaît.

Le mauvais désir et la joie mauvaise du péché déjà accompli se réfèrent à un acte concret ; il en contractent donc toute la malice. En confession, s'’il s'’agit d’une matière grave (ce qui est toujours le cas pour l’'impureté), il faut en accuser la nature précise.

Dans la mauvaise pensée, au contraire, ce qu'’on veut, ce qu’'on aime, ce pas le mal tel qu'’il est en lui-même, mais le mal tel qu'’il est imaginé; cette pensée a donc la malice de l’'objet de la complaisance: ce peut être l'’acte représenté et ses circonstances (qu'’il faut alors précisément accuser en confession, s'’ils sont graves) ; ce peut être la simple présence d'’une pensée mauvaise de tel genre dans l’'esprit. À cause de la mobilité de l’'esprit, c'’est parfois difficile à discerner – et il est périlleux de s’'y efforcer s'’il s’agit de pensées impures. Dans le doute, on accusera en confession tel ou tel genre de pensées mauvaises contre telle vertu.

3. signes du consentement

Pour qu'’il y ait péché, il faut qu'’il y ait consentement de la volonté : le péché est en effet dans la volonté. Pour qu'’il y ait péché mortel, il faut qu'’il y ait, outre la matière grave, plein consentement ; il faut donc que la raison s’'aperçoive auparavant de la malice de la pensée qui l’'habite, et que la volonté l’'accepte.

Le consentement à une telle pensée peut être direct (l'’acte de volonté porte sur la délectation de l'’imagination du péché) ou indirect (on a provoqué la mauvaise pensée par imprudence délibérée, on a omis de résister quand la pensée est devenue consciente).

S'’il est parfois difficile de discerner l’'objet précis de la complaisance dans la mauvaise pensée, il l’'est plus encore, bien souvent, de savoir quel consentement on a donné a une mauvaise pensée.

Dans le cas de doute, il faut se dire ceci : si ladite pensée n’'a pas duré longtemps, si on n'’a pas le vice extérieur qui correspond à la pensée ou si on le combat généreusement, si on a l’'intention habituelle de servir Dieu et de lutter pour lui rester fidèle, on peut, bien plus, on doit présumer qu’'on n'’a pas donné son consentement, du moins pas un consentement parfait.

Ne confondons pas
sentir et consentir. Quelle que soit la tentation, la volonté demeure maîtresse d’'elle-même ; ni les circonstances ni le démon ne la peuvent violenter. Le jeu du démon est de décourager, de semer la panique afin que nous rendions les armes ou tombions dans un scrupule qui ôterait toute force.

4. Remèdes

Les remèdes aux mauvaises pensées sont nombreux et efficaces, pourvu qu'’on soit prêt à combattre généreusement pour rester fidèle Dieu.

Le premier est la vigilance et la fuite des occasions : « Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation ». Cette vigilance s'’exercera
avant, en évitant ce qui pourrait amorcer une mauvaise pensée ; pendant en réfrénant l'’imagination et en l’'appliquant à un autre objet ; après la tentation, en tirant les leçons et en chassant jusqu’'à son souvenir.

Les sacrements sont les secours les plus puissants et les plus efficaces contre les mauvaises pensées. La sainte Eucharistie nous attache aux pensées célestes et modèle notre esprit sur celui de Jésus-–Christ ; la Pénitence remédie à nos faiblesses et nous apporte des grâces de combat et de persévérance.

La prière et la dévotion la sainte Vierge Marie nous obtiennent de puissantes grâces et, en favorisant dans la présence de Dieu, la recherche de la paix intérieure et la discipline de l’'imagination, arrachent l'’âme aux attraits du péché. Ceux qui s'’y exercent courageusement évitent bien des déboires.

L'’ouverture de conscience enfin, selon l’'expérience universelle, en découvrant humblement la tentation, ôte l’'aveuglement de l’'amour propre qui entretient l’'âme dans l’'illusion et la fragilité.

Nul ne peut se promettre d’'être toujours exempt de tentations de mauvaises pensées. Si le Bon Dieu les permet, ce pas pour que nous succombions; c'’est au contraire pour que nous ayons l'’occasion de lui montrer que réellement nous l’'aimons par dessus tout.

Alors ces tentations, en nous gardant dans l'’humilité et la dépendance de la grâce, en nous faisant combattre et nous renoncer, seront l'’occasion d’'une grande montée dans la charité, qui ne passera pas.
Nous aurons tout gagné.

Le Missel romain contient trois oraisons votives ad repellendas malas cogitationes : pour implorer la grâce de repousser les mauvaises pensées. Les voici.

Omnipotens et mitissime Deus, respice propitius ad preces nostras : et libera corda nostra de malarum tentationibus cogitationum : ut Sancti Spiritus dignum fieri habitaculum mereamur. Per Dominum… in unitate ejusdem Spiritus Sancti…
Dieu tout puissant et très doux, regardez avec faveur nos prières et libérez nos cœœurs des tentations de mauvaises pensées, afin que nous méritions de devenir le digne hôte du Saint-Esprit.

Has tibi, Domine, offerimus oblationes pro salute nostra : quatenus animas nostras ab immundis cogitationibus purges, illæsasque custodias, et Sancti Spiritus gratia illuminare digneris. Per Dominum… in unitate ejusdem Spiritus Sancti…
Seigneur, nous vous offrons ces oblations pour notre salut, de sorte que vous arrachiez les pensées immondes de nos âmes, et que vous les conserviez immaculées, et que vous daigniez les illuminer de la grâce du Saint-Esprit.

Deus, qui illuminas omnem hominem venientem in hunc mundum : illumina, quæsumus, corda nostra gratiæ tuæ splendore ; ut digna ac placita majestati tuæ cogitare semper, et te sincere diligere valeamus. Per Dominum.
Ô Dieu qui êtes la lumière de tout homme venant en ce monde : nous vous demandons d'’illuminer nos cœœurs de la splendeur de votre grâce, afin que nous puissions toujours penser à ce qui est digne de votre majesté et lui est agréable, et vous aimer en toute sincérité.

Par Abbé Hervé Belmont - Publié dans : Morale
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